REFLEXION

LA CHRONIQUE : Ramadhan, le terrorisme et l’école

La présente chronique m’a été inspirée par une table ronde intitulée « La réforme de l’enseignement et l’évolution de l’école tunisienne », organisée récemment, à la Cité des Sciences, par l’Association Tunisienne pour l’Éducation
et la Culture (ATEC).



Cette rencontre-débat a été meublée par plusieurs figures de proue de l’éducation, de l’enseignement et de la culture et a ouvert, à mon avis, un chantier de questions sur lesquelles on pourra longtemps réfléchir.  C’est la preuve donc qu’on ne révise pas un système d’enseignement au pied levé, sous la pression d’une quelconque contrainte politique ou de certaines considérations étriquées. Un système d’éducation et d’enseignement est le pilier fondamental de la construction de la personnalité citoyenne et de l’édification de la structure sociétale. On ne saurait donc y toucher sans une philosophie de base repensant les paris culturels et les défis civilisations qui devraient nourrir toute idée de réforme ou de révision. C’est d’ailleurs pourquoi il est absurde de repenser l’école et de chercher à la réviser sans y intégrer une composante fondamentale, l’université, lieu du savoir et de la connaissance en rapport étroit à l’interrogation continue sur la Vérité et sa relativité. Le Ministère de l’Éducation peut faire souffler tous les vents du changement, il ne soulèvera que poussière si le changement n’est pas transversal de tous les cycles de formation et de quête du savoir et de la connaissance. Ainsi, toute révision isolée dans l’une des étapes du cursus d’éducation et d’enseignement équivaut à un pansement placé sur une plaie dont le mal est à traiter en profondeur. La révision de notre système n’est pas tant une décision titanesque d’arrêter les cours particuliers, malgré le caractère inquiétant de cette pratique, à tous points de vue. Ce n’est pas, non plus, une exhibition pugilistique entre un pouvoir en place en mal de solutions et un syndicat en manque de compréhension. Ce n’est surtout pas des clichés que l’on sort à tous bouts de champs pour discréditer un système dont les dénigreurs sont le pur produit, eux qui se jugent pourtant d’une intelligence inouïe leur permettant d’instituer leur propre système, par un quelconque génie qui leur viendrait d’une inspiration divine ou d’une force surnaturelle. Ce qu’il conviendrait de comprendre c’est que la révision de notre système n’est qu’un besoin d’adapter notre évolution et notre développement aux exigences de l’Histoire et aux nouvelles donnes que le progrès et les conjonctures nous obligent à prendre en considération, sur un fond(s) de valeurs inaliénables que l’école de la République a ancrées en nous et qui devront continuer d’éclairer notre marche. Ayons donc l’humilité de ne pas mettre sur l’école toutes nos défaillances et tous les manquements à notre responsabilité, car repenser l’école peut s’avérer tout simplement un besoin urgent de nous (re)penser nous-mêmes dans ce qui engage notre éthique et notre responsabilité, bref notre humanité et notre citoyenneté. J’en suis à me demander si certains hasards sont vraiment fortuits, en voyant coïncider cette table ronde ci-dessus évoquée, dans la mouvance plus ou moins enfiévrée de la consultation sur l’école, avec l’arrivée attendue du mois de ramadan, un mois censé constituer lui-même une école d’humanisme, et avec les crimes terroristes qui ont coûté la vie à prés de ‘’trente touristes étrangers en Tunisie’’ et  13 personnes  au Koweït . Cela me rappelle ceux qui disent que notre école produit des terroristes ! Non, c’est nous qui, dans une école qui a des qualités et des défauts, fabriquons des terroristes tout comme  nous fabriquons de bons citoyens et des compétences indiscutables. Pensons à notre façon d’agir à quelque niveau que nous intervenons dans l’opération éducative et ayons l’honnêteté de juger objectivement notre performance et d’en évaluer ses retombées diverses, nous comprendrons peut-être que l’essentiel à réviser, c’est notre conscience des choses importantes de la vie et du pays. Pensons à la part de nos convictions que nous cherchons à inculquer de force à des enfants innocents sans prendre la distance de nous demander si ces convictions ne sont pas discutables ou au moins à relativiser. Pensons à un « Tais-toi » que l’on crie à une intervention aventureuse ou même maladroite de leur part, pendant que nous leur parlons de démocratie, de tolérance et d’esprit critique. Pensons à d’autres situations similaires ou ce sont nos complexes personnels qui commandent notre rapport à l’apprenant, alors que notre rôle est de comprendre ses complexes et de l’aider à ne pas se prendre au piège de leurs dérapages. Ce qui n’empêchera pas après, quand on aura pris conscience d’abord de ce que nous avons manqué de faire ou de ne pas faire, une mûre réflexion collective sur la révision du système d’éducation et d’enseignement pour le mettre au diapason de l’Histoire et des nouvelles ambitions de notre société.

 

Mansour Mhenni
Samedi 27 Juin 2015 - 18:03
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