REFLEXION

LA REVOLUTION ALGERIENNE 1954-1962: La journée du 18 octobre et les jours suivants

Le FLN avait prévu une grève générale des commerçants nord-africains et une nouvelle manifestation sur la voie publique, mais il ne bénéficie plus de l'effet de surprise. À 12h30, 60 % des quelques 1 400 commerces concernés sont effectivement fermés et les simples admonestations policières restent sans effet.



LA REVOLUTION ALGERIENNE 1954-1962: La journée du 18 octobre et les jours suivants
Il faut attendre 17 heures pour qu'un ordre soit donné d'arrêter les commerçants grévistes. 79 commerçants sont effectivement arrêtés et la menace est assez efficace pour faire rouvrir les commerces à partir de 18h30.Pour les manifestations de la soirée, l'encadrement du FLN est considérablement affaibli par les arrestations de la veille, alors que la police a mobilisé 3 000 hommes, substantiellement plus que les 1 658 de la veille. La préfecture de police a fait le choix, ce soir là, de privilégier la dispersion énergique aux arrestations massives. Les 1 856 arrestations du 18 octobre s'ajouteront quand même aux 11 518 de la veille. À Nanterre, un véhicule de police est atteint par une balle. Les policiers ripostent faisant huit blessés.

Le denombrement des morts:
Les auteurs britanniques qualifient de minimalistes l'estimation de Brunet, de 30 à 50 morts pour le 17 octobre et les journées alors que des commentateurs du livre d'Einaudi croient comprendre de son ouvrage La Bataille de Paris que les policiers ont fait ce soir-là plus de 200 morts. Les historiens britanniques précisent que dans la liste d'Einaudi des 246 victimes pour lesquelles la date du décès est connue, 141 décès ont été enregistrés avant le 17 octobre. Il n'en reste pas moins qu'une fois ces questions de périodes considérées éclaircies, des divergences subsistent, notamment pour désigner les meurtriers des 109 décès d'Algériens enregistrés à l'automne 1961. Un autre aspect du débat sur le nombre de victimes concerne la possibilité que des corps n'aient pas été retrouvés et n'aient pas été enregistrés à l'Institut médico-légal. Pour Brunet, la culture policière rejette toute dissimulation de cadavres. Pour House et MacMaster, il est également probable que « certains corps ont été enterrés en secret plutôt que d'être remis aux autorités françaises tant redoutées ».

REpercussions politiques:
Nombreux avaient été les journalistes à couvrir la manifestation du 17 , mais la censure de la presse en vigueur pendant la guerre incitant à la prudence, c'est ce point de vue officiel que reflète la presse quotidienne le 18 au matin, mais dès le 19, les journaux publient une version plus détaillée des évènements. De nombreux journalistes se rendent dans les bidonvilles de la banlieue parisienne et y découvrent les signes de la violence policière qui a sévi non seulement le 17 octobre, mais aussi la période précédente..À la fin du mois d'octobre, Maurice Papon et le ministre de l'intérieur Roger Frey doivent faire face à un feu roulant de questions embarrassantes, d'abord au conseil municipal de la ville de Paris le 27, puis à l'Assemblée nationale le 30 et enfin au Sénat le 31. Au conseil municipal de Paris, Claude Bourdet demande s'il est vrai qu'aucun policier n'a été blessé par balle, que des rumeurs faisant état de morts de policiers se sont propagées la soirée du 17, sur les ondes de la police, que 50 Algériens ont été tués dans la cour de la préfecture et s'il est vrai, enfin que 150 cadavres ont été repêchés dans la Seine. Pour le GPRA, à la tête duquel le libéral Ferhat Abbas est remplacé le 27 août par Ben Khedda perçu comme plus intransigeant, il importe que des manifestations de masse démontrent sa popularité en même temps que le caractère pacifique des manifestations doit rassurer l'opinion publique et apaiser l'inquiétude des Pieds-Noirs sur l'avenir qui les attend dans une Algérie indépendante.. De Gaulle a également intérêt à lancer des messages tour à tour intransigeants et conciliants. Entre 1958 où il est poussé au pouvoir par les partisans de l'Algérie Française et les Accords d'Évian qui scelleront le sort d'une Algérie indépendante en mars 1962, il doit accompagner chaque nouveau pas vers l'indépendance par une attitude de fermeté destinée à calmer les partisans de l'Algérie française. Le 28 octobre lorsque les émissaires français et algériens se rencontrent à nouveau à Bâle, les dirigeants français comme ceux du FLN reconnaissent implicitement qu'il est dans leur intérêt mutuel d'oublier les évènements sanglants du 17 octobre pour pouvoir passer à autre chose. House et MacMaster citent Malek, l'un des négociateurs algériens qui observe que le GPRA interprète le 17 octobre comme une « démarche classique de tout pouvoir établi d'accroître la pression sur l'ennemi au moment même où l'on s'apprête à négocier avec lui ».

Le proces de L'ancien préfet de police, Maurice Papon:
En 1986, Ali Haroun, l'un des cinq membres du comité fédéral de la Fédération de France du FLN basé à Cologne, publie La 7e Wilaya.qui donne des informations sur la Fédération de France et notamment sur la journée du 17 octobre. L'année suivante, Mohammed Harbi, lui aussi ancien membre fédéral, publie dans la revue Sou'al d'autres documents provenant du FLN et concernant l'organisation de la journée du 17. En 1991, paraît la La Bataille de Paris, 17 octobre 1961 de Jean-Luc Einaudi , qualifient de « travail le plus remarquable et le plus influent de tous ceux publiés à cette date sur les évènements.Le documentaire qui sera diffusé le 2 mars 1993 par France 3.Le procès très médiatisé de Maurice Papon qui se déroule entre octobre 1997 et avril 1998 provoque un regain d'intérêt pour les évènements d'octobre auxquels l'accusé avait été mêlé de près.Trois historiens dont Jean-Paul Brunet sont alors autorisés à accéder aux documents originaux contenus dans les archives. Le 3 juin 1998, la ministre de la justice Élisabeth Guigou crée, pour examiner les archives judiciaires, une autre commission d'enquête dirigée par Jean Géronimi.En février 1999, Maurice Papon intente une action en diffamation contre Einaudi pour un article paru le 20 mai 1998, dans Le Monde, où Jean-Luc Einaudi écrit : « Je persiste et signe. En octobre 1961, il y eut à Paris un massacre perpétré par des forces de l’ordre agissant sous les ordres de Maurice Papon ». L'ancien préfet de police perd son procès en mars 1999 et c'est avec ce dernier que le massacre du 17 octobre revient véritablement sur le devant de la scène médiatique.La polémique entre Einaudi et Brunet reste vivace et s'illustre par les deux chapitres que Brunet consacre à l'affaire au début de son livre sur Charonne. Les Britanniques House et MacMaster notent que « au cours des dix dernières années, la question controversée de l'échelle de la répression de 1961, de plus en plus politisée, devient un élément essentiel des enjeux mémoriels de la guerre d'Algérie ». C'est à ces aspects mémoriels qu'House et Mac Master consacrent plus de la moitié de leur ouvrage Paris 1961, les Algériens, la terreur et la mémoire publié en anglais en 2006 et traduit en français en 2008. Les historiens britanniques tentent d'arbitrer la querelle de chiffres entre Einaudi et Brunet, mais une autre historienne britannique leur reprochera leur partialité contre Brunet.

Le 17 octobre 2001, 40ans, après les faits:
tialité contre Brunet.
Le 17 octobre 2001, quarante ans, jour pour jour, après les faits, le maire de Paris, le socialiste Bertrand Delanoë, inaugure la plaque commémorative sur le pont Saint-Michel. Aucun représentant de la droite municipale ne désira participer à la célébration.
Le jour même, l'après-midi, à l'Assemblée nationale, le secrétaire d'État à la Défense chargé des anciens combattants Jacques Floch évoqua notamment à propos des événements du 17 octobre « un couvre-feu appliqué sur la base du faciès ». La plupart des députés du RPR et de Démocratie libérale ont alors quitté l'Assemblée nationale, critiquant la « récupération politique » d'un tel événement.À Nanterre (d'où partirent de nombreux algériens), « l'année de l'Algérie à Nanterre » animée par Gérard Perreau-Bezouille aboutira, en relation avec l'activité des associations (Les oranges, Nanterre 2000...) et de citoyens (M'hamed Kaki, Yacine Djaziri, Daniel Brichot...) à la commémoration chaque année du Massacre et à la pose d'une plaque.



La Rédaction
Lundi 11 Avril 2011 - 10:43
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ACTUALITÉ
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