REFLEXION

FIN DE L'ETAT D'URGENCE EN ALGERIE : L'état d'urgence, c'était quoi?

C'est la fin de l'état d'urgence en Algérie. La décision a été publiée ce jeudi au Journal Officiel du pays. Pourquoi maintenant? Quelles en sont les conséquences? Réflexion fait le point.



FIN DE L'ETAT D'URGENCE EN ALGERIE : L'état d'urgence, c'était quoi?
Alternant la répression contre les manifestants dans la capitale et les promesses de régler les problèmes sociaux, le pouvoir algérien a réussi à survivre à la tempête qui souffle sur le monde arabe. La propagande officielle a réussi, pour l'instant, à isoler les contestataires, « la Coordination nationale pour le changement et la démocratie et le RCD ».

Que signifie vraiment la fin de l'état d'urgence?
En signant, mardi, l'ordonnance qui met fin à l'état d'urgence, le président Bouteflika a restauré formellement l'état de droit, mis sous le boisseau depuis février 1992. Le décret a été publié au Journal Officiel jeudi. Les procédures d'exception accordées au ministère de l'Intérieur, comme la détention extrajudiciaire et la dissolution d'assemblées élues, sont donc abrogées. La garde à vue de 12 jours ne saurait désormais excéder 48 heures, renouvelable une fois par le procureur de la République. Les arrestations, les perquisitions et les écoutes téléphoniques se feront sous contrôle d'un magistrat. Une avancée incontestable, même si l'armée garde la main sur la lutte antiterroriste. L'on devrait donc s'attendre dans les prochains jours à une ouverture des champs politique et médiatique, avec notamment l'agrément de nouveaux partis et de journaux, en attente depuis plusieurs années. L'état d'urgence, reposait sur trois dispositions. Tout d'abord, aucun rassemblement - manifestations, ou réunion d'ampleur dans une salle - n'était autorisé sans l'aval du pouvoir. L'état d'urgence justifiait tout internement administratif: "On pouvait mettre en détention provisoire n'importe qui sans décision de justice. Et c'est ce qui s'est passé dans les camps du Sud où de nombreux islamistes ont été internés." Enfin, le pouvoir algérien d'avant 2011 avait accepté la réquisition des forces militaires par les autorités civiles: "C'était l'armée dans la rue en gros".

En quoi la situation
va-t-elle changer?
Même si Barack Obama s'est félicité d'une telle mesure, pour beaucoup d'analystes, rien ne va véritablement changer. Selon l'AFP, s'appuyant sur les trois ordonnances et le décret présidentiel publiés au Journal Officiel, les militaires garderont une partie du pouvoir que leur conférait l'ancienne disposition d'état d'urgence, afin de poursuivre la lutte anti-terroriste, en vertu d'une nouvelle loi prochainement annoncée.
En effet, les islamistes restent présents au Sahara, où une touriste italienne a récemment été enlevée. "Il s'agit maintenant de savoir si ce statut quo du pouvoir de l'armée sera liberticide ou non", indique Ahmed Tazir de France 24. D'autre part, ce qui ne va pas changer, c'est le peu de libertés politiques dont disposent les partis politiques de l'opposition algérienne. Le ministre de l'Intérieur Dahou Ould Kablia a annoncé ce jeudi que le gouvernement "n'envisageait pas pour le moment" d'autoriser de nouveaux partis politiques, alors qu'au moins sept formations attendent leur agrément. Une situation d'autant plus frustante que l'état d'urgence a toujours empêché les partis politiques de se déployer, alors qu'en 1989 le pluralisme politique était reconnu. Par ailleurs, l'interdiction des manifestations toujours maintenue à Alger fait redouter aux opposants une stabilité des mesures coercitives vis-à-vis des rassemblements de contestataires, comme ceux des samedi 12 et 19 février derniers. Enfin, au sujet de la fin des internements arbitraires, rien n'a été annoncé. Dans une interview accordée à la chaîne France 24, le ministre de l'Intérieur algérien Daho Ould kablia a seulement déclaré que "les manifestants arrêtés « lors des dernières manifestations de février »ont été tous libérés, malgré parfois la lourdeur des charges" retenues contre certaines d'entre eux.

Pourquoi
un tel retournement maintenant?
Selon le ministre Daho Ould kablia, "l'idée de la levée de l'état d'urgence était assez ancienne et n'a pas été prise sous la contrainte des événements qu'a connus le pays au début du mois de janvier dernier". "La dernière fois que cela a été évoqué c'était lors de la réunion d'évaluation du secteur de l'Intérieur par le président de la République durant le mois de Ramadhan dernier, au cours de laquelle la possibilité de la levée de l'état d'urgence a été envisagée", a ajouté le ministre. Ainsi, selon lui, le régime ne s'est pas senti "menacé " par les manifestations du 12 et du 19 février, ajoutant que cette fin d'état d'urgence faisait partie d'un plan plus global concernant l'emploi et le logement. Pour Riadh Sidaoui, directeur du Centre de recherches et d'analyses politiques et sociales (Caraps), interrogé par France 24: "Cette annonce répond d'abord à un impératif médiatique." "C'est aussi un signe adressé à l'Occident, pour montrer que le pouvoir algérien est fort et a confiance en lui", ajoute-t-il. Annoncées le 3 février dernier, les mesures pour contrer le chômage, phénomène important en Algérie et qui a largement conduit aux manifestations de janvier dernier, se font néanmoins toujours attendre.

L’opposition
reste déterminée
Malgré les efforts de Me Abdennour Ali-Yahia, président d'honneur de la Ligue des droits de l'homme, pour maintenir la cohésion, la CNCD s'est scindée en deux factions. D'un côté, les «radicaux», qui veulent la chute du régime et appellent à des manifestations tous les samedis. De l'autre, les «modérés», qui semblent satisfaits des mesures annoncées par le gouvernement et veulent marquer une pause. Saïd Sadi, leader du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), et plus largement porte-parole de la contestation algérienne, a rapidement annoncé la couleur. "C'est un effet d'annonce, c'est une manœuvre, car l'état d'urgence est maintenu dans la capitale", a-t-il affirmé au téléphone à l'AFP, en faisant référence à l'interdiction de rassemblements dans les rues d'Alger, une mesure adoptée en 2001 après une manifestation sanglante de Kabyles. Saïd Sadi a ainsi réitéré la détermination de la toute nouvelle Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD, née le 22 janvier) et dont le RCD fait partie, à parvenir "à un changement du système" politique, à l'instar de la Tunisie puis de l'Egypte. "Toutes les semaines il y aura des marches", a-t-il ajouté.

Les réactions
de Washington
Le président Barack Obama a salué jeudi soir la levée de l'état d'urgence en Algérie, en soulignant que les Etats-Unis sont ''résolus à poursuivre leur coopération avec le gouvernement algérien'', a indiqué la Maison-Blanche dans un communiqué. ''Je félicite le gouvernement de l'Algérie d'avoir pris aujourd'hui une mesure importante de la levée officielle de l'état d'urgence qui a été mis en place en Algérie depuis 19 ans'', souligne le président américain dans le communiqué. ''C'est un signe positif du gouvernement algérien montrant qu'il est à l'écoute des préoccupations et répond aux aspirations de son peuple'', affirme le chef de la Maison-Blanche. ''Nous espérons des mesures supplémentaires du gouvernement qui permettent au peuple algérien d'exercer pleinement ses droits universels, dont la liberté d'expression, d'association et de rassemblement'', ajoute-t-il

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Vendredi 25 Février 2011 - 23:01
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