REFLEXION

JOURNEE MONDIALE CONTRE LE TRAVAIL DES ENFANTS : Plus de 300 000 enfants travaillent en Algérie

340 000 enfants travaillent en Algérie , selon Emmanuel Fontaine, représentant du bureau de l’Unicef à Alger, estimant qu’il y avait un manque flagrant de données précises sur ce phénomène qui, selon toute vraisemblance, prend des proportions inquiétantes.



JOURNEE MONDIALE CONTRE LE TRAVAIL DES ENFANTS : Plus de 300 000 enfants travaillent en Algérie
Ce chiffre est alarmant, dans un pays qui ne cesse de se targuer d’avoir réalisé une avancée en matière de prise en charge de l’enfance. Toutes les minutes, un enfant qui travaille est victime soit d'un accident, soit d'une maladie ou encore d'un traumatisme psychologique lié à son activité professionnelle. L'Algérie n'est pas épargnée par le phénomène. Il suffit, de faire un tour dans les marchés ou les arcades pour constater que des enfants, en âge d’aller à l’école, œuvrent à des occupations dangereuses. On trouve ces enfants de 10 à 18 ans sur les trottoirs, proposant des marchandises étalées à même le sol, au marché hebdomadaire, revendant des fruits et légumes, voire sur les chantiers et autres usines privées à fabriquer des parpaings.Autour du phénomène du travail des enfants,les différentes études indiquent que le nombre d’enfants qui travaillent en Algérie en dessous de l’âge légal va de 250 à 300 mille enfants. L’étude menée l’année dernière, elle a touché 2979 enfants dont 702 filles à travers 8 wilayas d’Algérie qui sont Alger, Ain Defla, Blida, Bejaia, Boumerdés, Bouira, Tipaza et Tizi Ouzou, cette étude montre que 56% des interrogés se sont arrêtés au moyen, 31% au primaire, il est a noter que 31% des enfants ont indiqué qu’ils avaient quitté l’école de leur plein gré, et rarement à cause des conditions sociales des familles.

Le phénomène du travail des enfants est « quasi-inexistant » selon les officiels
C’est également un constat qui contredit le discours officiel, selon lequel il n’y aurait pas d’enfants qui travaillent en Algérie. « Les dernières statistiques des services de l'inspection du travail démontrent que le travail des enfants n'est pas inquiétant en Algérie et que notre pays n'est pas concerné par des situations de pires formes de travail des enfants », avait récemment déclaré Mohamed Khiat, secrétaire général du ministère du Travail, de l'emploi et de la sécurité sociale. Pour étayer ses propos, le représentant du ministère du Travail avait évoqué les résultats de contrôles des services de l'Inspection du travail qui avaient révélé « un taux d'enfants au travail relativement faible et s'inscrivant en baisse d'année en année, à 0,17 % en 2008 contre 0,54 % en 2006 et 0,56 % en 2002 ».Mais la réalité est tout autre puisque, selon M. Fontaine, pour enquêter, il faut forcément des moyens humains et matériels, mais aussi l’implication de l’ensemble des organismes et des institutions, dont le ministère du Travail. Le travail des enfants n’est pas nécessairement dans les usines ou dans les champs. Il peut être « domestique ». Et c’est la forme la plus redoutable du fait qu’il est peu visible. Le représentant de l’Unicef précise que la vente de la galette dans la rue « est un travail » qui expose l’enfant à tous les dangers. Et ce n’est certainement pas cette activité qui manque en Algérie. Mais il reste difficile de connaître le nombre d’enfants concernés par cette activité, des plus anodines et banales pour le commun des Algériens.

Qui sont ces enfants qui travaillent ?
Le travail des enfants en Algérie en dessous de l’âge légal augmente d’une manière flagrante selon les experts. De nombreux enfants sont obligés de quitter l’école pour rejoindre, précocement, le monde du travail en Algérie. Ils offrent leurs bras dans la rue pour se prendre en charge, mais surtout pour soutenir leurs familles. Riyad a quitté l’école à l’âge de neuf ans car il ne trouvait plus d’argent pour assurer ses études à cause de la misère dans laquelle vivait sa famille. Il a aujourd’hui treize ans. Il sait très bien qu’il devait être à l’école avec ses camarades de classe qu’il a quittés sans pouvoir les oublier. Rencontré aux alentours d’un quartier à Boudouaou, Riyad a eu du mal à nous raconter ses déboires, du premier coup, mais, ayant repris confiance, il a décidé de parler à cœur ouvert. « Je sais bien que je devais être à l’école, mais c’est la situation misérable dans laquelle vivent mes parents qui m’a obligé à travailler et à sortir le matin pour ne revenir qu’à la tombée de la nuit à notre baraque de fortune », nous révèle Riyad d’une voix attristée. Vendant des cigarettes, des friandises et du pain traditionnel « la galette » préparé par sa mère, Riyad veut à tout prix gagner un peu plus d’argent. « Mon but est de récolter une bonne somme d’argent, pour donner la moitié à mon père et l’autre je la garde pour moi, afin que je puisse acheter quelques vêtements », dira Riyad qui passe de longues heures à marcher jusqu’à qu’il sent un épuisement accablant. Comme tous les enfants, la période d’été est la saison tant attendue pour Riyad. Il ne s’agit pas d’une période de détente et de vacances, il est question plutôt de doubler ses gains en vendant des « mhadjeb » et des « beignets » préparés à la maison. Visiblement, Riyad dégage une certaine rancœur, cachée au plus profond de lui, envers la société et envers ses parents.
« J’ai grandi avant terme ; je me suis privé d’école au moment où les autres enfants de mon âge étaient en pleine scolarité », fulmine-t-il. Cet enfant n’est qu’un exemple parmi des milliers de gamins qu’on rencontre sur les trottoirs, dans les gares-routières, sur les bas côtés des autoroutes. Leur commerce se limite à quelques produits comme la galette qu’on refile au niveau des voies à grande circulation.
La clientèle ne se bouscule pas devant les corps frêles de ces enfants, qui, à longueur de journées glacées de ce mois de février attendent qu’un automobiliste daigne s’arrêter. Le cas de Samir, treize ans, est un peu différent de celui de Riyad. Lui, qui est en classe de deuxième année moyenne, n’a pas pu échapper au phénomène. « Chaque jour et après les heures des cours, je me mets à vendre de la galette préparée par ma mère. Je suis obligé de me prendre en charge et de soutenir ma famille », raconte Samir. Et d’ajouter : « Une fois l’année scolaire terminée, je commence à travailler pour épargner de l’argent, et ce pour financer la rentrée de l’année suivante et économiser pour quoi acheter quelques habits et des articles scolaires. »Pour les observateurs, la plus part de ces enfants sont issus de familles vivant dans la misère en Algérie.
« Ces familles font partie d’une classe sociale défavorisée qui souffrent d’une pauvreté accablante », estime Lynda.B, sociologue.
Et d’enchainer : « Ces pauvres enfants se trouvent devant l’obligation de quitter leurs écoles dès le jeune âge pour affronter un monde totalement différent et plein de dangers. Ainsi, ils subissent inexorablement la pression d’un univers nouveau dans lequel ils ont plongé sans d’être préparés pour cela. Ils sont contraints d’affronter les adultes, les concurrents, les délinquants etc. », explique cette universitaire qui a fait partie d’un groupe de recherches sur l’enfance.

Protéger l’enfant
La législation algérienne qui interdit, certes, le travail des enfants, n’est pas suffisamment répressive pour juguler le phénomène. Le représentant du ministère promet le durcissement des sanctions dans le projet du nouveau Code du travail en cours d'élaboration. « Le phénomène du travail des enfants interpelle toute la société et les pouvoirs publics qui doivent mettre un terme à l’exploitation machiavélique de cette frêle jeunesse par des employeurs qui osent recruter à bon marché des enfants issus de couches défavorisées », dit, dépité, un enseignant.Il conçoit mal que la législation du travail ne soit pas appliquée avec vigueur pour châtier les contrevenants qui sont passibles de peines d’emprisonnement sous d’autres cieux. Par ailleurs, lors d’une rencontre organisée récemment par les directions de l’action sociale, de l’éducation et l’inspection de travail de Bouira pour sensibiliser et informer sur ce phénomène, il ressort des chiffres communiqués que l’exploitation des enfants n’est pas si inquiétante. Ce que récuse un enseignant, arguant du fait que les chiffres en question ne reflètent pas la réalité du terrain. Preuve en est, ajoute-t-il, que les recensements effectués par les différents services (DAS, DE, inspection du travail) ne prennent pas en considération les emplois qui n’ont pas été communiqués ou ceux n’ayant pas fait l’objet de perquisition.Outre donc la nécessité de sévir contre les recruteurs d’enfants de moins 18 ans en appliquant la législation coercitive qui s’impose, l’apport de l’Etat pour protéger les cas sociaux qui ne peuvent pas, faute de moyens, suivre leurs études, est impératif.

Le manque de contrôle sur le terrain fait grandement défaut
Le manque de contrôle sur le terrain fait grandement défaut. Qu’importent l’endroit et l’activité. L’essentiel, pour eux, c’est de gagner ces dinars qui ne seront jamais de trop eu égard à la cherté galopante de la vie et à l’érosion du pouvoir d’achat des couches défavorisées de la société. Des droits confisqués Les bambins sont âgés entre 12 et 16 ans. Ils sont tous de sexe masculin et se réveillent très tôt le matin, aux environs de 4 heures ou 5 heures, a-t-on appris, pour dénicher une activité journalière, à savoir pousser des charrettes remplies de cageots garnis de fruits et légumes . Il y a le travail direct pour lequel ils sont payés rubis sur l’ongle par les acheteurs, généralement des commerçants au détail, qui viennent de partout s’y approvisionner, ou encore le travail indirect qui consiste à ramasser les produits qui tombent des camions au moment de décharger et que les enfants s’accaparent furtivement, ou encore des produits que l’on jette carrément dans la nature parce qu’ils n’ont pas trouvé preneurs. Les produits récoltés par les enfants ne sont pas forcément acheminés au domicile familial, du moins une partie sera proposée à la vente. Les enfants font, ainsi, le porte-à-porte des appartements des cités limitrophes, celle du 18 Février ou encore celle des 300 logements attenante au marché. Des sachets contenant pèle-mêle différents légumes sont proposés entre 50 et 150 DA, ou un peu plus selon la variété et la quantité. Cette vente leur procure quelques dinars « qui seront utilisés à d’autres fins que la nourriture », précise Fouad, pas plus haut que trois pommes. Il a 14 ans et est le troisième d’une fratrie de trois filles et deux garçons. Depuis deux ans, il s’adonne à la débrouillardise pour aider sa maman veuve et sans emploi. « Mon père travaillait comme coffreur dans le bâtiment chez un privé, il n’était pas déclaré à la sécurité sociale et ma mère n’a bénéficié d’aucune pension, donc je suis contraint de l’aider », dit-il, avec un air de désolation. « Comme je suis scolarisé, je travaille pendant les trois mois de l’été tandis que les autres mois de l’année, je viens sporadiquement, généralement le week-end, pour pouvoir être à l’heure en classe », poursuit-il. Le corps frêle et la mine froissée, il pousse difficilement sa charrette contenant pas moins de six cageots garnis de pommes de terre et de poivrons. A raison de 10 DA le cageot, les garçonnets s’efforcent, en conséquence, de remplir leurs charrettes avec un maximum de cageots et de faire le plus grand nombre de navettes entre le marché et le parking des acheteurs. Et pour cause : l’argent qui sera amassé en dépend. Quand on sait que le cageot pèse environ huit kilogrammes, l’on devine la souffrance des mômes, encore en période de croissance, à supporter un poids de marchandise qui dépasse amplement leur poids. Ils ne connaissent malheureusement rien des conséquences qui peuvent en découler. Des dinars comme appoint au budget familial De plus, ces petits travailleurs s’adonnent à une rude concurrence. C’est à qui mieux-mieux. Redouane, 15 ans récolte généralement entre 400 et 900 DA/jour. « Ça dépend des jours, précise-t-il, lorsqu’il y a beaucoup de préposés au transport de la marchandise comme en période de vacances, je gagne moins d’argent. » Mohamed, dont le papa est incapable de subvenir aux besoins de sa petite famille, étant donné qu’il est agent de sécurité dans une entreprise privée et que son salaire ne dépasse pas 12 000 DA/mois, vient régulièrement au marché surtout pendant les vacances scolaires pour aider ses parents, non sans leur consentement. « Mes parents n’y voient aucun inconvénient, au contraire ils apprécient parce je leur épargne au moins les dépenses des légumes et les frais de la rentrée scolaire», dit-il. Il faut savoir qu’il y a environ 400 charrettes dont 316 sont en circulation, que des privés louent à raison de 100 DA la charrette pour la journée. Alors que le marché est ouvert de 4 h jusqu’à 20 h. Par ce temps de chaleur torride, la majorité des enfants aiment venir avant le lever du soleil et repartir aux environs de 8 h ou 9 h.Si la plupart de ces enfants sont issus de familles pauvres et nécessiteuses, d’autres viennent à l’insu de leur parents pour se faire un peu d’argent qui leur permettra d’aller à la plage ou de s’offrir des choses que les parents ne leur achètent pas. C’est le cas de Fayçal, 15 ans, dont le copain de classe a initié à ce travail. « Pour deux heures de chargement, je gagne un argent de poche qui me permet d’acheter des glaces ou de payer le transport pour aller à la plage au moins pendant une semaine » explique-t-il, précisant que ses « parents ne sont pas au courant ». Les pouvoirs publics minimisent le problème Mais pour les pouvoirs publics, le phénomène inhérent à l’exploitation des enfants est quasiment inexistant en Algérie. « Les cas recensés sont loin d’être préoccupants », affirme le directeur général de l’Inspection du travail, président de la Commission nationale intersectorielle de prévention et de lutte contre le travail des enfants, M. Mohamed Khiat. En s’appuyant sur les résultats d’une enquête réalisée par ses services en 2006, ce même responsable fait savoir que sur 3 853 établissements employant un effectif de 28 840 travailleurs salariés, il a été enregistré 156 enfants n’ayant pas l’âge légal de 16 ans, soit 0,54% contre 0,56% enregistré en 2002. Ces données, dit-il, confirment que la situation en Algérie « n’est nullement inquiétante en la matière et que notre pays n’est pas du tout concerné par les cas des pires formes de travail des enfants ». Pour le ministre du Travail, l’emploi des enfants a lieu généralement dans le secteur agricole, le commerce et au sein des familles, notamment démunies, mais quasi insignifiant dans le secteur légal. En outre, l’Algérie a, selon lui, engagé nombre d’actions de sensibilisation et de lutte sur le terrain législatif et pratique dont la mise en place en 2003 d’une commission de coordination intersectorielle permanente. Néanmoins, le ministre estime qu’au-delà des mesures législatives répressives, l’accent doit être mis sur l’action continue et le travail collectif impliquant non seulement les pouvoirs publics, mais aussi la société civile, les organisations syndicales, les employeurs, les travailleurs, les associations de parents et les familles. Mais que feront les appels, aussi pathétiques soient-ils, lancés depuis les tribunes officielles pour dénoncer le travail des enfants ?

Riad
Vendredi 17 Juin 2011 - 11:23
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