REFLEXION

HOMMAGE AU PRESIDENT DU PREMIER GOUVERNEMENT PROVISOIRE DE LA REPUBLIQUE ALGERIENNE (GPRA) : Afin de consolider la Démocratie en Algérie, Pouvoir et Opposition doivent méditer l’action de FERHAT ABBAS

Le pouvoir continue de recevoir ses invités en vue de la révision constitutionnelle. L’opposition qui a refusé l’invitation de la présidence de la République ainsi que diverses personnalités toutes respectables se réunit aujourd’hui mardi 10 juin 2014. Face à ce dialogue de sourd, il ne faut pas avoir une vision de sinistrose. Tout cela traduit une reconfiguration politique qui peut être bénéfique à terme à l’Algérie pour peu que les intérêts supérieurs du pays l’emportent sur les intérêts étroits de préservation des intérêts de la rente d’une minorité. Personne n’a le monopole du nationalisme en espérant une transition pacifique qui impliquera forcément, à terme un dialogue productif entre le pouvoir et l’opposition, dans le cadre du respect mutuel.



1.-Les objectifs stratégiques sont  la  refondation de l’État algérien  conciliant la modernité et son authenticité, l’efficacité économique et une profonde justice sociale,  de redonner  la confiance actuellement brisée entre l’État et les citoyens grâce au   dialogue fécond et productif.  Il n’existe  pas  d’État standard  mais que des équipements anthropologiques qui le façonne largement influencé depuis les  années 1980/1990 par la mondialisation avec de nouvelles fonctions.  Dès lors  des stratégies d’adaptation politique, militaire, sociale et économique   tenant compte de l’innovation destructrice, en ce monde turbulent et instable   pour reprendre l’expression du grand économiste Joseph Schumpeter dans  son ouvrage universel « Réformes et démocratie ».  D’où l’urgence de restructurer  tant le système partisan, que la société civile  loin de toute action autoritaire. Lorsqu’un pouvoir émet des lois qui ne correspondent pas à l’État de la  société, celle-ci-émet ses propres lois qui lui permettent de fonctionner accentuant le divorce État citoyen  par la dominance  de l’informel,  à tous les  niveaux  politique, économique, social et culturel. Tout pouvoir  a besoin d’une opposition forte organisée  avec des propositions productives pour se corriger, devant l’associer dans les  grandes décisions qui engagent l’avenir du pays.  L’Algérie a besoin pour éviter la léthargie et la stérilité que tous ses enfants dans leur diversité , par la tolérance des idées d’autrui, se regroupent au sein d’un même objectif à savoir le développement économique et social  tenant compte  de la  dure réalité mondiale où toute Nation qui n’avance pas recule forcément. L’Algérie a besoin d’un  consensus minimum qui ne saurait signifier unanimisme signe de la décadence de toute société. Il faut revenir aux fondamentaux de la démocratie. Nous devons apprendre à nous respecter, personne n’ayant   le monopole du nationalisme, devant tolérer les idées d’autrui.  Si  le pouvoir et l’opposition se cantonnent dans LE MONOLOGUE  en ignorant  les  aspirations profondes de la société  et des nouvelles exigences mondiales, en se cantonnant dans le  statut quo,  bloquant les  réformes structurelles,  l’Algérie   va  droit  au mur, avec  le risque de déstabilisation de toute la  région. L’Algérie traverse une crise multidimensionnelle politique, économique, sociale et culturelle,  qui rend urgent  une transition démocratique elle même tributaire d’une transition à la fois énergétique  et d’une économie de rente à une économie hors hydrocarbures dans le cadre des valeurs internationales, que ne saurait voiler l’euphorie de la rente des hydrocarbures traditionnels qui vont à l’épuisement horizon 2030,  je juge  que les analyses et propositions de feu Ferhat ABBAS  sont d’une brulante actualité. En cette année 2014 où l’Algérie se cherche pour une sortie de crise, la relecture  de son action militante  et de ses mémoires peut être très instructive  à la fois pour le pouvoir et l’opposition. D’ailleurs  lors d’une large tournée dans les universités  algériennes, aux États- Unis d’Amérique et en Europe entre 1993/1996 lors de différentes conférences internationales j’ai tenu  à lui rendre un  vibrant hommage et ce pour trois raisons essentielles.
2.- Premièrement,  Ferhat Abbas (1899–1985) de son vrai nom Ferhat Mekki ABBAS  est  né à Taher dans la wilaya de Jijel, le 24 août 1899. C’est un militant de la première heure de la cause  nationale. Diplômé docteur en pharmacie en 1933, il s’établit à Sétif où  il devient rapidement une importante figure politique en devenant conseiller  général en 1934, conseiller municipal en 1935 puis délégué financier. Il  adhère à la « Fédération des Élus des Musulmans du département de  Constantine » en tant que journaliste au sein de son organe de presse,  l’hebdomadaire. Il devient le promoteur de l’Amicale des étudiants  musulmans d’Afrique du Nord, dont il est vice-président en 1926-1927, puis  président de 1927 à 1931, date à laquelle il transforme l'amicale en  association. Il est également élu vice-président de l'UNEF lors du Congrès  d'Alger de 1930. Le 14 mars 1944 il crée l’association des Amis du manifeste  de la liberté (AML) soutenu par le cheikh Brahimi de l'Association des  oulémas et Messali Hadj. En septembre 1944, il crée l’hebdomadaire Égalité  (avec pour sous-titre Égalité des hommes - Égalité des races - Égalité des  peuples). Au lendemain des émeutes de Sétif de mai 1945, tenu pour  responsable, il est arrêté et l'AML est dissous. Libéré en 1946, Ferhat  Abbas fonde l’Union démocratique du manifeste algérien (UDMA). En juin, le  parti obtient 11 des 13 sièges du deuxième collège à la seconde Assemblée  constituante et Ferhat Abbas est élu député de Sétif. Après le refus à  deux reprises de son projet sur le statut de l'Algérie, il démissionne de  l'assemblée en 1947. Il lance le 1er Novembre 1954 les premières actions  armées qui marquent le début de la «Révolution algérienne ». Dès le 20  août 1956, à l'issue du Congrès de la Soummam, il devient membre titulaire  du CNRA (Conseil National de la révolution algérienne), puis entre au CCE  (Comité de coordination et d'exécution) en 1957. Ferhat Abbas devient ensuite  Président du premier Gouvernement provisoire de la République algérienne  (GPRA) à sa création le 19 septembre 1958, puis du second GPRA, élu par le  CNRA en janvier 1960 et démissionne le 15 septembre 1963 pour essentiellement des raisons d’option à la fois politiques  et économiques.
3.- Deuxièmement c’était un intellectuel de haut niveau et  un démocrate convaincu qui lui vaudra un emprisonnement à Adrar entre 1963 et mai 1965, assigné à résidence  entre mars 1976 et le 13 juin 1978. Dans son ouvrage en 1980, il publie ses  mémoires dans « Autopsie d’une guerre » puis en 1984, dans « l’Indépendance confisquée», il dénonce la bureaucratisation de la société et la corruption. Or nous sommes en 2014 et ce sont
toujours ces problèmes qui font l’actualité en Algérie. Il  qui croyait fermement au  primat de la connaissance sur la distribution de la rente, auteur de nombreux  ouvrages et publications    nationales et internationales dont « Le Jeune Algérien dont il dénonce  notamment 100 ans de colonisation française où il insiste sur  l’ ‘’algérianité’’. Je le cite : « Nous sommes chez nous. Nous ne pouvons aller  ailleurs. C’est cette terre qui a nourri nos ancêtres, c’est cette terre  qui nourrira nos enfants. Libres ou esclaves, elle nous appartient, nous lui  appartenons et elle ne voudra pas nous laisser périr. L’Algérie ne peut  vivre sans nous. Nous ne pouvons vivre sans elle. Celui qui rêve à notre  avenir comme à celui des Peaux-Rouges d’Amérique se trompe. Ce sont les  Arabo-berbères qui ont fixé, il y a quatorze siècles, le destin de  l’Algérie. Ce destin ne pourra pas demain s’accomplir sans eux  « La nuit coloniale » Julliard, Paris,  1962 ». Mais  en homme politique, tout en préservant les intérêts supérieurs du pays, il préconisait pour l’Algérie la nécessité de s’adapter aux nouvelles mutations mondiales.
4.-. La troisième raison est que c’est le premier défenseur algérien de l’économie libre,  l’économie de marché à vocation sociale en fait un social-démocrate, contre l’étatisme bureaucratique  et  un capitalisme sauvage. Il  préconisait de réaliser la symbiose  entre   l’efficacité économique et une  profonde justice sociale et ce grâce  un État puissant régulateur  mais fort que  par sa moralité, l’État de Droit  et la  démocratie tenant compte de notre anthropologie culturelle. Pour cela, le dialogue permanent entre les  différentes forces politiques, sociales et économiques sans exclusive condamnant  toute forme d’extrémisme, la participation citoyenne à la gestion de la Cité intégrant l’élite et  la femme signes de la vitalité de toute  société et   le contrat qui devait remplacer les actions autoritaires bureaucratiques étaient les condition pour la prospérité de l’Algérie.  Il a mis en exergue la nécessité  lutter contre la corruption, les responsables devant donner l’exemple,  qui selon lui constituerait le plus grave danger qui menacerait le devenir du pays  et préconisé de développer LES LIBERTÉS   ET TOUTES LES LIBERTÉS (politique, économique, sociale et culturelle)  existant des liens dialectiques entre les libertés politiques,  économiques et sociale. Ce que l’on appelle aujourd’hui bonne gouvernance.
Récemment,   nous avons eu le plaisir de lire le livre de Ferhat Abbas « Demain se lèvera le jour » parue en novembre 2010 (Edition Alger Livres),  ouvrage inédit  publié à titre posthume,  manuscrit qui selon les vœux de l’auteur ne devait être édité  « que lorsque un système vraiment démocratique sera installé en Algérie et que le mot liberté ait pris tout son sens » Est-il trop tôt ? Il appartient au pouvoir et à l’opposition d’y répondre. Pour l’ensemble de ces raisons je tiens à lui rendre  un grand hommage à  ce grand patriote et intellectuel qui m’a toujours inspiré. Espérons que son action soit longuement   méditée tant par le pouvoir que par l’opposition.

Dr Abderrahmane MEBTOUL
Mardi 10 Juin 2014 - 10:48
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ACTUALITÉ
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