REFLEXION

LIBYE: Le retour de la «cavalerie Toyota»

La guerre du désert donne l'avantage à la mobilité. Elle se caractérise par des charges de véhicules et des retournements de situations inattendus.



LIBYE: Le retour de la «cavalerie Toyota»
Cette fluctuation est typique de la guerre de désert, qui se caractérise par sa grande mobilité, d’où son côté imprévisible.Il n’est donc pas étonnant que les blindés jouent un grand rôle dans ce type de conflit, et les chars constituèrent l’ossature de toutes les opérations lancées tant par l’Axe que par les Alliés dans la campagne d’Afrique du Nord de 1940 à 1943.
Mais, aussi curieux que cela puisse paraître, les chars sont des engins fragiles, surtout les blindés modernes dont les conduites de tir et autres équipements électroniques souffrent très vite de l’omniprésence du sable. De plus, ils représentent des cibles idéales pour l’aviation ennemie dans un ciel souvent dégagé, sauf en cas de tempête de sable, quand souffle le Ghibli, ce vent du Sud qui, au printemps et à l’automne, charrie la poussière du désert vers le littoral.
Dans ces conditions, tout belligérant se doit, avant d’engager ses précieux blindés qui, appuyés par l’artillerie et l’aviation, auront pour mission de faire sauter les verrous de la défense adverse, de procéder à de longues missions de reconnaissance en profondeur derrière les lignes ennemies, afin d’être sûr que les unités de chars ne tomberont pas sur quelque point fort ennemi imprévu. Même si elle est avant tout tributaire de la mobilité, la guerre du désert ne s’improvise pas, ce que les rebelles ont, semble-t-il, appris à leurs dépens devant Syrte. Durant la Seconde Guerre mondiale, les Britanniques en particulier avaient poussé très loin cet art de la reconnaissance en profondeur avec la création du LRDG, le Long Range Desert Group, ou Groupe du désert à longue portée. Uniquement composé de volontaires, qui ne furent jamais plus de 350, le LRDG se vit confier par l’état-major britannique des missions de reconnaissance, de collecte de renseignement et des raids de destruction et de sabotage. En fonction des opérations, la formation était subdivisée en petites unités de quelques dizaines d’hommes montés sur des véhicules légers, Jeeps Willys, camions Ford et surtout Chevrolet, tous hérissés de mitrailleuses lourdes (Vickers et Browning) et de fusils-mitrailleurs (Bren et Lewis).
En dignes héritiers de Lawrence d’Arabie, les hommes du LRDG, les «Scorpions du Désert» immortalisés par le dessinateur italien Hugo Pratt, et leurs commandants faisaient figure d’excentriques et étaient souvent considérés comme des électrons libres par la hiérarchie militaire. Mais en dépit d’une attitude qui n’était pas sans rappeler celle de gentlemen partis pour une chasse au renard (du désert, justement), ceux que les Italiens avaient surnommés la Pattuglia fantasma, la Patrouille fantôme, étaient de redoutables combattants. L’état-major le comprit très vite, au point de leur confier des missions de plus en plus ambitieuses, comme dans le cadre de l’Opération Agreement, où, en septembre 1942, ils durent mener des raids en profondeur sur les positions italo-allemandes autour de Tobrouk et Benghazi.Les Italiens n’étaient pas en reste. Eux aussi mirent en place des unités légères capables d’effectuer de longues chevauchées sur les arrières de l’ennemi, les Compagnie Auto-Avio-Sahariane, ou Compagnies auto-aéro-sahariennes. En fait, il semblerait même que les Britanniques se soient inspirés de ces dernières pour créer leur LRDG.
«La Compagnia», comme disaient les Italiens, disposait même d’une branche aérienne autonome dotée de trois bombardiers légers Caproni Ca.309 «Ghibli«, du nom du fameux vent. Ses soldats se déplaçaient à bord de véhicules Fiat et Lancia, ainsi que d’AS.42 SPA Viberti équipés de canons Breda, et étaient ainsi plus lourdement armés que leurs homologues britanniques, dont ils surent s’attirer le respect au cours de nombreux affrontements. Côté allemand, l’Afrika Korps put compter entre autres sur l’intervention du
Sonderkommando (Commando spécial) Almasy, du nom de Lazslo Almasy aristocrate hongrois spécialiste du désert qui servait de «consultant» auprès d’Erwin Rommel. Le général allemand n’appréciait que peu cette façon de faire la guerre, mais confronté aux dégâts occasionnés par le LRDG, il dut se rendre à l’évidence et accepta d’avoir recours à des hommes comme Almasy.
Depuis, les véhicules légers sont indissociables de l’image de la guerre du désert. On peut voir aujourd’hui sur nos écrans de longues colonnes de 4x4 filer sur les routes rectilignes de la côte libyenne, et sur lesquels les rebelles ont fixé des mitrailleuses lourdes antiaériennes, des lance-roquettes multiples ou des canons sans recul.
Car depuis les années 70, les combattants de tous les camps disposent d’un vaste parc de tout-terrains civils, ce qui n’était pas le cas des soldats de la Seconde Guerre mondiale. Pour ce qui est du Sahara, c’est dans les années 80 que le monde a découvert pour la première fois ce qui est resté dans les mémoires en tant que «cavalerie Toyota».
A l’époque, le colonel Kadhafi avait plus ou moins décidé de se tailler un empire transsaharien et lancé son armée à la conquête du Tchad. Les Tchadiens manquaient de moyens lourds, mais, encadrés par l’armée française, ils avaient installé des lance-missiles antichars Milan sur des pick-up Toyota. Bénéficiant en outre d’un appui aérien français, ils avaient infligé une terrible défaite aux forces blindées libyennes peu manœuvrières.
Accrochés à leurs flancs, des hommes ouvrent le feu de leurs AK-47 avec une grâce meurtrière, s’extasiait par exemple l’hebdomadaire américain Time dans son édition du 23 avril 1984.
Les rebelles tchadiens, soutenus par Kadhafi et ses conseillers yougoslaves et est-allemands, étaient équipés de même, et les deux forces se poursuivirent dans le désert jusqu’à la défaite finale des Libyens en 1987.
L’affaire avait coûté près d’un tiers de son armée au colonel.
Les rebelles libyens, s’ils font aujourd’hui la guerre de la même façon, du moins devant les caméras occidentales, ne semblent pas avoir tiré les leçons de ces opérations faites autant de coups de mains et d’embuscades que de grandes offensives. Entre Syrte et Ben Jawad, ils auraient été pris par surprise par les combattants de Kadhafi, comme l’ont rapporté les correspondants d’iTélé qui se sont retrouvés sous les tirs.
Les rebelles ont alors dû refluer en désordre. Les forces de Tripoli ont apparemment mis quelque temps à comprendre qu’il était absurde de déployer de grandes unités blindées et d’artillerie pour tenter d’écraser les rebelles tandis que l’aviation occidentale s’assurait très vite le contrôle du ciel libyen. Mais maintenant que les hommes commandés depuis Benghazi pénètrent dans une zone traditionnellement plus favorable au colonel, et si celui-ci reprend à son compte les tactiques de la cavalerie Toyota, l’affaire risque de s’avérer plus complexe, et plus coûteuse qu’elle ne l’a été jusqu’à présent. Au point, peut-être, d’obliger Français, Britanniques et Américains à envoyer sur place les équivalents modernes des Scorpions du Désert.

R.Rijka
Vendredi 22 Avril 2011 - 11:27
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ACTUALITÉ
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