REFLEXION

LAGHOUAT : Manifestation à Alger et menaces d’explosion



LAGHOUAT : Manifestation à Alger et menaces d’explosion
Enclavés entre des wilayas en plein essor, les citoyens de la wilaya de Laghouat se retrouvent spectateurs d’un développement du pays à partir des ressources gazières de Hassi R’mel auquel leurs chômeurs n’ont accès qu’au compte-gouttes. Etendue sur 25 000 km², cette wilaya porte du désert ne compte pas moins d’un demi-million d’habitants. Si l’élevage est la principale activité de la région, l’industrie n’en est qu’à ses premiers balbutiements quoiqu’elle allait devenir la capitale du textile algérien. Les Laghouatis lorgnent sur Djelfa, Tiaret et Ghardaïa avec jalousie. D’ailleurs ils demandent toujours aux « gens de passage » s’ils préfèrent Djelfa ou Laghouat. La réponse est toujours mitigée par le fait que les deux wilayas sont accueillantes sauf qu’à Laghouat, la mauvaise humeur conséquence du malaise social est bien visible sur les visages des jeunes du chef-lieu de wilaya même mais aussi à Hassi Delaa, Sidi Bouzid, Oued M’zi, Tadjrouna et autres Sebgag, Hadj Mechri et Enfous. Les Laghouatis ne se comparent pas à leurs voisins d’El Bayadh. Ils n’ont rien à leur envier, dit-on. La dernière sortie des Laghouatis est le regroupement des jeunes chômeurs devant la maison de la presse Tahar Djaout à Alger et ce, pas plus tard qu’hier. Avant cette sortie, le jeudi dernier a connu une forte présence de ces diplômés qui n’ont pas trouvé chez eux d’écho à leurs revendications. Même à propos des postes au niveau du barrage de Seklafa, les Laghouatis se disent lésés par un abus durant le concours de recrutement d’ingénieurs et de techniciens. Wafa, 20 ans, à la veille d’être diplômée de l’université Telidji de Laghouat ne voit pas ce qu’elle ferait de ses années d’études. << Je n’ai aucun avenir ici à Laghouat, dit-elle. Quand je vois cet ingénieur de 26 ans, « sans épaules », portefaix et sous-employé dans un magasin de prêt-à-porter, je me projette dans un avenir bien sombre. >> Elle aussi lorgne du côté de Hassi R’mel. Mais la jeune demoiselle ne va pas caresser ses jeunes concitoyens dans le sens du poil. Et elle poursuit : << Ici à Laghouat, par exemple, durant les jours de fête, aucune boulangerie n’est ouverte. Il faudrait des jours pour revoir réapparaître la baguette et le croissant. Pas une boulangerie n’est tenue par un Laghouati. Le dur métier est laissé aux étrangers à la vile. Les terres concédées qui devraient être exploitées au maximum avec toute l’aide de l’état qui s’en suit sont délaissées. A mon sens l’argent public est mal géré. Par exemple, les réalisations de ronds-points et de travaux du tape-à-l’œil sont flagrants, alors que la population manque d’hôpitaux, de salles de soins et les jeunes ont grand besoin de petits boulots à la mesure de leurs capacités, mais aussi de lieux de loisirs. Ce qu’il faudrait, par exemple, à ces jeunes ce sont des piscines, car ils ont appris que leurs compatriotes du nord sont plus favorisés avec leurs bords de mer. La priorité doit être au gagne-pain, source de subvention aux besoins de chacun. >> Wilaya depuis le découpage de 1974, issue de l’ancien département des Oasis, Laghouat se retrouve avec sur les bras du désert qui avance à grands pas et une steppe qui perd 1% l’an de son territoire. A part Hassi R’mel, le hassi qui fait des remous où tout le monde veut y être, il ‘y a absolument aucune issue de secours. Là-bas, ce n’est pas seulement un emploi qu’on y trouve, mais aussi le meilleur salaire dont rêvent tous les Algériens. Par contre Hassi Delaâ est un désert dans le désert. Même ce petit village, situé à 130 km au sud de Laghouat, a connu ses ras-le-bol et le dernier bien sérieux ne date que d’avril 2010 et a duré bien longtemps. Par contre plus léger celui-là quand toute l’Algérie se confinait pour suivre le match Algérie-Slovénie dans le cadre de la coupe du monde de football et qu’à Hassi Delaâ, il fallait user de pneus brûlés sur la chaussée pour attirer l’attention des pouvoirs publics pour dénoncer les fréquents délestages. On se demande s’il fait bon vivre là-bas où les jeunes scandaient : <<Nous sommes fatigués !>> Tout comme Sidi Bouzid qui a même connu en 1997 ses « montées » au maquis à cause d’attributions de logements non conformes au désir d’une population lésée. Hadj Mechri, un haut lieu de Résistance à la horde terroriste vit mal cette paix conquise par le feu et par le sang, le baudet étant le seul moyen d’évacuation des malades et la route tarde à venir là où l’eau est un luxe et pas du tout une nécessité vitale. La wilaya qui compte plus de 26 000 bidonvilles, surtout dus à l’exode durant la décennie noire, n’a pas que des logements sociaux à construire, mais aussi de l’eau à ramener au fin fond de la steppe et un marché du travail à développer. Seulement à Laghouat ville, on ne compte pas moins de six brasiers qu’un petit vent de protestation risque d’en faire des volcans. Zekar Hadjajadj, Seddikia, Chettit, Ksar Bezayem, Belhourli, Taka, des cités où l’on subit sans rechigner ont vu un basculement durant les années noires contre ceux qu’ils croyaient sources de discrimination et de maux. Dans un délabrement total, ces cités ne dorment pas et attendent le moment opportun pour lancer le défi. Les cambriolages et les vols de voitures ne cessent d’augmenter ; l’argent liquide manque dans les bureaux de postes ; les syndicats de l’éducation menace de faire grève ; à l’université Telidji les étudiants trouvent du mal à être encadrés en fins d’études ; les éleveurs se plaignent de divers maux qui touchent à leur secteur ; le complexe gazier recrute hors wilaya ; les délestages de courant en périodes de grande chaleur font des mécontents même parmi les enfants, etc… La vague de protestation à Laghouat fait tache d’huile et la wilaya risque de s’embraser. Mademoiselle Wafa poursuit dans un bon français : << A Laghouat, les gens sont fous de tapage comme d'autres sont fous de musique. Un rien les jette à la rue. A comprendre que la wilaya est sur un brasier et ce que d’autres ont mis comme temps et moyens pour faire revenir la paix et la sérénité sur cette wilaya qui boîte risque de partir en fumée. >> Les sacrifices consentis par des hommes et des femmes qui ont connu les affres du terrorisme et de l’intimidation depuis le début des 1980 mérite bien des égards. A Laghouat, le mécontentement fait des émules plus vite qu’on ne le croit et l’on se rappelle cette grève de la faim qu’ont entamé sept chômeurs devant la daïra de Hassi R’mel et qui s’est terminée avec trente-huit jeûneurs forcés par la mal vie et la marginalisation. Même dans la mort, ces gens sont solidaires. La France n’a conquis Laghouat qu’en 1852, soit 22 ans après la prise d’Alger, au prix d’un génocide qui a coûté la vie aux deux tiers de la population musulmane et les descendants du tiers rescapé qui sort d’une guerre civile qui ne pas dit son nom n’a-t-il pas droit à une vie décente et un repos mérité ? Wafa n’a que 20 ans et ne s’aperçoit toujours pas que son enfance a été volée par rapport à celle de son papa et sa maman dont la douce et insouciante jeunesse des années fastueuses du socialisme fait encore rêver.

Yacine
Lundi 11 Octobre 2010 - 00:01
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