REFLEXION

L’Algérie, conséquences économiques de l’exception au printemps arabe

Après la Tunisie, l’Egypte, la Mauritanie, le Yemen et la Lybie, des pays comme la Syrie et le Maroc (en voie vers la monarchie constitutionnelle) et certainement bon nombre d’autres pays arabes et africains qui suivront, annoncent des réformes pour une transition démocratique. Sera-t-elle effective ou avortée, tout dépendant des rapports de forces internes et externes ? L’Algérie versant dans l’attentisme serait-il alors le seul pays en Afrique du Nord à faire l’exception ?



Des instructions viennent d’être données par le gouvernement algérien durant les mois de février et mars 2011 pour que les organismes chargés de l’investissement et de l’emploi agréent un maximum de projets avec de nombreux avantages financiers et fiscaux, tout en demandant à des administrations et entreprises publiques déjà en sureffectifs de recruter. Or, il convient de se demander si ces instructions s’insèrent dans une vision globale du développement du pays, s’ils concernent des segments porteurs de croissance durable ou s’ils ne s’assimilent pas à un replâtrage pour calmer le front social. Cette injection massive de monnaie sans contreparties productives fait craindre un retour de l’inflation fin 2011 et son accélération en 2012, entrainant le pays dans une spirale de hausse de prix. Dans ce scénario, la hausse des taux d’intérêts bancaires sera inévitable, ce qui freinerait l’investissement et la détérioration du pouvoir d’achat des Algériens. Que deviendront les 1,5 million d’étudiants sortis des universités en 2015 et les plus de 2 millions à l’horizon 2020 ? D’autre part, il convient de se demander si ces jeunes promoteurs ont la qualification et surtout l’expérience nécessaire pour manager les projets. Le risque n’est-il pas d’assister à un gaspillage des ressources financières, en fait de la rente des hydrocarbures et, à terme, au recours au Trésor à l’instar de l’assainissement des entreprises publiques qui ont coûté plus de 50 milliards de dollars entre 1971 et 2010 ? Ne fonce-t-on pas tout droit vers une nouvelle recapitalisation des banques ?

 Le taux de chômage en question
La trajectoire raisonnable, en attendant une véritable relance des segments hors hydrocarbures, n’aurait-elle pas été l’investissement dans l’acquisition du savoir-faire ? Quelle est la contribution à la valeur ajoutée réelle du pays dans les projets réalisés ? Enfin, ces projet et ceux réalisés s’insèrent-ils dans le cadre des valeurs internationales dans la mesure où, avec la mondialisation et malgré la crise, nous sommes dans une économie ouverte du fait des engagements internationaux de l’Algérie ?  Concernant l’aspect macro-économique global, il existe une loi universelle : le taux d’emploi est fonction du taux de croissance et des structures des taux de productivité relevant d’entreprises compétitives, et l’on ne crée pas des emplois par des décisions administratives. Le taux de chômage officiel de 11% est fortement biaisé incluant les sureffectifs, tant des administrations que des entreprises publiques, des emplois temporaires fictifs (cinq mois non créateur de valeur ajoutée comme par exemple pour faire et refaire des trottoirs) et les emplois dans la sphère informelle. En réalité il est supérieur à 20% et certaines wilayas déshéritées connaissant des taux de chômage réel de plus de 40%. Paradoxalement, du fait de l’allocation sectorielle d’investissement via la dépense publique, fortement biaisée car privilégiant les emplois à très faibles qualifications comme le BTPH (70% de la dépense publique), les diplômés ont plus de chance d’être chômeurs expliquant le faible taux de croissance et l’exode des cerveaux. Que deviendront les 1,5 million d’étudiants sortis des universités en 2015 et les plus de 2 millions à l’horizon 2020 ? Dès lors se pose cette question stratégique : ce dépérissement du tissu productif en Algérie n’explique-t-il pas que le taux de croissance n’est pas proportionnel à la dépense publique, soit 200 milliards de dollars entre 2004 et 2009, et 286 milliards entre 2010 et 2014 ?

Transition difficile
La majorité des observateurs nationaux et internationaux convergent vers ce constat : la réforme globale, source de croissance durable, est en panne. Le constat est que durant cette période de transition difficile d’une économie étatisée à une économie de marché concurrentielle, les réformes ont été timides. Les banques, lieu de distribution de la rente, continuent de fonctionner comme des guichets administratifs. De son côté, le processus de privatisation piétine faute de cohérence et de transparence. La facture alimentaire est élevé, malgré le fameux programme agricole (PNDA). Comme conséquence, nous assistons à la chute vertigineuse du dinar sur le marché parallèle qui est l’un des aspects de ce retour à l’inflation.

Dr Abderrahmane Mebtoul
Mardi 22 Mai 2012 - 10:58
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ACTUALITÉ
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