REFLEXION

L’emploi à Mostaganem : Entre atouts et réalité

Eu égard aux données statistiques sur les placements au niveau des établissements productifs publics et privés, la Wilaya de Mostaganem apparaît comme particulièrement touché par un recul des activités économiques du secteur performant.



La perception de la situation  du bassin de l’emploi est homogène et cohérente par rapport aux données statistiques de cadrage et de référence.
Les caractéristiques qu’ils soulignent sont :
- Un  recul  de la zone d’emploi qui a partiellement échoué après le recul des grandes industries.
- La faiblesse du tissu économique local.
- Les modestes perspectives de développement économique local  en dehors de celles liées à une économie résidentielle.
Indépendamment de la crise économique, le marché industriel est stagnant. Quelques établissements de production industrielle liés à la prestation de services prédominent parmi les sites productifs encore actifs. Le secteur du BTP est présent sous la forme de petites entreprises ; globalement, en matière de création d’emploi, il est peu dynamique malgré les avantages fiscaux et parafiscaux favorisant le  recrutement.
La tertiarisation de l’économie locale reste très limitée et est orientée surtout vers le commerce. Les services destinés aux entreprises ou encore les services de haut niveau destinés aux particuliers comme les activités de banque, assurance, immobilier sont très peu développées.
Les perspectives de développement économique s’avèrent modestes et certains freins expliqueraient la difficulté à créer des activités productives nouvelles qui génèrent l’emploi.
Mais l’analyse du  terrain conduit aussi à mettre en avant une absence de cohésion territoriale, autrement dit une absence de volonté d’investisseurs  commune d’engager de manière coordonnée les moyens financiers disponibles dans une perspective de diversification du tissu productif local.
Cela dit, la wilaya de Mostaganem n’est pas totalement dépourvue d’atouts car elle est en mesure de développer toute une économie résidentielle, de nature endogène. En outre, l’essor d’une économie liée à l’agroalimentaire, au tourisme et à la pêche, compte tenu de la vocation de la wilaya, est  le seul carburant à tout investissement économique générateur d’une intensité de main d’œuvre.
Les facteurs qui justifient cette disparité dans les pratiques de veille et d’analyse de l’environnement économique sont multiples :
- L’appartenance institutionnelle quasi-totale de l’employeur au secteur  privé, intervenant en logique de plus de bénéfices – Gagner plus  avec moins d’employés-- au détriment de l’emploi. Cette  conduite  permet  de constater qu’il n’existe pas une pratique type ou procédurielle  des intervenants  du marché de l’emploi par catégorie d’acteurs d’une part et le refus des demandeurs d’emploi de travailler chez le privé notamment dans le bâtiment d’autre part.
Des points communs peuvent être trouvés chez des intervenants tant du secteur public que du secteur privé, qui  n’interviennent pas activement dans la mise en œuvre des politiques publiques d’emploi malgré les avantages fiscaux et parafiscaux réservés à cet effet.
Il est   dommage qu’on ne fasse pas de diagnostic  sur la situation économique et sociale du bassin car cela  permettrait d’envisager  des solutions. Des actions sont ainsi mises en place sans analyse préalable et sans plan formalisé ce qui influence négativement sur  le processus d’appariement entre offre et demande d’emploi qui s’appuient sur une analyse de  pratiques professionnelles concrètes. Elles prennent deux directions différentes et instructives. La première concerne l’action sur la psychologie des demandeurs d’emploi, la seconde concerne l’action sur le système productif.
Si l’on en reste au très court terme, c’est-à-dire à la situation immédiate, apparier offre et demande d’emploi suppose de rendre conciliables les attentes des employeurs qui recherchent une main-d’œuvre dotée de qualifications précises (et qui parfois peinent à la trouver) et les attentes des travailleurs qui veulent s’insérer, se réinsérer ou évoluer sur le marché du travail en fonction d’un projet professionnel, voire d’un projet de vie plus global (et qui peinent de leur côté à trouver les opportunités adéquates).
Les cas où les attentes respectives permettent un accord instantané sont d’une grande rareté ; presque systématiquement, les appariements résultent d’un cheminement effectué par les deux parties en direction d’un ajustement réciproque.
Le rôle d’intermédiaire  de l’emploi est alors de donner des clés de découverte et de lecture du marché du travail pour que demandeurs puissent ficeler un projet. En résumé, les chances de trouver un emploi sont susceptibles d’augmenter lorsque le futur salarié découvre et comprend (accepte ?) la réalité du marché du travail. Dès lors, avec l’aide des ALEM  en charge de son accompagnement vers l’emploi, il peut  apprendre à valoriser ce qu’il sait faire », « de façon à donner envie d’être reçu par un employeur.
Le plus souvent, les exigences au poste à pourvoir sont considérées comme disproportionnées eu égard aux conditions de travail et au niveau de rémunération proposé. Ce  rôle consiste alors à aider l’employeur  surtout privé  à ramener ses attentes à ce qui semble  normal  pour l’emploi proposé, le « normal » n’étant toutefois jamais défini par une norme explicite et de ce fait, variant suivant les postes et les contextes. C’est lorsque le recrutement est demeuré infructueux durant un certain temps que les employeurs sont dans la meilleure disposition pour revoir leurs attentes et exigences.
Finalement, l’ajustement offre/demande ne peut s’effectuer qu’à un moment opportun au cours duquel  le rapprochement entre les deux parties peut être tenté. Cette réflexion
Sur l’appariement pose  la question de l’éthique du conseiller, intermédiaire de l’emploi. Jusqu’où peut-il accompagner les demandeurs  et les employeurs dans ce processus ? A-t-il légitimité à « formater » les attentes ?
Le second axe de réflexion des acteurs de terrain sur les processus fins d’appariement entre offre et demande d’emploi concerne l’appareil productif lui-même et non plus les individus. Les données  montrent  qu’il n’y a pas sur la zone d’emploi, de difficultés d’appariement entre offre et demande d’emploi mais un déficit numérique d’emplois salariés par rapport au nombre d’actifs de tous les âges. Même une politique  intensive de qualification de la main-d’œuvre ne permettrait pas d’atteindre un ajustement total. La seule piste à évoquer dans ce contexte  pour minorer les impacts négatifs du chômage et permettre aux demandeurs d’emploi  de préserver leur qualification professionnelle est celle des dispositifs d’insertion par l’activité économique.
 Les effets de ce processus de transformation, qui amène à écarter de l’activité marchande une partie de la population en âge de travailler .Mais les alternatives à ce type dominant de développement local ne paraissent pas très nombreuses. Pour en revenir aux activités liées à l’insertion par l’activité économique, elles ne préviennent pas fondamentalement les effets d’exclusion de la sphère productive, elles en corrigent tout au plus les effets les plus violents.
Pour ce faire, la Politique de développement du secteur privé  doit veiller à ce que ce secteur  exploite tous ses instruments qui peuvent le renforcer. La politique repose sur la reconnaissance du rôle crucial que le secteur privé joue dans la promotion d’une croissance économique inclusive et robuste et d’un développement générateur de l’emploi. L’objectif est de mettre à contribution toutes les opportunités  pour aider ce secteur à s’organiser même en ce qui concerne les nouvelles techniques de management. Dans le cadre de cette politique, l’appui au développement du secteur privé doit être intégré  dans toutes les stratégies opérationnelles de la politique d’accompagnement.

M.T. Hamiani
Lundi 2 Juin 2014 - 11:09
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