REFLEXION

J. P. Coffe au journal Réflexion:<< J’attends que les Algériens m’invitent. >>



J. P. Coffe au journal Réflexion:<< J’attends que les Algériens m’invitent. >>
"Nous avons la meilleure gastronomie du monde, enfin, de notre point de vue! Nous voulons que cela soit reconnu au patrimoine mondial", avait déclaré le président français Nicolas Sarkozy en février dernier, alors qu’il inaugurait le Salon de l’Agriculture. Et ça ne s’arrête pas là. Il compte faire plier l’Unesco, dont le siège est à Paris, jusqu’à lui faire reconnaître la cuisine de son pays comme patrimoine mondial. Contrairement à ce que prône le président français, les nôtres, « grands spécialistes » en temps de « paix » et bricoleurs (euses) par les temps difficiles, se confinent chez eux, alors que le premier Salon Cuisine et Tendances bat son plein. Oui, des temps difficiles, car Choumicha est bien là. On se terre, on se cache, on est aux aguets. Du 22 au 26 juin, la cuisine algérienne sera à l’honneur à Riad el Feth et la star de Cuisine Tv et M2 leur fait de l’ombre. A en croire les médias de chez nous et du Maghreb, les deux compères qui hantaient le petit écran de l’Unique, n’ont pas daigné se rendre au fameux Salon. Crainte de l’épreuve des examens, du moment qu’un concours est organisé ? Peur de Choumicha au beau sourire et au parler clair, net, précis et surtout authentique ? Ou simplement une absence à la Khalida, notre ministre qui aurait boudé le plus vieux Festival d’Algérie, en l’occurrence la quarante-deuxième édition du Festival du Théâtre Amateur de Mostaganem, qui se déroule en ce moment-même sans que l’on ne sente l’air de fête d’antan, malgré ce vent de panafricanisme qui devait y régner en cette année exceptionnelle de la présence africaine en Algérie. Mesdames Arezki et Bouhamed, contrairement à ce qu’elles véhiculent comme recettes bien bricolées maison, sont loin d’un patrimoine culinaire d’une Algérie arabe, amazighe, africaine, orientale et méditerranéenne. Qui recenserait ces milliers de saveurs et de goûts ? Nous avalons grec, turc, perse, bosniaque, andalou, touareg, bagdadi, syrien, libanais, italien... Doubara, karantika, mahdjouba, msemmen, rfiss harrati, trida, tchakhtchoukha, rogag, baghrir… Autant de plats que de lieux-dits, de monts, de vallées, d’oueds, de douars et de dechras. Le couscous algérien n’a plus besoin de pub. Chez les autres du moins, car chez nous, on ignore même qui a représenté l’Algérie au dernier festival du couscous qui s’est tenu en 2005 en Sicile. C’est le premier prix qu’ont ramené les Algériens, et tenez-vous bien, devant les Palestiniens, les Marocains, les Tunisiens, les Ivoiriens, les Sénégalais... A l’époque, le New York Times n’a pas tari d’éloges de ce roi de la gastronomie universelle, car c’est le plus connu dans le monde comme mets succulent, et il l’a bien fait introduire dans les foyers américains et canadiens.
Ce premier Salon Cuisine et Tendances sera certainement le premier jalon d’une nouvelle épopée que les Algériens sauront graver en lettres d’or à l’heure de l’envahissement de la planète par mac do, fastfood, sandwichs, pizzas, plats à emporter et autres cuisines rapides à deux sous.
En prévision d’une éventuelle contribution de sommités mondiales en la matière, notre journal Réflexion, n’a pas manqué de solliciter, en mars denier, la bienveillance de cet homme si simple et si gentil qu’est le grand gastronome français Jean Pierre Coffe, de passage à Nancy dans le nod de la France, pour un éventuel apport à la valorisation de notre patrimoine culinaire algérien. Qui ne serait pas heureux de côtoyer celui qui réfléchit avec la tête d’un démuni dans une société de consommation ? Celui qui vous gave pour presque rien, nous a d’emblée lancé : << J'attends que les Algériens m'invitent. >> Si au moins ses chefs-d'œuvre, tels « Le plaisir à petit prix », « A vos paniers » ou « Le potager plaisir », faisaient la joie de nos étals, car grand besoin en avons-nous par ces temps de vache maigre où le budget des ménages bat de l’aile. Autre fait que nous lui reconnaissons, c’est l’authenticité de sa cuisine avec des produits du terroirs. Coffe, une bonne école dont nous avons besoin, tant qu’il est parmi nous et nous sommes conscients que les valeurs se perdent à une vitesse vertigineuse à l’heure de l’invasion de l’humanité par « la folie de la consommation de modernisme ». Si Jean Pierre a fondé dans les années 1970 l’Association « Les Grands-mères », c’est certainement par nostalgie des goûts et saveurs qu’elles portent en elles et qu’il ne voulait pas voir disparaître. Le mot étant dit, soit « l’invitation par l’Algérie », saurons-nous tirer profit de cette infatigable encyclopédie qui, un jour, en pleine guerre d’Algérie créa « Le Temps », un journal antimilitariste qui fut interdit au troisième numéro. Si cet homme a préféré la gastronomie à d’autres domaines où il a bien brillé, tels le théâtre, le jardinage, le cinéma, la publicité et la télévision entre autres, c’est qu’il y trouve un grand plaisir. Et son plus grand bonheur serait de voir la faim éradiquée de la planète.
On s’interroge souvent chez nous, sur ce qu’est devenue l’identité algérienne ? Notre gastronomie, tout comme nos djellabas et gandouras dans l’habillement, nos parlers, us, coutumes et traditions, est une partie de ces fondements-mêmes de notre identité. Sachons les préserver. Comme vous vous imaginez mal une Algérie sans cheval et sans burnous, imaginez-la sans hrira, sans frik et sans méchoui ! Vous conviendriez, à l’unanimité, que ce serait une Algérie estropiée.

Benatia.
Samedi 27 Juin 2009 - 08:00
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CULTURE
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