REFLEXION

INTERVIEW DU DR ABDERRAHMANE MEBTOUL A LA TELEVISION INTERNATIONALE LIBANAISE AL MAYADEEN : Avec l’action terroriste d’In Amenas, l’Algérie respectera t-elle ses engagements internationaux en matière d’approvisionnement de gaz?



Question 1.-La place des hydrocarbures au sein de l’économie algérienne ?   
En ce mois de janvier 2013, le constat est que 98% des exportations proviennent de Sonatrach avec  une recette totale  de 600 milliards de dollars entre 2000/2012.   L’Algérie importe 70/75% des besoins des ménages et des biens des entreprises tant publiques que privées, dont 60% en euros, le taux d’intégration ne dépasse pas 15%. Sonatrach. Les hydrocarbures   poumon de l’économie algérienne renvoyant donc à sa sécurité  participe  à  environ 40% du produit intérieur brut mais en réalité avec les effets indirects (irriguant les autres secteurs via la dépense publique) plus de 80% du produit intérieur brut (PIB). Sonatrach peut être considérée donc comme un puits de ressources financières, Pour 2011/2012, les exportations gazières  se situent entre cette production 55/65 milliards  de m3 gazeux. L'objectif des 85 milliards m3 déjà annoncé par le groupe Sonatrach qui devait intervenir à l'horizon 2014,  sera certainement non tenu du fait  de l’actuelle   déprime  du prix du gaz sur le  marché mondial due à la concurrence d’autres producteurs  et de la  révolution  du gaz de schiste notamment aux USA.   
 
Question 2.  La place d’In Amenas dans les exportations algériennes 
Depuis 2006, l'exploitation autour d'In Amenas est menée conjointement par l'entreprise nationale algérienne  Sonatrach Britisch  et Statoil avec un investissement évalué à 2 milliards de dollars et employant environ 700 personnes. En moyenne  le site de In Amenas produit 50 000 barils par jour de  condensat    ainsi que 9 milliards de mètres cubes de gaz naturel par an avec une  recette annuelle estimée par l’AIE à 3,9 milliards de dollars. Donnant une perte journalière, encas d’arrêt  d’environ 10,5 millions de dollars sans compter les  dégâts de certaines installations  et des indemnisations fonction  des clauses  des contrats d’assurance. Il faut prendre en compte du moins à court terme l’effet psychologique  sur les travailleurs qu’il soit algériens  qui sont le plus grand nombre  que sur les étrangers. Si l’on prend une moyenne  de 55 à 60  milliards de mètres cubes gazeux d’exportation  ces trois dernières années, la part d’In Amenas représente entre 17 à 18%  pour les exportations et à  environ 10/12% de la production  totale, la consommation intérieure étant estimée actuellement avant les décisions de doubler la production d’électricité à partir des turbines de gaz  de 35 milliards de mètres cubes gazeux. Mais fait important le gazoduc est connecté au  Gazoduc Enrico Matei anciennement appelé Transmed  est déjà reliée à l'Europe via le gazoduc Transmed, qui depuis 1984 relie l'Italie via la Tunisie. L’accord stipule de porter les quantités de gaz livrées á travers ce gazoduc de 27 milliards de M3 á 33,5 milliards de M3 en 2012. D’où l’importance de la  sécurité  de cet axe  qui représente avec la  vitesse de croisière entre 52 et 60% des exportations gazières  algériennes ce qui est énorme.
 
Question 3.- Cette attaque terroriste   n’aura t- elle pas un impact sur la 
venue d’investisseurs étrangers ? 
Bien que les champs pétroliers et gaziers n’ont jamais été la cible des terroristes entre 1990/2000 et il faut se demander pourquoi maintenant, je vous répondrai NON. Et pour preuve l’exemple de la période sanglante qu’a connue l’Algérie  où les compagnies notamment américaines ont investi et  du Nigeria où malgré bon nombre d’attentats cela n’a pas fait fuir  les compagnies étrangères. Les différents messages  tant des gouvernants occidentaux, russes, chinois,  que des dirigeants des compagnies sont rassurants. Ce qui ne saurait signifier qu’il faille dormir sur ses lauriers car  d’autres attaques seraient catastrophiques et alors ma réponse serait plus nuancée.  Ce  serait une erreur stratégique  d’inciter à un boycott car cela reviendrait à encourager les terroristes qui peuvent s’en prendre à d’autres sites pétroliers dans différentes contrées du monde. Je rappelle que Sonatrach est liée par  avec bon nombre de compagnies étrangères pour les champs exploités en association   participant  à hauteur de 25% du volume de gaz produit en Algérie. Quitte à me répéter,  je  ne pense pas que cela  aura un impact du moins à moyen termes sur les exportations algériennes. Ce qui intéresse avant tout investisseur c’est le taux de profit directeur  étant entendu que cette situation  peut engendrer différents surcouts  comme les augmentations de salaires, des investissements supplémentaires pour la sécurité indispensable, la prime risque  dont le surcout sera supporté par l’Algérie. Et là il revient à Sonatrach de mieux maitriser son management stratégique pour réduire ses couts, de mieux piloter  les contrats à partir d’une transparence comptable qui lui fait actuellement défaut ne pouvant pas cerner véritablement ses couts réels,  afin de contrebalancer les surcouts induits par cette attaque. Car pour la nouvelle monture des hydrocarbures c’est le taux de rentabilité  qui  servira d’assiette fiscale et dans ce cas bon nombre de compagnies auront tendance à gonfler les  charges ce qui réduira le surplus  de Sonatrach.  Il faut éviter toute psychose, l’Algérie ayant toujours respecté ses engagements internationaux pour  le volet hydrocarbures.  Pour tout  investisseurs existent plusieurs critères d’attrait dont certes l’aspect sécuritaire mais également la stabilité juridique, une politique cohérente  et visible et surtout moins de bureaucratie.  L’Algérie est un acteur stratégique pour l’Europe où sa part de marché gazier (GNL, canalisation Medgaz et Transmed)  entre 13 et 15%   de l’approvisionnement  (In Amenas représentant environ 2% de la  consommation européenne) derrière la Russie et  la  Norvège. 
 
 Question 4- Quelle conclusion ? 
Cette attaque sur le site d’Amenas  montre la vulnérabilité de l’économie algérienne qui repose sur une ressource éphémère et de surcroit fluctuante, d’où l’importance de penser en urgence  à une autre politique économique afin de dynamiser les sections hors hydrocarbures dans le cadre des avantages comparatifs mondiaux. Nous sommes   à l’ère de la mondialisation et à l’aube de profonds bouleversements géostratégiques dans le domaine énergétique, économique et politique. Cette situation interpelle donc l’Europe pour sa sécurité énergétique,  mais également  l’Algérie fortement concurrencée par le South Stream russe,  le gaz africain,  libyen et qataris et à horizon 2017 par le gaz de schiste américain qui représente 35% des recettes de Sonatrach. Aussi s’impose une stratégie d’adaptation dans tous les  domaines, politique, diplomatique et économique, loin des utopies bureaucratiques des années 1970. Les enjeux géostratégiques pour l’Algérie sont   donc énormes  pour sa survie. 
 

Réflexion
Samedi 26 Janvier 2013 - 00:00
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