REFLEXION

LE PROFESSEUR ABDERRAHMANE MEBTOUL REPOND AU PROFESSEUR ABDELATIF BENACHENHOU : Le recours à l’endettement extérieur doit privilégier la relance économique de l’Algérie, loin de toute vision idéologique

Idéologue pendant des décennies du socialisme scientifique qu’il a théorisé dans de nombreux ouvrages, le professeur Abdelatif Benachenhou , lors d’une rencontre à Alger, organisée par la Chambre de commerce et d’industrie algéro-française (CCIAF) le 27 janvier 2016, rejoint la position du Parti des Travailleurs, je le cite « Le retour à l’endettement extérieur en ce contexte de crise financière doit à tout prix être évité.



1. Je  rappelle aux partisans du contre l’endettement extérieur, dont le professeur Abdelatif Benachenhou que le remboursement de la dette par anticipation  a été négocié suite aux instructions du président de la république  qui a été une bonne action, l’a été lors  d’une aisance financière sans précédent. Or au rythme de la dépense actuelle  du fait de l’incompressibilité de certaines rubriques du commerce extérieur, les sorties de devises  non compris les transferts légaux de capitaux ( bien et services ,ces dernières fluctuant entre 11/12 milliards de dollars entre 2011/2015) ont été de plus de 71 milliards de dollars, en 2014, plus de 65 milliards de dollars  en 2015  et seront certainement  avec les dernières mesures, en cas où les prix internationaux se maintiennent au niveau actuel en baisse ( ne devant pas  confondre valeur et quantité )  aux environs de 58/60 milliards de dollars , montant auquel, entre 2014/2016, il faudrait ajouter  entre 4/6 milliards de dollars de transferts légaux de capitaux. Or  déduction des charges de 20%, le profit net de Sonatrach  à 60 dollars  si on émet l’hypothèse de la même quantité exportée ( avec la limite de la forte consommation intérieure qui horizon 2030 risque de dépasser les exportations actuelles, renvoyant à l’efficacité énergétique et la problématique des subventions généralisées ) qu’entre 2014/2015, de 27 milliards de dollars, à 50 dollars, 21 milliards de dollars, à 50 dollars 15 milliards de dollars à 30 dollars 9 milliards de dollars et à 20 dollars 3 milliards de dollars de profit net pour Sonatrach , le seuil de rentabilité fluctuant entre 15/20 dollars en moyenne générale. Que proposent concrètement ceux qui sont contre l’endettement en cas ou le cours fluctuerait entre 20/40 dollars le baril, le prix de cession du gaz (plus de 33% des recettes de Sonatrach) étant indexé sur celui du pétrole? Ne doit-on pas profiter des taux bas au niveau international fluctuant entre 0 et 1% ? Je rappelle que la  Réserve fédérale américaine a annoncé récemment  une hausse d'un quart de point de ses taux directeurs, désormais compris entre 0,25% et 0,50%, le   dernier changement de taux datant de décembre 2008. Quant à la BCE, la décision de 2016, le  taux d'intérêt des opérations principales de refinancement de l'Euro système est abaissé de 10 points de base, à 0,05 %, à partir de l'opération devant être réglée le 10 septembre 2014. Le taux d'intérêt de la facilité de prêt marginal est réduit de 10 points de base, à 0,30 %, avec effet au 10 septembre 2014. Le taux d'intérêt de la facilité de dépôt est abaissé de 10 points de base, à -0,20 %, avec effet au 10 septembre 2014.
2. En effet,  la valeur du dinar est corrélé à 70% aux réserves de change qui eux-mêmes proviennent  de la rente  des hydrocarbures ( 97/98% des exportations avec les dérivées).A dix milliards de dollars  de réserves de change , la  banque centrale  coterait le dinar à plus de 200 dinars un dollar  avec des répercussions sur les coûts de production  tant des entreprises publiques que privées dont le  taux  d’intégration ne dépasse pas 15%  ainsi que sur le pouvoir d’achat des ménages dont 70% des besoins proviennent de l’extérieur. Il faut donc  maintenir le niveau des réserves de change à un niveau tolérable. Et c’est là que rentre la problématique de l’endettement bien compris. Dans plusieurs interviews récentes au niveau international et national, à la question qui m’a été posée  sur l’endettement extérieur, j’ai répondu en toute franchise, au vu des taux d’intérêts internationaux bas ,sous réserve que ces  emprunts le soit à moyen et long terme  et qu’ils  concernent la rubrique  de relance de l’appareil productif et non les importations  non nécessaires, que  j’étais favorable pour les raisons énumérées précédemment afin de préserver nos réserves de change en attendant qu’en dynamique l’on relance l’appareil productif , loin de la vision mécanique actuelle, démodée  mais tenant compte de la quatrième révolution économique dont le thème a été largement abordée récemment lors de la rencontre du Word Economic Forum à Davos. C’est que la majorité des pays développés  sont endettés mais ont un appareil productif performant, gérant leur endettement avec précaution  afin de ne pas faire supporter ce fardeau aux générations futures. Ainsi, la dette publique mondiale s'élève entre 2014/2015  à près de 55 000 milliards de Dollars contre 26 000 milliards en 2005.  Si l'on ajoute les dettes privées, la dette mondiale atteint même les 100 000 milliards de dollars selon une étude publiée récemment par la Banque des règlements internationaux. A titre de comparaison, le PIB mondial en 2013 était de 74 000 milliards. La dette publique américaine s'élève en 2015 à 18.300 milliards de dollars, soit 110% du PIB national.  La dette de la France a  atteint  plus de  2100 milliards d’euros  en 2015 approchant 98% du PIB. L’endettement public  de l’Italie dépasse  les 135 % du PIB, le  Portugal 130 % et le   Japon 230% du PIB. Selon des études internationales  la dette des ménages et entreprises atteint  270 % du PIB en Irlande  222 % au Danemark. Si l’on cumule emprunts publics et privés,  la dette a atteint en 2015 environ 270 % du PIB.  
3.-En résumé, il faut éviter toute position tranchée comme le fait le professeur Abdelatif Benachenhou  pour des raisons idéologiques et être pragmatique. A ce titre une réflexion selon nos informations est en cours au niveau du gouvernement algérien. L’on doit murir ce dossier, devant éviter la précipitation car au 01 janvier 2016, les réserves de change qui ne sont qu’une richesse virtuelle qu’il  s‘agit de transformer en richesse réelle,  devant les utiliser  que l’on doit  à bon escient, dépassent  les 145 milliards de dollars (contre plus de 192 milliards de dollars au 01/01/2014) avec une dette extérieure inférieure selon les données de 2014  à environ  4 milliards de dollars. Evitons tant l’autosatisfaction que la  névrose source de démobilisation. Avec une vision stratégique clairement définie d’une transition d’une économie de rente à une économie hors hydrocarbures dans le cadre des valeurs internationales, dont la transition énergétique (1) reposant sur de bonnes institutions de contrôle  à la fois politiques  et techniques, (dont la réhabilitation de la Cour des Comptes) l’endettement contrôlé,  contrairement à ce qu’avance  le professeur Benachenhou  n’est pas une tare.  Rappelons-nous l’expérience roumaine communiste, une dette zéro, mais une économie en ruine. Il s ‘agit de donner la suprématie à  la sphère réelle sur la sphère financière, en les synchronisant, concilier la dynamique économique et la dynamique sociale pour une répartition « juste »  du revenu national entre les différentes couches sociales. La justice sociale à laquelle je suis profondément attachée ainsi que l’instauration d’une économie de marché concurrentielle, libérant toutes les énergies créatrices au profit exclusif de l’Algérie, n’est  pas l’antinomie de l’efficacité économique. En bref,  Non Monsieur le professeur,  le recours à l’endettement extérieur doit  privilégier la relance économique de l’Algérie, loin de toute  vision idéologique, tenant compte tant des nouvelles mutations locales que mondiales.  Personne n’ayant le monopole du nationalisme et de la vérité, un large débat productif, privilégiant uniquement les intérêts supérieurs de l’Algérie, ne s’impose.
(1)Voir la revue internationale « Gaz d’aujourd’hui » parue le 28 janvier 2016 (Paris France) «  sur les nouvelles mutations énergétiques mondiales », où l’on trouve  les contributions de nombreux  experts internationaux et de PDG de grands groupes  dont la contribution  du professeur Abderrahmane Mebtoul

Dr Abderrahmane Mebtoul
Vendredi 29 Janvier 2016 - 15:59
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