REFLEXION

L’ALGERIE PRETE 5 MILLIARDS DE DOLLARS AU FONDS MONETAIRE INTERNATIONAL :Ce prêt lui permet-il de peser dans les décisions de cette institution ?

Officiellement créé le 27 décembre 1945, le Fonds monétaire international (FMI) avait pour mission initiale de veiller au respect des nouvelles règles de coopération économique, conclues lors de la conférence de BrettonWoods, à l'été 1944. L’une des principales fonctions du FMI est de fournir des prêts aux pays membres qui éprouvent des difficultés réelles ou potentielles de balance des paiements alors que le rôle de la banque mondiale est de suivre les réformes structurelles.



L’ALGERIE PRETE  5 MILLIARDS DE DOLLARS AU FONDS MONETAIRE INTERNATIONAL :Ce prêt  lui permet-il de peser dans les  décisions de cette institution ?
Le rôle du FMI a évolué avec le démantèlement du système de BrettonWoods en 1971 décrétant l’inconvertibilité du dollar vis-à-vis de l’or.  Avec la crise économique  d’octobre 2008, l'institution a encore étendu son rôle au maintien de la stabilité financière, mais aussi macroéconomique mondiale. L’objet de cette contribution contrairement aux discours euphoriques  est de se poser la question suivante sans passion et avec objectivité : le prêt des 5 milliards de dollars de l’Algérie lui permet-il de peser dans les  décisions du  Fonds monétaire international –FMI (1) ?
1 – La place de l’Algérie dans le cadre des emprunts  au FMI
 
Suite à la demande du FMI  en avril 2O12, pour les pays  ayant des réserves de change substantielles, en vue de lutter contre la crise financière mondiale , pour accroître ses ressources supplémentaires,  l’Algérie, qui selon le FMI devrait clôturer à 2O5, 2 milliards de dollars de réserve de change fin 2O12, richesse virtuelle provenant des hydrocarbures,  a donné son accord selon l’agence officielle APS pour un montant  de 5 milliards de dollars à l’emprunt lancé par le FMI sous forme d’accord d’achat de titres libellés en Droits de tirage spéciaux (DTS). Il est utile de préciser que  la quote-part de l'Algérie au FMI suite  à la  réforme des quota-parts entamée en novembre 2012 par le Fonds,  le montant de la quote-part de l'Algérie est passé  de 1,25 milliard de DTS (soit 1,92 milliard de dollars) à 1,88 milliard de DTS (2,89 milliards de dollars).  Ce prêt est donc  un  prêt ordinaire  et non  une augmentation du quota  au sein du FMI.  Il est à noter que selon le gouverneur de la  banque d’Algérie les intérêts rapportés par l’Algérie pour ses placements à l’étranger ont  été de 4,7 milliards de dollars moyenne  2O1O-2O11 à un taux d’intérêt fixe  de 3% (supposant un placement à moyen terme)  ce qui donne 83%  des réserves placées à l’étranger 83%. Avant la  crise mondiale, les placements algériens à l’étranger  étaient libellées à 80% en obligations garantis par les  Etats et 20% dans des banques privées internationales  cotées dites AAA dont certaines ont fait faillite ou déclassées. Après la crise  la part dans les  banques privées a été ramenée à 3% selon la banque d’Algérie ne sachant pas  qu’ont été les rendements des 17% avant cette période au moment ou certains pays du Golfe ont occasionné d’importantes pertes. Si l’on applique ce taux  aux réserves de change en ce mois d‘octobre 2012estimées à 193 milliards de dollars au O1septembre 2O12, selon le premier ministre, en ajoutant les  (milliards de dollars prêtés au FMI, le taux des placements de l’Algérie à l’étranger passe de 83% à près de 86%. Il ne resterait donc à la disposons de la banque d’Algérie à cette date  environ 30 milliards de dollars, encore qu’il faille préciser que les recettes en devises  des hydrocarbures se font  régulièrement supposant que les recettes soient supérieures aux dépenses globales en devises.  C’est unesomme dérisoire comparée au groupe des sept pays dont la France, l'Allemagne, l'Italie, l'Arabie Saoudite (15 milliards de dollars), le Danemark et la Norvège qui vont contribuer à augmenter de 456 milliards de dollars les ressources du Fonds monétaire international (FMI), selon  l'AFP.(l'Union européenne contribuant  à hauteur de 56%).  Parmi les pays signataires figure le Japon  qui s'était engagé à verser 60 milliards de dollars au Fonds, "l'engagement le plus important" consenti par un pays-membre, la Suisse et d'autres pays non identifiés se sont également engagés à apporter l'équivalent de 26 milliards de dollars.  Cette annonce ne concerne pas les ressources permanentes du FMI (quotes-parts) dont le triplement à environ 767 milliards de dollars, acté par une réforme de 2010, est bloqué de fait par les Etats-Unis premier actionnaire du FMI. Les Etats-Unis, parmi les premiers en 2009 à contribuer à un triplement des ressources prêtables n’ont pas ratifié la  réforme qui doit doubler le capital du Fonds et qui suppose qu'ils lui versent 63 milliards de dollars. Et ils ont répété avec constance depuis la fin 2011 qu'ils ne souhaitaient pas contribuer à une nouvelle augmentation, par le biais de prêts des Etats membres, des ressources prêtables. La situation n'évoluera pas certainement  jusqu'à l'élection présidentielle américaine.  Les pays émergents rassemblés au sein du groupe dit des Brics dont ne figure pas l’Algérie (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) ont également  annoncé le versement de fonds supplémentaires dont la Chine a proposé 43 milliards de dollars, la Russie, le Brésil  et le Mexique  10 milliards de dollars, tout comme l'Inde et le Brésil et  l'Afrique du Sud  2 milliards de dollars. Mais les Brics ont souligné que leurs contributions seraient assorties de conditions relatives à leur utilisation et qu'elles dépendraient de réformes donnant aux économies émergentes un droit de regard plus important au sein du FMI. L’accroissement  des quotes-parts a été décidé en décembre 2010, devant  entrer en vigueur en janvier 2013 avec  un doublement des quote-parts et une modification de la composition du conseil d'administration afin de tenir compte de l'importance grandissante des pays émergents.
 
2- Crise mondiale   et  besoins du FMI
 
Les prêts du FMI ont été  multipliés par 10 depuis la crise financière  d’octobre 2OO8. Or cette institution  dispose actuellement d'une capacité de prêts de 382 milliards de dollars et l’objectif  est de porter ses ressources à 1000 milliards de dollars. C'est pourquoi le Fonds a déclaré en janvier 2O12 être à la recherche de 600 milliards de dollars. Mais devant les réticences de nombreux pays, la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, a revu ses ambitions à la baisse, bien qu’elle estime  que le FMI a besoin de ces ressources pour stabiliser le système financier international, offrir des lignes de crédit aux pays qui puisent dans leurs réserves de change. En fait le FMI n’a pas été conçu pour soutenir des pays comme ceux de l’Europe mais des pays en voie de développement d’où l’explication de la faiblesse de ses moyens. Même portée à 500 milliards rapidement, la capacité d’intervention serait inopérante pour sauver un pays comme l’Italie. D’où les réformes préconisées afin de doubler les quotes-parts où le  15 décembre 2010, le Conseil des gouverneurs, a approuvé un ensemble de vastes réformes des quotes-parts et de la gouvernance du FMI, en conclusion de la quatorzième révision générale des quotes-parts. Une fois approuvé par les pays membres et mis en œuvre, ce train de réformes (qui inclut un amendement des Statuts du FMI nécessitant le consentement de trois cinquièmes des pays membres représentant 85 % du total des voix attribuées) aura pour effet une augmentation sans précédent de 100 % du total des quotes-parts et un réalignement majeur des quotes-parts relatives, afin de mieux refléter l’évolution des poids relatifs des pays membres dans l’économie mondiale. Ce train de réformes se situe dans le prolongement de celui de 2008, qui a pris effet le 3 mars 2011 et qui rehausse la représentation des pays dynamiques, dont beaucoup sont des pays émergents, moyennant une augmentation exceptionnelle des quotes-parts de 54 pays, et renforce la participation et la représentation des pays à faible revenu grâce au triplement des voix de base. Un examen détaillé de la formule actuelle de calcul des quotes-parts, a la base du travail de la quatorzième révision générale, sera achevé d’ici janvier 2013. L’achèvement de la quinzième révision générale des quotes-parts sera avancé d’environ deux ans, à janvier 2014.
 
3-Le poids  des pays  membres est fonction  de la   quote part
 
Au  18 mai 2011, les quote parts au sein du FMI sont les suivantes : USA 17,6%- Japon 6,55%- Allemagne 6,11%- France 4,50%- Royaume Uni 4,50%- Pays bas 2,166%- Inde 2,442%-Canada 2,672%- Italie 3,30%-Chine 3,996%- Russie 2,49%  et l’Arabie saoudite 2,93%. Le reste des quote parts 40,647% pour les 175 membres  restants la part est inférieure à 2% ne  pesant pas lourd dans les  décisions. Autre élément important la destination des prêts où la Grèce a bénéficié de 30 milliards de dollars-le Portugal de 26 dont 21,3 de crédits préventifs- Irlande de 22,5- Ukraine  de 11,1- le Pakistan de 8-la Roumanie de 3,4- Irak  de 2,6 et le Mexique de 52,5 de crédits préventifs. Les pays pauvres   semblent notamment l’Afrique subsaharienne être les oubliés de ce sauvetage financier qui ne semble pas avoir résolu la crise  puisque ne s’étant pas attaqué aux fondamentaux à savoir la dominance de la sphère financière que la sphère réelle, la hausse des profits spéculatifs aux dépens des créateurs de richesses, le salaire qui baissent globalement au  produit intérieur brut des pays  dits  développés. Qu’en est-il des quote part qui détermine le poids  des pays membres ?  La formule de calcul des quotes-parts est une moyenne pondérée en fonction du PIB (à 50 %), du degré d’ouverture de l’économie (à 30 %), des variations économiques (à 15 %) et des réserves officielles de change (à 5 %). Comme on le constate l’Algérie ne répond à aucun  de ces critères. À cet effet, le PIB est constitué par des éléments composites basés sur les taux de change du marché (pondération de 60 %) et sur les taux de change en parité de pouvoir d’achat (pondération de 40 %). La formule de calcul comprend aussi un «facteur de compression» qui réduit la dispersion des quotes-parts calculées pour l’ensemble des États membres.  Chaque membre du FMI dispose de voix de base, auxquelles s’ajoute une voix supplémentaire pour chaque fraction de la quote-part équivalant à 100.000 DTS. À la suite de la réforme de 2008, le nombre de voix de base a été fixé à 5,502 % du total des voix, étant presque le triple de ce qu’il était avant la prise d’effet de la réforme de 2008. Les quotes-parts sont libellées en droits de tirage spéciaux DTS  l’unité de compte du FMI.
 
4-  Les droits de tirages spéciaux –DTS et le calcul des intérêts
Chaque État membre verse au FMI une contribution, appelée quote-part. Recalculée au moins tous les cinq ans, elle dépend du poids économique du pays. Le FMI représente, de plus, le troisième plus grand détenteur officiel d'or au monde. Fin janvier 2010, ses avoirs s'élevaient à 96,6 millions d'onces (3005,3 tonnes). Le FMI peut vendre de l'or ou en accepter en paiement des quote-parts des États membres.  La valeur du DTS a été fixée initialement à 0,888671 gramme d’or fin, ce qui correspondait alors à un dollar. Après l’effondrement du système de BrettonWoods, en 1973, la valeur du DTS a été déterminée par rapport à un panier de monnaies, qui comprend actuellement le dollar, l’euro, la livre sterling et le yen. La valeur représente la somme de la part de chacune des quatre monnaies du panier dont se compose le DTS, exprimée en dollars et calculée sur la base du taux de change coté chaque jour à midi sur le marché de Londres.  La composition du panier est revue tous les cinq ans par le Conseil d’administration, ou plus tôt si le FMI est d’avis qu’un changement de circonstances le justifie, pour veiller à ce que la pondération des monnaies rende bien compte de leur importance relative dans les échanges et les systèmes financiers internationaux. Lors du dernier  réexamen  de la valeur  du DTS en novembre 2010, les pondérations des monnaies du panier ont été révisées sur la base de la valeur des exportations de biens et de services et du montant des réserves libellées dans chacune de ces monnaies détenues par les autres membres du FMI. Ces modifications ont pris effet le 1er janvier 2011. Le prochain réexamen aura lieu d’ici 2015. Le taux d’intérêt du DTS sert de base de calcul pour le taux d’intérêt dont le FMI  accorde à ses pays membres, les intérêts qu’il verse aux pays membres sur leurs avoirs en DTS et ceux qu’il perçoit sur leurs allocations de DTS, et la rémunération qu’il verse aux pays membres sur une fraction de leur quote-part au FMI. Le taux d’intérêt du DTS est fixé chaque semaine   sur la base de la moyenne pondérée des taux d’intérêt représentatifs de certaines obligations à court terme émises sur le marché monétaire des pays dont la monnaie entre dans la composition du DTS. La valeur du taux d'intérêt de base applicable aux échanges en DTS est calculée hebdomadairement, elle aussi en fonction des taux directeur d'intérêts des monnaies composantes, proportionnellement à leur poids dans la valeur du DTS, et exprimés chacun en leur équivalent de tirage annuel sur un bon d'emprunt. Les taux directeurs retenus pour ce calcul sont : pour le dollar US, le taux d’intérêt   des bons à trois mois du Trésor des USA ; -pour l'euro, le taux d'intérêt de l’Euribor à trois mois (Euro InterBankOffered Rate, ou taux d'offre interbancaire en euros) ; pour le yen, le taux d'intérêt des bons de financement à treize semaines du Gouvernement du Japon  et pour la livre sterling, le taux d'intérêt des bons à trois mois du Trésor du Royaume Uni  Les taux retenus sont ceux du vendredi soir en clôture précédent chaque période. Si un taux n'est pas disponible pour un vendredi particulier, le taux retenu est le dernier taux connu pour les bons de la devise correspondante. Le  calcul des taux d’intérêt des DTS se retrouve dans la majorité des manuels d’économie financière  à partir  d’un exemple  du lundi 3 au dimanche au 9 octobre 2005 inclus, les données retenues pour le calcul sont celles du vendredi 30 septembre 2005, où un DTS comprend pour les Etats Unis d’Amérique : 0,5770 USD (à 3,5500 % d'intérêt annuel le 30 septembre, 1 USD vaut aussi 0,68991 DTS). Les intérêts dus sur le dollar comptent pour 1,4132 DTS par an pour 100 DTS empruntés. Pour l’euro  0,4260 EUR (à 2,2062 % d'intérêt annuel le 30 septembre, 1 EUR vaut aussi 0,83079 DTS), les intérêts dus sur l'euro comptent pour 0,7808 DTS par an pour 100 DTS empruntés. Pour le yen japonais 21,0000 JPY (à 0,0010 % d'intérêt annuel le 30 septembre, 1 JPY vaut aussi 0,0060973 DTS),  les intérêts dus sur le yen comptent pour 0,0001 DTS par an pour 100 DTS empruntés. Pour la livre sterling 0,0984 GBP (à 4,4300 % d'intérêt annuel le 30 septembre, 1 GBP vaut aussi 1,21859 DTS),  les intérêts dus sur la livre sterling comptent pour 0,5312 DTS par an pour 100 DTS empruntés. Il s’ensuit  que  le 30 octobre, le total des intérêts applicables aux emprunts en DTS est de 2,7253 DTS par an pour 100 DTS empruntés donnant un taux annuel final de 2,73 %. Comme les taux de change  des banques centrales sont pour le dollar entre 0-0,25%, l’euro à 0,75% et 0,5%, le yen un taux proche à  0, 1% et celui de la livre sterling de 0,5% , le taux d’intérêt des DTS global est largement inférieur à 1% contrairement à ce quia  été rapporté par l’APS.
 
En conclusion, le prêt des 5 milliards de dollars par l’Algérie provenant d’une ressource éphémère, les hydrocarbures,  constitue plus un acte symbolique et de solidarité envers  les institutions internationales, ne pouvant en aucune manière influencer  les décisions  de cette institution. L’Algérie participe par  ailleurs déjà aux  difficultés d’endettement  des Etat notamment européens puisque plus de 40% de ses réserves de change sont déjà placées en obligations  européennes sur le moyen terme. La raison de cet impact faible pour ne pas dire nul, contrairement aux pays émergent qui ont une économie productive concurrentielle, est que l’Algérie a une économie artificielle   mono exportatrice  , 98% d’exportation  en hydrocarbures brut et semi brut et important 710-75% des besoins des ménages et des entreprises publiques et privées dont le taux d’intégration ne dépasse pas 15%.  Avec de surcroit malgré une dépense publique  entre 2004-2013 estimée à 500 milliards de dollars, pour finalité un  taux de croissance dérisoire  selon le rapport du FMI du 09 octobre 2012   de 2,6%  y compris les hydrocarbures alors qu’il aurait du fluctuer entre 10 et 15%, à prix constants, démontrant un  mauvais ciblage des projets lié à l’incohérence de la politique  socio économique globale,  et un gaspillage important des ressources financières. Avec ce taux de croissance très faible comparé à la dépense publique,  à peine couvrant l’accroissement de la population active ,  il existe une impossibilité économique pour atteindre l’objectif de la création de trois millions d’emplois à valeur ajoutée entre 2010-2013 à moins de créer des emplois rentes artificiels pour calmer le front social par une distribution passive de la rente des hydrocarbures. Cela renvoie à un autre sujet qui est celui de l’approfondissement des réformes structurelles en panne aujourd’hui  afin  d’asseoir un Etat de droit car supposant de profonds réaménagements  des structures du pouvoir algérien assis sur la rente où il est plus d’importer que de produire localement.
 
Professeur des universités -Dr Abderrahmane MEBTOUL Expert international en management stratégique ( ademmebtoul@gmail.com)

Dr Abderrahmane MEBTOUL
Samedi 13 Octobre 2012 - 23:00
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