FEMMES VICTIMES D’HARCELEMENT AU TRAVAIL: 3,5 millions de plaintes à travers l’Algérie

Injustice, souffrance, dépression, maladie, insomnie, perte d’appétit, honte, culpabilité, colère, irritabilité, anxiété et frustration c’est le lot quotidien des femmes harcelées au travail.



FEMMES VICTIMES D’HARCELEMENT AU TRAVAIL: 3,5 millions de plaintes à travers l’Algérie
Des milliers de femmes sont victimes de mises à l’écart, d’humiliations, de surcharge ou de privation de travail afin de les pousser à la faute ou à la démission. Cet enfer au travail conduit les victimes à la dépression, les rendent incapables de retravailler, détruit leurs familles, conjoints et enfants car elles sont atteintes dans leur dignité. Elles sont blessées, humiliées et fragilisées. Elles sont aussi confrontées à subir une autre forme de harcèlement directement liée à la morale, pour ne pas dire sexuel. Des études récentes indiquent qu’une femme sur cinq a été victime de harcèlement sexuel au cours de sa vie professionnelle, les experts estiment le nombre d’algériens souffrant de harcèlement au travail à trois millions de personnes à savoir 3,5 millions de plaintes à travers l’Algérie déposées pour le même motif. En 2007, les services de la Sûreté Nationale ont enregistré les plaintes  d’environ 174 femmes qui ont été victimes de harcèlement sexuel dans le milieu professionnel. Les premières ciblées sont les femmes divorcées, puis les célibataires et enfin les femmes mariées, appartenant à la tranche d’âge 21-55 ans.  Ce sont les femmes travailleuses en tant que secrétaires (118 cas) et les employées (110) qui sont les plus ciblées par le harcèlement. Quant aux femmes cadres, elles sont 93 cas contre 67 cas pour les ouvrières. La plupart d’entre elles subissent ces agissements en silence, sans avoir le courage de les dénoncer, elles préfèrent se taire car il n’y a pas de témoin, le harceleur peut être par ailleurs insoupçonnable et charmant. Donc elles n’ont pas suffisamment de preuves et perdent leur crédibilité, pire encore le harceleur peut avoir l’idée de porter plainte contre la victime et obtenir des dommages et intérêts.

Les témoignages qui suivent portent une intense souffrance et décrivent les différentes formes de harcèlement et de pratiques de maltraitances exercées sur les femmes dans le cadre du travail.

Sakina décrit sa peine :
« Le harcèlement au travail, est un mal qui nous détruit à petit feu Cela fait trois ans que je travaille dans la même société où je vis un véritable enfer. Je suis secrétaire du Directeur Général, je subis ses humeurs. Insultes, critiques, reproches, humiliations, rabaissements, injures, hurlements, paroles blessantes j’entends tous ce qui peut me faire du mal. Je ne l’ai jamais vu agréable, j’aime ce que je fais et je le fais bien, mais pour lui, rien ne lui convient. Mis à part mon poste de secrétaire, j’ai récupéré le travail d’une personne qui a démissionné, mais rien de plus en ce qui concerne le salaire. J’épuise mon énergie dans mon travail, et je rentre le soir avec un grand malaise. Quand j’ai parlé à son supérieur, la réponse est : «arrêtes-toi quinze jours, ça ira mieux». J’en ai mare des congés maladies forcés, c’est comme une sanction qui me fait perdre ma motivation pour mon travail.
Mme Salima cadre dans une entreprise publique déplore :
«Cette affaire m’a fait souffrir moralement et je ne sais pas si je m’en remettrai un jour.
Mon histoire se résume en : Je suis témoin d’escroqueries importantes et mon supérieur me fait comprendre de fermer les yeux. En tant que responsable du service, je refuse de signer les factures pour des travaux non réalisés. Je reçois alors des pressions de plus en plus importantes : déplacement de ce poste pour des motifs inventés, mise à l’écart, suppression de mes rémunérations et de mes primes de rendement, refus de mes demandes de mutation, accusations de faits qui n’existent pas, arrêt de longue durée pendant 2 ans, reprise puis blocage de ma carrière avec refus d’accéder au nouveau grade auquel je suis en droit de prétendre, harcèlement permanent, refus de l’invalidité, sans ressources pendant un an,… etc. ».

Quant à Farida une brillante ingénieur se trouve devant un « oui ou la porte » :

« Depuis plus de 5 mois mon employeur me fais des propositions de resto de sortie …etc. je suis mariée et il le sait mais il persistait dans ses avances, il me fait du chantage du genre si tu veux garder ton boulot, il faut que tu fasses des efforts. Je lui ai déjà dit que je suis mariée mais à chaque fois qu’il en a l’occasion il refait ses propositions, mon contrat se termine dans un mois, je ne sais plus quoi faire, je suis bloquée et je ne peux me mettre en maladie pour des raisons financières, j’essaye de détourner la discussion à chaque fois mais il n’y a aucun moyen pour le fuir, il a beaucoup d’argent et il croit qu’il peut m’acheter, le comble il me propose de l’argent en échange de mes services. J’ai hésité à porter plainte ou même à en parler à mon mari car je n’ai aucune preuve de ces propos c’est ma parole contre la sienne ».

Melle Saïda une jeune talentueuse comptable vient de décrocher son poste :

« J’ai fais des mains et des pieds pour gagner cette place. Je travaille comme comptable dans une entreprise … J’étais la seule femme dans ce service. Au début tout se passait normalement. Jusqu’au jour où mon chef de service me disait : dès que je t’ai vue la première fois je me suis renseigné sur toi, j’ai vu ton âge. Tu ne fais pas ton âge. Est-ce que tu es mariée ? Tu es très mignonne ; ne t’inquiète pas, c’est moi qui vais m’occuper de toi»… etc. il venait souvent à mon bureau pour tout et pour rien, dans le cadre de mon travail, j’étais agréable avec lui. Au bout d’une quinzaine de jours, j’en ai eu assez car il commençait à se tripotait devant moi en me touchant les mains... Toutes les 15 minutes, il venait me voir à mon bureau. Jusque là je gardais mon calme et je n’ai parlé à personne car j’avais peur de perdre ma place si je lui disais quoi que ce soit. Cette place, je m’étais battue pour l’avoir. Il n’arrêtait pas de me dire que le Directeur lui faisait entièrement confiance, que c’était lui qui décidait de garder ou de virer quelqu’un… D’ailleurs je voyais bien que ces deux-là étaient complices. Mon calvaire continue, jusqu’à ce jour je ne sais pas quoi faire ».

Mêmes les illettrées ont sa part de la souffrance Messaouda s’acharne :

« Je travaille comme femme de ménage dans un établissement…. Je suis veuve et j’ai trois enfants. Comme je suis timide et polie, la plupart des hommes travaillants dans cet établissement avaient trouvé en moi une proie facile à chasser. Dans presque tous les bureaux où je devais faire le nettoyage, ils n’hésitaient pas à me donner des tapes aux fesses ou me toucher les mains … Lorsque je me suis plainte au patron, lui aussi m’a proposé sa protection et même de m’affecter dans son service, si j’acceptais de sortir avec lui. Je n’y comprenais rien. J’ai finalement été accusée de vol et on m’a renvoyée ». Toutes ces femmes harcelées souffrent en silence, elles ont peur de ne pas être crues ou elles craignent de perdre leur emploi. Il faut dire que le harcèlement en milieu professionnel, sous toutes ses formes, se banalise et prend des propensions alarmantes. Il peut y avoir des situations très différentes ce qui permet de ne laisser personne à l’écart de ce problème relationnel.

Gassem. H
Vendredi 12 Février 2010 - 23:01
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