REFLEXION

LA CHRONIQUE : Consommons du «Made in Algeria», mais quoi?

A la veille du lancement de la campagne «Consommons algérien» du gouvernement, j’ai essayé, depuis Paris, d’imaginer ce que serait mon train de vie si je consommais 100% Algérien. Quels sont donc ces fameux produits nationaux dont le gouvernement vante les mérites et auxquels ils allouent des crédits à la consommation ?



J’ai d’abord naturellement pensé au produit phare, symbole du patriotisme algérien, symbole de résistance face au consumérisme Made In America, symbole du tiers-monde, du socialisme, le rouge de son logo rappelant Che Guevara, le jaune Mao, ce produit que nul Algérien n’est censé ignorer. Oui, j’ai tout de suite pensé au Selecto d’Hamoud Boualem. Le Selecto, le coca algérien à l’essence de pomme, dont raffole chacun d’entre nous, et d’ailleurs ceux qui préfèrent le vrai Coca-Cola, sont priés de le penser, en silence. Le Selecto, qu’on trouve partout, en épicerie, dans n’importe quel hypermarché ou encore dans presque toutes les boucheries halal. Nul ne peut passer à côté du Selecto, nul ne peut ne pas y avoir goûté au moins une fois. Qu’on l’aime ou non, le Selecto reste un symbole du «consommer algérien », une fierté nationale qu’on exhibe partout, même dans l’Hexagone, qu’on place au même niveau que ses concurrents monstrueux que sont PepsiCo et Coca-Cola. Similaire au Selecto, on retrouve la fameuse Gazouz, la limonade du même fabricant, Hamoud Boualem, la limonade plus blanche qu’un Doliprane, Après Hamoud Boualem, j’ai pensé au second produit phare algérien, cette fois-ci grâce à ma mère. Vous connaissez sans doute ce produit local, né au cœur des montagnes de Kabylie et autres plaines algériennes. Ce produit qui, selon ma mère, mes tantes, mes grands-mères et autres membres de ma famille, est à la fois culinaire et pharmaceutique, s’utilisant aussi bien pour faire cuire des sardines que pour faire bronzer votre peau ou soigner vos douleurs d’estomac. J’ai donc pensé à la Zit Zeitoun, autrement dit à l’huile d’olive. Je n’ai connu que l’huile d’olive kabyle, plus forte en goût et facilement repérable dans des bouteilles entourées de films alimentaires et autres papiers bulles à l’aéroport. Cette huile millénaire est l’objet d’une culture biologique et d’une tradition ancestrale en Kabylie; ses mille et une vertus sont sans cesse rappelées par nos chers et tendres aïeux. Mais voilà, l’huile d’olive, le Selecto et la limonade ne font pas le PIB d’un pays, encore moins son «100% consommer local». J’ai alors pensé à d’autres produits fabriqués en Algérie : l’huile de tournesol Cevital et toute l’industrie agro-alimentaire du géant Issad Rebrab. Ou les produits électroménagers Condor, encore faudrait-il qu’ils soient aussi performants que leurs concurrents asiatiques Samsung, LG et autres géants des machines à laver et réfrigérateurs de pointe. J’ai pensé aux biscuits Bimo dont le célèbre fondateur s’est retrouvé sur la fameuse liste SwissLeaks, encore une fierté nationale. La semoule Sim, les dattes éminemment reconnues Deglet Nour, et surtout, nos drapeaux algériens et autres produits dérivés des tenues des Fennecs, notre équipe nationale de foot, largement exportés. Tous ces produits sont algériens, comment expliquer alors, que l’Algérie importe davantage de sardines qu’elle n’en pêche, davantage de céréales qu’elle n’en cultive, davantage de films qu’elle n’en produit. Comment vanter les produits locaux quand une enquête publique journalistique vous épingle investissements dans l’immobilier et le luxe français, le tout via des banques dont les nationalités sont multiples sauf algérienne. Derrière ces quelques produits qui ne peuvent à eux seuls construire une économie solide pour un pays entièrement soumis à la rente pétrolière et gazière, j’ai pensé au véritable Made In Algeria : l’économie informelle. Cette économie du piratage informatique où le numérique se joue encore majoritairement dans les cybercafés, ce marché noir allant des devises aux produits alimentaires, cette économie qui n’a pas de nom, discrète et pourtant omniprésente dans n’importe quelle wilaya algérienne.

Ania Kaci Ouldlamara
Mardi 7 Juillet 2015 - 18:44
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