REFLEXION

L’esprit sportif et la réalité du terrain

« Connaître ici (dans le sport) sa valeur, connaître ici sa place c’est une disposition à connaître la valeur et la place de toutes choses.» (H. de Montherlant).



De nos jours, rares malheureusement, sont les rencontres sportives qui échappent aux actes de violence et de vandalisme. Les parties de football CRB- MCA, Ain Fakroun- MCA, USMA- MCA, JSMB- JSK disputées récemment ont été émaillées d’incidents déplorables et leur issue aurait été dramatique sans l’intervention des forces de l’ordre. Les vestiaires du stade Chaker à Blida ont été réduits en piteux état…Ces incidents cités à titre d’exemple (parmi tant d’autres) traduisent l’ampleur de ce problème : les véritables sportifs et les éducateurs dignes de ce nom se disent affectés par ce qui se passe dans le milieu du football notamment. Souvent et presque partout, on rapporte amèrement que des cohortes de jeunes et d’adolescents, grisés par leur nombre et galvanisés par des perturbateurs opportunistes, se livrent à des agressions verbales (insultes, obscénités, vociférations…) et physiques (saccages de tribunes, de voitures, d’édifices publics et de biens privés) dont la violence fait frémir. De tels actes, condamnables à plus d’un titre, cette violence destructrice- qui prend des proportions alarmantes à l’intérieur et à l’extérieur des enceintes et installations sportives- sont le fait de certains spectateurs, de pseudo- supporters qui font fi de l’esprit sportif qui devrait pourtant prévaloir. Un but refusé, un carton rouge brandi à l’adresse d’un joueur, un but supposé litigieux  accordé à l’équipe adverse, une décision d’arbitre contestée souvent à tort…. Et c’est la colère qui gronde dans les tribunes ! «  La haine (sûrement à mon sens) et la violence (parfois) sont l’apanage des cœurs faibles. » (P. de Coubertin). Les terrains de sport et les stades deviennent un véritable exutoire où de nombreux jeunes se défoulent sans retenue aucune, se déchargent de leur rancœur, de leurs frustrations et de leur amertume. On cherche à s’imposer, à triompher en usant de tous les moyens anti-sportifs, même les plus répréhensibles. Pire encore, lors de certaines compétitions sportives, le stade a malheureusement tendance à devenir une tribune politique où sont scandés des slogans partisans et tendancieux : on y clame un régionalisme étroit, un chauvinisme outrancier, des rivalités exacerbées et scandaleusement confortées par des banderoles et des fanions brandis sans vergogne. L’éthique sportive est ainsi bel et bien bafouée. Le sport ne risque-t-il pas de devenir un moyen de canaliser les énergies débordantes, les colères latentes, vers des objectifs mineurs voire mesquins et de participer, par conséquent, à l’ensommeillement et à l’abêtissement des esprits ? Il est évident qu’un tel comportement – qu’il faudrait prévenir et combattre – est totalement incompatible avec l’esprit sportif qui doit caractériser la conception et la pratique sportives. On constate avec regret que les compétitions sportives deviennent souvent des confrontations cruelles et donnent prétexte à de véritables batailles alors que le sport est – dans son essence et son esprit- «  essentiellement un jeu et le jeu est une activité libre et désintéressée d’hommes libres », comme le définit R. Maheu, un ancien directeur de l’UNESCO. L’esprit sportif est- de toute évidence- le fruit d’une saine éducation et d’une culture : il se traduit par le sens de la modestie, de la retenue. Le véritable sportif (pratiquant et spectateur) sait rester humble, en cas de victoire ; son comportement, dénué d’exhibitionnisme démesuré et de prétention déplacée, est exemplaire. Il reconnaît aussi sa défaite en toute objectivité devant un concurrent plus fort, plus talentueux que lui. L’esprit sportif est fondé sur le respect d’autrui et des règles d’une sorte de code d’honneur et de fair- play. La pratique sportive n’a- t- elle pas pour objectif premier de contribuer à la saine éducation de la jeunesse (en particulier), à son épanouissement physique, moral et mental, de favoriser le rapprochement (et, pourquoi pas, l’entente ?) entre les hommes, les populations et les peuples ? Le comportement moral des athlètes ne devrait- il pas être à la hauteur de leurs exploits, de leurs records et, ainsi, servir d’exemple à suivre surtout par les temps qui courent, dans une société qui semble perdre ses repères ? La réalité du terrain est que de très nombreux sportifs algériens, de renommée internationale, ont marqué l’histoire glorieuse du sport national eu égard aux exploits réalisés et à leur comportement exemplaire. Ne devrait- on pas s’en inspirer, surtout en ces temps de morosité et de sinistrose ? A ce titre, et sur le plan local, il me plaît de respirer une bouffée de nostalgie en me remémorant d’illustres sportifs, dirigeants et éducateurs qui méritent notre considération et notre reconnaissance : Le Docteur Bentami, les Benslimane, père et fils, Kaddour Benmoussa et ses compagnons martyrs , les foot-balleurs talentueux Abdelkader Ould Bey, M. Zidane, Maâouche…le boxeur et éducateur A. Berrabah…et la liste est bien longue. Ils demeurent, à mon sens, des références pour leurs qualités sportives et humaines. Hélas, nous assistons, de nos jours, à un changement radical : l’activité sportive (amateurisme marron et professionnalisme) se caractérise par l’appât démesuré du gain et un mercantilisme effréné qui met en péril les valeurs éducationnelles et civilisationnelles les plus nobles. « Les catégories sociales et populaires s’inscrivent dans la contestation et l’émeute, faute d’espace et de réseaux d’expression ». Comme le souligne le sociologue Aissa Kadri (El Watan du 1/2/2014, p.8.). N’est- il pas honteux que l’hymne national de l’équipe visiteuse soit sifflé par certains énergumènes, que la minute de silence à la mémoire d’une tragédie ne soit pas respectée par certains voyous ? Le peuple algérien –connu pour son sens de l’hospitalité, sa générosité et ses valeurs humaines et morales- ne se reconnaît pas en ces tristes individus. Cependant, force est de reconnaître que le rejet et la dénégation de l’esprit sportif ne sont pas un phénomène localisé et spécifique. De nombreux pays sont, eux aussi, confrontés à ce fléau : on cite, à titre non exhaustif, l’hooliganisme qui  a durablement sévi en Angleterre, les cas de comportements xénophobes et racistes lors de rencontres sportives en France, en Italie, en Serbie.  «  On voit se développer de plus en plus la violence sportive, l’agressivité primaire, la brutalité préméditée », comme le remarque J.M Brohm (critique du sport). Par ailleurs, l’esprit sportif est indubitablement un état d’esprit, un comportement, une philosophie qui devrait prévaloir aussi dans la vie socio- professionnelle et ne pas être circonscrite au monde sportif. A titre d’exemple : si le système d’attribution de logements sociaux est fondé sur des critères pertinents, objectifs et impartiaux et sur la transparence, la contestation des candidats non retenue n’aura plus de raison d’être. Ces derniers devraient, en toute sportivité, reconnaître que le sens de l’équité a pris le dessus. Dans le domaine de l’emploi : si le recrutement (par voie de concours) s’effectue, dans toutes ses étapes, dans la clarté et la transparence la plus totale (définition du nombre de postes à pourvoir, conditions exigées, modalités et critères d’examination, grille d’évaluation établie, affichage du corrigé- type et des résultats chiffrés détaillés…), on coupera assurément «  l’herbe sous les pieds des éventuels récalcitrants. Dans ces conditions, qui mettraient fin aux passe-droits, au favoritisme et à la cooptation, l’esprit sportif sera indéniablement conforté. La transparence et le sens de l’équité empêcheraient (ou pour le moins réduiraient) les agissements néfastes des « pêcheurs en  eau trouble ». C’est dire qu’il est naïf voire insensé d’attendre qu’on fasse preuve d’esprit sportif en toutes circonstances si on est injustement confronté aux maux et aux tourments et lésé dans ses droits. Cependant, le recours aux actes de vandalisme, à l’émeute est à bannir absolument d’autant plus que certaines puissances ( dont les desseins machiavéliques sont évidents) favorisent l’encerclement de notre pays en attisant sournoisement des conflits larvés qui menacent toutes nos frontières, que le Maroc utilise l’arme dévastatrice de la drogue à notre encontre et que le contexte géostratégique régional s’avère préoccupant. L’esprit sportif est anémié, étouffé et cesse de s’exprimer quand on casse le dynamisme de la société, qu’on cherche à discréditer l’idée de démocratie, qu’on privilégie la culture de l’avoir dont profite une faune d’affairistes de tout acabit, d’opportunistes de tous bords et de prédateurs jamais rassasiés, que l’hydre de la corruption- qui se nourrit de l’arbitraire et du favoritisme- gangrène de nombreux secteurs socio- économiques et que la répartition des richesses s’avère inégale et injuste. A l’opposé, l’esprit sportif s’épanouit, fructifie et se concrétise dans les comportements et les actes, quand le sens de la citoyenneté et du civisme s’affirment, quand on apprend à écouter autrui, qu’on favorise l’esprit de dialogue et de concertation dans un souci de justice et de transparence dans un état de droit pour la résolution bien comprise des problèmes dans leur diversité. Dans ce même ordre d’idées, il s’avère nécessaire, me semble- t-il, qu’on réadapte l’enseignement (à tous les niveaux) en fonction des exigences du monde moderne, des réalités du terrain et des besoins du pays pour que l’Ecole contribue effectivement à l’éducation et à la formation de nos jeunes. Le rôle de la cellule familiale, des parents surtout (souvent démissionnaires) est essentiel dans ce domaine tout comme celui des associations sportives et culturelles et des mass- médias. Une certaine presse « à sensation » devrait éviter d’attiser les rivalités et la haine et de «  chauffer les tambours ».La conjugaison de ces efforts- en amont et en aval- permettrait d’ancrer les valeurs humaines les plus nobles, les plus fécondes, d’inculquer le civisme et la citoyenneté qui aident à instaurer la démocratie.
Méditons, à ce propos, les préoccupations légitimes du poète turc Nazim Hikmet (1902- 1963) :
‘’Mais quand sur notre terre ; nul n’aura plus faim ? Nul n’aura plus peur d’un autre ? Nul n’avilira personne ? Nul ne volera l’espoir de personne ?
C’est bien là tout un programme ! Une fois ces conditions réunies, l’espoir et l’optimisme renaîtraient dans un climat de respect, de confiance et de sérénité recouvrés…et l’esprit sportif serait de mise.

Dahou Mokhtar Proviseur de lycée à la retraite
Mercredi 12 Mars 2014 - 17:32
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