REFLEXION

LE REALISATEUR ZAKARIA A “REFLEXION” : “Seule une décision politique ressuscitera le cinéma algérien”

L’esclavage et la traite négrière sont deux horribles inventions du genre humain. Deux abominables créations qui, chemin faisant, allèrent jusqu’à faire signer un jour de 1854 le Romanus Pontifex par le pape Nicolas V et qui autorisait le roi Alfonso V du Portugal « à réduire en esclavage les sarrasins, les païens et autres ennemis du Christ ».



LE REALISATEUR ZAKARIA A “REFLEXION” : “Seule une décision politique ressuscitera le cinéma algérien”
Deux abominables créations qui, chemin faisant, allèrent jusqu’à faire signer un jour de 1854 le Romanus Pontifex par le pape Nicolas V et qui autorisait le roi Alfonso V du Portugal « à réduire en esclavage les sarrasins, les païens et autres ennemis du Christ ». Donc, seuls échappaient, en ces temps-là, les évangéliques clairs de peau. Et ce fut à bon escient que notre ministère de la culture pour commémorer cette douloureuse époque fit appel au réalisateur Zakaria.
En 1968, à 22 ans, Kaddour Brahim Zakaria réalisa un film de guerre, « El Goumri ». Des milliers de soldats, des canons et des chars étaient de la partie. Et à 65 ans et plus de 42 ans de cinéma, il fait figure de pièce de musée. Une pièce de musée qu’a exposé le Dsic de la faculté des sciences sociales de l’université de Mostaganem.
On le sait, l’amphi n°2 a vu défiler des abîmes de science, des sages et des philosophes. Mais mercredi dernier, le 11 mai, il a abrité « un fossile ». Zakaria. L’un des derniers exemplaires d’une espèce en voie de disparition et je pèse mes mots. Des étudiants se bousculaient pour immortaliser l’événement. Chacun voulait à lui seul l’ami de Hadj Abderrahmane et Yahia Bemabrouk- l’inspecteur Tahar et l’apprenti- feu Sirat Boumédiène et du disparu Mustapha Benharrat. Un réalisateur de cinéma en vrai, en chair et en os. Un rescapé du temps des dinosaures Ahmed Rachedi, Mohamed Slim Riad, Mohamed Lakhdar Hamina, Mustapha Badie, Mohamed Chouïkh, Amar Laskri, Moussa Haddad et autre Tewfik Farès. Zakaria a fait la joie des étudiants du département des sciences de la communication et de l’information-Dsic. « L’intrusion » à grandes enjambées en milieu de débat d’une foule de professeurs dont le Dr Elomari Boudjemâa et d’étudiants qui n’ont pas pu assister à la projection du documentaire, a rehaussé d’un cran le moral du Chef de département, le Professeur Bouamama, du réalisateur et de l’assistance : l’intelligence a de l’avenir dans ce pays.
Le docteur Abdelkader Malfi, après avoir remercié le docteur Abdellah Tani Kaddour, son collègue de l’université d’Oran, n’a pas manqué d’éloges sur la dernière œuvre de Zakaria « Le réquisitoire » que ce dernier devait présenter dans sa version arabe.
En homme expérimenté, le docteur Malfi n’a pas hésité à inciter ses étudiants à axer leurs questions en cette heureuse occasion sur l’art est les techniques du cinéma à cette encyclopédie plutôt que sur le thème du documentaire. Mais en vain.
Le génie de Zakaria est dans son savoir-faire cinématographique. « D’abord, dit-il, tous les acteurs ne sont que des étudiants de l’université de Mostaganem. En plus, le documentaire a été tourné en grande partie ici même à Mostaganem, seules quelques séquences ont eu lieu à El Bayadh. »
« Le réquisitoire », étant un réquisitoire africain, les acteurs amateurs sont algériens d’Adrar, ghanéens, camerounais, burundais, nigériens, sahraouis, maliens…
« Ponte Corvo a bien fait d’un marchand d’œufs un grand acteur. Le régisseur fabrique l’acteur. » Et l’acteur qu’a fabriqué Zakaria a « traversé l’histoire africaine » période par période sur une musique de Djamel Bendahmane. L’Afrique mère des civilisations et de l’humanité a été incarnée par un nègre qui court durant tout le long du documentaire. Infatigable dans sa misère, son malheur, sa malchance, ses calamités et sa rare félicité.
Malgré tout, dépôt de déchets, dilapidation de ses ressources naturelles, champ d’expériences en tous genres -nucléaires, chimiques, ogm-, l’Afrique donne encore. Le film se veut un réquisitoire africain et une plainte aux nations unies, à l’humanité et au monde.
« Nous manquons de gens des médias professionnels pour véhiculer nos idées, notre religion et notre culture, nous dit Zakaria.
« Tous les pays du tiers-monde ne donnent pas d’importance à l’image. Hollywood hypnotisent le monde entier avec l’image et l’argent. Nous ne manquons pas de projets. Nous voulons, la caméra au poing, repousser la mauvaise image que se font les autres de nous. En plus, le cinéma est une source de revenus. Une décision politique courageuse fera de l’image un outil de protection de nos valeurs. Pour une nation, s’acheter des caméras est une vitalité, c’est comme s’acheter des armes pour sa défense. »
Rien n’a échappé aux étudiants dont certains évoluent en master 1ère, 2ème et 3ème années. Tous les messages étaient compris et décortiqués durant le débat. Que ce soit le lion fonçant au ralenti sur une gazelle ou Bilal sur la Kaâba, les danses africaines, la richesse des dessins, la négritude, les prises de vue, la musique, le montage, la mise-en-scène, la scénographie, les costumes, les décors… rien n’a échappé aux étudiants.
« Nous voulons des productions algériennes avec notre personnalité algérienne et des idées algériennes arabo-berbères islamiques. » Dixit Zakaria.
« L’ouverture du champ médiatique crée la concurrence et ce n’est qu’à ce moment-là que nous verrons des travaux de bonne qualité. Et c’est à ce moment-là qu’apparaitront nos capacités humaines et nos compétences. D’étonnantes ressources surgiront. Par exemple concernant la distribution de ce film. Comme nous n’avons pas de chaînes de télévision qui se concurrencent ni de salles de cinéma, la distribution est difficile. »
De l’avis du docteur Malfi Abdelkader, une opinion qu’approuve Zakaria, « ceux-là qui ont pu, avec de maigres moyens, réaliser un chef-d’œuvre tel « La nuit a peur du soleil » en 1965, ne sont-ils pas capables de composer mieux ? » Et de répondre par l’affirmative.
En réponse à une étudiante sur le vedettariat, Zakaria a été clair : « Comme nous n’avons pas d’industrie du cinéma, nous n’avons pas de vedettes. Il y a eu rupture de -puis les années 1970 et nous avons perdu les traditions cinématographiques. En tant que cinématographes, nous ne demandons qu’une ouverture du champ audiovisuel. Que les chaînes étatiques se diversifient, soient indépendantes et se multiplient. Au moins que chacune ait son directeur. Par les temps qui courent, chacun s’enferme chez lui pour zapper et c’est ainsi que nous abandonnons l’éducation de nos enfants à d’autres. A qui se plaindre quand nos foyers sont envahis dans notre langue pas des images autres que celles que nous désirons ? »
Exclamations d’un professeur qui revenait haletant de quelque cours d’audiovisuel sur le terrain, vu le matériel que trimbalaient ses étudiants, et qui a à peine eu le temps de souffler : « Un prodige ! Nous avons devant nous un réalisateur algérien ! »
« L’internet évolue, bientôt n’importe qui pourra créer sa chaîne de télévision, a conclu Zakaria. Je suis toujours disposé à venir à l’université de Mostaganem. »
Le concours annuel du meilleur documentaire par le professeur Bouamama dans son département saura-t-il dénicher les talents de ses ouailles, les Zakaria de demain?
Sans Romanus Pontifex, nous sommes réduits comme au « bon vieux temps » à une nouvelle forme d’esclavage. Harcelés de toutes parts par les ondes étrangères, comme dirait Zakaria, ne sommes-nous pas en état de déculturation ? Et la déculturation, n’est-elle pas un crime contre l’humanité ?

Benatia B.
Dimanche 15 Mai 2011 - 11:08
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MOSTAGANEM
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