REFLEXION

L’automédication, excès et dangers

«La santé n’est qu’un nom, la vie n’est qu’un songe, la gloire n’est qu’une apparence, les grâces et les plaisirs ne sont qu’un dangereux amusement : tout est vain en nous, excepté le sincère aveu devant Dieu que nous faisons de nos vanités».
Cette pensée (de J.B Bossuet, écrivain français du 17ème siècle), incisive, pertinente et à portée universelle, ne devrait-elle pas, nous inciter à une mûre réflexion ?



Quoi de plus précieux que la santé, un bien certes éphémère mais irremplaçable et inestimable qu’il importe de
                  préserver en priorité pour surmonter sereinement les vicissitudes de l’existence ! Selon une étude réalisée récemment par des économistes de la santé, « la part des dépenses de santé à la charge des ménages a atteint 25% en Algérie », résultats publiés par El Watan (du 24/03/2015 p.3) au moment où de nombreux pays enregistrent une diminution significative et que le taux préconisé par l’O M S  devrait être inférieur à 10%. En moyenne, chaque Algérien dépense 6032DA annuellement pour se soigner, sans être remboursé. Dans le même temps, l’Etat prend en charge 44,3% des dépenses de santé et la CNAS 21,3%. C’est dire que de nombreux ménages à revenus moyens éprouvent de grosses difficultés et, souvent, s’endettent pour se soigner. Que dire des familles pauvres et nécessiteuses ! De toute évidence, cette frange importante de la population, totalement démunie et vulnérable, n’a pas accès aux services de santé, privés surtout : selon El Khabar (du 26/03/2015 p 4) «  entre 2003 et 2014, 2millions 700 mille familles indigentes ont été recensées, dont une partie a bénéficié de dons de la Zakat et une autre de l’entraide sociale ou de l’aumône pour pouvoir subsister ou survivre !»  En somme, les dépenses consacrées à la santé des ménages s’avèrent ruineuses. Aussi de nombreux malades ont-ils recours à l’automédication, un phénomène qui prend, en Algérie, une ampleur démesurée. L’automédication, qui consiste à choisir et à prendre des médicaments sans avis médical, revêt plusieurs formes qui, malheureusement, échappent à tout contrôle ou à une quelconque mise en garde. La prescription (ou ordonnance) médicale définit les médicaments à utiliser par le patient, la posologie ou dose à respecter et détermine la durée du traitement. Or, pour ne pas avoir  à verser les frais d’une nouvelle consultation, de nombreux malades continuent à consommer les mêmes médicaments durant de longues périodes sans se soucier des risques d’accoutumance, des effets secondaires et des contre- indications éventuelles. Cette surconsommation de médicaments, illimitée dans le temps, sans avis médical, n’est pas sans danger. Parfois, par ouï-dire ou à l’issue de certaines conversations, d’aucuns s’identifient à certains malades dont l’état de santé se serait amélioré grâce à un suivi médical approprié. Ils n’hésitent pas à prendre la fâcheuse initiative d’acheter et d’utiliser les mêmes produits pharmaceutiques, dans l’espoir de parvenir eux aussi à la guérison. Ce procédé hasardeux présente une dangerosité évidente puisqu’il engendrerait  des complications et l’aggravation de la maladie qui n’a pas été diagnostiquée formellement. D’autres, fort nombreux hélas, font appel aux « conseils » du vendeur en pharmacie (et non du pharmacien) pour les aider à se soigner. « Je voudrais un bon produit contre la fièvre : c’est pour mon bébé de deux ans ! ».C’est le comble de l’inconscience et de l’irresponsabilité ! Quel que soit le médicament proposé et utilisé sans avis médical, il est à redouter que l’on mette en danger la vie de l’enfant. Les nourrissons et les personnes âgées constituent les tranches d’âge les plus fragiles et les plus vulnérables. Il est aberrant de s’acharner à calmer la fièvre chez le nourrisson  alors que la source du mal est totalement ignorée. Faute de soins adéquats, la maladie ne risque-t-elle pas d’empirer ? Par exemple, rares sont les parents qui sont informés de la nocivité du bisphénol A, une substance chimique industrielle, plastique, rigide et translucide qui est utilisée dans la fabrication de produits de large consommation comme les biberons (eh oui !), les bouteilles de plastique, les jouets… Des spécialistes ont tiré la sonnette d’alarme après avoir constaté que les bébés et les enfants sont contaminés par le bisphénol A qui provoque des troubles et des dérèglements endocriniens et, plus grave encore, des pathologies cardiovasculaires. L’utilisation de ce produit très nocif est désormais interdite dans de nombreux pays développés et émergents mais pas en Algérie ! On pourra toujours continuer à utiliser du paracétamol ou d’autres fébrifuges pour calmer la fièvre ! mais la maladie latente et non dépistée n’est évidemment pas soignée. On ne doit pas, en cas de fièvre, commencer par un traitement antibiotique ou anti-inflammatoire avant que la maladie ne soit identifiée. Le médecin est le seul juge de l’opportunité du traitement à suivre. Qui de nous n’a pas eu parfois recours aux « recettes » de nos grand-mères pour soigner de petits  « bobos », des maladies ou maux passagers et bénins, de légers troubles digestifs ou circulatoires ou respiratoires ? Une bonne tisane de verveine, une infusion de thym ou de cumin ou de tilleul ou de caroubier, des feuilles d’eucalyptus ou de menthe, une décoction d’écorce de grenadier… permettent de soulager le mal et, à condition de ne pas en abuser, de retrouver la forme.  Il convient de reconnaître que la phytopharmacie, une science qui a fait ses preuves, et la médecine naturelle (ou douce) permettent de fabriquer des substances simples ou élaborées à partir de plantes médicinales dont les propriétés thérapeutiques sont avérées.  Mais certains pseudo-herboristes vantent, sans retenue aucune, leurs « compétences » et leurs « exploits » et font croire, à qui veut les entendre, qu’ils sont capables de guérir tous les maux, toutes les maladies chroniques et même les maladies incurables ! En somme, les prix Nobel de médecine n’ont qu’à bien se tenir ! Ces bonimenteurs qui trônent sur certaines places de nos villes et villages, ces charlatans sans scrupules n’hésitent pas à profiter du désarroi des uns, de la crédulité des autres, de la défiance de certains malades mal pris en charge médicalement par des praticiens cupides et peu consciencieux.
Il existerait dans notre pays plus de 500 plantes qui posséderaient des vertus pharmaceutiques. Ce secteur ne mérite-t- il pas d’être encouragé au lieu d’importer des herbes et plantes médicinales sans contrôle véritable ? Ces herbes importées de l’Inde et de la Chine principalement et mises en vente un peu partout ne présenteraient-elles pas des risques énormes sur la santé de nos compatriotes ? Certaines plantes sont parfois utiles et efficaces et, au pire, inoffensives ; d’autres, très nombreuses, sont toxiques (comme la belladone, la colchique, l’aconit, la digitale…) et ne doivent être utilisées que sous forme pharmaceutique et avec extrême prudence. L’appétit vorace de certains industriels, d’importateurs opportunistes et cupides ne doit pas être satisfait au détriment de la santé de la population. Par ailleurs, il est entendu que les soins prodigués à base de plantes médicinales ne peuvent pas remplacer le traitement médical et les médicaments prescrits par le médecin. Sans conteste, seule la médecine est à même de prendre en charge les maladies chroniques, les maladies infectieuses et celles à lourde pathologie. Une autre catégorie de malades, ayant parfois reçu des soins thérapeutiques onéreux et inefficaces, totalement désabusés, des patients crédules et désespérés font appel à l’irrationnel, aux chiromanciens, aux astrologues, aux pseudo-rakis (exorcistes) dont l’appât du gain et la malhonnêteté dépassent l’entendement. Cette autre forme d’automédication s’avère finalement ruineuse et nocive pour la santé de malades tourmentés et qui ne savent plus à quel saint se vouer. N’importe qui peut s’ériger en « raki » et mettre en péril la vie d’adeptes de cette pratique qui n’est ni réglementée ni contrôlée. N’est – il pas scandaleux que de pseudo-rakis, dont la cupidité est sans bornes, bénéficient d’une publicité tapageuse et mensongère de certaines chaînes de TV ? Pour sa part, la presse écrite nationale rapporte périodiquement les méfaits voire les crimes commis par de faux rakis qui, « pour chasser le djinn », et après les avoir battus à mort, font passer leurs patients de vie à trépas (cas signalés à Alger et à Oum El Bouaghi par exemple – El Khabar du 31/03/2015 p 15). N’est-il pas reconnu que la véritable rokia (ou exorcisme) doit obéir à certaines règles et à certaines conditions pour aider à traiter des troubles psychosomatiques, ou certaines maladies psychiques, certains troubles de comportement ou dépressifs liés à la mélancolie ? En aucun cas, elle ne doit être source de profits et d’enrichissement matériel. « Tu veux faire ici le raki et ne fus jamais que tratgui ! » Cet alexandrin me semble bien illustrer la situation qui prévaut dans certaines de nos contrées. L’utilisation inconsidérée  et abusive de produits pharmaceutiques, sans prescription médicale, par nombre de nos compatriotes, peut nuire dangereusement à leur santé. A ce titre, il serait indispensable d’alerter l’opinion publique sur le fait que les populations d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine sont les premières victimes du trafic des faux médicaments, « un crime contre l’humanité qui rapporte 15% de plus que le marché de la drogue. », (selon le Point d’Octobre 2010). Quant à l’importation des herbes et plantes médicinales, qui est devenue un marché juteux en plein essor, elle devrait être soumise à un contrôle efficient et rigoureux pour assurer effectivement la protection des consommateurs. C’est pourquoi il est indispensable, me semble-t-il, d’intégrer la phytopharmacie dans le cursus de formation des médecins et des pharmaciens pour que notre pays dispose de chercheurs compétents qui contribueraient, en concertation avec des cliniciens, des toxicologues, des agronomes, à répertorier et à  valoriser les nombreuses espèces végétales locales qui présentent un intérêt pharmaceutique avéré, d’une part, et à promouvoir ainsi la production nationale au profit de la santé publique et de l’économie du pays, d’autre part. Ces mêmes chercheurs aideraient également à contrôler la qualité et l’efficacité des plantes médicinales importées, et à accorder l’autorisation de mise sur le marché selon des critères rigoureux. Il ne faudrait pas omettre de signaler que l’agence nationale du médicament, créée légalement en 2008, attend d’être installée officiellement. Par ailleurs, il serait opportun que le ministère de la santé, avec la collaboration des ministères de l’éducation et de la communication, mette au point une stratégie pertinente d’ordre pédagogique pour la mise en œuvre de campagnes de sensibilisation, d’éducation et de formation afin de prévenir les populations des dangers de l’automédication et de ses abus. N’importerait-il pas aussi que les ministères concernés (de la santé, de la justice et des affaires religieuses) agissent de concert pour définir et réglementer la pratique de la rokia ou exorcisme et mettre fin aux agissements criminels des pseudo-rakis ? Le droit à la santé, qui est reconnu par la constitution, ne serait-il pas ainsi mieux préservé ?

 

DAHOU Mokhtar
Mercredi 22 Avril 2015 - 18:53
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DÉBAT DU JOUR
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