REFLEXION

INTERVIEW EXCLUSIVE DU DR ABDERRAHMANE MEBTOUL, EXPERT INTERNATIONAL A LA TELEVISION INTERNATIONALE FRANÇAISE ALQARRATV : Le nouveau premier ministre algérien peut-il dépasser le statu-quo actuel en redressant la situation économique ?

Avec la nomination de M.Sellal comme premier ministre, l’Algérie sort-elle de son « dormance » politique et économique ? Après un été émaillé de rumeurs et de distensions, ou continuera-t- elle sur cette même voie avec le risque de tensions sociales? Et quel sera l’avenir de l’Algérie sous la gouvernance de Sellal ? Autour de ces questions la chaine de la télévision internationale française «Alqarratv » a interviewé le Dr Abderrahmane MEBTOUL Expert international en management stratégique.



INTERVIEW EXCLUSIVE DU DR ABDERRAHMANE MEBTOUL, EXPERT INTERNATIONAL A LA TELEVISION INTERNATIONALE FRANÇAISE ALQARRATV  : Le nouveau premier ministre algérien peut-il dépasser  le statu-quo actuel en redressant la situation économique ?
Question 1- Quelle est la situation actuelle de l’économie algérienne en 2012 ?
En bref après 50 années d’indépendance en ce mois de septembre 2012, l’économie algérienne se caractérise par 98% d’exportation d ‘hydrocarbures à l’état brut et semi brut   et important 70-75% des besoins des ménages et des entreprises quelles soient  publiques ou privées. Sonatrach c’est l’Algérie et l’Algérie c’est Sonatrach ayant engrangé entre 2000- et juin 2012 environ 560 milliards de dollars et allant vers 600 milliards de dollars fin 2012. Les réserves de change au 01 juillet 2012 sont d’environ 190 milliards de dollars et selon le dernier rapport du FMI allant vers 200 milliards de dollars fin 2012  et  une dépense publique de  7 milliards de dollars entre 2000-2002- 200  entre 2004-2009 et 286 entre 2010-2014 mais dont 130 milliards de restes à réaliser. Sur  le terrain, ne devant pas avoir une vision essentiellement négative, beaucoup de logements, de routes et diverses infrastructures  ont été réalisées. Mais des dépenses sans compter, aucun bilan réel à ce jour. Les retards dans la réalisation de certains grands projets concernent tous les secteurs et toutes les régions Ce n'est que trente années après son lancement officiel que le métro d'Alger a commencé à voir le jour. Un premier tronçon de 9,5 km a été inauguré le 31 octobre 2011, mais les surcoûts liés aux derniers retards de réalisation sont évalués à plusieurs dizaines de millions d'euros. Le tramway d'Alger aurait, pour sa part, dû être livré en 2009. Un premier tronçon de 7,2 km (sur 23 km) n'a été terminé qu'en mai 2011. D'autres retards affectent l'autoroute Est-Ouest, la Grande Mosquée (dont les travaux auraient dû commencer en 2010), le Centre International de conférences. Dans le domaine du transport ferroviaire, qui figurait pourtant parmi les secteurs prioritaires des deux derniers grands programmes d'appui à la croissance, pratiquement presque rien n'a encore été entrepris. 30 milliards de dollars étaient pourtant inscrits dans le plan 2005-2009 et 80 milliards de dollars dans le suivant, en cours de réalisation. Les contrats qui avaient été attribués sur adjudication depuis 2007 (dont de nombreux contrats d'études) ont été annulés et de nombreux appels d'offres ont été déclarés «infructueux». Il s'agit aussi bien de lignes nouvelles, de travaux d'électrification, que de la réhabilitation des gares (80 gares de la SNTF à moderniser) ou d'aménagements ferroviaires dans la région d'Alger. Dans ces annulations figurent de nombreux projets qui faisaient partie des programmes de développement régional. Le rapport de 2009 toujours d’actualité de la banque mondiale remis aux autorités algériennes montre clairement des projets inutiles, des abandons de projets, des projets non maturés, des retards de plusieurs années   et  des surcouts  pour certains projets allant de 30 à 40%. Malgré l’importance de la dépense publique  le taux de croissance moyen 2004-2012 ne dépasse pas 3% en termes réels, alors qu’il aurait du dépasser 10% l’Algérie dépensant deux fois plus pour avoir deux fois moins de résultats  comparée à des pays  similaires de la région MENA. Le taux de croissance (production intérieure brut –PIB)  hors hydrocarbures des officiels  de 5-6% est biaisé. Le taux de croissance du   BTPH et la majorité des secteurs hors hydrocarbures est du à plus de 80% à la dépense publique via les  hydrocarbures laissant aux entreprises créatrices de richesses  pouvant s’insérer dans le cadre des valeurs internationales moins de 20% du PIB. Il y a dépérissement du tissu productif du fait des contraintes d‘environnement notamment le poids croissant paralysant de la bureaucratie et de l‘instabilité juridique qui freine l’épanouissement de l’entreprise locale ou étrangère créatrice de richesses durables  du fait du manque de vision stratégique. Le rapport, publié à Genève le  5 septembre par le Forum économique mondial de Davos, a passé au crible les 144 pays les plus importants économiquement dans le monde. Parmi les cinq, sur les seize facteurs, qui entravent le développement économique en Algérie figurent les lenteurs bureaucratiques (1), l’accès au financement (2), la corruption (3), l’absence d’infrastructures (4) et le manque de main d’œuvre qualifiée. Une  enquête  de l’ ONS  publiée officiellement  le 10 aout 2012  montre clairement que le tissu économique national est fortement dominé par les micros unités  dont les personnes physiques à 95%  alors que les personnes morales (entreprises) représentent seulement 5%, et que  le  secteur commercial et services concentrent 83% des activités de l’économie algérienne en 2010, soit 88% du total, ce qui dénote clairement le caractère tertiaire de l’économie. Comme effet à la fois d’une expansion monétaire sans corrélation avec la production et la désorganisation des circuits de distributions permettant des actes spéculatifs, nous assistons au retour accéléré de l’inflation où  les   prix à la consommation ont augmenté de 8,7% au mois de juin 2012  par rapport à la même période de l’année 2011, situant le rythme d’inflation en glissement annuel en Algérie à 7,3%   selon  l’Office national des statistiques (ONS). Ce taux   d’inflation est biaisé  par des subventions généralisées, non ciblées et sans les  subventions serait entre   10-15%. Aussi, grâce à l’aisance financière générée par les hydrocarbures, le gouvernement algérien achète  une paix sociale fictive transitoire  en généralisant les subventions   grâce à la rente. L’Etat algérien   subventionne un grand nombre de produits de première nécessité, comme les céréales, l'eau et le lait, l'électricité et le carburant. Ainsi, l’économie algérienne  est  sous  perfusion de la rente  des hydrocarbures,  assistant à  la déconnection de la sphère financière, de la sphère réelle, les réserves de change  étant une  richesse virtuelle provenant de la rente.
Question 2- L’Algérie en continuant  dans cette voie, les risques de tensions sociales?   
La politique actuelle marginalise      le secteur  productif local, favorise les entreprises étrangères notamment chinoises sur fonds publics algériens   et  les rentes spéculatives  Mais cela ne peut pas durer quitte à aller vers un suicide collectif où une implosion différée.  En termes de rentabilité financière et tenant compte des exportations 85 milliards de mètres cubes gazeux et de la forte consommation intérieure, dont les nouveaux projet à forte consommation de pétrole  et de gaz ( raffineries et doublement des centrales électriques  à turbines de gaz)  donnant à compter de 2016 plus de 60 milliards de mètres cubes gazeux,des couts croissants, que dans 15 ans pour le pétrole et 25 ans pour le gaz conventionnel donc horizon  2O25-2O3O, avec 5O millions d’habitants l’Algérie sera sans hydrocarbures.  L’Algérie ne peut continuer à fonctionner sur la base d’un cours du baril de pétrole  de 110-120 dollars quitte à épuiser le fonds de régulation des recettes au bout de trois années à quatre années  en cas d’un fléchissement des cours inférieur à 80 dollars le baril. Pourtant le Ministre des finances  vient de déclarer en ce mois de septembre 2012 qu’il n’est pas  question de rigueur budgétaire dans la loi de finances 2013. Or, la population   selon l’Office  des statistiques ((ONS) est de   37,1 au 01 janvier 2012,  la population active  dépassant   les dix (10)  millions  en 2012  et la demande d’emplois additionnelle varierait  entre 300.000 à 400.000 personnes  par an. Pour le Ministère du travail, le taux de chômage est en nette régression ayant annoncé  officiellement 11% en 2010, environ 10%  en 2011 et l’estimant à 9% pour 2012. Cela inclut les sureffectifs dans les  entreprises publiques, les administrations et les emplois temporaires  de moins de 6 mois souvent improductifs (faire et refaire des trottoirs), avec la prédominance des emplois rentes. Donc  le taux officiel est largement biaisé dans certaines régions le chômage touchant les jeunes dépassants les 20-25%. Et selon l’enquête de l’organe officiel de la statistique ONS la sphère informelle à dominance marchande absorbe 50% de la population active. Car un agrégat global comme le revenu national par tête d’habitant peut voiler d’importantes disparités entre les différentes couches sociales. Une analyse pertinente devrait lier le processus d’accumulation, la répartition du revenu et le modèle de consommation par couches sociales. La cellule familiale, la crise du logement (même marmite, même charges) et les transferts sociaux qui atteindront plus de 1.200 milliards DA en 2011, soit 18% du budget général de l'Etat et plus de 10% du PIB et  les subventions  jouent temporairement comme tampon social. Mais les tensions sociales, non organisées, à travers toutes les régions du pays montrent une forte attente  de la population algérienne. C’est une marmite en ébullition qui risque d’exploser à tout moment avec la crise de confiance en l’avenir : niveau de vie en dégradation avec l’inflation et une répartition inégalitaire du revenu national au profit d’une minorité rentière, la corruption, crise de logements, coupure d’électricité, d’eau, tout le monde veut sa part de rente et immédiatement.  
 Question 3.- Le premier ministre SELLAL  peut-il relancer    la machine économique ?
Les chantiers ne manquent pas pour le premier ministre. Espérons pour l’Algérie  que le  gouvernement SELLAL  dépassera  le statut quo actuel suicidaire  ce qui suppose un changement  dans l’orientation de la gouvernance et de la  politique économique condition sine qua non  de l’émergence d’une économie hors hydrocarbures. Pourtant, malheureusement, avec de nombreux observateurs, je pense  qu’il n’y aura pas de changement de cap de la politique économique. Les réformes structurelles    ne peuvent être réalisées  car déplaçant des segments importants de pouvoir et pouvant créer des clivages et de vives tensions. . Abdelmalek SELLAL connu pour sa pondération,  l’homme qui ne fait pas de vague,  est donc l’homme de la situation   actuelle  afin de ne pas   trop bousculer les  intérêts.    Abdelmalek SELLAL  est un fonctionnaire modèle et  un parfait commis de l’Etat. Il exécutera à la lettre la feuille de route  fixé en haut lieu, la paix sociale à tout prix  quitte à distribuer la rente  sans contreparties productives. Par ailleurs depuis la révision de la Constitution c’est un régime présidentiel et tous les  pouvoirs sont concentrés à la présidence, n’ayant plus de chef de gouvernement mais un premier ministre.  Ce sera donc  la continuité, comme précisé par   le nouveau premier ministre, c’est à dire  l’application du programme présidentiel.   
 Question 4- Et  l’avenir de l’Algérie ?  
Je suis confiant car l’Algérie recèle d‘importantes potentialités, surtout les compétences  humaines richesse bien plus importante que toutes les  réserves d’hydrocarbures, actuellement marginalisées, tant au niveau local qu’à l’étranger,  pour surmonter la situation actuelle. Pour cela, outre une profonde  moralité des personnes chargés de diriger la Cité,  l’on doit  revoir  l’actuelle politique socio économique qui ne peut que conduire à l’impasse et donc à l’implosion sociale à terme. Supposant un réaménagement profond des structures du pouvoir. Cela implique comme précisé précédemment, une nouvelle gouvernance par  des réformes structurelles économiques et politiques solidaires. L’on ne saurait ignorer les bouleversements mondiaux  à la fois positifs mais pervers sans une nouvelle régulation e l’économie mondiale, devant insérer  les projets futurs  de l’Algérie dans le cadre de l’intégration du Maghreb pont entre l’Europe, le Moyen Orient   et l’Afrique, continent d’avenir- pour la stabilité et une prospérité partagée de la région.  
Question 5- Quelle conclusion tirer ?
Comme j’ai eu à le souligner dans une interview à l’AFP le 04 septembre 2012, le pouvoir  ne veut pas  de remous sociaux jusqu’aux élections présidentielles d’avril 2014. Il  est tétanisé par ce que l’on appelle « le printemps arabe », des évènements actuels en Syrie, des tensions au niveau du Sahel  qui ont un impact sur l’Algérie  et surtout par des remous sociaux généralisés : c’est donc du replâtrage et le   statut quo.  L’Algérie peut mieux faire.

Interviewé par : Jean Michel MEYER
Vendredi 7 Septembre 2012 - 23:00
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ACTUALITÉ
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