REFLEXION

INTERVIEW DU PROFESSEUR ABDERRAHMANE MEBTOUL PAR LE JOURNAL AMERICAIN HERALD TRIBUNE : Toute déstabilisation de l’Algérie aura une répercussion sur toute la région



American Herald Tribune : Nous suivons vos différentes publications et interventions publiques depuis de longues années. Pour l'économiste que vous êtes, l’Algérie respecte –elle  les engagements internationaux?
Prof. Abderrahmane Mebtoul - Vous parlez de l'accord d’association signé en toute souveraineté le 1er Septembre 2015. Pour l' Algérie, selon  le Directeur général des relations économiques et la coopération internationale au Ministère des affaires étrangères, il n’est pas question de  remettre   en cause l'architecture générale, l' Europe ayant adhéré à la demande algérienne et a accepté une révision partielle de certains articles permettant un partenariat gagnant / gagnant tout en soulignant pour la partie européenne, que les réformes structurelles pour une économie diversifiée dépendent premièrement du gouvernement algérien, afin de bénéficier de cet accord.  L’on parle à nouveau d'une éventuelle adhésion de l’Algérie à l'Organisation mondiale du commerce (OMC)  qui constitue 97% du commerce mondial et 85% de la population mondiale. Pour répondre directement à votre question,  l'Algérie a toujours  respecté ses engagements internationaux. La loi adoptée récemment du retour des licences d'importation fait partie du respect des engagements internationaux de l'Algérie. La liberté du commerce et de l'industrie est à la base de la politique économique et commerciale du gouvernement algérien. Dans ce contexte,  de ce qui est prévu par les législations de plusieurs pays dont l'économie est ouverte  offre la possibilité d'utiliser, dans des cas spécifiques et prédéfinies, une période de transition afin de mettre à niveau l'appareil productif, les licences d'importation ou d'exportation neutres dans leur application et administrées de manière juste et équitable pour gérer les exceptions à cette liberté du commerce, conformément aux règles de l'OMC.
Est-ce que l'élection américaine et la future élection française peuvent avoir des répercussions sur l'Algérie?
Les États-Unis d'Amérique, la France et l'Algérie entretiennent des relations d'amitié depuis longtemps. Pour les Etats - Unis, il faut reconnaître que la révolution de gaz / huile de schiste, ils sont devenus des concurrents de Sonatrach, ce qui a eu un impact sur la valeur de la balance commerciale, qui est passée de 12 milliards $ au cours des années 2008 à 5 milliards de $ d'ici à 2015. Mais d'importants investissements hors hydrocarbures américains sont en cours. Nous pouvons reconnaître que les principaux clients et fournisseurs sont les Européens avec une percée pour la Chine en termes d'importations. Malgré quelques remous de saison, comme un vieux couple, les relations économiques avec la France sont excellentes. L’Algérie milite  avec tous ses partenaires pour  un partenariat gagnant /gagnant afin d’asseoir  son  développement de l’Algérie fondement de sa stabilisation politique et sociale car la déstabilisation de l'Algérie aurait des répercussions géostratégiques sur tout l'espace méditerranéen et africain. C’est dans ce contexte que s’inscrit le partenariat avec les Etats Unis d’Amérique, la France,  la Chine,  la Russie et autres pays. Les sentiments n'existent pas dans ce monde, mais seulement des intérêts, devant   analyser avec lucidité le poids économique de chaque nation face  aux nouveaux changements  géostratégiques.
En termes de nouveau modèle économique, selon nos sources, vous avez attiré l’attention  des autorités algériennes  dès le début. Est-ce que vous avez écouté aujourd'hui? Nous avions l'écho que vous aviez subi des pressions sur le travail que vous faites et l'analyse que vous avez développé, n’est- il pas trop tard pour remédier à la situation économique actuelle?
Non, il n’est pas trop tard, l'Algérie ayant des potentialités importantes pour sortir de la crise sous réserve de gouvernance renouvelée et la primauté de l'économie, de la connaissance, loin de la vision rentière qui ne peut conduire le pays au suicide collectif. D' ailleurs, je tiens à souligner que je n'ai jamais subi de pressions, être expert indépendant. Un modèle technique n'a pas de signification si elle n'a pas porté par les forces sociales et les politiques économiques responsables de sa mise en œuvre. Mettons-nous loin de la morosité, tout ce qui a été réalisé entre 2000/2016 n’est pas totalement négatif. De nombreuses réalisations ont été faites après la décennie sanglante de 1989/1999, mais aussi de nombreuses erreurs qui doivent être corrigées impérativement. A la fin de 2013, toujours comme un expert indépendant, je l'avais réalisé pour le gouvernement, avec plus de 20 experts, un fichier important suivi par de nombreuses recommandations, entre 2014/2016, en insistant sur l'urgence de revoir la politique socio-économique actuelle. Il faut aller vers  une bonne gouvernance, une plus grande rigueur dans la gestion, une meilleure allocation des ressources en faveur de l'économie et de la connaissance, piliers du développement, loin de la vision de matérielle  périmée des années 1970, en tenant compte de la nouvelle révolution économique qui s’annonce entre 2017/2030. Je suis convaincu que l’Algérie souffre d'une crise de gouvernance et non pas d'une crise financière, la situation étant différente de celle de 1990. Mais en l'absence de réformes, le risque est que  cette crise de gouvernance se transforme en une crise financière avec un retour au FMI 2019/2020, sans adaptation aux nouvelles mutations géostratégiques mondiales. Les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) ont  des implications pour la gouvernance politique, la gestion des entreprises et des administrations, et  aussi sur notre nouveau mode de vie qui nous oblige à prendre des décisions en temps réel. Le principal obstacle au développement en Algérie découle de l'entropie qui doit être dépassée impérieusement, se référant non seulement à des facteurs économiques, mais aussi aux  facteurs sociaux et politiques, dont  la moralisation profonde des dirigeants et de la société.
Où va l'Algérie, à votre avis? N’est –elle pas  en danger en épuisant ses réserves de change  2019/2020 et quelles sont les propositions que vous avez formulées au gouvernement algérien?
L'Algérie a un répit de trois ans seulement de changer de cap et éviter de fortes tensions sociales en 2018/2020. Alors, que faire pour maintenir à un niveau acceptable les réserves de change qui maintiennent la valeur du dinar, car avec  10/20 milliards de réserves de change la cotation officielle du dinar  serait à plus de 200 dinars pour un dollar et 250/300 dinars au cours du marché parallèle.
La première solution est une nouvelle gouvernance centrale et locale.
La deuxième solution est la réhabilitation du travail, la source de la richesse d'une nation, en évitant cette distribution de revenus sans contreparties productives, évitant ces emplois fictifs pour une paix sociale éphémère qui voile le taux de chômage officiel.
La troisième solution est l'amélioration du climat des affaires, la bureaucratisation de la société, la réforme du système financier, socio-éducatif, et l'épineux problème de la propriété foncière.
La quatrième solution est que tout projet doit être pensé en termes de coût / qualité / concurrence, de sorte  en référence aux normes internationales  au sein des filières internationalisées.
La cinquième solution est le développement de projets structurants, avec de nouveaux modes de financement  la technique  dont  le BOT.  
La sixième solution est l'assouplissement de la règle 49/51%  pour les segments non stratégiques devant  définir précisément ce qui est stratégique et ce qui ne l’est pas.
La septième solution est une exportation plus élevée d'hydrocarbures, dont le prix dépend de facteurs entièrement hors de l'Algérie  
La huitième solution est un arbitrage nécessaire entre la satisfaction du marché intérieur et les exportations qui posent le problème des subventions généralisées, source  d’injustice sociale, alors qu'elles doivent être ciblées.
La neuvième solution, que je préconise au gouvernement depuis deux ans, est à long terme ciblée dette extérieure, mais seulement pour les segments qui ont avantages concurrentiels.
La dixième solution, la plus sûre, est d'avoir une vision stratégique, la tactique pour paraphraser experts militaires pour tenir dans une fonction objectif stratégique avec de profondes  réformes structurelles, mais conciliant efficacité économique et une très profonde justice sociale  comme cela a été instruit par le Président de la République algérien.  
Dans un grand nombre de vos écrits depuis 2009, vous avez alerté le gouvernement sur les impacts des prix des hydrocarbures. Vous n’avez pas été écouté. Pouvez- vous nous rappeler vos propositions pour une transition énergétique?
La transition peut être définie comme le passage d'une civilisation humaine construite sur un fossile essentiellement polluante, l' énergie abondante et bon marché, vers une civilisation où l'énergie est renouvelable, rare, chère et moins polluante, avec l'objectif de remplacer à terme énergies de stock (pétrole, charbon, gaz, uranium) avec des énergies de flux (éolien, solaire). La transition énergétique se réfère à d’autres sujets techniques, ce qui pose  un  problème  sociétal. La première est d'améliorer l’efficacité énergétique  
Le deuxième axe consiste à repenser la politique des subventions  devant envisager la création d'une Chambre de Compensation nationale.
Le troisième  axe, l'Algérie a décidé d'investir en amont pour de nouvelles découvertes. Mais pour la rentabilité de ces dépôts, tout dépendra du vecteur de prix au niveau international et du  coût, pouvant découvrir des milliers de gisements non rentables.
Le quatrième  axe est le développement des énergies renouvelables combinant le thermique et photovoltaïque, dont le coût global de la production a diminué de plus de 50% et sera plus à l'avenir.
Le cinquième axe, l’Algérie envisage de construire sa première centrale nucléaire en 2025 à des fins pacifiques.
Le sixième axe, devant  éviter des positions  tranchées  pour ou contre, mais devant protéger l’environnement et l’eau  d’où un large débat national est l’option de pétrole / gaz de schiste (réservoir 3e mondial) introduit dans la nouvelle loi sur les hydrocarbures de 2013.
 Est-ce que l’Algérie ne risque t- elle pas l'implosion sociale sans réformes structurelles?
Non, il n'y aura pas d'implosion sociale à court terme, mais il est un scénario de ne pas être jeté entre 2019/2020 si l'Algérie ne commence pas rapidement des réformes structurelles profondes douloureuses impliquant une cohésion sociale profonde et la moralité des dirigeants. Aussi, j’identifie quatre raisons pour la période 2017-2019.   L’Algérie n’est pas dans la situation de 1986 où les réserves de change étaient presque inexistantes avec une dette qui a commencé à devenir lourde. Avec 114 milliards de dollars de réserves de la banque d'Algérie à la fin de 2016, 112 milliards de dollars selon le FMI, et une dette extérieure de moins de 4/5 milliards $, ces réserves de change, si elles sont correctement utilisées, peuvent servir de tampon social mais comme souligné précédemment devant avoir une stratégie claire pour  asseoir une économie diversifiée hors rente.
Comment un pays qui a autant d'atouts pour réussir se retrouve à la traîne et quelle est la trajectoire future que vous avez souvent proposée dans vos diverses contributions?
Evitons l'illusion juridique, la mentalité bureaucratique sans imagination, un texte de droit est seulement un texte de loi qui peut être contredit quotidiennement par les pratiques sociales. Pour son efficacité, le texte juridique, quelle que soit sa forme, doit aborder le fonctionnement de la société, favoriser les forces sociales acquises aux réformes et projeter lui-même sur l'avenir en tenant compte de la future carte mondiale géostratégique. Car, nous ne pouvons pas ne pas reconnaître la différence entre les potentialités de l'Algérie, et elles sont énormes, et le niveau de développement, loin des attentes que le pays a atteint après plusieurs décennies d'indépendance. Par conséquent, j’émets huit propositions, quitte à me répéter:

 

Premièrement, l’Algérie doit entreprendre de véritables réformes structurelles
- 2. La réforme  de la justice à travers la lutte contre la corruption qui constitue un danger pour la sécurité nationale.
3. La  réforme du système éducatif, pilier du développement futur.
4. Réformer le secteur des hydrocarbures, source de rente et l'objet de toutes les convoitises, et dans l’agriculture à travers une nouvelle politique foncière et une politique de gestion de l’eau.
5. En tant que facteur de cohésion sociale, il sera nécessaire de disposer d’une nouvelle gestion des stratégies sociales, de revoir la gestion des fonds de pension et de sécurité sociale.
6.  La réforme du système financier qui est une condition préalable à la reprise des investissements nationaux et étrangers, le public et les banques privées étant au cœur des enjeux importants du pouvoir entre les partisans de l'ouverture et ceux de la préservation de la rente des intérêts, étant à juste titre considéré comme l'indication la plus évidente de la volonté politique de l'Etat algérien pour ouvrir ou non l'économie nationale à la libre entreprise.
7. Intégrer la sphère informelle contrôlant 40% de la masse monétaire en circulation et 65% des segments de produits de base.
 8. Enfin, une révolution culturelle  tant des dirigeants que de la société pour  adapter  de l’Algérie aux nouveaux changements globaux mondiaux, d’où l’importance  des médias pour véhiculer ce nouveau mode de pensée.
Précisément,  le système financier algérien, le pilier des réformes, n’est-il pas obsolète?
Il est évident que le système financier algérien doit être réformé, car il n'y a pas de banques qui accompagnent de vrais investisseurs et pas de véritable bourse. La richesse ne peut apparaître que dans le contexte de la transformation du stock de l'argent dans un stock de capital, et qui est tout le problème du développement, puisque cette transformation est plus dans le cadre de l'entreprise, mais se déplace dans le champ institutionnel (problème de la distribution).  Le système financier algérien porte en lui la substance de l'enjeu, car il correspond parfaitement à la politique économique développée jusqu'à présent et son corollaire les sources et les modalités de son financement. Les erreurs de gestion quotidienne sont couverts par le transfert financier qui passe à travers le système financier et irrigue le système économique via la rente. Avec les tensions budgétaires  cela ne peut plus durer  d’où l’importance de l’autonomisation des banques publiques et le développement de banques privées collant à la nouvelle réalité.
Quelle est votre impression de la loi 2017 de financement, notamment les taxes supportées par les classes les plus défavorisées?
La loi de finances 2017, qui vient d'être adoptée par l'APN (Assemblée populaire nationale) est seulement un document comptable relatif aux finances publiques, retraçant les dépenses et les recettes, l'Algérie avant tout besoin d'une vision stratégique qui fait cruellement défaut. Le projet de loi de finances fait une projection sur les trois prochaines années sur la base d'un prix de référence de 50 $ par baril en 2017, 55 en 2018 et 60 $ US le baril en 2019 avec un prix de la monnaie nationale de 108 dinars pour un dollar et une moyenne  de taux d’inflation de 4%. Le taux de croissance serait de 3,9% en 2017, 3,6% en 2018 et 4,3% en 2019. Malgré les contraintes financières pour 2017, 1,630.8 milliards de DA seront alloués aux transferts sociaux (23,7% du budget pour 2017)
Quelles sont les différentes taxes contenues dans la loi de finances 2017?
Sans être exhaustif,  la loi de finances 2017 propose, en particulier, une augmentation de la valeur ajoutée (TVA) de 17% à 19% pour le taux normal et de 7% à 9% pour le taux réduit, une augmentation des taux actuels de la Taxe sur les produits pétroliers (TPP) de 1 à 3 DA / litre, respectivement pour le gazole et les trois types d'essence,  un impôt sur l'efficacité énergétique (EET) pour les produits importés ou produits localement par l' électricité, du gaz et des produits pétroliers,  une nouvelle augmentation de la taxe sur les recharges de téléphone de 5 à 7%, la taxe intérieure de consommation qui augmente à 30% pour les  produits de luxe tels que les véhicules hors route et les capacités de cylindre au- dessus de 2000 cm3 et inférieure à 3000 cm3, la taxation des marges sur les ventes et la livraison de biens personnels de seconde main. Cela vaut en particulier pour le marché des véhicules d' occasion et enfin la  location de logements individuels sera soumis à une nouvelle taxe de 10% sur le revenu total (IRG).Mais pour favoriser l’investissement ,  des  avantages fiscaux sont accordés aux sociétés de production de véhicules industriels, l'importation de pièces, accessoires et composants qui font partie des collections destinées aux industries de montage ou ceux appelés CKD, avantage qui serait étendu à toutes les entreprises de production actives dans le domaine de l' assemblage approuvé par le ministère de l' Industrie et des Mines. Dans la même ligne, l'avantage temporaire actuellement en vigueur à partir du 1er Janvier 2015 pour une période de trois ans devrait être remplacé par un avantage permanent pour ceux qui sont impliqués dans le secteur.
Face aux tensions budgétaires, afin de rapprocher les citoyens de leurs préoccupations, pouvez-vous nous rappeler vos propositions pour une réorganisation centrale et territoriale de l'Algérie?
Ce sera une question de synchronisation de la gouvernance centrale et de la gouvernance locale.  Cela signifie qu'il existe une solution locale aux problèmes locaux et que cela est nécessairement mieux qu'une solution nationale généralisée. En plus de la refonte du statut de l'administration centrale et locale, inutile de dire que les nouvelles prérogatives qui en découlent pour l'autorité locale ne peuvent être exercés que si elles sont accompagnées d'une réforme des finances locales, d'imaginer un système de péréquation entre les communes riches  et les communes  les plus pauvres. Dans le même temps, l'État doit sauvegarder ses missions fondamentales en tant que garant de tout ce qui constitue les intérêts de la communauté nationale (cohésion et la justice sociale, la sauvegarde du patrimoine public, égalité des chances pour le développement de tous les citoyens ...). En effet, l'autonomie de gestion locale peut être exercée que dans le respect des politiques et des stratégies mises en œuvre par l'État, à la fois pour réglementer et diriger le développement économique et social du pays, et pour aider et organiser le développement équitable et la bonne gestion de l’ensemble des composantes de l'espace national.
Dans le cadre de la mise en œuvre des dispositions de l'article 202 de la Constitution, le Président Abdelaziz Bouteflika, par décret présidentiel en date du 14 Septembre 2016, a nommé la composante de la prévention nationale et la lutte contre la corruption. Qu’en pensez-vous ?
Je tiens à souligner que le contrôle  efficace doit avant tout être fondé sur la primauté du droit, avec la participation des citoyens à travers la société civile, une véritable opposition politique, une véritable indépendance de la justice, tout cela accompagné de  la cohérence et  une visibilité de la politique  socio-économique. Cela impliquera plus de moralité des dirigeants au plus haut niveau pour un sacrifice partagé afin d'éviter le divorce  l'État / citoyen. Afin de lutter contre la corruption, en particulier contre plus de la facturation, des capitaux transferts illégaux, ce qui rend le contrôle plus efficace, il y a un besoin urgent de revoir le système d'information qui a été totalement effondré pendant plus d' une décennie, ce qui pose la problématique de la transparence des comptes , y compris pour une grande entreprise comme Sonatrach. Sans information interne fiable, d’ailleurs aucune politique de subventions ciblées n’est possible, aucun contrôle externe n’est difficile et dans ce cas, la tâche des institutions de contrôle, y compris celle de la Cour des comptes, serait biaisée. Dans les administrations, il est presque impossible parce que leurs méthodes de gestion sont les méthodes de début des années 1960 et ignorent les principes de base de la rationalisation des choix budgétaires.  Tout mécanisme de contrôle transparent  renvoie à la problématique  des libertés au sens large. Dans le rapport publié par la Heritage Foundation et le Wall Street Journal  pour l'année 2015, en date du 25 Janvier, 2016, l'Algérie a été rétrogradée de onze places, la position 157e sur 178 pays. Ce rapport met l'Algérie dans la catégorie des pays où la liberté économique est «réprimée» avec un score global de 48,9 points, 1,9 points de moins que l'année 2014, ce score global reste inférieur à la moyenne régionale, ainsi que mondial. Mais n’ayons pas une vision de sinistrose, beaucoup d’acquis mais également beaucoup d’insuffisances.
Dans la majorité des pays les PMI-PME sont à la base du  développement. Pouvez- vous nous rappeler les propositions que vous avez mis en avant pour le gouvernement algérien pour les dynamiser?
La nouvelle loi sur les PME n'aura  pas d’impacts  sans réformes structurelles et une vision stratégique de l’adaptation au nouveau monde. Donc, je propose neuf propositions. Ce sont les propositions sur la dynamisation des PME-PME émises lors de la réunion du 06 Novembre 2014 au Palais des Nations devant le Premier ministre et les membres du gouvernement, au moment où je préconisais un comité de crise pour contrer la baisse des hydrocarbures prix.
Premièrement,  Tout d'abord, la création d' une Agence des services pour les petites entreprises comptant moins de 20 employés.
En second lieu, pour la date limite de paiement, je propose d'imposer une loi, si nécessaire, ou un décret exécutif pour le paiement aux PME dans les 30 jours à compter de la date de livraison.
En troisième lieu, il sera nécessaire de réduire le délai de remboursement de la TVA aux PME à un maximum de 15 jours. Le dépassement, l'administration fiscale devant  être pénalisée selon les mêmes règles que celles appliquées aux entreprises.
Quatrièmement, les possibilités de financement des PME devraient être élargies en introduisant Leasing, capital de développement pour financer les petites et moyennes entreprises parce que la majorité des entreprises familiales sont réticentes à chercher des capitaux à l' extérieur, et encore plus pour entrer dans la Bourse d'Alger qui est d' ailleurs dans la léthargie depuis des années.
Cinquièmement, obliger les grandes entreprises publiques, y compris Sonatrach et Sonelgaz, à la sous-traitance par le biais d'un co-partenariat.
Sixièmement, les règles comptables qui régissent les PME-PME étant  très lourdes, je propose une trésorerie comptable pour les entreprises de moins de 10/20 employés.
Septièmement, il serait souhaitable de soumettre les  PME à une taxe spécifique et régime social en particulier pour ceux parmi lesquels le chiffre d’affaires ne dépasse pas 10.000.000 dinars avec un prélèvement fiscal de 10 à 15% équivalant à l'impôt sur le revenu, en remplaçant tous les impôts directs.
Huitième, alléger la procédure 49/51%, ce que je demande au gouvernement depuis 2010 pour les segments non stratégiques en introduisant la minorité de blocage d'environ 30% et l'obligation d'un transfert technologique, de gestion, et un solde positif de change pour l' Algérie.
Neuvième, faire une évaluation du crédit documentaire Crédoc qui ne permet pas de limiter la facture d'importation,  pour stimuler le tissu productif et réintroduire le Remdoc pour certaines petites et moyennes entreprises
Il y a une controverse actuellement sur la réforme des fonds de retraite en Algérie, qu’en  pensez-vous?
La population algérienne est passée de 12 millions d’habitants en 1965, de 34.591.000 le 1er Juillet 2008, à 37,5 millions en 2010, 39,5 millions au 1er Janvier en 2015, et 40,4 millions au 1er Janvier 2016 et la pression démographique  est un facteur clef à prendre en compte à l’avenir pour déterminer le modèle de développement qui doit couvrir les besoins sociaux futurs. Le Président de la République a décidé le 1er Décembre 2016 pour reporter la retraite à plus de 60 ans, avec une période transitoire de 2 ans, et toute personne ayant 32 ans d'activité peut prendre sa retraite. Sans entrer dans une polémique sur un sujet aussi sensible, d’avoir à prendre en compte les arguments productifs de l'autre privilégiant les intérêts supérieurs du pays, en tenant compte à la fois la situation financière du pays et les nouveaux changements globaux. Le financement de la protection sociale continue d'être basée principalement sur les cotisations sociales et absorbe les gains de productivité au détriment de l’emploi,  le déficit étant couvert par des prêts à moyen terme qui sont supportés par les générations futures. En conséquence, la durabilité du système est susceptible d'être menacée à moyen terme et nécessite des réformes structurelles majeures. Ce n’est pas  un changement dans la base des prélèvements qui permettra de résoudre les problèmes, mais dans le contrôle des dépenses, à la fois l'ensemble des dépenses et les dépenses remboursées, ou dans ce domaine spécifique, celui qui consomme n’est pas nécessairement celui qui finance, et ce n'est pas neutre pour l'activité productive. Ainsi, l’ensemble des dépenses de sécurité sociale ne devrait pas croître, en termes de volume, plus rapide que la croissance du produit intérieur brut (PIB). Cette rationalisation des dépenses ne signifie pas restriction aveugle afin de couvrir les besoins des plus démunis, en supposant des enquêtes ciblées sur le terrain. En ce qui concerne le régime fiscal, le niveau de la fiscalité directe dans une société mesurant le degré de soutien public, il y a un besoin urgent d'une nouvelle politique, parce que le régime fiscal est au cœur même de l’équité. Mais l’impôt peut tuer l’impôt, car elle modifie l'allocation des ressources. Un système fiscal efficace doit trouver des moyens d'augmenter les recettes en perturbant au minimum les mécanismes qui conduisent à l'optimum économique, ce qui implique une mutation  de l'État-providence qui avec la crise financière trouve ses limites en Algérie. A ce titre,  je regrette  qu’aucune enquête précise quantifiée dans le temps ne mette en évidence les liens entre l’accumulation, le modèle de consommation et la répartition du revenu national entre les couches sociales.
Question finale : American Herald Tribune -En résumé ?
Prof Abderrahmane Mebtoul : L’Algérie est un grand pays avec d’importantes potentialités. Toute déstabilisation de l’Algérie  aurait une répercussion négative sur toute la région méditerranéenne et africaine.

 

Réflexion
Dimanche 1 Janvier 2017 - 20:10
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