REFLEXION

LA MEDITERRANEE, UN ENTRE-DEUX RIVES, DEVENUE UN IMMENSE CIMETIERE !

La migration clandestine des rives sud aux rives nord de la Méditerranée prend une ampleur alarmante, elle devient un phénomène préoccupant qui interpelle l’opinion internationale- Alors qu’on y a enregistré 90 morts en 2014, on dénombre plus de 15000 victimes durant les quatre premiers mois de 2015 : plus de dix mille migrants ont péri au large de l’île de Lampedusa en moins de trois jours, parmi lesquels 8000 en provenance des côtes libyennes les 18 et 19 Avril dernier, trois cents autres naufragés au large de l’île Rhodes en mer Egée et un nombre indéterminé de noyés près de Catane en Sicile le 20 Avril (98 survivants ont pu être sauvés).



Selon l’agence italienne d’information ANSA, des ressortissants égyptiens, nigériens, somaliens, maliens, zimbabwéens, ghanéens, bangladeshis, syriens…  figurent  parmi ces nombreuses   victimes. C’est la plus sombre et la plus meurtrière  tragédie de l’immigration clandestine en Méditerranée. Depuis le début de 2015, un migrant clandestin meurt toutes les deux heures en Méditerranée. Quant au phénomène «  harragas » qui est propre aux côtes maghrébines, il demeure incessant. De nombreux jeunes,  attirés par « le chant des sirènes »,  à la recherche d’une vie meilleure, se lancent  inconsciemment à l’aventure, quitte à connaître  les pires désillusions. Les décomptes macabres se multiplient, hélas ! L’émission diffusée le 23/04/2015 par la chaîne de TV F2 française suscite l’indignation et la révolte de la conscience humaine devant de telles souffrances, de tels drames.
A qui profitent ces croisières de la mort ? Les réseaux de passeurs et des organisations terroristes- pour des raisons bassement mercantiles et cupides, pour les uns, et des desseins politiques, pour les autres, profitent délibérément de la misère, du   dénuement et du  désarroi des candidats à l’émigration clandestine. De nombreux migrants cherchent, à tout prix, à  échapper à la mort qui frappe partout et à tout moment dans des pays  en proie à la guerre civile, à des conflits fratricides dévastateurs qui n’épargnent pas les populations civiles en Syrie, en Irak, en Libye, en Somalie, au Yémen, en Afghanistan… Des groupes terroristes utilisent le flux massif de migrants clandestins sur les côtes italiennes, grecques et espagnoles  comme une arme redoutable dont les nuisances seront évidentes à long terme. Les passeurs, des vendeurs de rêve, n’hésitent pas à surcharger, y compris dans les cales, des cargos rouillés et hors d’usage et  des canots pneumatiques qui risquent de chavirer au moindre incident. Et vogue la galère !
Pour fuir l’horreur  vécue dans leur propre pays, les candidats à l’exil sont conduits à prendre des décisions de désespoir : ils tentent le tout pour le tout afin de pouvoir disposer du droit élémentaire à la vie. Ce drame n’aurait-il pas dû  constituer l’objet d’une vive préoccupation de la communauté internationale ?
Force est de constater  malheureusement que de nombreux pays européens, des chantres déclarés de la justice et de la démocratie, ont fait preuve d’un laxisme et  d’une indifférence coupables à  cet égard. La presse occidentale, à quelques exceptions près, s’est contentée de déplorer  hypocritement cette situation tragique. « Le silence est  pour les oreilles ce que la nuit est pour les yeux » (S. Quinard). Seuls l’Italie  et ’Espagne les plus directement confrontés à  ce douloureux problème, ont tenté, en utilisant  des moyens dérisoires, de freiner cette immigration clandestine, une déferlante exponentielle.
A ce titre, le maire de Catane a récemment reconnu que  beaucoup de migrants  auraient pu être sauvés si des moyens suffisants et appropriés avaient été mis en œuvre. Même si l’Europe ne peut pas « accueillir toute la misère du monde » (pour reprendre la froide expression d’un ancien président français qui  ne cache pas sa xénophobie alors qu’il est lui-même issu de l’immigration), il convient de reconnaître  que la responsabilité des pays occidentaux, des anciennes puissances coloniales surtout, est bel et bien  engagée. Le chaos engendré par les guerres des conflits interethniques ou tribaux, ou confessionnels exacerbés, n’a-t-il pas été au départ attisé par l’intervention militaire des occidentaux en Irak, en Syrie, en Afghanistan, en Libye, au Niger, au Mali… ? Plus grave encore, certains gouvernements européens n’ont-ils pas favorisé et encouragé l’émergence et la consolidation de régimes dictatoriaux et sanguinaires  en Afrique notamment ? Le règne de l’ « empereur » J.B.Bokassa à Bangui, de « maréchal » S.S. Mobutu à Kinshasa, du colonel El Kadafi à  Tripoli et d’autres despotes et corrompus n’a-t-il pas eu les faveurs et l’appui de  certaines puissances européennes qui,  en contrepartie, en profitaient pour asseoir   leur hégémonie et exploiter les richesses du sol et du sous-sol de nombreux contrées d’Afrique et du Moyen-Orient ? Cette mystification  n’a-t-elle pas, déjà en son temps, été dénoncée fort  judicieusement par Aimé Césaire (écrivain martiniquais)   dans son discours sur le colonialisme en 1970 ? « On me lance à la tête des faits, des statistiques, des kilométrages de routes, des canaux, des chemins de fer. Moi, je parle de milliers d’hommes sacrifiés au Congo- Océan. Je parle de ceux qui, à l’heure où j’écris, sont en train de creuser à la main le port d’Abidjan. Je parle de millions d’hommes à qui l’on a inculqué savamment la peur, le complexe d’infériorité, le tremblement, l’agenouillement, le désespoir. »
Incontestablement, le développement économique des puissances occidentales n’est-il pas dû, pour l’essentiel, au pillage scandaleux des richesses minières et agricoles du continent africain en particulier ? La concurrence sans merci, inégale et  déloyale, a fini par ruiner les paysans et producteurs africains, ce qui a accentué les disparités régionales, le sous-développement, la misère et l’exode rural dans ce continent.
Par ailleurs, la politique de l’immigration choisie, prônée dans les pays occidentaux, pour attirer des migrants hautement diplômés, ne contribue-t-elle pas aussi à appauvrir davantage les pays sous-développés qui perdent l’élite scientifique et intellectuelle qu’ils ont formée à grands frais ? Les états de l’Union européenne mènent en Europe une lutte anti-pollution avec la plus grande  vigilance pour la préservation de l’environnement  naturel  et le mieux-être de leurs populations. Mais, au même moment, et avec la duplicité  de certains responsables africains, ils déversent sans discernement, à ciel ouvert, leurs déchets toxiques (y compris radio-actifs) au Sénégal, au Niger par exemple, y mettant en grand danger la vie humaine, la faune et la flore. Quoi de plus machiavélique, de plus hypocrite, de plus criminel qu’un tel comportement ? Et c’est cette misère, l’état de dénuement, les maux du sous-développement qui contraignent, dans de nombreux cas, de nombreux « damnés de la terre » à s’exiler, même au péril de leur vie. Le migrant clandestin ne cherche qu’à survivre, « tout son être exprimait Rien, l’absence d’appui, la faim, la soif, l’horreur, l’ombre et l’immense ennui. » (V.Hugo)
Amnesty international qui déplore opportunément la restriction des opérations de sauvetage exige plus de ressources navales, le renforcement des moyens de surveillance et d’intervention et   demande une nouvelle politique d’accueil des migrants. Le premier ministre italien estime, pour sa part, qu’il est temps de s’attaquer du fond du problème, sans démagogie. Les organisations non gouvernementales exigent, quant à elles, une action rapide de l’Europe, une réelle volonté politique, une lutte implacable contre les trafiquants et les réseaux de passeurs, les esclavagistes du 21° siècle, le renforcement des opérations de recherche et de secours, l’humanisation des conditions de l’accueil et du regroupement familial qui font l’objet de strictes restrictions actuellement.
La réunion des ministres européens de l’intérieur et des affaires étrangères tenue au Luxembourg le 20 avril dernier et celle du sommet européen à Strasbourg, trois jours après, ont permis de prendre des mesures peu efficientes, me semble t-il, qui ne satisfont que les mouvements populistes xénophobes et les parties de l’extrême droite européenne dont le pouvoir de nuisance s’amplifie en France, en Allemagne, au Danemark, en Finlande, en Autriche et en Hongrie…La victoire des conservateurs britanniques aux récentes élections législatives laisse craindre le pire pour les immigrants (même européens), que dire des migrants clandestins ! A cet effet, il a été décidé de renvoyer illico presto les immigrants clandestins chez eux. Seul bémol ou « mesure de faveur », ceux qui fuient la persécution pourraient bénéficier de l’asile politique.
En outre, il a été convenu de tripler le budget de l’opération de patrouille en mer, de sauvetage et d’intervention pour prévenir les flux de migrants clandestins. Ces derniers seraient, aux dernières estimations, plus de 600 000 à attendre une hypothétique traversée de la Méditerranée. Les destinations « privilégiées » seraient l’ile Lampedusa, la Sicile et la Sardaigne, la côte d’Andalousie, le port turc de Mesrine et certaines côtes helléniques. Finalement, l’Union Européenne prévoit d’être mandatée par l’O.N.U pour mener des  opérations ciblées, détruire les bateaux au départ, démanteler les réseaux de passeurs, et pour arraisonner les embarcations de migrants en pleine mer. Mais, à l’évidence, ces deux mesures ne présentent-elles pas de gros risques ?  Il est à craindre que de telles opérations, qui sont loin d’être dissuasives, éludent totalement les causes du flux massif de migrants clandestins et ne règlent aucunement ce douloureux problème. L’Union européenne feint d’oublier que l’O.N.U, « ce machin », a pourtant adopté les objectifs du millénaire pour le développement (O.M.D), un plan d’aide internationale fixé en 2000 qui prévoit d’éradiquer la pauvreté en 2015. Les promesses n’ont pas été tenues, loin s’en faut ! Les résultats escomptés s’avèrent en effet dérisoires puisque les écarts entre nations développées et nations déshéritées ne cessent de se creuser, que de nombreux pays, qui ne disposent pas d’infrastructures de base, s’enlisent dans la misère et que leurs populations vivent dans le dénuement, n’ont pas droit à la santé, à l’eau, à l’éducation, à la vie ! « Etre ou ne pas être, telle est la question. » (Shakespeare). Les mesures récemment prises ne permettront aucunement d’arrêter ni même de réduire les flux migratoires tant que les pays- les plus pauvres du monde- continueront de pâtir dangereusement de maux incommensurables ravivés par l’égoïsme et la cupidité des puissances industrielles, tant qu’ils souffrent encore des effets pervers du réchauffement climatique aggravé par la pollution, de la concurrence économique déloyale, de la dépréciation  de leurs ressources agricoles et minières…
N’importe-t-il pas d’aider effectivement ces pays dévastés et ruinés à sortir de leur état d’extrême dépendance, à préserver les droits humains les plus élémentaires, à instaurer la justice, à rétablir la paix et la sécurité ? En somme, c’est là tout un programme salvateur qui ne peut être réalisé que par une bonne gouvernance, dans des états de droit. Ce serait, à mon sens, la solution idoine qui rendrait espoir à des populations sinistrées et traumatisées et qui les aiderait à se stabiliser dans leur pays d’origine. Tout le reste, me semble-t-il, ne serait que (mauvaise) littérature !

 

DAHOU Mokhtar
Vendredi 22 Mai 2015 - 16:54
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DÉBAT DU JOUR
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