REFLEXION

LA REVISION CONSTITUTIONNELLE EN ALGERIE, EST-ELLE LA PANACEE SANS UNE REELLE VOLONTE POLITIQUE DE CHANGEMENT ?

Douze propositions

Aucun segment politique, seul, ne peut résoudre la crise multidimensionnelle à laquelle est confrontée l’Algérie. Un consensus minimal associant toutes les forces politiques, économiques et sociales, sans exclusive, mais excluant tout extrémisme, est indispensable ce qui ne saurait signifier unanimisme signe de la décadence de toute société. Il serait hasardeux pour l’avenir de l’Algérie d’aller vers un monologue, de combler le vide (culture bureaucratique rentière du passé) par certaines organisations incapables de mobiliser la société du fait de leur non crédibilité. La révision constitutionnelle en Algérie est-elle la panacée sans une réelle volonté politique de changement ?



Or, l’objectif stratégique est de redonner confiance,  brisée entre l’État et les citoyens au moyen d’un dialogue fécond et productif afin de favoriser  vers  une mutation systémique fondée sur le développement de plus d’espaces de liberté, objet de cette contribution.

I.-Le cadre stratégique: fixer des objectifs datés
Toute  action  implique  une vision stratégique d’adaptation à ce monde du XXIème  siècle interdépendant  turbulent et instable.   Il existe un théorème en sciences politiques : 80% d’actions mal ciblées et désordonnées que l’on voile par de l’activisme, ont un impact de 20% sur les objectifs et 20% d’actions bien ciblées ont un impact sur 80%. J’accorde une importance particulière à  un large débat national sur les impacts économiques et sociaux   de la  dépense publique, sur les réserves énergétiques, de la rentabilité   de nos réserves de change, de l’école, depuis le primaire au supérieur, qui  façonnera le citoyen algérien de demain et qui collant avec l’environnement,   déterminera la future trajectoire du développement économique, social et politique de l’Algérie au sein de la mondialisation. Ainsi, pour une efficacité réelle de la  révision constitutionnelle, moyen, et non comme fin, (l’on peut  avoir les meilleures lois du monde mais rarement  appliquées souvent en raison de la neutralisation de différents rapports de forces contradictoires),  il  s’agit de cerner les causes fondamentales  du blocage qui sont d’ordre systémique, reflétées par le divorce de l’importance de la  dépense publique, plus de 700 milliards de dollars( équipement et fonctionnement)  et les impacts économiques et sociaux,  avec un taux  de croissance moyen de 3%, alors qu’il aurait du dépasser 10/15%. Les données officielles de la Banque Mondiale comme celles de la Banque d'Algérie permettent d'indiquer que  pour la période 2000-2013,97/98% des exportations sont le  fait des hydrocarbures  ainsi que la totalité des réserves de change  évaluées à 194 milliards de dollars au 1ER  janvier 2014, et que  l'Algérie, calcul réalisé selon les données de la Banque d’Algérie,  a exporté 707,250 milliards de dollars et a importé pour 491,200 milliards. Pour dépasser cette situation anomique, toute  action  implique  une vision stratégique d’adaptation à ce monde du XXIème siècle interdépendant  turbulent et instable.    L’enjeu majeur pour l’Algérie  et sa survie implique donc de mettre en place des instruments opérationnels capables, d’identification, d’anticiper les modifications de comportement des acteurs économiques, politiques, sociaux et militaires,  au moment où notre région connaît et devrait connaître entre 2014/2020 d’importants bouleversements géostratégiques notamment  au niveau du bassin euro-méditerranéen et africain. Dans les pays dits démocratiques existent deux  à quatre grands partis maximum  avec des programmes  politiques, sociaux , culturels   et économiques précis  étant impossible en Algérie de fédérer  plus de 60 partis  où la majorité n’a aucune vision stratégique du devenir du pays. D’où l’urgence de restructurer le système partisan, actuellement inefficace,  loin de toute action autoritaire. Cependant il faut éviter de s’attaquer au secondaire, et non à l’essentiel, comme le préconisent certains partisans de la dissolution  de l’actuelle Assemblée Nationale, car cela ne résoudra aucun  problème.  Comme    doit être opéré la restructuration de la société civile avec ces milliers d’associations  vivant en majorité de la  rente des hydrocarbures  souvent instrumentalisées par l’administration lors de différentes élections,  étant incapables  avec les micros-partis de mobiliser la société, réseaux sociaux intermédiaires inefficaces favorisant  la confrontation forces de sécurité-citoyens. Dans le même ordre d’idées,   il devient urgent  d’avoir deux à trois  grandes organisations économiques au maximum en unifiant le patronat  privé  afin qu’il devienne une force économique crédible, évitant son instrumentalisation  par le politique, (contre l’octroi de marchés publics en fait la distribution de la rente)  assistant  à une multitude d’organisations  avec des conflits de leadership,   cause  de la division. Il s’agit d’intégrer également, d’une manière intelligente,  la sphère informelle dominante recelant bon nombre d’entrepreneurs dynamiques.  C’est dans le cadre d’une nette volonté politique de changement  que s’inscrivent mes  douze propositions, en me limitant aux facteurs ayant un impact sur  la sphère socio-économique, l’Économie étant avant  tout politique.

II.-Les douze  propositions :
1.-Doit être inscrit en préambule de la Constitution,  l’engagement,  à ne pas geler les institutions sous peine de délits d’initiés et ce  quelque soit le niveau de responsabilité, et à mettre en œuvre dans un délai qui ne dépassera pas  six  mois la promulgation des  lois  et par la suite trois mois au maximum  les décrets exécutifs d’application.
2.-Facteur essentiel du développement économique et social,   codifier  le développement des LIBERTÉS, politiques, économiques, sociales  et culturelles (dont la liberté des médias),  l’implication de la jeunesse et la promotion réelle   de la femme à la gestion de la Cité qui ne saurait s’assimiler pas à la distribution de quelques portefeuilles ministériels ou autres.
3.-Codifier  la bonne  gouvernance, l’État de Droit, l’alternance au pouvoir, par la reconnaissance de l’opposition,  la séparation nette des pouvoirs, un rééquilibrage au niveau du Conseil Constitutionnel en faveur de personnalités indépendantes, une institution indépendante chargée de superviser toute élection, le Ministère de l’Intérieur étant chargé uniquement de la logistique,  l’indépendance de la justice, évitant cette concentration du pouvoir entre le Président de la République et le Ministre de la Justice, par plus d'indépendance des juges, du conseil de la magistrature,  la pluralité syndicale,  la valorisation du savoir,   avec pour objectif, le   renforcement de l’État républicain et  la démocratisation dans tous les  domaines.
4.- Codifier  la limitation  du mandat  présidentiel à deux maximum de cinq années, ma préférence durant cette période de transition étant un régime semi-présidentiel, éventuellement de  prévoir la fonction  de Vice-président chargé de seconder le Président en fixant clairement ses prérogatives, afin d'éviter les expériences passées,  rétablir la fonction  de  Chef  de gouvernement avec des prérogatives clairement définies notamment pour la sphère économique  ainsi  que limiter dans le temps (5 ans maximum) les hautes fonctions supérieures  de l’État, pour éviter la léthargie et les relations de clientèles.
5.-Criminaliser la  corruption comme une atteinte  à la sécurité nationale  par la totale transparence de l’utilisation des deniers publics (dépense publique-rente de Sonatrach- réserves de change),   en unifiant les institutions   de contrôles indépendants de l’exécutif et donner de larges prérogatives à la  Cour des Comptes, parallèlement au contrôle parlementaire à  la  société civile et s’engager  à respecter les Accords internationaux en la matière contre le blanchissement de l’argent « sale». Toute personne impliquée ne peut  exercer des postes de responsabilité au sein  des structures de l’État, mais  devant différencier l’acte de gestion de la corruption afin d’éviter de paralyser l’initiative des managers.
6.-Codifier  l’économie de marché concurrentielle à finalité sociale, loin de tout monopole,   comme processus irréversible   en insistant sur l’importance de l’État régulateur stratégique en économie de marché.
7.-Mettre l’entreprise  publique, qui doit se conformer aux normes de rentabilité,  et privée au  cœur  du développement, et  ce sur un même pied d’égalité.
8.- Codifier la non-urbanisation des terres agricoles  et garantir  la propriété privée, comme droit inaliénable.
9.- Codifier la régionalisation économique autour de grands pôles régionaux  à ne  pas  confondre avec régionalisme qui impliquera d’importantes réformes institutionnelles (Ministères, secteur économique public - wilayas- APC).
10.-Le système d’information s’étant effrité, codifier  un organe indépendant de l’exécutif chargé de la collecte d’information  et de la  planification stratégique.
11.-Codifier comme impératif  la mise en place d’une transition énergétique après avis du Conseil de Sécurité,  pilotée par le Conseil National de l’Énergie et s’engager  à un large débat national concernant le futur énergétique 2015/2030 qui engage la sécurité nationale-promouvoir une  économie productive compétitive s’adaptant avec pragmatisme  au processus de la mondialisation  hors hydrocarbures en faisant participer notre émigration.
12.-Codifier l’adaptation à la mondialisation, l’intégration du Maghreb, pont entre l’Europe et l’Afrique continent à enjeux multiples,  comme processus stratégique ce qui impliquera un renouveau de notre diplomatie qui s'est bureaucratisée.
D’une manière générale, tout pouvoir  a besoin d’une opposition forte organisée  avec des propositions productives pour se corriger, devant l’associer dans les  grandes décisions qui engagent l’avenir du pays,  le monologue étant suicidaire.  L’Algérie a besoin pour éviter la léthargie et la stérilité que tous ses enfants dans leur diversité, par la tolérance des idées d’autrui, se regroupent au sein d’un même objectif à savoir le développement économique et social  tenant compte  de la  dure réalité mondiale où toute Nation qui n’avance pas recule forcément. Une loi n'est qu'une loi fusse-t-elle la Constitution, devant être sous-tendue par une nette volonté politique de changement.

Dr Abderrahmane MEBTOUL
Samedi 24 Mai 2014 - 10:34
Lu 325 fois
ACTUALITÉ
               Partager Partager

A LA UNE | ACTUALITÉ | MOSTAGANEM | RÉGION | CULTURE | SPORTS | CHRONIQUE | DOSSIERS | ISLAMIYATE | Edito | RAMADANIATE | NON-DITS | DÉBAT DU JOUR | TRIBUNE LIBRE | PUB | Spécial 1er Novembre 54 | Aidons-les ! | MOSTA-HIER | بالعربي






Edition du 05-12-2016.pdf
3.51 Mo - 05/12/2016





Flux RSS


Retrouvez-nous sur Google+