REFLEXION

"J’ai connu le général Lamari"

Il est de tradition que nos soldats, tout comme nos Moudjahidine restent muets jusqu’à la tombe. Il en a été ainsi avec le général de corps d’armée Mohamed Lamari et bien d’autres. Ils partent en nous laissant sur notre faim. Ils ont tant de choses à dire, mais passent en grands cette terre et laissent faire le temps et l’histoire. Exceptionnellement pour ses lecteurs, réflexion est allé « déranger » un homme qui comme feu Mohamed Lamari veut laisser faire le temps et l’histoire en préférant l’anonymat. Ce militaire en retraite n’y va pas avec le dos de la cuillère avec la rumeur et les politiques.



"J’ai connu le général Lamari"
Réflexion : Pouvez-vous nous présenter en quelques mots  feu Mohamed Lamari ?     
H. B. : Comment dois-je vous le présenter à part ce qui se sait ça et  là et quelques indiscrétions sans importance ? Hormis  ce que savent  les gens, c’était un père de famille comme vous et moi. Il avait la lourde responsabilité d’éduquer ses enfants qui sont comme les communs des Algériens. Le défunt vouait un sacré sens à l’égalité des chances de ses enfants avec tous les autres enfants d’Algériens. Il a laissé derrière lui deux garçons et deux filles. Ses parents sont des bédouins et vous savez ce qu’enfante un bédouin. Il génère de l’endurant, du courageux, du patient et du humble. Et c’est le cas de feu Mohamed Lamari. Que voulez-vous de plus ? Il allait à la mosquée, au marché ou acheter son journal comme nous tous.
Réflexion : Comment le voyiez-vous en tant que Moudjahid et militaire ?  
H. B. : Dans l’Algérie indépendante, le Moudjahid se confondait au militaire. C’était aussi le passage de la glorieuse ALN à l’Armée Nationale Populaire. Le reste était OC-FLN, l’organisation civile du Front de Libération Nationale. Donc les choses s’étaient éclaircies en 1962.  L’armée devait entrer de plein pied l’Algérie d’aujourd’hui. N’oubliez pas que des cadres étaient en formation dans divers pays du monde dont l’Irak, l’Egypte, la Chine, la Yougoslavie, l’ex-Urss dans le but d’en faire des pilotes, des tankistes, des artilleurs… mais aussi d’éminents universitaires, des médecins, etc. Des officiers formés par l’armée française, d’authentiques  Moudjahidine ont été les  chevilles ouvrières de notre armée moderne. Certains ont les corps lacérés par les éclats de bombes d’avions et criblés de balles. Aussi, il faut se remémorer Mohammedi Saïd, alias Si Nacer,  qui fut même officier   dans l’armée allemande durant la seconde guerre mondiale et qui a combattu en Autriche et sur le front russe. Une aubaine pour l’Algérie indépendante que des officiers de la trempe de Lamari, Nezzar et Mohammedi Saïd aient été formés dans de grandes écoles. Pour l’anecdote, Mohammedi Saïd, formé par les Français, puis aspirant de la Wehrmacht, s’est vu arrêter à Tebessa par l’armée française pour tentative de sabotage après une infiltration sur le territoire algérien en 1944. C’est dire la haine du colonialisme. On s’allie avec le diable, comme dirait Yasser Arafat pour mettre fin au joug. Sinon, comment expliquez-vous que Mandela, Cabral  ou Samora Machel  et d’autres révolutionnaires aient choisi l’ALN ou l’ANP pour se libérer ? Et ils se sont libérés grâce aux  grands hommes de la « Muette ».
Réflexion : Feu Lamari au travail ?
H. B. : Qui vous dira, à titre d’exemple,  qu’il était chef de la 12ème Brigade d’Infanterie Mécanisée ? La 12ème BIM, dans le jargon. Une unité d’élite commandée avant le défunt par le Général Liamine Zeroual. Je ne l’ai lu nulle part. C’est vous dire que Sy Lamari était un homme de terrain. Un homme qui faisait manœuvrer les centaines de blindés,  de chars, de canons, d’engins de déminage et, bien sûr, des milliers de soldats.  Quel Algérien, sinon celui qui est passé par les rangs de l’ANP, en tant qu’appelé ou contractuel, pourrait imaginer Lamari en casque, transpirant, dans un terrible vent de sable, sa carte d’état-major sous le bras, les jumelles pendantes sur la poitrine, sortir de son véhicule transporteur de troupes là où l’on ne capte ni émissions radio ni télévisées et où le téléphone à la famille n’avait pas droit de cité. Là où personne ne veut y aller pour défendre ce pays ou  soigner les populations. Je vous épargne le soleil accablant, le manque de confort et où l’eau est rationnée. Eh oui, Lamari et Zeroual buvaient l’eau d’une citerne. C’était ça le lieutenant, le capitaine et le commandant Lamari. C’est aussi lui avant cela qui a créé l’embryon de ce qui construit nos kalashnikovs, nos balles, nos engins blindés et bien sûr nos hélicoptères et nos avions. Il était commandant de l’Ecole du matériel dans l’Algérie nouvellement indépendante. On ne nait pas Général et n’accède pas au grade de général qui veut. Et durant son accession au corps des officiers généraux, les tâches qui lui étaient dévolues n’étaient pas faciles.  
Réflexion : Justement, Lamari en tant que général ?
H. B. : Un homme simple qui n’a pas changé du tout. Toujours à l’écoute et toujours là dans les moments difficiles. Que ce soit sur les 6386 km de frontières, à l’intérieur, en mer ou dans les airs, l’ANP était là et devait être là. Lamari était le premier à répondre de la défense de ce beau pays. Qui imaginerait  que Lamari passait ses nuits  des semaines durant dans son bureau ou bien qu’il y allait seul  au volant de sa voiture ? Sans gardes du corps. Il oubliait même de se nourrir pendant que d’autres  voyaient en lui une bouche fine vue sa carrure. Enfin, ses obsèques montrent l’amour et le respect que lui vouent ceux qui l’ont connu.
 Réflexion : On dit qu’il était riche ?
H. B. : La question prête à rire. C’est ridicule. Cela m’attriste et me fait penser au pont des Généraux. Une aberration. Qui a vu un acte de propriété ou un compte en banque d’un général ? L’Algérie est un pays de la rumeur, de radio trottoir et de la radio arabe. Il n‘y a qu’à voir et entendre autour de vous. Tout le monde veut savoir ce que vous faites ou ce que vous possédez. C’est inouï ce que nous souffrons avec notre voisinage en particulier dans les petites villes, les villages  et les campagnes. Et puis cette suspicion, cette curiosité, cet intérêt bizarre de l’autre s’est élargi jusqu’à dire que la voiture du président de la république lui a été subtilisée sur le perron de son domicile à El Mouradia. Absurde, grotesque et phénoménal dans l’Algérie d’Alsat et du réacteur nucléaire. Lamari était riche dans son cœur. Socrate disait « qu’un trésor de belles maximes est préférable à un amas de richesses. » Lamari reste à révéler. C’était un homme au sens propre du terme comme veulent l’être tous les Algériens. Radjel.  Feu Lamari est maintenant   sur  des centaines de milliers de lèvres qui prient pour lui. Attendre que des généraux répondent à la rumeur, vous pourrez toujours rêver. Ils ont d’autres chats à fouetter et plus ils sont plus grands que cela. Les gens se fient beaucoup à la rumeur, aux médias qui nous en veulent, aux félons ; la rumeur est un héritage des années de plomb. Qu’ils comparent ce qui s’écrit en toute impunité  - et je m’en réjouis – avec les médias étrangers. Ajoutez-y les caricatures, les anecdotes et aussi beaucoup de diffamation. Enfin, c’est parce qu’il est partisan de « la seule richesse est celle qui consiste à savoir dompter ses désirs» qu’il  est passé de vie à trépas dans la petite bourgade de  Bordj Benazzouz dans la wilaya de Biskra qu’à Moretti ou Genève. Edifiant de voir qu’un chef d’Etat-major de l’armée d’une grande nation n’ait jamais coupé les liens avec les siens et la terre de ses ancêtres située dans un désert.
Réflexion : Est-il vrai qu’il ne s’entendait pas avec le président Bouteflika ?
H. B. : La rumeur a fait un tabac. Croyez-vous, en général,  qu’un Algérien qui ne s’entend pas avec un autre aille lui rendre visite ? Une visite de courtoisie que je veux dire. En plus, Lamari a  toujours été aperçu présentant ses vœux au président comme tous le monde. Toujours souriant et de bonne humeur au palais présidentiel. Bouteflika et Lamari s’estimaient beaucoup.  Et se respectaient surtout. Ils sont tous les deux des hommes ouverts, des Moudjahidine et le plus important chez eux, c’était leur clan. Et leur clan a toujours été « L’Algérie en Grand » contrairement à ce qui s’écrit. Il m’a semblé lire quelque chose de semblable dans votre journal dans son édition d’avant-hier, mais j’ai conclu que c’était une erreur technique. L’article devait étaler des interventions de la DGSN, mais a traité d’une lecture sur feu Lamari par un autre journal en ligne.
Réflexion : Oui, exactement, ce fut une erreur navrante. Nous en sommes désolés. Un dernier mot.
H. B. : Heureusement que l’Algérie a eu son Lamari, Allah yerhamou,  pour la sortir du bourbier durant la décennie noire. Et aussi qui a su mener des hommes lors de la menace à l’ouest en 1963,   1975 et bien après. Mais aussi en 1986 quand la Libye vivait d’euphories. N’en déplaise aux détracteurs de la grande muette qui ont prôné l’intervention étrangère, « l’armée dans les casernes », les rencontres de San Egedio, le dénigrement des meilleurs de cette partie des Chouhada et des Moudjahidine. Et j’aime votre journal, toujours vigilant, qui veille encore sur la graine patriotique. Mon dernier mot est que les héros ne meurent jamais.

Riad
Mercredi 15 Février 2012 - 21:43
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