REFLEXION

Hocine Ait Ahmed, Ferhat Abbas, deux trajectoires philosophiques différentes, mais un même combat

Au moment où je rédigeais une modeste contribution en l’honneur du 30ème anniversaire le 24 décembre 2015, de la mort du grand Moudjahid Ferhat Abbas, méditant le livre « la nuit coloniale » où il écrivait « je hais la violence, je hais encore plus l’injustice et le conservatisme des castes repus » j’ai appris avec une grande tristesse, le décès du grand moudjahid Hocine Ait Ahmed, compagnon d’armes de mon défunt père, grand militant de la défense de l’unité nationale, des droits de l’homme et de la Démocratie.



J’ai eu l’honneur  de le rencontrer  plusieurs fois  et lors de nos  discussions, j’ai été impressionné par sa vision du devenir de l’Algérie qu’il chérissait tant,  des débats contradictoires productifs                        qu’il encourageait,  car me disait t-il « personne n’a le monopole du nationalisme, nous aimons tous l’Algérie ». A cette occasion, je m’incline humblement  à sa mémoire, je présente à sa famille et  à mes amis du parti FFS,  mes condoléances les plus attristées. A Dieu le Tout Puissant, nous appartenons à Lui et à  Lui nous retournons.
1.-Pour en revenir à ma contribution ,  lorsqu’en septembre 1992, au moment fort où le gouvernement de l’époque préconisait l’économie de guerre et le retour au tout Etat appuyé par des intellectuels organiques aux ordres selon l’expression de Antonio Gramsci, nous avons décidé de fonder l’Association Algérienne de développement de l’Economie de Marché ADEM ( agréé par le Ministère de l’Intérieur) avec des cadres, des universitaires et des opérateurs publics et privés de l’Est, du Centre, de l’Ouest et du Sud. Nous avons décidé à l’unanimité  que l’ADEM vivrait sur les cotisations de ses adhérents algériens,  n’ayant jamais émargé sur le budget de l’Etat que ce soit au niveau local ou national, afin d’être indépendant.  Ce programme de 50 pages disponible en langue nationale, en anglais et en français, opérationnel embrassant au niveau international , les nouvelles mutations économiques mondiales et les enjeux géostratégiques mondiaux et  au niveau interne,  le politique, l’économique, le social et le culturel,   datant de 23 ans, se fondant sur la social -démocratie est d’une brulante actualité. Il a été  diffusé  entre 1993/1996 par la presse indépendante  naissante de l’époque, El Watan, le Soir d’Algérie, El Khabar et le Quotidien d’Oran. Je le mets en ce mois de décembre 2015  à la disposition du gouvernement algérien.
2.- Avant le dépôt de notre agrément au Ministère de l’Intérieur, l’ensemble des adhérents ont décidé en préface de notre programme  de choisir une personnalité algérienne comme symbole de l’action de notre organisation. Le choix s’est porté sans aucune hésitation sur Ferhat Abbas  de son vrai nom Ferhat Abbas El Meki, est né le 24 août 1899 au douar Hadjar El Misse, dans la localité de Bouaâfroune, relevant de la commune de Oudjana, dans la wilaya de Jijel. . Lors d’une large tournée dans les universités algériennes, aux Etats Unis d’Amérique, au Canada  et en Europe lors de différentes conférences ce programme a été largement diffusé  en arabe, anglais et  en français.  J’ai tenu, au nom de notre organisation, à lui rendre un vibrant hommage et ce pour trois raisons essentielles :
3.-. Premièrement c’est un militant de la première heure de la cause nationale. Diplômé docteur en pharmacie en 1933, il s’établit à Sétif où il devient rapidement une importante figure politique en devenant conseiller général en 1934, conseiller municipal en 1935 puis délégué financier. Il adhère à la « Fédération des élus des musulmans du département de Constantine » en tant que journaliste au sein de son organe de presse, l’hebdomadaire. Il devient le promoteur de l’Amicale des étudiants musulmans d’Afrique du Nord, dont il est vice-président en 1926-1927, puis président de 1927 à 1931, date à laquelle il transforme l’amicale en association. Il est également élu vice-président de l’UNEF lors du Congrès d’Alger de 1930. Le 14 mars 1944 il crée l’association des Amis du manifeste de la liberté (AML) soutenu par le cheikh Brahimi de l’Association des oulémas et Messali Hadj. Au lendemain des émeutes de Sétif de mai 1945, tenu pour responsable, il est arrêté et l’AML est dissoute. Libéré en 1946, Ferhat Abbas fonde l’Union démocratique du manifeste algérien (UDMA). En juin, le parti obtient 11 des 13 sièges du deuxième collège à la seconde Assemblée constituante et Ferhat Abbas est élu député de Sétif. Après le refus à deux reprises de son projet sur le statut de l’Algérie, il démissionne de l’assemblée en 1947. Il lance le 1er novembre 1954 les premières actions armées qui marquent le début de la « révolution algérienne ». Dès le 20 août 1956, à l’issue du congrès de la Soummam, il devient membre titulaire du CNRA (Conseil national de la révolution algérienne), puis entre au CCE (Comité de coordination et d’exécution) en 1957. Ferhat Abbas devient ensuite président du premier Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) à sa création le 19 septembre 1958, puis du second GPRA, élu par le CNRA en janvier 1960 et démissionne le 15 septembre 1963 pour  des raisons  à la fois politiques et d’orientations  économiques.
4.- Deuxièmement c’était un intellectuel. qui croyait fermement au primat de la connaissance sur la distribution de la rente, auteur de nombreux ouvrages et publications
nationales et internationales dont « Le Jeune Algérien dont il dénonce notamment 100 ans de colonisation française où il insiste sur l’algérianité. Je le cite : « nous sommes chez nous. Nous ne pouvons aller ailleurs. C’est cette terre qui a nourri nos ancêtres, c’est cette terre qui nourrira nos enfants. Libres ou esclaves, elle nous appartient, nous lui appartenons et elle ne voudra pas nous laisser périr. L’Algérie ne peut vivre sans nous. Nous ne pouvons vivre sans elle. Celui qui rêve à notre avenir comme à celui des Peaux-Rouges d’Amérique se trompe. Ce sont les Arabo-berbères qui ont fixé, il y a quatorze siècles, le destin de l’Algérie. Ce destin ne pourra pas demain s’accomplir sans eux ».
5.- La troisième raison est que c’est un  défenseur algérien de l’économie de marché à vocation sociale. Il était contre tant contre un étatisme intégral  qu’un capitalisme sauvage devant lier l’efficacité économique et une profonde justice sociale et pour un Etat régulateur fort mais fort par la démocratie c’est-à-dire par la concertation et la participation des citoyens à la gestion de la Cité, intégrant la femme signe de la vitalité de toute société. Il a toujours mis en relief  les liens dialectiques entre les libertés politiques, économiques et sociales sans renier notre authenticité. Ce que l’on appelle aujourd’hui bonne gouvernance. C’était un démocrate convaincu qui lui vaudra un emprisonnement à Adrar entre 1963 et mai 1965, assigné à résidence entre mars 1976 et le 13 juin 1978. Dans son ouvrage en 1980, il publie ses mémoires dans « Autopsie d’une guerre » puis en 1984, dans « l’Indépendance confisquée », où il dénonce la bureaucratisation de la société et la corruption. Or nous sommes en fin décembre 2015 et ce sont toujours ces problèmes qui font l’actualité en Algérie. Pour l’ensemble de ces raisons je tiens à rendre un grand hommage à ce grand patriote et intellectuel qui m’a inspiré. L’histoire étant le fondement  de la connaissance tout en préparant l’avenir, nous devons rendre un grand hommage  à toutes les figures qui ont marqué   l’historie millénaire de l’Algérie (1).   
(1)Voir contribution du professeur Abderrahmane  Mebtoul disponible sur www.google.com (juillet 2012) « L'histoire de l'Algérie: des Numides (IVe siècle avant J.-C.) à 1962

Dr Abderrahmane MEBTOUL
Vendredi 25 Décembre 2015 - 18:03
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