REFLEXION

L’ANGLETERRE ET LA FRANCE : 8 Mai 1945 début de la guerre d’Algérie

La décolonisation (1947-1975) a précipité l'effondrement politique de l'Europe occidentale et indirectement renforcé la prépondérance des deux Supergrands qui n'avaient jamais recouru à l'impérialisme colonial comme moyen de puissance. Les volontés indépendantistes remontent à l'époque de la colonisation mais jamais jusqu'alors, elles n'avaient réellement troublé les métropoles. C'est la Seconde Guerre Mondiale qui va créer les conditions de l'indépendance nationale des peuples colonisés.



Les nations étrangères, dans leur immense majorité, ont apprécié  avec beaucoup de satisfaction la victoire politique Algérienne qui a bouté la France,  hors des frontières de l’Algérie.
En complément opérationnel, il faut souligner aussi, le rôle, joué en Algérie par l’Angleterre.
En Algérie, en 1954, les stratèges  du délestage économique du débouché algérien, vont se trouver confrontés à une nécessité. Celle de faire  donner opportunément un intervenant tactique politiquement et universellement présentable. Mais de quoi s’agit-il ?
Il s’agit de ceux qui étaient habituellement désignés sous le terme de marxisme-léninisme. A cette époque en 1954, en France et en Algérie, de ce marxisme-léninisme, il en restait les formations politiques qui s’intitulent « les forces de progrès ».
Au moment du conflit Algérien, le marxisme-léninisme, c’est avant tout, le parti communiste français. Et son fils spirituel, le parti communiste algérien. Le PCF et le PCA.
Le PCF sera prévenu très rapidement de l’imminence du déclenchement de la révolution algérienne. Il prendra connaissance, en particulier, d’un document  historique fondamental de la guerre d’Algérie : le rapport Vaujours du 23 octobre 1954.
Pour l’heure, il nous suffit de savoir qu’en 1954, le préfet Vaujours, est directeur de la Sûreté Nationale en Algérie.
Rappelons qu’existe à cette époque en Algérie, le M.T.L.D., le Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques. Mouvement légal. Les statuts sont déposés en Préfecture. Créé en 1946, dès l’avènement de la IVème République, il est dirigé par Messali Hadj. Celui-ci, comme Ferhat Abbas et d’autres, sont en relation étroite avec le Cheikh des Oulémas, Bachir El Ibrahimi, qui lui rend visite à Chellala, lorsqu’il est astreint à vivre dans cette localité en 1946.
Suspecter avant la guerre de 39-45 de collaboration avec les services secrets militaires allemands, Messali est arrêté en 1939.
En 1941, au printemps, il est condamné à une lourde peine de travaux forcés par le tribunal militaire d’Alger.
Libéré en 1943 par le général Giraud sur intervention de Robert Murphy, représentant du Président Roosevelt en Afrique du Nord depuis le mois de décembre 1940, il sera gracié plus tard.
Nous croyons avoir compris, qu’il est l’objet d’une amnistie administrative. D’une suspension de peine. Peine dont il n’est pas quitte pour autant. Messali, amnistié par Jules Moch, ministre de l’intérieur en 1946, peut donc être incarcéré à nouveau. D’autant plus que les services spéciaux français et la police n’en ont pas terminé avec lui.
Ils peuvent, au moment de leur choix, c’est-à-dire si Messali ne se soumet pas à leurs exigences, le faire tomber sous le coup d’une accusation d’intelligence avec l’ennemi. Le renvoyer devant une Cour de justice, un tribunal de l’épuration. Messali n’est pas libre, il risque le poteau d’exécution … pour intelligence avec l’ennemi en temps de guerre.
Il n’est donc pas fiable pour les durs de son mouvement.
Les éléments les plus déterminés du M.T.L.D. poussent à la création de l’O.S., Organisation Spéciale et/ou Organisation Secrète. Elle est constituée par les principaux leaders du courant de la lutte armée de libération nationale Algérienne. Parmi lesquels ceux que l’on appelle aujourd’hui les historiques de la révolution algérienne.
Cette O.S. créée en 1947, va jouer, sur le terrain, un rôle d’appareil de lutte tout à fait distinct du M.T.L.D. Précisons de manière à ce que ces notions soient bien nettes, que l’O.S. est une structure illégale, clandestine, alors que le M.T.L.D. est légal, contrôlé par la police Française et ses services de renseignements.
Il est facile de comprendre que des passerelles vont se structurer entre ces deux composantes du mouvement révolutionnaire algérien. Une de ces passerelles, la plus efficace, porte le nom d’Hocine Lahouel, que nous savons être un conseiller municipal à la mairie du Grand Alger. Il est adjoint au maire Jacques Chevallier, qui dans le gouvernement de Mendès-France, occupe en 1954 les fonctions de secrétaire d’Etat à la guerre.
En janvier 1955, il accède au poste de Ministre de la guerre avant la chute du cabinet Mendès-France. Avant qu’Edgard Faure ne soit nommé président du conseil par René Coty, Président de la République.
La scission du M.T.L.D, amena certains militants de l’O.S. à créer, au mois d’avril 1954, le C.R.U.A, Comité Révolutionnaire d’Union et d’Action, subdivisé en représentations départementales, dont l’existence va être, par un traitre à la cause, vendue au préfet Jean Vaujours, directeur de la sureté Nationale Française en Algérie.
Cependant que Messali Hadj en résidence surveillée en France ordonna la tenue d’un congrès en Belgique à (Hornu).
Pour la partie Europe, la France en premier, a servi  comme base d’appui et la Belgique en second, a servie de base arrière, aux militants participant, par des moyens divers,  à la lutte pour l’indépendance. Et c’est ce pays qui fut choisie par le plus grand parti politique Algérien de l’époque le PPA/MTLD, pour y tenir son congrès extraordinaire à Hornu Commune de Boussu.
Le choix d’Hornu n’est pas fortuit pour la tenue d’un si grand évènement. Outre la proximité de la France, de la Belgique, il y avait un moyen de transport qui facilite le trajet aux militants. Mais cela insuffisant, il fallait que ce congrès se fasse dans une commune qui ne lui soit pas hostile, et Hornu convenait.
C’est dans la municipalité de Boussu en Wallonie, située au cœur du Borinage que se trouve Hornu. La Wallonie a connu durant des siècles l’exploitation de la houille, à des profondeurs atteignant souvent 1000 mètres et plus.  Ce passé industriel historique a créé depuis toujours de solides sentiments de solidarité avec celles et ceux qui souffrent à des titres divers. De là l’accueil fraternel et l’intégration de milliers de travailleurs venus tant d’Algérie que du Maghreb ou de l’Italie. De là aussi le soutien apporté par les familles du Borinage, en général, et de la commune de Boussu, où s’est tenu à Hornu le Congrès  du PPA/MTLD, en particulier, au peuple Algérien dans sa revendication d’indépendance et du droit à se gouverner par lui-même.   
Au sujet de l’existence du C.R.U.A, le préfet, directeur de la Sûreté Nationale, estime que pour pouvoir exploiter à fond ce renseignement, celui-ci doit être recoupé de manière à lui conférer plus de valeur.
Alors le préfet Vaujours convoque Monsieur Rey, administrateur de la commune mixte d’Arris, petite ville des Aurès. S’engage alors un dialogue que l’on peut rapporter en ces termes :
-  Monsieur Rey, que pensez-vous de ce renseignement ?
- Monsieur le préfet, ici dans les Aurès, tout va bien. Je dispose d’un rapport du colonel commandant la subdivision de Batna. Il vous confirme que tout est calme. Aucun trouble ne s’annonce sur mon territoire. On ne va tout de même pas croire ce canular !
Jean Vaujours adresse, en effet, un rapport à son ministre de l’intérieur, François Mitterrand. Le fameux rapport Vaujours du 23 octobre 1954. Rapport archi-connu des historiens.
Le Garde des Sceaux est informé en même temps, de ce rapport.
Aucune disposition particulière n’est envisagée.
Le P.C.F. est évidemment informé du rapport Vaujours. Ses agents de renseignements opèrent partout. Les passerelles entre les ministères et la place du colonel Fabien, sont en effet très fournies en personnel compétent.
Place du colonel Fabien, c’est bientôt la stupeur puis la colère.
« De quoi, de quoi ? Une révolution ? Qu’est-ce que cette foutue révolution qui va se déclencher à l’intérieur du territoire national français sans que le P.C.F. ni le P.C.A. ne participent d’abord à son élaboration, ensuite à son déclenchement ? Non, mais c’est le monde à l’envers ! C’est inacceptable ! ».
L’évocation de la guerre d’Algérie côté Français et lutte de libération côté Algérien, restera toujours pour certain un détestable chemin de croix. Mais pour des gens avisés, ce qui compte avant tout, c’est l’information historique. C’est l’enseignement. C’est la vérité. Or, quelle est l’information fondamentale que transmet le PCF à travers sa réaction rapportée ?
Une impression se dégage en permanence : quand on consulte les écrits de ceux dont la mission est de dénaturer l’identité de la révolution Algérienne, on constate qu’ils s’emploient sans arrêt à passer sous silence, la triple vérité historique humaine et morale du peuple Algérien.
- L’Algérie c’est la France ! Ici c’est la France !  Proclame le Président du Conseil Mendès-France.
-De la Flandre au Congo, il n’y a qu’un seul peuple, une seule nation. C’est notre volonté !  Déclare à son tour François Mitterrand ministre de l’intérieur, le 12 novembre 1954.
Donc, la révolution algérienne, sans les communistes français et algériens, est inconcevable.
Les pontifes de la place du colonel Fabien, vont expédier à Alger deux notables de leur parti : Benoît Frachon, membre du comité central du PCF accompagné de Dufriche, responsable national de la CGT, lui-aussi membre du comité central.
Par l’intermédiaire d’Amar Ouzeguène, ancien secrétaire général du PCA, ils vont s’efforcer de rencontrer un membre important du CRUA, Krim Belkacem en l’occurrence.
Celui-ci combat déjà depuis 1945, l’autorité Française, depuis les maquis de Kabylie. Il dispose d’un homme de valeur, son bras droit, Amar Ouamrane futur colonel de l’armée de libération Algérienne (ALN).
C’est l’illustration, une fois de plus, de la lutte contre la colonisation Française depuis bien avant 1954.
Ces deux hommes seront rejoints un peu plus tard par Mohamed Khider. Lui aussi un des noms historiques de l’O.S., qui a participé à l’échelon directeur, à la réunion d’Hornu, en Belgique du mois de juillet 1954, au cours de laquelle fut prise la décision de déclenchement de la lutte armée de libération Algérienne.
Si Krim Belkacem tient le maquis en Kabylie, c’est parce qu’il peut le faire matériellement. Il dispose de moyens d’action. De moyens de lutte. De caches. De boites aux lettres. D’agents de liaison. De collecteurs de fonds. Mais surtout, depuis 1947, il dispose d’un armement, qui existait déjà depuis 1943, majoritairement ramené par les Anglais en Libye.
En 1943, c’est la 2éme guerre mondiale. Les affaires tournent mal pour les Forces de l’Axe en Tripolitaine. La 8ème armée britannique victorieuse depuis la bataille d’El Alamein, poursuit les troupes germano-italiennes. Le plus souvent, les Italiens rendent leurs armes sans combattre.
Il arrive aux Anglais de ne pas récupérer ces armes. Ils exigent de leurs prisonniers qu’ils les enveloppent dans de grosses toiles bien graissées, pour leur garantir une bonne conservation. Ils organisent des convois vers l’intérieur des terres maghrébines. Le Sud-Tunisien et le Sud-Algérien, jusqu’à Aïn-Sefra. N’oublions pas que les anglo-américains sont dominants en Algérie depuis le 8 novembre 1942. Ainsi, sans aucune difficulté particulière mais dans le plus grand secret, ces armes sont soigneusement enterrées dans des caches aménagées sous le contrôle des services spéciaux militaires de sa majesté britannique, pour en faire profiter ceux qui combattent déjà la Fra    nce.
La question qui pourrait se poser : puisque ces armes étaient disponibles depuis 1943, pourquoi n’ont-elles pas été livrées aux ennemis de la France en 1946, dès la naissance du M.T.L.D. Algériens ?
Réponse : A l’époque le M.T.L.D. était loin d’être une organisation libre. La police française contrôle le M.T.L.D. Donc, ce mouvement n’est pas militairement et techniquement fréquentable pour ceux qui veulent armer les indépendantistes anti-français.
Tout change en 1947, en particulier grâce à la naissance de l’O.S., et grâce à Khider, Ouamrane et Krim Belkacem qui opèrent en Kabylie. Et aussi à Ben Boulaid et ces hommes qui opèrent quant à eux dans les Aurès.
Que fait l’O.S., pour mériter la confiance des Anglais, dès sa naissance en 1947, par le biais du bureau de la représentation Maghrébine, ou activait Ait Ahmed, Khider et Ben Bella,  elle demande, l’appui de la Ligue arabe.
Celle-ci a réuni son assemblée constitutive le 29 mars 1945, tout près de la fin de la guerre, à Héliopolis, dans la banlieue du Caire. Or, il est important de se rappeler qu’à cette époque, dans cette région du globe, rien ne peut s’effectuer sans l’assentiment préalable des Anglais qui ont encore leurs mots à dire en Egypte. On suppose que la Ligue arabe a été créée avec l’assentiment des services spéciaux britanniques, sous le contrôle effectif de tous ces « Lawrence d’Arabie », qui opèrent au Moyen-Orient pour y défendre les intérêts de la Couronne, tout particulièrement les intérêts pétroliers.
En effet, la situation avait évolué au Moyen-Orient, depuis les années 30.
En 1931, à Jérusalem, s’était tenu un congrès musulman antisioniste, sous la haute autorité religieuse d’Asmine El Husseïni, le mufti de Jérusalem. Pour les Arabes, faire de Jérusalem, 3ème ville sainte de l’Islam après la Mecque et Médine, une ville juive, constitue une insulte à l’égard du message du Prophète. Une grande émotion est ressentie dans le monde musulman méditerranéen cette année-là.
Il faut remarquer  aussi, la coïncidence de la date de ce congrès avec la date de la création en Algérie de l’association des Oulémas (mai 1931).
A partir de cette date, les Anglais qui sont encore influents au Moyen-Orient, se rangent du côté des Arabes.

 

Chabane Nordine
Lundi 9 Mai 2016 - 17:59
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