REFLEXION

L’enfance à Mostaganem : Un enfant, des ordures et une sale vie

Qu’ils vous vendent des sachets pour emporter vos divers achats à travers les marchés publics, des cigarettes pour satisfaire vos goûts tabagiques ou aident vos dames à porter les provisions du marché à votre demeure. .



L’enfance à Mostaganem : Un enfant, des ordures et une sale vie
Qu’ils bossent au noir sans l’âge requis et sans la moindre assurance dans les différents ateliers clandestins de diverses productions, livrés à tous les risques possibles, qu’ils sombrent dans la délinquance, manipulés par des mains adultes à des fins malsaines et condamnables, en finissant à l’ombre pour de longues années, qu’ils soient encore poussés par d’autres adultes à commettre l’irréparable au péril de gâcher totalement leur vie, ils demeurent ces éternels enfants de l’affreuse misère permanente et de la terrible mal vie persistantes!Des enfants qui ne célébreront jamais cette magnifique journée dédiée au bonheur de tous les enfants de la terre, des enfants qui ne feront jamais partie de la chorale, pour chantonner ensemble l’hymne de la vie, en fêtant cet heureux événement, ils n’iront pas, non plus, au manège, se faire étourdir avec un immense plaisir à la grande roue, ils ne seront jamais également au bord de la plage, en ces débuts de canicule, ase bronzer .en à monter des gâteaux de sable sur ces rivages de rêve, ils ne recevront nullement des cadeaux ou des prix pour ce qu’ils endurent, nul n’y pensera à ces autres enfants, les enfants de la marge et de l’oubli.En ce jour de fête, ils seront encore dehors à courir à la recherche d’un colportage à faire ou d’un client pour lui vendre un sachet en plastique, du persil, un paquet de cigarettes, ou une tablette de chocolat de basse qualité ou carrément pris dans les rets d’un adulte pervers pour lui assouvir ses sales désirs. L’école n’a pu les retenir, pour des résultats scolaires plus que médiocres, suite au manque flagrant de fournitures et d’ouvrages scolaires, le monde du travail légal n’a pu également les prendre pour une question d’âge et de qualification.En face de ces horizons fermés pour les raisons citées, ces jeunes enfants ont opté, chacun selon sa façon et ses moyens, à se frayer un chemin, en se débrouillant d’une manière ou d’une autre ou en renforçant simplement les rangs des marginaux.

Sid Ahmed est l’un de ces enfants, qui n’a pu avoir la chance de naître sous des cieux assez cléments, ni de faire partie de ces autres enfants avec un « E » majuscule. Il n’a qu’une quinzaine d’années, ses joues sont déjà creuses, sa chevelure abondante lui cache les oreilles et son front ressemble à celui de Gavroche ou de Vania l’orphelin, son pantalon est plus que large, il le tient avec un bout de fil de fer en guise de ceinture, son tee- shit est grossièrement rapiécé avec du fil noir et laisse entrevoir ses cotes d’affamé. Sous l’olivier, il compte ses pièces de 50 dinars et d’autres de 20 dinars, elles viennent de lui être remises par un chauffeur d’une Mazda comionnette, qui démarre en trombe, il vient de lui vendre sa production quotidienne de plastique récupéré avec quelques gros rats survirent en se disputant les restes des autres, les uns pour se nourrir, les autres pour se faire nourrir et subsister. Sid Ahmed vient de ces lointaines cités, injectées à travers la nature sans pistes, sans eau et sans électricité ; un hameau où le zinc, le contre- plaqué et le carton font encore et toujours bâtir des bicoques à reconstruire à la moindre goutte de pluie et la minime rafale de vent et où les ruelles tracées de force par les pas de ces laissés pour compte, s’embourbent facilement et se tapissent d’immondices venant des rigoles rejetant des eaux usées dégageant des odeurs nauséabondes, ou encore, par manque d’aire de jeux, des mioches et complètement dévêtus jouent à travers ces mars d’eaux si infectes ; il vient de ce douar oublié où trop de chiens paresseux errent où trop d’homme chôment et où énormément de mouches, de moustiques et de rats flânent de jour comme de nuit, il vient de ce dépotoir ou les humains, les insectes et les rongeurs se livrent à une bataille de survie sans merci.

Sid Ahmed vient de se tragique univers qu’il décrit avec peine et de rage, il se lève à cinq heures du matin, il ne va plus à l’école, il n’en a plus les moyens, les affaires scolaires coûtent cher, il s’absentait souvent et il a fini par ne plus revenir vers cette table où il était souvent assis sans trop comprendre ces longues leçons.Depuis, son père est tombé malade, il l’assistait et l’aider à se déplacer, il lui servait de

Béquille, son père l’aimait trop et comptait énormément sur lui, pour assurer la relève, mais, hélas la mort finit par emporter ce bon père, souffrant à un âge précoce d’une tension artérielle qui l’obligea à s’aliter d’abord pour lui faire perdre totalement l’usage d’une partie de son corps, suite à un pic sévère qui lui causa un accident vasculaire qui ne tarda pas à en finir avec lui, au bout de deux uniques années.Ce jour là, Sid Ahmed a versé de chaudes larmes sur ce paternel qui partait pour ne plus revenir, c’était trop douloureux à supporter, la misère au foyer, était déjà maîtresse des lieux et ne se gênait point de brusquer cette humble famille.De privation en privation, la vie ne faisait guère de cadeaux à ces gens- là, elle les malmenait au fils des jours. Depuis, Sid Ahmed a appris à lui livrer tous les défis possibles, il gagna sa croûte coûte que coûte. Il a fini de subvenir aux besoins de sa mère à élever dignement et honnêtement ses 4 autres frères et sœurs, il a décidé que le vœu de son défunt père ne soit plus un vain mot, que sa mère ne fera désormais plus la femme de ménage de cette fromagerie privée du lever au coucher du soleil pour 6000 dinars par mois, ne roulera, le soir, ni le couscous des autres, ni les hanches pour le plaisir des autres également, et ne lavera plus la laine et le linge des voisines, elle s’occupera de ses frères et ses sœurs, et de l’entretien de la maisonnée et de ses douleurs articulaires qui lui rongent le corps dès la tombée de la nuit.Lui, il se chargera de tout, il sera à la décharge, son lieu d’exercice de tous les jours, armé d’un crochet de fer rond, il remuera ces hectares de saletés et d’ordures, il ne se lassera jamais de ce travail qu’il a choisi, faute de mieux ; il fouille les détritus que déversent les bennes des camions collecteurs, il partage, pieds nus dans les ordures, ramasse tout ce qui peut encore sévir ; des jerricans, des bouteilles d’eau minérale, de boissons gazeuses, d’eau de javel, des vêtements usées que la mère raccommodera pour les enfants, des chutes de métaux, il balance le tout dans un grand sac qui pend derrière lui et qui le fait plier des fois, les fruits et les légumes avariés n’échappent pas à ses minutieuses fouilles, il les met dans un autre sac destiné a cette collecte, accroché a son vaste pantalon, il lui arrive également de goûter à ces pots de yaourts et aux portions de fromage dont la saveur est juste aigre et qu’il met prudemment au fond des légumes. Il m’a affirmé en souriant que « ces choses là se mangent encore chez nous, la péremption est juste de rigueur chez ceux qui les jettent. Nous, nous sommes déjà intoxiqués par le sort.»Après cette opération, il revient vers son Olivier, déballe son butin, passe au tri des objets récupérés, en mettant les métaux d’un coté et les matières plastiques de l’autre et il s’allonge en attendant impatiemment le retour de la camionnette, en scrutant la route qui même à Mostaganem, la ville qu’il rêve de conquérir, un de ces jours. Mais, à présent, en attendant ce jour qui tarde à venir, Sid Ahmed et tant d’autres enfants se contenteront d’attendre et de rêver à une aube si incertaine à se lever, par la faute d’un monde d’adultes incapables de gérer convenablement un seul et unique jour de cette morne existence que mène cette frange d’enfants marginalisés par une lâche société.

Ammar Laid
Mercredi 3 Juin 2009 - 07:02
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MOSTAGANEM
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