REFLEXION

LE MARCHE DE LA FRIPERIE EN PLEIN ESSOR : Ruée sur « El Bala »



LE MARCHE DE LA FRIPERIE EN PLEIN ESSOR : Ruée sur « El Bala »
Signes des temps, ou récession du pouvoir d’achat oblige, s’approvisionner au marché de la friperie ne provoque désormais plus aucune fausse honte à la clientèle. Des citoyens de plus en plus nombreux n’éprouvent aucune fausse pudeur à visiter ce marché, sillonner ses allées et s’attarder au niveau des stands pour choisir, en connaisseurs, l’habit désiré. Cette situation n’est pas pour déplaire aux commerçants spécialisés dans le vêtement usagé. Mieux encore, ils ne manquent pas de saisir l’aubaine pour doubler, voire tripler les prix, surtout lorsqu’il s’agit d’habits de sport « griffés » très recherchés par beaucoup de jeunes qui souhaiteraient pouvoir frimer à moindre frais. Le même produit neuf, d’origine souvent douteuse, exposé en vitrine étant absolument inabordable pour la grande majorité des jeunes qui nourrissent les mêmes envies que tout le monde mais loin d’avoir les moyens de tout le monde. Quoi qu’il en soit, on ne se formalise plus, on ne fait plus de complexe devant ses copains en s’approvisionnant au marché d’ « El balla ». Mehdi, un jeune de 24 ans affirme qu’ »on peut trouver des vêtements de grandes marques, à peine utilisés, à des prix vraiment à la portée des pauvres. « Quand je dis pauvres, précise notre interlocuteur, je me comprends. Il s’agit des jeunes qui ont une rémunération mensuelle, dont le montant bien souvent au-dessous du salaire minimum garanti. Les jeunes sans travail font, bien entendu, partie de la clientèle de « souk el bala », mais sont beaucoup moins exigeants. » Il faut croire que ce marché a fini par s’ouvrir à pratiquement toutes les catégories de la population en raison de l’inflation galopante à l’origine de l’effritement chronique du pouvoir d’achat. On constate, depuis quelques temps, que des clients,et clientes, arrivent dans des voitures rutilantes qu’ils n’hésitent pas à garer à proximité du souk, pour faire le tour des fripiers sans le moindre complexe. Ce n’est pas par nécessité, nous affirme-t-on, mais parce qu’ils considèrent plutôt que les vêtements d’occasion, quand ils ne sont pas très usagers, sont de qualité meilleure que ceux fabriqués localement ou importés de pays asiatiques, qui sont proposés par les magasins huppés de la ville. «S’ils ont gardé toute leur apparence même après avoir été portés, et après avoir été probablement lavés, on ne risque pas d’avoir de surprise. Les tissus utilisés par les fabricants locaux ou asiates ne présentent pas les qualités qui font l’apanage de la marque, trop souvent contrefaite d’un survêtement ou d’un polo, arborée. » Indique un client fidèle de souk el bala. Un autre jeune rencontré sur les lieux confirme, quant à lui, qu’il lui est arrivé de ne porter qu’une seule et unique fois le pantalon d’un survêtement « griffé », qu’il avait payé 11.000 DA dans une boutique ayant pignon sur rue. Ce qui l’a conduit à se rapprocher de la friperie pour s’approvisionner. Il s’est lié avec un revendeur, nous a-t-il confié, qui lui met de côté les plus belles pièces de tous les ballots qu’il achète. « Regardez bien ! Que pensez-vous de cet ensemble d’été ? Pensez-vous vraiment que c’est de la friperie ? C’est une belle coupe dans un tissu de grande qualité, infroissable, indéformable, que je vais pouvoir porter durant tout l’été. » Cela est plus vrai pour les vêtements pour enfants, très prisés par les nombreuses mères de familles, habituées des lieux. Une dame nous a expliqué qu’elle préfère acheter dans ce marché que d’aller dans les magasins de Mdina Jdida ou du centre ville, où les vêtements neufs sont exagérément et deviennent «immettables » juste après le premier lavage. « Vous savez, monsieur, comme les enfants grandissent vite, ils ne portent pas leurs vêtements assez longtemps pour les abîmer. Ce qui fait qu’ils sont encore presque neufs. » Mais je vous avoue, que j’achète aussi des vêtements neufs pour mes enfants pour l’Aïd, ou pour la rentrée scolaire. C’est une tradition ancestrale. Je ne me permettrai pas que mes enfants fêtent l’Aïd El fitr avec des vêtements de friperie. C’est une tradition ancestrale que je respecte. Et puis, franchement, il y a le risque des radotages des voisins et le sarcasme des camarades de mes enfants. » Quoi qu’il en soit, il semble que le marché de la friperie a encore de beaux jours devant lui. Beaucoup de commerçants, qui avaient pensé abandonner au début de l’ouverture, ont changé d’avis, et poursuivent l’activité qui leur permet, selon l’avis de certains, de gagner leur vie. « Les pauvres ne peuvent compter que sur les pauvres », nous dit un jeune fripier en guise de conclusion.

A. Salim
Mardi 15 Juin 2010 - 10:56
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