REFLEXION

L’éternel arcane du pouvoir d’achat

Se nourrir, se vêtir, se soigner et apprendre, relèvent de la légitimité du quotidien et de l’aspiration naturelle de tout velléitaire doué de raison. Nos recensements nationaux étant ce qu’ils sont, admettons que cette aspiration légitime concerne quelques 5 800 000 ménages. Au-delà du luxe aussi regrettable qu’ ostentatoire, de se cultiver, le tassement du pouvoir d’achat n’explique souvent pas le standing des uns et des autres.



L’observation du mode de vie d’une majorité de ces ménages laisse deviner que celui-ci n’innocente pas les pouvoirs d’achat nominaux respectifs. Produire son pouvoir d’achat, c’est avant tout  travailler et créer sa  propre  richesse. Sur les 40 000 000 d’humains que nous serions au sein de nos frontières, seules    11 970 000 personnes (29,9 % de la population) sont effectivement actives ; Parmi ces actives 19 % soit 2 274 300 sont femmes. Ces 11 970 000 agents se répartissent  essentiellement sur les trois grandes activités qui oeuvrent à la croissance économique : l’Agriculture, l’Industrie et le Service.  En attendant les conclusions de 2015,  le FMI annonçait que le taux de chômage en 2014 était  de 9.8%. Il faut croire que 3 920 000 personnes en âge de travailler, ne mangeraient pas, ne s’habilleraient pas, et ne se soigneraient pas sauf s’ils puiseraient dans des thésaurisations d’origine occultes ou engrangées discrètement. Ces 3 920 000 d’individus  ne seraient d’aucune valeur ajoutée au PIB. L’Algérie, grand chantier tous secteurs confondus, manque-t-elle de 3 920 000 postes d’emplois ? L’économie n’étant pas une science exacte, alors  tout le monde mange, tout le monde se  vêtit, tout le  monde fréquente l’école,  tout le  monde se soigne et cela en vertu du travail et de la richesse nationale  créée par  les 29,9 % de la population. A croire qu’un algérien travaille et  produit le besoin de panier pour 30 citoyens. Il en ressort qu’une  population de 40 000 000 de personnes s’assume et fonde son aspiration d’aller vers le meilleur sur ce que produisent 11 970 000 citoyens. C’est une vue de l’esprit mais que la science exacte ne démontre pas. En effet les études comparatives nous laissent convaincus que  personne ne décèderait  de faim. Une sérénité virtuelle qui traduit la passivité citoyenne devant la question sur l’origine de cette aptitude ou richesse ? La question se pose. Le référant étant le SNMG, le salaire moyen d’un agent d’exécution se situe autour de 23 459 dinars  (1,3 fois le SNMG), celui d’un agent de maitrise autour de 36 746 dinars (2,04 fois le SNMG) et celui d’un cadre autour de 59 432 dinars. (3,3 fois le  SNMG). Le salaire moyen pour l’ensemble se stabiliserait  autour de  31 755 dinars (1,76 fois le SNMG) et cela grâce  à l’ajustement subi  depuis  l’année 2011. La croissance des prix, elle, ne se stabilise pas. Le prix des produits de base ont augmenté sans motif commercial, les denrées alimentaires de  7 %, les produits agricoles frais de 10,34%, les produits alimentaires industriels de 3,87%.  la pomme de terre de 73,37%, les légumes frais de 17,20%, les poissons frais de 15,54% et la viande de poulet de 8,5%. La hausse  a touché tous les prix. A qui profitent  ces hausses des prix ? Contribuent-elles à la croissance nationale ?  L’inflation  dépasserait les 05 % au mois de mai 2015.     
Par quel miracle en l’espace de deux ou trois semaines sur tout le territoire,  les prix,  et d’une manière coordonnée et orchestrée,  s’engagent brusquement dans une tendance à la hausse aussi conséquente qu’injustifiée?  Le pouvoir d’achat structuré et apparent n’a pas bougé.  Le pouvoir d’achat s’élabore  à partir  des ressources du  ménage.  Parviendrait-il à supporter  encore longtemps cette croissance déloyale des prix ? Le marché  de l’emploi a montré ses limites d’octroi de salaires. Sa démarche ignore l’indexation des salaires sur  l’inflation. La répartition des salaires laisse croire que plus de 64 % des salariés ne pourraient s’accommoder avec ces hausses mystérieuses des prix. Et pourtant tout le monde achète et s’approvisionne. Y a-t-il ou pas incompatibilité entre le pouvoir d’achat et le panier nourricier de la ménagère? L’incapacité de vivre selon ses moyens touche non seulement de plus en plus les salariés (agents d’exécution, de maitrise ou cadres) mais paradoxalement devient une tare. Alors d’où provient ce pouvoir de vivre soumis aux transgressions des prix de toutes nourritures quelles  qu’elles soient ? D’où naissent ces prix de produits de panier ?  En effet, 1 270 000 personnes opèrent dans l’Agriculture, Agriculture au spectre le plus large. Nous y trouvons l’exploitant en titre,  le Fellah en titre,  l’ingénieur en titre, le technicien en titre  et les « artistes » en titre aux rôles difficilement cernables mais se justifiant par le travail de la terre. En amont de tout ce monde, le virtuel Manager spéculateur en titre  de l’un des  vecteurs fondamentaux de la croissance du marché. C’est dire que seul 10,6 % de la population active qui contribue à la production agricole. Une situation où l’espace agricole cultivable  s’est réduit et les travailleurs fuient le travail de la terre. Travailler la terre n’est plus une vocation mais une mission. C’est durant ces années soixante dix que l’Etat a consenti au titre de la facilitation et de l’accompagnement  (et gratuitement)  à  concéder des terres agricoles pleinement rentables. Avec rétrospection il est admis que cet acte politique en faveur de l’agriculteur a été mal compris. Commençait alors la déviation de la vocation agricole vers la mission agricole. Aussi productives qu’elles l’étaient, ces terres étaient envahies par le béton en vertu de la règle de la facilité offerte à la non satisfaction des besoins en produits dits de panier et de l’industrie agroalimentaire.  C’est la naissance de l’une des raisons la plus sournoise  de l’embrasement  progressif des  prix  Cette « vocation »  agricole se traduit en 2014 par une contribution de 09 % au PIB  alors que la croissance de la production agricole  est à peine de 11 % en cinq ans (2010-2014). Il est donc permis de croire que la dimension excessive qu’a  pris  l’importation  de produits agricoles ou agraires  n’était  plus un phénomène économique conjoncturel. C’est un phénomène pernicieux que seule la rente excessive des produits d’hydrocarbures rend viable. Cette rente   fait aussi le bonheur des producteurs marocains, espagnols, italiens, français, turcs et d’autres. C’est cette rente qui est conjoncturelle et l’évolution très récente de notre rente pétrolière nous l’a confirmée.   . Et dire que ces hydrocarbures qui produisent les 47 % du PIB occupent à peine 239 400 personnes (02 % de la population active). La Suisse importe ses fruits et légumes  parce que le mètre carré cultivable y est rare sauf que la Suisse  jouit d’un vrai  PIB / habitant de 80 528 US$  et sans hydrocarbures. Celui de l’Algérie,  était  de l’ordre de 5350 US$ / habitant. L’autre secteur  où se ressource le salarié est l’Industrie. En 2015 quelques  1 650 000 personnes (13,8 % de la population active) opèreraient dans l’industrie (activité pétrolière incluse). A peine 1,3 fois le nombre opérant dans l’agriculture. Sur les 959 700 entités économiques 97 205 d’entre elles font dans l’Industrie. A l’exception de quelques industries respectueuses des règles et normes de leurs vocations, une grande majorité des employeurs industriels baigne dans une culture où  l’opérateur industriel tend à faire tout dans la même entité industrielle et souvent sous le  même registre. Une situation  accentuée dès 1995, année où l’Etat consentait de se désengager du monopole exercé sur le  bâtiment,  l’industrie et les transports. Le corolaire attendu de ce désengagement  était la contribution du secteur industriel, agricole et tertiaire à la production d’un PIB   performant reflétant une contribution approuvable du secteur hors hydrocarbure à la croissance économique. Trente ans plus tard le résultat est en deçà du niveau attendu. Ce qui devait être une économie de marché s’avère devenu une économie libre. La croissance n’est toujours pas à l’abri de la dépendance des exportations des hydrocarbures. Le besoin de produits  manufacturés de base continue à être importé. Là prend naissance l’autre raison des dérapages des prix vers le haut. Le pouvoir d’achat est laminé  par la « liberté » du marché à l’origine d’une hausse  des prix incontrôlée et illégale mais révoltante. 30 années après le désengagement de l’Etat de l’opportunité d’investir, seule 02% de la population active (industrie des hydrocarbures) continue à produire les 47% du PIB et à assurer les 97 % des exportations nationales. La dynamique industrielle repose sur le niveau et la nature    des investissements ou de leurs renouvellements compte tenu de l’intégration de la synergie existante et de la diversification industrielle nécessaire. La compétitivité industrielle quand elle est atteinte agit sur les prix vers la baisse. Ce n’est pas le cas en 2015. Encore une répercussion sur les prix. « L’investisseur » dès son premier pas s’installe dans une adversité aux lois et règlements de la République. Il s’adjuge le rôle de « créateur» d’emplois, au secours de l’Etat en occultant la légitimité de créer une richesse singulière et surprenante. Ce  psycho comportement  entretenu  et parfois dilatoire vise l’abandon de la production au profit de l’importation en l’état. En toute relativisation le prix du produit manufacturé à un taux de 40 % d’intégration présente une meilleure traçabilité de sa structure. Le secteur tertiaire notamment commercial emploie  7 059 000  hommes et femmes (59 % de la population active.)   Cette catégorie d’actifs dans le commerce est estimée à 4,28 fois  la force industrielle active et 5,56 % fois la population active dans l’agriculture. Est-il normé que pour commercialiser son produit manufacturé’ un agent industriel ne dispose que de 4,4 agents commerciaux sur tout  le  territoire? Le débat serait long. Mais 1 732 848 registres de commerce  seraient identifiés pour 7 059 000 emplois.   Il en ressort que,  soit un registre de commerce offre une moyenne  de 4 emplois soit 5 326 152 personnes ne justifient pas leur activité commerciale.  La traçabilité de l’acte commercial étant moins balisée et moins  localisée  que dans l’industrie, le secteur commercial semble être plus attractif   pour l’emploi  non « qualifié ». Il serait fort à douter que la valeur ajoutée déclarée par l’acteur commercial ne soit dans le même rapport.   Le mode de fonctionnement du marché ne reflète  pas des ratios normatifs  et une répartition cohérente des  métiers « industrie -agriculture-commerce».  Cet état de fait   favorise le désordre des  rôles et le glissement permanent des  prix pénalisant  fortement  le  pouvoir d’achat du   ménage. Cela mène vers un modèle de consommation irrégulier, discontinu et perturbant. C’est un modèle dicté par le comportement du binôme importateur-distributeur. Il est remarquable que le refus de produire soit plus dominant que le refus de commercer, de  commercialiser et d’importer. Sur les 41 500 importateurs  près de 29 000  font dans le produit de la consommation quotidienne. Le désarroi causé par  la hausse des prix à la consommation semble mettre le consommateur face à un marché de non droit. Cependant consommer dans l’excès  non  mérité et  de surcroit ostentatoire (panier et bien durable)  c’est contribuer à fausser l’analyse des pouvoirs d’achat du salarié. Le pouvoir d’achat ne peut s’accommoder  avec un déséquilibre édifiant entre les différents secteurs d’activité économique. Plus de 70 % de la population active (y compris les « cols blancs »), puise ses ressources dans le commerce (commerce informel non inclus). Une telle  répartition de la population active entre l’agriculture, l’industrie et les services (numérique et commerce inclus) ne prépare pas le Pays vers l’essor qu’il mérite. Elle le placerait dans un faux-fuyant préjudiciable à la croissance.  Dans un pays qui dispose de l’intelligence opérationnelle, de  l’espace, de la main d’œuvre qualifiée, de capitaux  et de ressources naturelles, de telles hypothèses  seraient contre productives.
      
                      

Mohamed Meflah
Vendredi 10 Juillet 2015 - 19:12
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ACTUALITÉ
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