REFLEXION

Je pense, donc j’écris.

A mon compatriote et confrère Si Mohand Khaled et ses quatre compagnons de cellule captifs en Syrie ; à ces deux autres emprisonnés en Birmanie ; à ces quarante-neuf internés en Chine ; à Abdelkrim Nabeel écroué en Egypte ; à ces quatre internés en Iran ; à ces sept réduits au silence au Vietnam ; à ceux-là, vivants, qui rêvent de beaux lendemains ; je n’ai que ça à vous offrir. Et à ceux qui ne sont plus parmi nous, j’implore le Tout Puisssant de les accueillir dans son vaste paradis.



Je pense, donc j’écris.
Selon les sages, la liberté est le fait d’être délivré des passions. Qu’ils soient soufis ou ermites, grands philosophes ou simples contemplateurs, c’est ainsi qu’ils conçoivent la liberté. Une délivrance des passions. Mais comme nous avons, la majorité des humains, les pieds sur terre, la notion de liberté fait fi de tout abstrait. Ici et maintenant ! Et la liberté devient ce droit naturel d’user de ses capacités comme on l’entend. Par contre, elle se limite aux actes qui ne nuisent pas à autrui. Par extension, la liberté est devenue civilement l’ensemble des actes qui ne nuisent pas à autrui- c’est convenu- mais aussi qui ne doivent pas être contraires à certaines lois. D’où qu’elles émanent ces lois. Religieuses, naturelles ou éthiques. Elles sont objectives et ne peuvent être ni changées ni supprimées. Donc il y a lieu de tenir compte du divin, de la nature et de la raison.
Si le tag ou le rap sont les dernières formes d’expression courante de notre époque, le verbe l’a été depuis la nuit des temps. Le verbe est beaucoup plus réfléchi, il prend plus de temps à être « composé ». Les mots accolés l’un à l’autre en font une symphonie qui sera mélodieuse pour les uns-parfois pour tous, mais souvent ou de temps à autre un tintamarre pour d’autres. Et c’est à ce moment-là que l’auteur prend conscience de ce qu’il publie. Qu’il révèle, avance, montre, démontre ou simplement notifie, la dérive ou pseudo-déviation y est déterminée, quantifiée et développée pour en faire un délit sinon un crime.
Le « Que dois-je faire ? » pour pondre la symphonie devient un « Qu’aurais-je dû faire ? ». Libre de nos actes et nous en savons bien des choses quand il s’agit de Liberté, nous nous révoltons contre l’accusation et la réfutons.
Qu’ils soient des éminences de la plume tels les russes Boris Pasternak et Alexandre Soljenitsyne, le chilien Pablo Neruda, le chinois Xinjiang, l’égyptien Naguib Mahfouz- tous nobélisés de littérature- ou tout simplement un blogueur birman ou chinois, ils ont dérangé un jour. Ils ont dérangé quelqu’un, quelques uns, un peuple, une société, une communauté ou une congrégation.
Ils ont dérangé par la pensée et par le verbe. Si dans certains pays, il y a là double-délit, d’autres s’estiment très heureux de ne pas être inquiétés du fait de penser à leur guise ; il suffit que les doigts ou la langue n’accouchent rien ; l’opinion étant domestiquée.
Il est convenu que la liberté d’opinion est ce droit de penser librement doublé du droit de s’exprimer sans contraintes. Une expression libre, mais toujours dans ce carcan de l’autocensure, des règles et des lois établies par l’autorité régulatrice afin de ne pas « porter préjudice à autrui ».
Le problème du délit de pensée ou d’écriture n’étant pas nouveau, Socrate, El Moutannabi, Ibn Khaldoun, Voltaire, Diderot, Zola, Proudhon, Dostoïevski et nombre de leurs semblables ont connu la solitude des geôles pour avoir fabriqué des mots qui ont touché à autrui et ces autrui n’étaient autres que ces machines juridiques, militaires, politiques ou « peut-être » autres que celles-là.
La France du XIXème siècle, à titre d’exemple pour illustrer un combat, a connu entre 1815 et 1885 six régimes : la brève résurrection de l'Empire, la Restauration, la monarchie de Juillet, la IIème République, le Second Empire et la IIIème République. Hugo, Sainte-Beuve, Proudhon, Auguste Comte, Leconte de Lisle, Michelet, Balzac, Jules Vallès, Chateaubriand, Maupassant, Zola, Lamartine, Stendhal, Flaubert et bien d’autres ont laissé des fortunes et ont parfois même été exilés ou privés de liberté. Leur seul crime était d’avoir pensé autrement que « d’autres » et de l’avoir dit ou publié. Pour mener à bien leurs combats pour leurs idéaux, il ne leur suffisait pas de publier des œuvres ou de se porter candidats sur diverses listes électorales ou occupèrent des postes de ministres. Mais surtout, ils durent créer des journaux pour mieux véhiculer leurs idées. François Buloz fonde La Revue des deux Mondes en 1829 et y écrivent Balzac, Stendhal et Chateaubriand tandis que Baudelaire publie Les fleurs du mal. Suivent ensuite La Presse, Le Petit journal, Le Gamin de Paris, Le Négociateur, Le Conseiller du Peuple, etc. Puis sous la IIIème République, en juillet 1881, fut votée la liberté de la presse avec comme article 1 : "l'imprimerie et la librairie sont libres". Toujours en vigueur, elle réglemente aussi l'affichage, le droit de réponse et la diffamation en droit français. En 1886, naît le Syndicat des Journalistes Français-SJF. Pourquoi le XIXème siècle en exemple ? Tout simplement, c’est le siècle qui a vu évoluer le journalisme et le combat fut rude et puis il commença par le rétablissement de la censure en 1800 par l’empereur Napoléon I.
Aux XXème et XXIème siècles, quoique l’on puisse dire, cette lutte acharnée pour la liberté d’expression menée au XIXème siècle a vu sous l’ère Mitterrand intimidations, et saisies en particulier de tout ce qui a trait sa fille adultérine Mazarine Pingeot. Ajoutons à cela les écoutes téléphoniques de journalistes… En 2007, c’est le journaliste Dasquié qui va subir les frais d’une publication qui se solda par « tes sources ou la taule » pour motif de « détention et divulgation au public de renseignement ou fichier ayant le caractère d'un secret de la défense nationale ». Et pourtant, l’article 109 du code de procédure pénale stipule bien que « tout journaliste, entendu comme témoin sur des informations recueillies dans l'exercice de son activité, est libre de ne pas en révéler l'origine ». La secrétaire générale du SNJ, Dominique Pradalié, rappelle que protéger les sources des journalistes équivaut à « protéger le droit des citoyens à recevoir une information honnête, complète et pluraliste ».
Si la loi française accorde une certaine liberté de presse, elle en définit également les limites. Elle ne tolère ni la provocation aux crimes et délits tels les pillages, les meurtres et les incendies. Elle ne tolère point la diffamation, la publication de fausses nouvelles et les atteintes à l’honneur. En plus, elle accorde pour ces derniers délits un droit de réponse au citoyen mis en cause.
Les actes d’accusation et de procédure criminelle sont interdits de publication et il en est de même pour les comptes rendus des délibérations des juges.
L’Algérie. Un beau pays. Le plus beau pour certains. Ils lui ont donné corps et âmes : Hanoï, Vietnam, 9 mars 1974, quinze journalistes algériens périssent dans un crash d’avion. Les meilleurs de l’époque ; de 1993 à 1997, cents combattants de la plume périrent par balles, déchiquetés par les éclats d’engins explosifs ou tout simplement égorgés, soit une moyenne de deux par mois. Des plumes increvables. Quand certains quotidiens fondent comme beurre au soleil d’autres pointent à l’horizon. Et l’on récidive aussi tel le quotidien Alger Républicain de Camus, Kateb Yacine et Henri Alleg.
Si pour certains, la dépénalisation du délit de presse, annoncée le mois dernier, par le président de la République, M. Bouteflika, est tardive, elle est quand même la bienvenue. La bienvenue au bon moment, étant donné que le journaliste reste encore en ces moments difficiles le porte-parole du peuple qui a besoin de remontants que seule une presse libre, courageuse, protégée par des lois bien adaptées est capable de les lui apporter.
Enfin, tout journaliste de par le monde peut être incriminé à tort ou à raison pour manquement. Et pour l’anecdote, en décembre 2010, c’est la France et l’Organisation des Nations Unies –ONU- qui furent accusées de délit de presse et pour cause, elles furent à l’origine de l’arrêt des émissions de la Radio Télévision Ivoirienne, une chaine de télévision publique, sur le satellite Intelsat 903. Un satellite américain de surcroît !
Enfin, reprenons le « Si tu dis, tu meurs. Si tu te tais, tu meurs. Alors dis et meurs! » du poète palestinien Moueen Bessissou en espérant des jours meilleurs. Des jours meilleurs parce qu’en fin de compte, le métier d’éditorialiste, chroniqueur, pigiste ou simple journaleux de base n’a jamais rempli les poches. Ecrire reste toujours un plaisir. Le plaisir se paye cher et… je pense, donc j’écris.


Benatia B.
Mardi 3 Mai 2011 - 23:51
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CULTURE
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