REFLEXION

LE CHEF D’AQMI AU SAHEL : MOKTHAR BELMOKHTAR OU MISTER MARLBORO : 20 ans de sang et de trabando

Le responsable de la prise d'otages qui a lieu, mercredi, à In Amenas, Mokthar Belmokhtar, est connu depuis vingt ans pour l'enlèvement de nombreux occidentaux. Retour sur les actes dont il serait responsable.



LE CHEF D’AQMI AU SAHEL : MOKTHAR BELMOKHTAR OU MISTER MARLBORO : 20 ans de sang et de trabando
Mercredi dernier, un groupe islamiste armé, les "Signataires par le sang" aussi appelés la brigade Al-Mouthalimin (littéralement "enturbannés"), a pris en otage le site gazier d'In Anemas. Son chef se nomme Mokthar Belmokhtar. Surnommé "le borgne" ou encore "Mr Marlboro", revient EN Algérie en 1993. Il y rejoint les groupes islamistes armés et, rapidement, devient émir au sein du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC). Il prend alors le nom de Khaled Abou al-Abbas et commence à se faire connaître.
 
Qui est  Mokhtar Belmokhtar ?
Depuis vingt ans, ce terroriste amplifiant son influence tout en conservant une certaine autonomie. Belmokhtar, alias «Belaouar», ou «Khaled Abou El Abbès», ou encore «Laouer», est né le 1er juin 1972 à Ghardaïa, dans le Nord de l’Algérie. En 1991, à l’âge de 19 ans, il part se former au combat en Afghanistan. C’est là qu’il aurait perdu son œil gauche, qui lui a valu le surnom de «cheikh borgne». A son retour, il participe à la guerre civile au sein des Groupes islamiques armés (GIA) algériens. Il intègre ensuite le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) d’Hassan Hattab, ancêtre d’Al Qaïda au Maghreb islamique. Aqmi a été officiellement créé le 11 Septembre 2006, après que le GSCP eut fait allégeance à Al-Qaïda, avec la bénédiction d’ Ayman al-Zawahiri (à l’époque N° 2 d’al-Qaïda, devenu N°1 après la mort de Ben Laden), dont il devient l’un des principaux chefs. Dès l’origine, le GSPC est en effet divisé en katibas, ou brigades, avec des émirs, à leur tête. Belmokhtar, lui, dirige le Sahel, considéré comme l’émirat du Sahara, au sud de l'Algérie, au nord du Mali. Mais suite à l’éviction d’Hattab, puis à sa reddition, Belmokhtar prend ses distances avec la direction d’Aqmi en Algérie, à savoir Abdelmalek Droukdel, proche de Zawahiri. C’est l’époque des premières divisions internes substantielles… Aujourd’hui, le chef d’Aqmi au Sahel est Yahya Abou Hamame, mais ce dernier doit composer avec deux «groupes» puissants: la «Katiba Al-Mouthalimin» («la brigade masquée»), dirigée par Belmokhtar, et la «Katiba Al-Fatihîn» d’Abou Zeid, également Algérien, et qui détient notamment les quatre Français d’Areva au nord du Mali. Au tableau de «chasse» de Belmokhtar figure le rapt des deux français Antoine de Léocour et Vincent Delory enlevés à Niamey et tués le lendemain pendant l’opération qui visait à les libérer. 
 
Les sources de financement de Belmokhtar
Déjà active dans la bande sahélienne, de la Mauritanie au Tchad, le cancer terroriste d’Aqmi se propage encore plus au sud et ne cesse d’étendre sa zone d’influence. Aqmi dispose d’un argument majeur : l’argent. Un trésor de guerre qui se chiffre en dizaines de millions de dollars – le billet vert reste la monnaie de référence aux confins du Sahara. Rien que depuis le début de l’année, les différentes branches de l’organisation auraient engrangé entre 15 et 20 millions d’euros de rançons réglées en liquide .Un business en pleine expansion. Selon la presse malienne, Aqmi proposerait jusqu’à 100.000 dollars pour se faire livrer un Français. Cette surface financière lui permet d’acheter sans difficulté des armes et des explosifs – notamment un armement lourd digne d’une armée moderne, selon les experts, ou encore de lunettes de vision nocturne pour se déplacer de nuit. L’autre source de financement d’Aqmi s’appuie sur les trafics en tout genre qui s’entrecroise depuis toujours dans le Sahel. L’un des chefs d’Aqmi dans la zone, Mokhtar Belmokhtar, a longtemps été surnommé "Mister Marlboro" pour sa propension à se livrer à la contrebande de cigarettes.
 
Les actes dont il serait responsable ce sanguinaire
Février-avril 2003
Plus d'un an après le début de la guerre d'Afghanistan, le GSPC prépare une série d'opérations terroristes. Son objectif : viser les Etats européens qui ont engagé des troupes contre les talibans.  Plusieurs enlèvements sont prévus par Abderazak el-Para, un autre leader du GSPC, mais c'est Mokthar Belmokhtar qui aurait été aux commandes. Le 19 février, onze touristes allemands, néerlandais et suisses sont enlevés en Algérie, dans le nord du Sahara. Le 8 puis le 17 mars, neuf autres touristes allemands et un Suédois sont pris en otages, cette fois dans le Sud de l'Algérie. Le 4 avril, ce sont huit Autrichiens qui sont enlevés. Un autre Allemand est porté disparu. Pendant quatre mois, les gouvernements européens sont mobilisés, choisissant la négociation. Tous les otages sont finalement libérés, contre rançon selon les médias allemands. Mais, entre temps, l'une des touristes allemandes est morte d'insolation dans son lieu de détention.
Février 2006
Trois ans plus tard, Mokthar Belmokhtar décide de frapper en son nom. Treize douaniers algériens, qui patrouillaient entre l'Algérie, la Libye et le Niger, sont tués. Deux ans plus tard, en mars 2008, le tribunal de Ghardaïa, ville dont est originaire "le borgne", condamne à mort le terroriste. Auparavant, le terroriste avait déjà été condamné à deux reprises : à la prison à vie en mars 2004 à Illizi (Algérie) puis à 20 ans de prison à Alger. Le tribunal d'Illizi a par ailleurs promis une récompense de 10 millions de dinars algériens (environ 95.540 euros) pour son arrestation.
Décembre 2007
Le 25 janvier 2007, le GSPC s'affilie à Al-Qaïda et devient l'Aqmi, Al-Qaïda au Maghreb islamique. Mokthar Belmokhtar en devient l'un des leaders charismatiques et se différencie par un coup d'éclat tragique le 24 décembre 2007. Quatre touristes français sont assassinés sur une route de Mauritanie, à Aleg, à environ 200 km de la côte Atlantique. A quelques jours du départ de sa trentième édition, le rallye Paris-Dakar 2008 est annulé. 
Décembre 2008-janvier 2009
Après avoir visé les touristes, le groupe de Mokthar Belmokhtar s'en prend aux diplomates. Aqmi concentre déjà son action autour de la vallée du fleuve Niger. En décembre 2008, deux diplomates canadiens liés aux Nations unies sont pris en otages. Un mois plus tard, un groupe de quatre touristes européens (deux Suisses, un Britannique, une Allemande) sont à leur tour enlevés dans le Nord du Mali. Aqmi exige la libération de détenus arrêtés en Europe. Mais devant le refus obstiné de Londres de négocier, l'organisation décide d'exécuter le touriste britannique en juin 2009. Les autres sont finalement libérés. Pour la première fois, Aqmi revendique l'acte et démontre ainsi sa radicalisation.
Janvier 2011
Le vendredi 7 janvier, deux Français sont enlevés à Niamey, la capitale du Niger. Les ravisseurs, s'enfuyant vers le Mali, ont été rattrapés par les gendarmes nigériens et les militaires français. Après un échange de tirs nourris, les deux otages sont tués. Quelques jours plus tard, Aqmi revendique l'enlèvement et fustige "l'attitude répressive de la France à l'égard des musulmans et la croisade en Afghanistan". Un communiqué derrière lequel se cache Mokthar Belmokhtar. Il n'est toutefois pas le seul à être actif à Aqmi. Une autre branche de l'organisation a ainsi enlevé cinq Français sur le site Areva d'Arlit, au Niger. Aujourd'hui, quatre d'entre eux - Françoise Larribe a été libérée - sont toujours retenus en otages.
Juin-juillet 2012
Suite à des affrontements avec le Mouvement national pour la libération de l'Azawad, plus connu par son acronyme MNLA, Mokthar Belmokhtar est déclaré mort le 27 juin. Aqmi dément aussitôt l'information. Mais, alors que l'influence de l'organisation grandit dans le Nord du Mali, "le borgne" décide de prendre son indépendance. En décembre 2012, il annonce, via un message vidéo, la formation d'un nouveau groupe, "Signataires par le sang", distinct d'Al-Qaïda.
Janvier 2013
Isolés au sein de la nébuleuse islamiste depuis le début de l'offensive des groupes terroristes en direction de Bamako, les "Signataires par le sang" sont partis pour la base-vie d'In Anemas, un important site gazier algérien, à 1.700 kilomètres de la frontière malienne. Depuis mercredi, à la suite d'une attaque dans laquelle un Britannique et un Algérien auraient trouvé la mort, ils retiennent en otage plusieurs occidentaux. Selon plusieurs sources, dont la chaîne Al-Jazira, Mokthar Belmokhtar pourrait se trouver sur les lieux.

Riad
Samedi 19 Janvier 2013 - 00:00
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