REFLEXION

L’Algérie doit revoir son modèle économique fondé sur l’Etat de Droit et une nouvelle gouvernance

Le gouvernement algérien devrait présenter le 05 juin 2016 selon le premier ministre un nouveau modèle économique axé sur une économie hors rente. J’avais soumis fin 2013 un important dossier au gouvernement suivi de bon nombre de recommandations entre 2014/2016 en insistant sur l’urgence de revoir l’actuelle politique socio-économique.



Certains  disant experts et même bon nombre de membres du gouvernement nous contredisaient, avec des discours euphoriques déconnectés des réalités. L’histoire nous a   malheureusement donné raison  et que de  pertes de temps alors que le temps ne se rattrape jamais en économie (1).
 1.- Les réserves, selon les données officielles, de gaz de l’Algérie en conseil des Ministres de 2015 suite au rapport du Ministre de l’Energie sont de 2700 milliards de mètres cubes gazeux et le pétrole 10 milliards de barils, allant au vu des exportations et de la consommation actuelle à l’épuisement horizon 2030. On se focalise actuellement sur le cours du pétrole en oubliant le cours du gaz, représentant 33% des recettes de Sonatrach dont les contrats à long terme expirent vers 2018/2019 avec une très forte concurrence, devant assister à une révision des prix à la baisse.  Comme, c’est une erreur stratégique de raisonner sur un modèle de consommation linéaire axé sur les énergies fossiles traditionnelles. Le monde se prépare à une transition énergétique entre 2020/2030, comme cela s’est passé du charbon aux hydrocarbures. D’où l’urgence d’une nouvelle politique économique 2016/2025(1). Face à une situation tant géostratégique que socio-économique inquiétante pour le devenir de l’Algérie, au -delà de l’État, l’ensemble des acteurs de la société doit être mobilisé si l’Algérie veut renouer avec une croissance durable hors hydrocarbures dans le cadre des valeurs internationales.
2.- Comment ne pas rappeler que les pays ayant entrepris avec succès des réformes, notamment les pays émergents, se sont appuyés sur une mobilisation de l’opinion. La nécessité de réformer s’impose à l’Algérie. Malgré des dépenses monétaires sans précédent les résultats économiques sont mitigés pouvant conduire à des crises sociales politiques à terme si ‘on continue à dépenser sans compter, posant l’urgence sur le caractère inéluctable des changements structurels à opérer. La croissance forte peut revenir en Algérie. Mais elle suppose la conjugaison de différents facteurs : une population active dynamique, un savoir, le gout du risque et des innovations technologiques sans cesse actualisés, le combat contre toute forme de monopole néfaste, une concurrence efficace, un système financier rénové capable d’attirer du capital et une ouverture à l’étranger. Ces réformes passent fondamentalement par une démocratie vivante, une stabilité des règles juridiques et l’équité, les politiques parleront de justice sociale. La conduite d’ensemble de ces réformes ne peut ni être déléguée à tel ou tel ministre ni mise dans les mains de telle ou telle administration. Elle ne pourra être conduite que si, au plus haut niveau de l’État, une volonté politique forte (que seuls, le président de la République et le Premier ministre portent) les conduit et convainc les Algériens de leur importance d’où avec l’ère d’internet une communication active transparente permanente. Ensuite, chaque ministre devra recevoir une « feuille de route » personnelle complétant sa lettre de mission et reprenant l’ensemble des décisions qui relèvent de sa compétence. Au regard de l’importance des mesures à lancer et de l’urgence de la situation, le gouvernement devra choisir le mode de mise en œuvre le plus adapté à chaque décision : l’accélération de projets et d’initiatives existantes, le vote d’une loi accompagnée, dès sa présentation au Parlement, des décrets d’application nécessaires à sa mise en œuvre et pour les urgences seulement des décisions par ordonnance pourront être utilisées.
3.- Les actions coordonnées et synchronisées dans le temps exigeront le courage de réformer vite et massivement, non des replâtrages conjoncturelles mais de profondes réformes structurelles à tous les niveaux en ayant une vision stratégique pour le moyen et le long terme, devant donc réhabiliter la planification et le management stratégique L’Algérie peut y parvenir dans un délai raisonnable. Elle en a les moyens. Pour cela, elle doit réapprendre à envisager son avenir avec confiance, sécuriser pour protéger, préférer le risque à la rente, libérer l’initiative, la concurrence et l’innovation car le principal défi du XXIème pour l’Algérie sera la maitrise du temps. Le monde ne nous attend pas et toute Nation qui n’avance pas recule forcément. Retarder les réformes ne peut que conduire à la désintégration lente, à l’appauvrissement, une perte de confiance en l’avenir puisqu’ avec l’épuisement de la rente des hydrocarbures, l’Algérie n’aura plus les moyens de préparer ces réformes et vivra sous l’emprise de la peur, voyant partout des menaces où les autres voient des chances. Cette croissance exige l’engagement de tous, et pas seulement celui de l’État en organisant les solidarités devant concilier efficacité économique et équité par une participation citoyenne et un dialogue productif permanent.
4.-Le pouvoir algérien a vécu longtemps sur l’illusion de la rente éternelle. La majorité des Algériens dont le revenu est fonction à plus de 70% de la rente des hydrocarbures doivent savoir que l’avenir de l’emploi et de leur pouvoir d’achat n’est plus dans la fonction publique, et que celui des entreprises n’est plus dans les subventions à répétition. L’essentiel de l’action est entre les mains des Algériens, qui devront vouloir le changement et partager une envie d’avenir, d’apprendre davantage, de s’adapter, de travailler plus et mieux, de créer, de partager, d’oser. La nature du pouvoir doit également changer supposant une refonte progressive de l’Etat par une réelle décentralisation autour de grands pôles économiques régionaux, impliquant qu’il passe de l’Etat gestionnaire à l’Etat régulateur, conciliant les couts sociaux et les couts privés, étant le cœur de la conscience collective, par une gestion plus saine de ses différentes structures .
5.- Pour s’inscrire dans la croissance mondiale, l’Algérie doit d’abord mettre en place une véritable économie de la connaissance, développant le savoir de tous, de l’informatique au travail en équipe, de l’arabe, du français, du chinois  à l’anglais, du primaire au supérieur, de la crèche à la recherche. Elle doit ensuite faciliter la concurrence, la création et la croissance des entreprises, par la mise en place de moyens modernes de financement, la réduction du coût du travail et la simplification des règles de l’emploi. Elle doit favoriser l’épanouissement de nouveaux secteurs clés, dont : le numérique, la santé, la biotechnologie, les industries de l’environnement, les services à la personne avec le vieillissement de la population. Simultanément, il est nécessaire de créer les conditions d’une mobilité sociale, géographique et concurrentielle et de permettre à chacun de travailler mieux et plus, de changer plus facilement d’emploi, en toute sécurité. Pour mener à bien ces réformes, l’État et les collectivités locales doivent être très largement réformés. Il faudra réduire leur part dans la richesse commune, concentrer leurs moyens sur les groupes sociaux qui en ont réellement besoin, faire place à la différenciation et à l’expérimentation, évaluer systématiquement toute décision, a priori et a posteriori.
6.-Toute Nation ne peut distribuer plus que ce qu’elle produit annuellement, si elle veut éviter la dérive sociale. Il s ‘agira de concilier l’efficacité économique et la nécessaire cohésion sociale. La justice sociale, à laquelle je suis profondément attachée, ne signifiant pas égalitarisme, source de démotivation, n’est l’antinomie de l’efficacité économique. . L’Algérie dispose des compétences lui permettant de dépasser la crise pétrolière. Il est nécessaire d’avoir une vision positive de l’avenir et d’éviter les positions et comportements défaitistes. L’Algérie dispose de tous les atouts pour créer la richesse hors économie de la rente. L’entrave principale au développement en Algérie provient de l’entropie qu’il s‘agit de dépasser impérativement, renvoyant pas seulement aux facteurs économiques mais également sociaux et politiques dont la profonde moralisation  des dirigeants   et de la société.   
 (1) Synthèse de l’introduction de l’audit « les axes de la relance économique  2015/2020  face aux mutations mondiales – 2015/2020 » ( 10 volumes 900 pages) sous la direction du professeur Abderrahmane Mebtoul expert indépendant , assisté de 25 experts nationaux et internationaux remis au premier ministre en novembre  2013 –structuré ainsi :  le cadre des nouvelles mutations mondiales- le cadre macro-économique et social  et les politiques sectorielles( institutions centrales et locales- agriculture-industrie- tourisme, nouvelles technologies) dans  le cadre des avantages comparatifs de l’Algérie

 

Dr Abderrahmane MEBTOUL
Mardi 17 Mai 2016 - 17:31
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ACTUALITÉ
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