REFLEXION

Face à la chute du cours du pétrole, une loi de Finances complémentaire en mai/juin 2015 : quelques recommandations stratégiques


Le cours du pétrole ne devant pas dépasser la barre des 70 dollars en moyenne durant l’année 2015, fonctionnant sur la base d’un cours de 120 dollars, l’Algérie s’oriente inéluctablement vers une loi de finances complémentaire 2015, le cours du Brent étant coté entre les 05/07 mars 2015 à 59/60 dollars et le WIT à 49/50 dollars , les légères fluctuations depuis fin février 2015, étant dues essentiellement aux fluctuations des cotations dollar/euro. Face à cette situation, sous réserve d’un changement de cap de la politique socio-économique, renvoyant à la gouvernance, l’Algérie a les potentialités pour dépasser la crise actuelle.



1.-Le 21 janvier 2015, dans un contexte de baisse des cours pétroliers,  le ministre des Finances avait écarté l’idée d’une loi de finances complémentaire lors d’une audition devant la commission des affaires économiques et financières au Conseil de la nation. Je le cite : « l’Algérie subit une baisse de ses revenus pétroliers depuis juin 2014,mais  la situation actuelle était «bien maîtrisée» grâce au niveau actuel des réserves de change et un niveau d’endettement extérieur quasi-nul, «ce qui permet de mieux gérer la situation….concernant  une loi de Finances complémentaire pour réajuster notamment le niveau des dépenses publiques  aucune décision n’est prise pour le moment à ce sujet,  la loi de Finances 2015 permettant , déjà, un contrôle suffisant des dépenses et des recettes ». (Fin de la déclaration du Ministre des finances). Le ministre des finances espérait sans doute un retour  à un prix du baril supérieur à 90 dollars  comme ceux  qui président horizon 2020/2025 un  baril à 140 dollars à prix constants 2015, voire 200 dollars pour certains utopistes,   ce qui est une analyse totalement biaisée. Les fondamentaux sont  la croissance de l’économie mondiale notamment des pays émergents actuellement en berne,   la  future structuration  de l’économie mondiale, (l’environnement étant pris en charge)  et  les enjeux géostratégiques, les spéculations financières n’étant que les conséquences et non les déterminants. Selon mes informations auprès  d’experts de l’AIE, le pic énergétique, si pic, il y aura, n’est pas prévu pas avant 2025/2030. Calcul hasardeux des  ingénieurs algériens  ignorant les mutations énergétiques mondiales,  partant d’un modèle de consommation énergétique linéaire  alors que la structuration du nouveau modèle de consommation énergétique mondial va vers un bouquet énergétique (Mix énergétique)  qui devrait subir de profondes modifications structurelles sans compter les nouvelles technologies qui abaisseront les couts   des énergies traditionnelles et l’apparition de nouvelles énergies, les experts misant entre 2030/2040 sur l’hydrogène, devant faire confiance au génie humain loin de l’esprit rentier.  Par ailleurs, il s’agit  de ne pas faire un faux calcul à prix courants qui n’a  aucun sens  économique.  Un baril de 25 dollars selon les tableaux réactualisés  de l’AIE en termes  de  parité de pouvoir d’achat mondial (évolution des prix de production et de consommation, évolution de la cotation du dollar, de l’euro)  est l’équivalent  de plus de 90 dollars fin 2014 à prix constants. C’est comme votre salaire : 2000 dinars algériens en 1974 au moment où la valeur du dinar était plus forte que le franc français  équivalent,  en termes de parité  de pouvoir d’achat,  à plus  de 250.000 dinars 2015.

2.- Les principaux déterminants du niveau et de l’évolution du prix d’équilibre budgétaire  sont la politique de taxation de la rente, le niveau d’inflation, l’évolution du taux de change (toute chose égale par ailleurs, le dérapage du dinar à la baisse gonfle  le montant exprimé en monnaie locale des recettes tirées de la rente, voile le déficit budgétaire et gonfle artificiellement la fiscalité pétrolière) et bien entendu  le niveau des dépenses publiques Ainsi, pour rééquilibrer les finances publiques, l’on peut  combiner une baisse des dépenses publiques, une hausse de la fiscalité et une dépréciation de la monnaie. La baisse du prix du pétrole, si l’on continue à ce rythme de la dépense publique,  miser uniquement comme par le passé  sur les infrastructures au lieu  de l’entreprise créatrice  de richesses  et son soubassement l’économie de la connaissance dans le cadre  des nouvelles mutations mondiales économiques et énergétiques,  et  si le cours devait se maintenir  entre 2015/2020 en dessous de 80 dollars, devrait dégrader encore davantage les finances publiques et les comptes externes du pays. Ainsi, l’Algérie  est exposée à la baisse de ses réserves de change, à la dépréciation de sa monnaie et à d’inévitables ajustements budgétaires  et  affecte également la  balance courante. L’Algérie peut  mobiliser l’épargne accumulée au cours de la période passée de hausse du prix du pétrole grâce au  fonds de régulation des recettes , des dépôts à la banque centrale et dans les banques commerciales pour assurer le financement des déficits budgétaires et externes et prévenir un ajustement macroéconomique brutal supposant un changement de cap de la politique socio-économique ( voir notre interview à l’Agence France presse AFP et à la télévision internationale Africa 24 du 02 mars 2015) . Comme le note le FMI dans son dernier rapport, avec un baril de Brent qui serait  coté à 60-70 dollars au lieu de 110-120 dollars, l’Algérie  dispose encore de réserves pour amortir le choc, aussi bien en termes de réserves officielles de change que d’épargne publique. Mais  le rythme des dépenses de l’Etat, ainsi que la valeur excessive des subventions et transferts sociaux  qui ne sont pas nécessairement aux plus nécessiteux,  et qui est considéré comme l’un des plus élevés au monde, pose problème. Dans ce contexte, si l’Algérie n’entreprend pas des réformes, les politiques actuelles conduiraient, à la hausse des déficits budgétaires, lesquels résulterait un retour à l’endettement public qui pourrait atteindre les trois quarts du PIB horizon 2020 avec comme conséquence une baisse de la croissance et une augmentation du taux de chômage qui a légèrement augmenté en 2014 par rapport à 2013. Or,  les données officielles  gonflent  le taux de création   d’emplois  avec la dominance des emplois rente notamment au niveau de l’administration accélérant  la bureaucratisation de la société, des emplois temporaires improductifs  et les sureffectifs au niveau des entreprises publiques. Dès  lors s’imposeront, suite à la baisse du prix du pétrole des plans d’ajustement budgétaire, étant souhaitable  une réduction ciblée des dépenses d’investissement et de fonctionnement, pour ce dernier devant tenir  compte d’éventuelles tensions sociales.  Comme conséquence également, la  dégradation des équilibres extérieurs  avec une baisse  de la croissance tirée essentiellement actuellement par la dépense publique  qui peut se traduire par une baisse du niveau des réserves de change, l’Algérie ayant  puisé uniquement en 2014 dans ses réserves pour 10 milliards   de dollars. Comme le cours du dinar est fonction  autant que le pouvoir d’achat des réserves via la rente à plus  de 70% par voie   de conséquence , cela entraine forcément  la dépréciation du dinar qui à son tour  entraine une hausse des prix internes que l’on comprime actuellement par des transferts sociaux   et des subventions mal gérées  et non ciblées , 60 milliards  de dollars en 2014 soit 27/28% du produit intérieur brut. Le résultat final sera  le relèvement  du taux d’intérêt des banques primaires, que l’on ne pourra plus recapitaliser,  si l’on veut éviter leurs faillites, avec  le  risque de bulles immobilières où l’on distribue  à tour de bras   pour la construction de logements   des intérêts bonifiés, sans compter les  milliers de projets au niveau  de l’ANEM  et de l’ANSEJ sans études sérieuses de faisabilité à moyen et long terme ( 40/50% de faillites aussitôt les exonérations terminées).
 
3.- Qu’en sera t –il également  des impacts de  l'abrogation de l'article 87-bis de la loi n°90-11 du 21 avril 1990, relative aux relations de travail qui aura une lourde répercussion sur le trésor public, les salariés représentant en 2015 avec les non permanents plus de 7,5 millions. Le gouvernement avait déjà évalué l'impact en 2006 à 500 milliards de dinars pour la fonction publique et 44 milliards de dinars pour les entreprises publiques. Entre temps en 2012 ont eu lieu des augmentations de salaires ce qui a permis de relever le plafond de ceux qui percevaient moins de 20.000 dinars par mois. Mais également entre temps nous avons eu une augmentation des fonctionnaires qui dépassent 2,1 millions en 2014 et ajouté aux emplois temporaires dont la majorité perçoit moins de 20.000 dinars. Au total nous avons plus de 3 millions de fonctionnaires permanents et non permanents. Si cela s’applique qu’aux catégories percevant moins de 20.000 dinars, cela  nivellera par le bas les salaires se répercutant sur la productivité globale. Ainsi une femme de ménage qui percevra 20.000 dinars se rapprochera du technicien qui perçoit 25.000 dinars. Il faut donc s'attendre à moyen terme à des revendications salariales pour accroître l'écart nécessaire pour ne pas réduire la productivité du travail. Ainsi, et l'impact généralisé à terme  pourrait se traduire par un montant entre  9/11 milliards de dollars/ an. Par ailleurs, comme plus de 50% des PMI-PME qui constituent 95% du tissu productif ne pourront pas supporter cette augmentation des salaires, la masse salariale dépassant souvent 50% de la valeur ajoutée, licencieront ou demanderont au gouvernement des dégrèvements fiscaux ou des taux d'intérêts bonifiés, supportés par le trésor public. Faute de quoi ils alimenteront la sphère informelle qui représente déjà 50% de la superficie économique et  plus de 50% de la masse monétaire en circulation. C'est que les augmentations répétées des traitements et salaires ave la dominance des emplois administratifs n'ont pas entraîné une hausse de la productivité, les subventions servant de tampon social afin d'éviter un taux d'inflation à deux chiffres. Mais attention de ne pas se tromper de cibles en ayant une stratégie globale et de ne pas s'attaquer uniquement aux salaires. L'attention doit être également portée du côté des revenus spéculatifs du fait qu'une minorité capte une grande fraction de la rente assistant à une concentration excessive du revenu national au profit d'une minorité, non les producteurs de richesses.  Le problème de fond est le suivant : cette augmentation des salaires avec l’abrogation de l’article 87 bis  permettra-t-elle une élévation de la productivité du travail ? Or, un rapport de l’OCDE montre clairement que la productivité du travail en Algérie est une des plus faibles au niveau du bassin méditerranéen et que l’Algérie dépense deux fois plus pour avoir deux fois moins de résultats par rapport à des pays similaires. Du fait de la rigidité de l’offre, le dérapage du dinar  qui constitue en principe un dumping (cas de la Chine), n’a pas eu d’impacts pour dynamiser les exportations hors hydrocarbures, montrant que le blocage est d’ordre systémique. Cette hausse des salaires  risque de conduire à une  hausse des prix internes, pénalisant les couches les plus défavorisées,  l’inflation jouant  toujours comme facteur de concentration de revenus au profit des revenus variables au détriment des revenus fixes. Cette poussée récente des importations est donc le fait à la fois, certes, de certaines surfacturations (pas de contrôle, cotation administrative du dinar), mais également des augmentations de salaires. Certes, les restes à réaliser sont importants (divorce entre les objectifs et les moyens de réalisation), tout n’ayant pas été dépensé, mais aucun bilan réel à ce jour. Toutefois, il existe ce paradoxe, la croissance ayant  été en moyenne de 3% entre 2004/2014 alors qu’elle aurait dû, du fait de l’importance de la dépense publique, dépasser 10%.   Nous avons un PIB algérien qui reste modeste, estimé par le FMI en 2013 à 216 milliards de dollars en 2013 contre 209 en 2012, mais 80% avec les effets indirects provenant des hydrocarbures,  la croissance du  BTPH l’étant par la dépense publique via les hydrocarbures. Pour une population d'environ 38 millions d'habitants, en 2013, le PIB algérien représente 0,29%  du PIB mondial  témoignant de la mauvaise allocation des ressources. Cette faiblesse de la croissance (le BTPH étant un moyen)  est due à la part négligeable des sections hors hydrocarbures. L'industrie représente moins de 5% du produit intérieur brut montrant le dépérissement du tissu productif. La dernière enquête de l'ONS montre la dominance des micro-unités peu initiées au management stratégique et aux nouvelles technologies, environ 97%, le petit commerce services qui représentent 83% du tissu économique, et la sphère informelle, notamment marchande plus de 50% de la superficie économique

4.-Qu’en sera t –il du programme 2015/2019 ? Rappelons que le pré programme 2001/2003 était de 7 milliards de dollars et le programme de la relance économique 2004/2009 selon les rapports de différents conseils de gouvernement repris par l'APS, de 55 milliards de dollars fin 2004, à 100 milliards fin 2005 ( le justificatif «étant les enveloppes additionnelles pour les hauts plateaux et le Sud), 140 milliards de dollars fin 2006 et aurait été clôturé selon les déclarations officielles à 200 milliards de dollars( prévision  et non réalisation) . Quant au programme 2009/2014 il a été estimé en conseil des ministres à 286 milliards de dollars dont 43% étaient des reliquats des projets non terminés entre 2004/2009 avec des surcoûts allant de 25 à 30% du fait de la non maturation des projets et d'une non maîtrise de la gestion pour ne pas parler de corruption. Ces retards qui s'accumulent dans la réalisation des projets est confirmé par le communiqué du conseil des ministres où il est précisé les crédits d'équipement de 2015 « serviront à financer le programme d'équipement en cours d'un montant de 1.600 mds de DA ainsi qu'un nouveau programme de 1.100 mds de DA destiné aux secteurs de l'Habitat, de la Santé, de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur, de l'Hydraulique, de l'Energie et de la Formation professionnelle ». Lors du conseil des ministres du 27 août 2014, il a été décidé que le gouvernement devra finaliser le projet de programme quinquennal d'investissements publics 2015 à 2019, dont l'esquisse financière a été arrêtée à hauteur de 21.000 milliards DA, pour le présenter au Conseil des ministres avant la fin de l'année 2014, soit au cours de 79 dinars un dollar 265,82 milliards de dollars. En janvier 2015, nous avons de nouvelles données. Selon le Ministre des finances devant le parlement, je le cite : «  le gouvernement a donné son aval pour allouer un montant de 22 100 milliards de dinars au plan quinquennal 2015-2019 » soit au cours retenu par la loi de finances 2015 de 79 dinars un dollar(  depuis le dollar est coté le 05 mars 2015 à 95,56 dinars )  environ   280 milliards de dollars. » Pour le ministre des finances «  à  l’avenir, le citoyen paiera ce qu’il doit payer dans un hôpital public (en contrepartie de ses soins) ou bien son loyer pour le logement public. Chacun doit assumer ses responsabilités l’Etat veillant  à ce que les subventions soient réservées progressivement aux couches défavorisées. Mais il viendra le jour où nous devrions rationaliser l’intervention sociale du gouvernement ». Et il  précise : « l’Algérie a décidé  d’adopter dès 2014 un nouveau modèle de croissance, à travers ce nouveau modèle, nous allons sortir graduellement du financement par le Trésor pour nous diriger vers le financement par le marché concernant  tous les secteurs d’activité » (fin de la déclaration  du Ministre). Mais là n’est pas le problème puisque 85% du financement  de l’économie  est assuré par les banques publiques, la bourse d’Alger depuis sa création étant en léthargie, les banques privées malgré leur nombre étant marginales,  pouvant nous retrouver dans un cercle vicieux, les banques publiques étant  malades de leurs clients les entreprises publiques. Les assainissements répétés ont  couté au trésor public  entre 1971 et 2013 plus de 60 milliards de dollars  et lors de la création des nouveaux groupes industriels en février 2015, le Ministère de l’investissement annonce encore plusieurs milliards de dollars. Or,  ce n’est pas un changement d’organisation qui permet de résoudre le problème mais une vision stratégique d’ensemble multisectorielle dans le  cadre des nouvelles mutations  de filières mondiales en perpétuelles évolutions  du fait des innovations technologiques, nécessitant le regroupement de ministères pour plus de cohérence. Nous avons  assisté à des dizaines d’organisations  depuis l’indépendance politique (sociétés nationales, fonds de participation,  holdings, sociétés de gestion de participation de l’Etat.  Or  en 2014 l’économie algérienne est dominée   encore 98% des exportations relèvent toujours des hydrocarbures( y compris les dérivées)  à l’état brut et semi brut et important 70% des besoins des ménages et des entreprises dont le taux d’intégration ne dépasse pas 15%. Ce n’est donc pas une question de lois  comme cela a été le cas  de  la règle des 49/51% ou le passage du Remdoc au Credoc (loi de finances complémentaire 2009), qui devaient limiter la valeur des importations de biens et services  où nous avons assisté à leurs  implosions  mettant en danger  le fonds de régulation des recettes.
 
5.-Créé en 2000, le Fonds de régulation des recettes (FRR) est alimenté par les différences entre le prix du pétrole vendu sur le marché et le prix de référence (37 dollars le baril) retenu par la loi de Finances. En 2013, le gouvernement a puisé 70,2 milliards de dinars (près d’un milliard de dollars) dans le FRR pour financier le déficit budgétaire, qui avait atteint 151,2 milliards de dinars et pour les neuf derniers mois  de 2014 l’on  a puisé pour près de 10 milliards  de dollars.  Selon le Ministère des Finances (DGT) le fonds de régulation des recettes a évolué ainsi de 2011 à 2013. En 2011 il était évalué à 4842 milliards de dinars ; en 2012 à 5381 milliards de dinars et en 2013 à 5633 milliards de dinars. Lors de la loi prévisionnelle de finances 2014, le FRR devait atteindre 7226,4 milliards de dinars, soit 39,7% du PIB permettant d'alimenter trois ans d'importation. Or, selon le rapport récent de la banque d'Algérie, le niveau du Fonds de régulation des recettes FRR a chuté de 5 238,80 milliards de dinars à fin décembre 2013 à 4 773,51 milliards de dinars à fin mars 2014. La loi de finances 2015 prévoit des recettes budgétaires de 4.684,6 milliards de dinars (46,846 milliards d’euros) et des dépenses publiques de 8.858,1 mds de dinars (88,581 milliards d’euros), soit un déficit budgétaire de 4.173,3 mds de dinars (41,733 milliards d’euros) soit au cours établi par la loi de fiances ( 79 dinars un dollar)  plus de 52 milliards de dollars , environ 22,1% du produit intérieur brut (PIB)  qui  devait être  alimenté par le fonds de régulation des recettes. Or la loi de finances 2015 en réalité se base sur un cours de 120 dollars (37 dollars étant un artifice comptable peu réaliste), donc le déficit sera plus important. Au cours  de 60/70 dollars  le fonds de régulation au rythme de cette dépense   devrait  s’épuiser fin 2016 au plus tard la fin du premier semestre 2017.  .Concernant les réserves de change, il ya lieu d’inclure les réserves d’or. Pour déterminer la valeur intrinsèque du lingot de un (1) kilogramme d'or, il faut multiplier le prix de l'once d'or par 32,15, puis appliquer le taux de change euro/dollar. Pour 173,6 tonnes  d’or la valeur,  l’once d’or se cotant environ à 1200  dollars donnant pour l’Algérie un montant  approchant les 7 milliards  de dollars. Encore que face à ces données récentes de 2014 de l’organisme mondial de l’or,  l’opinion algérienne a besoin d’être éclairée, sur la situation pour le moins paradoxale, du stock de réserves algériennes d’or, qui n’a pas bougé depuis 2009, alors que l’Algérie s’est lancée dans l’exploitation d’un gisement d’or à Amessmessa. Les ministres successifs de2009 à 2015 ont annoncé ainsi que   le  PDG de l’ENAOR une production importante d’environ trois tonnes/an. Peut être et c’est une hypothèse,   une partie  a  été soit écoulée sur le marché intérieur pour approvisionner les bijoutiers ou une autre fraction  vendue à l’extérieur.  Comme les réserves de change se sont établies selon la banque d’Algérie à 185,273 milliards de dollars à la fin septembre contre 193,269, non compris les réserves d’or, la totalité   des réserves à fin septembre 2014 en valeur y compris l’or  seraient d’environ 192 milliards   de dollars. Or, officiellement, selon le ministre de l’Energie,  à un cours supérieur à 85 dollars moyenne annuelle 2014  les recettes de  Sonatrach  ont été de 59 milliards de dollars en 2014. Les  recettes de Sonatrach (les exportations hors hydrocarbures étant marginales) sur la base d’un baril  de  60 dollars le baril  (le prix du gaz étant indexé sur celui du pétrole)  peuvent être estimées à  environ 35/40 milliards de dollars et sur la base d’un baril   de   70 dollars entre 40/45 milliards de dollars. Comme les importations de biens ont été de 60 milliards de dollars en 2014 (prévision de 65 selon la loi de fiances 2015) auquel il faut ajouter entre 11/12 milliards de dollars de services  et 7/8 milliards de dollars de transferts légaux de capitaux, la sortie de devises  avoisine 80 milliards   de dollars. Maintenir le rythme des importations  suite à l’importance de la  dépense publique,  les  réserves de change risquent de s’épuiser, en cas d’un maintien d’un baril entre 60/70 dollars  dans trois années,  et à 80 dollars le baril dans cinq années.

6.- L’important est donc  de diversifier l’économie algérienne impliquant  de profondes réformes structurelles. Car en 2015, l’Algérie est une économie rentière  qui doit  tenir compte du marché mondial de l’énergie et imaginer un nouveau modèle de consommation énergétique. Les recettes de Sonatrach se sont établies à environ 760 milliards de dollars entre 2000/2014 et les importations à 575 milliards de dollars, la différence  étant les réserves  de change actuelles. Pour le moyen terme,  bon nombre d’experts estiment que le coût marginal de production saoudien (c'est-à-dire le coût du puits le plus cher à exploiter) est compris entre 20 et 25 dollars contre une fourchette large entre  45-75 dollars du côté du pétrole de schistes variable selon les gisements, certains grands gisements étant rentables à 50/60 dollars. Une baisse prolongée en dessous de 60/70 dollars  n’arrangerait pas les gisements marginaux  américains. Mais la réalité est plus complexe et rentre dans la géostratégie. Outre les importantes découvertes à travers le monde, il existe une  entente entre l’Arabie Saoudite ( les pays du Golfe suivront) et les USA qui deviendront bientôt le premier producteur mondial avec la révolution du pétrole-gaz de schiste avant la Russie ( qui accroit actuellement sa production pour faire face à la baisse des prix).   Pour un prix  en dessous de 70/80 dollars  pendant quatre années, nous devrions assister à une  profonde restructuration gazière et pétrolière  afin de profiter des économies d’échelle  comme cela a été le cas pour le système financier lors de la crise d’octobre 2008,  afin de réduire  leurs couts. Entre temps cela   mettra  en difficulté  la Russie et l’Iran (un accord est fort probable fin 2015),  le Venezuela afin de négocier en rapport de forces, et par voie de conséquence, l’Algérie. Ces pays sont  les maillons  faibles de l’OPEP qui ne représente, malgré ses réserves, que 33% de la production commercialisée mondiale .C’est que la Russie a besoin d'un baril à 100/110 dollars pour clôturer  son budget, le Venezuela de 160, l'Iran de 140  et l’Algérie pour les lois de finances   2014/2015 entre  115/120 dollars.  Selon le Ministre de l’Energie, la consommation intérieure entre 2013/2014 est de l’ordre  de 35 milliards  de mètres cubes de consommation intérieure, l’Algérie étant l’un des  pays au monde qui subventionne le plus les carburants, allant    au rythme de la consommation et des prix actuels  vers 75/80 milliards horizon 2030  et un quadruplement horizon 2040  soit 140 milliards de mètres cubes gazeux  devant produire. En appliquant uniquement un taux  de 30% de réinjection elle devra produire 182 milliards de mètres cubes gazeux uniquement pour la production intérieure. Ce d'autant plus que l’extrapolation d'exportation de 85/100 milliards de mètres cubes gazeux  est incertaine. Selon les rapports de Sonatrach, entre le GNL et le GN, les exportations en volume physique  ont été 59,7 milliards de mètres cubes gazeux en 2009  et 57,3 en 2010. En 2011, l’Algérie a exporté 35,7   en GN et 16,4 milliards de mètres cubes gazeux en GNL soit 52,1 ;  en 2012  environ 37,3  de GN et 14,5 milliards de mètres cubes gazeux en GNL, soit au total 51,8 milliards de mètres cubes gazeux ;  en 2013 environ 32,7 en GN et 16,5 milliards de mères cubes gazeux en GNL soit 49,2 milliards de mètres cubes gazeux. Pour 2014, nous avons   16,8 milliards  mètres cubes gazeux de GNL  et  27 milliards de mètres cubes gazeux  de GN, donc   43,8 milliards  de mètres cubes gazeux  soit une baisse  de 16,75% par rapport à 2009.  Pour le transport canalisation, nous avons  Transmed via Italie dont la capacité  a été portée fin 2012 selon les déclarations officielles  à  33 milliards de mètres cubes gazeux/an et Medgaz , via Espagne d’une capacité  de 8 milliards de mètres cubes gazeux/an,   une sous utilisation  des capacités des  exportations par canalisation  d’environ 35% : le problème est posé face à la forte demande intérieure : baisse des réserves, concurrence, hausse des coûts,  baisse de la  demande internationale notamment européenne ?  Le problème central est de définir le futur modèle de consommation énergétique. Il s’agit de ne  pas privilégier une énergie aux dépens d’autres, afin de ne pas polluer le paysage médiatique, laisser aux experts le soin de débattre scientifiquement et tenant compte des nouvelles mutations  au sein d’une commission indépendante sous l’autorité du président de la république ou du premier ministre    incluant la société civile , l’opportunité économique ou  pas   et des risques environnementaux ou pas de l'exploration et de l’exploitation du gaz de schiste (dossier élaboré sous ma direction  remis au premier ministre algérien le 25 février 2015 -7 volumes) . Un exemple parmi tant d’autres cité par les institutions internationales: le potentiel solaire de l'Algérie, représentant dix fois la consommation mondiale en énergie, est à même d'assurer l'énergie nécessaire aux différentes applications industrielles, pour peu que les capacités technologiques dans ce domaine connaissent un accroissement significatif afin de réduire les couts. Cependant, dans le but d’atteindre cet objectif, l’Algérie doit mettre en place un modèle de consommation axé sur l’économie et l’efficacité énergétique qui constitue sa plus grande réserve. Elle doit également,  développer le volet institutionnel (réglementation et formation) et maîtriser les technologies nécessaires à cette industrie. Une  étude intitulée, « simulation des performances d’une centrale à tour - Etude comparative de deux configurations d’absorbeurs » que plus de 2.000.000 km2 du pays reçoivent un ensoleillement de l’ordre de 2.500 kwh/m2/an. Enfin selon la direction de Sonelgaz, le potentiel solaire algérien est estimé entre 3.000 à 3.500 heures par an susceptible de fournir une production de 2.500 kilowatts dans les régions du Sud et 2.000 kilowatts dans les hauts-plateaux.
 
7.-. Pour éviter les  impacts négatifs   des années 1986/1994 (rééchelonnement suite à la cessation  de paiement),  pour terminer  je fais dix   propositions.
 Premièrement,  définir une stratégie claire des segments hors hydrocarbures dans le cadre des avantages comparatifs mondiaux lors de la présentation du programme 2015/2019. 
Deuxièmement,   les projets nouveaux  qui n’ont pas  d’impacts tant sociaux qu’économiques à moyen terme doivent être ajournés. Troisièmement,  se concentrer sur les  restes à réaliser  mais avec un tableau de bord pour  une maitrise des couts qui doivent se conformer aux standards internationaux, évitant bon nombre d’exemples de surcouts exorbitants sans compter les malfaçons du fait du manque de suivi des projets. 
Quatrièmement,  geler les emplois dans les  administrations (tout en misant sur une meilleure formation), excepté la santé et l’éducation/formation professionnelle misant sur l’amélioration de la qualité qui s’est détériorée. 
Cinquièmement,  favoriser les co-partenariats public-privé local, opérateurs locaux-opérateurs/étrangers dans la sphère économique et axer sur les emplois productifs, tourisme, agriculture, nouvelles technologies, PMI-PME et certains grands segments industriels. 
Sixièmement, revoir l’organisation gouvernementale, plusieurs ministères se télescopant dans leurs prérogatives afin de plus de cohérence et d’efficience.  
Septièmement,  comme je l’ai recommandé au premier  ministre lors de la présentation du rapport sous ma direction, la sécurité nationale étant menacée à travers les évènements du Sud, du fait des tensions géostratégiques à nos frontières de plus de 6000 km , le dialogue productif étant la clef de la bonne gouvernance,  Sonatrach, société commerciale, chargé  de la gestion,  étant l’Algérie  et l’Algérie  Sonatrach, sa vocation n’étant pas de créer des  emplois du fait  de l’investissement  fortement capitalistique, ( car que représentent 10.000 emplois  pour une population active  de 12 millions  en 2014  et une demande additionnelle annuelle    entre 250.000/3000.000),  ne plus laisser aux dirigeants de Sonatrach la communication de ce dossier sensible, devant protéger ses cadres  des aléas politiques. Seul  le premier Ministre   et  le Ministre de l’Energie,   doivent   s’exprimer, les autres départements devant  s’abstenir  afin d’éviter les interférences.
 Huitièmement,  une communication cohérente en direction  de la société  est fondamentale avec un langage simple accessible. Car  les firmes quelque soit leur nationalité sont mus, et c’est leur vocation, sont guidées par la maximisation du profit. Il appartient à l’Etat régulateur,  stratégique dans tout  pays,   de concilier les  coûts sociaux et les coûts privés A ce titre pour éviter les débats stériles,  je propose  la  création d’une institution  indépendante, sous l’autorité soit du président de la république ou du premier ministre (évitant qu’un département ministériel soit juge et partie), chargée de suivre  le dossier du pétrole-gaz de schiste, présidé par une personnalité indépendante.  Cette institution  devra  faire des propositions concrètes, en veillant  notamment   à la protection  de l’environnement ,  de l’eau ( ressource essentielle au Sud du pays) , étudier la  rentabilité économique tenant compte   des nouvelles mutations énergétiques mondiales,   les nouvelles techniques, alternatives à  la fracturation  hydraulique classique en voie d’expérimentation économisant l’eau et les produits chimiques,  qui seraient mises au point  et rentables économiquement horizon 2020/2025  et ce application de la loi sur les hydrocarbures  votée par le parlement en février 2013. La commission serait composée des experts ayant plusieurs années d’expérience  sur le terrain  dans ce domaine  tissant des relations étroites avec les organismes internationaux spécialisés, des  experts indépendants  représentants de la société civile de la région où  serait opérée éventuellement l’expérimentation, ( pour la crédibilité entre experts indépendants et société civile le quota au sein de la commission doit être de 30% minimum ), des experts   de l’opposition qu’il s‘agit également d’écouter sur la base d’arguments scientifiques et non idéologiques, des experts du Ministère de l’Energie, des experts du Ministère  des ressources en eau, des experts du   ministère  de la santé, des experts du ministère de l’environnement, la formation étant la clef   de la maîtrise technologique et managériale future, des experts  du ministère de l’enseignement supérieur en relation avec l’IAP .
 Neuvièmement, je propose la suppression du fonds de régulation des recettes, pour les futures lois de finances, le  cours du baril du pétrole  étant établi selon le cours moyen du marché des hydrocarbures quitte, si excédent il y a, à le verser dans une caisse pour les générations futures.
Dixièmement, j’attire l’attention du gouvernement, sur  d’éventuelles  tensions budgétaires entre 2015/2020 en cas  où le cours du baril  se maintiendrait entre 60/80 dollars, le cas serait plus dramatique en dessous de 60 dollars, l’Algérie ne pouvant  continuer à verser des traitements et salaires sans contreparties productives et à dépenser sans compter. 
L’Algérie  est confrontée tant  dans sa transition économique que sa transition énergétique. La politique économique nationale doit être recadrée  afin  que les dépenses soient rationnelles et les salaires fixés en fonction de la productivité et non de relations de clientèles.
  NB- Brève synthèse d'un long rapport sur le bilan et les perspectives de l’économie algérienne 2015/2020
 
 

Par Dr Abderrahmane MEBTOULProfesseur des universités, docteur d’Etat (1974) expert international
Dimanche 8 Mars 2015 - 19:18
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