REFLEXION

FACE AUX TENSIONS BUDGETAIRES 2016/2020 : Rétablir la confiance Etat-citoyens par une vision stratégique

Sans le rétablissement de la confiance, il ne peut y avoir aucun développement à terme. La réalité sociale et économique que traverse l’Algérie est certes difficile. Mais elle peut la surmonter, sous réserve d’une moralisation de la société et d’une vision stratégique, loin des aléas de la rente, s’adaptant au nouveau monde. Il s ‘agira de concilier l’efficacité économique et la nécessaire cohésion sociale



I.- Six raisons qui permettent un tampon social à court terme
1.- Premièrement, l’Algérie n’est pas dans la situation de 1986, où les réserves de change étaient presque inexistantes avec un endettement qui commençait. Avec 135 milliards de dollars en juin 2016 de réserves de change  et une dette extérieure inférieure à cinq  milliards de  dollars, bien utilisées supposant une  réorientation de l’actuelle politique socio-économique, ces réserves de change peuvent à la fois servir de tampon social  et permettre la dynamisation du tissu productif. Le cas contraire,  les réserves de change horizon 2018 avec le retour inévitable au FMI.
2.-Deuxièmement, paradoxalement la crise du logement   et le regroupement de la cellule familiale qui concerne une  grande fraction de la population algérienne où les charges sont payées grâce au revenu familial global. Mais attention résoudre la crise du logement sans relancer la machine économique prépare à terme l’implosion sociale
3.-Troisièmement,  grâce à leur travail mais également aux subventions les familles algériennes ont accumulé une épargne  sous différentes formes. Que l’on visite les endroits officiels de vente de bijoux pour voir  qu’il y a  déthésaurisation et que cette épargne passée   est  malheureusement en train d’être dépensée  face à la détérioration de leur pouvoir d’achat. Cela peut tenir encore  deux à trois ans. A la fin de  cette période tout peut arriver
4.-Quatrièmement,  l’Etat, malgré toutes les  dispositions  de l’avant projet de loi de finances 2016  continue à subventionner les principaux produits de première nécessité, comparé au vecteur prix international.  Car moins de 40% de la population algérienne a une voiture et que le relèvement du prix du gas-oil et de l’essence est relativement faible comparé au prix international.  Au sein   de ces subventions,  la part des carburants accapare plus de 10 milliards de dollars. Il s’agira de s’orienter vers des subventions ciblées garant de l’efficacité, de la lutte contre le gaspillage tout en maintenant la nécessaire cohésion sociale.
5. Cinquièmement, avec la  baisse des recettes de Sonatrach de 45%,  il est indispensable  d’accroître la fiscalité ordinaire mais exercice difficile sans pénaliser les activités  productives et les couches les plus défavorisées, n’intégrant pas la sphère informelle par des mesures administratives déconnectées des réalités et des pratiques économiques universelles.
6. Sixièmement,  la production de marchandises est produite par des marchandises  et l’élévation du prix de certains produits  se répercuteront   en  chaîne sur l’ensemble des segments concernés  mais  à court terme, cette situation, sous réserve d’une plus grande  rigueur budgétaire allant vers la lutte contre les surcoûts, le gaspillage et la corruption , renvoyant au mode de gouvernance  cela   est maîtrisable.
 
II.- Mobiliser tous les acteurs
 1.-Il  faut être conscient  que sans réformes structurelles, évitant les replâtrages et les discours populistes,  il y a risque de fortes tensions sociales à l’avenir.  L’inflation joue  toujours comme facteur de redistribution de revenus au profit des revenus variables  et il appartient à l’Etat  de concilier l’efficacité économique  et une  profonde justice sociale qui n’est pas  antinomique avec l’efficacité. Tous les appareils de l’Etat, doivent donner l’exemple. J’avais préconisé lors d’une conférence devant le premier ministre en novembre 2014 à ce que   les responsables  au plus haut niveau,   présidence, ministres, walis, hauts cadres de l’Etat, députés, sénateurs,  donnent l’exemple par une réduction de leurs salaires et   évitent des dépenses et réceptions inutiles.  Certes n’a pas une importante  répercussion sur le budget  de l’Etat  mais   c’est un  symbole fort pour mobiliser la population renvoyant d’ailleurs à la moralité de ceux qui dirigent la Cité. Pour éviter un  scénario catastrophe qu’aucun algérien ne souhaite,  l’Algérie a besoin de mobiliser tous ses enfants sans exclusive et de démystifier l’apport du secteur  privé national et international créateur de richesses conjointement avec un secteur d’Etat performant.
2.- L'Algérie a hérité d’un modèle calqué sur le modèle de l’ex camp communiste  pour des raisons historiques où le slogan était la prépondérance  du secteur d’Etat (distribution par le passé de bénéfices même à des sociétés déficitaires)  comme fondement du développement. Il faut être pragmatique,  de par le monde n’existe pas de capitalisme sauvage,  comme il y a lieu de combattre l’étatisme bureaucratique. Le modèle algérien actuel  est dépassé et implique d’avoir une autre politique plus réaliste. L’avenir appartient à la dynamisation des entreprises tant publiques que privées concurrentielles avec un rôle stratégique à l’Etat régulateur et non gestionnaire Je conseille à mes amis du secteur privé  une unification de leurs rangs, les innombrables organisations patronales amenuisant leur pouvoir de négociation. Ensuite s’ils veulent s’imposer en tant que véritables entrepreneurs, le capital –argent étant secondaire,   de miser sur l’économie de la connaissance : combien d’entrepreneurs privés  consacrent une fraction de ses bénéfices à la recherche développement? Une entente avec le gouvernement souvent nécessaire de par le monde,  ne saurait signifier soumission totale si le secteur privé veut acquérir une crédibilité. Mais, les représentants du secteur privé ne sauraient  être les portes paroles du gouvernement, (ne représentant que leurs adhérents)  qui a ses propres structures, représentant  la conscience collective afin de  maximiser l’optimum social, d’où la mauvaise interprétation des Triparties.
3.-Les fondateurs du communisme  l'URSS et la Chine réalisent une transition maîtrisée vers l'économie de marché.  Je propose trois formules pouvant être combinées afin d‘optimaliser  la valeur ajoutée interne. Premièrement, jeter les bases d’un véritable partenariat public-privé  local et international et  privé local-privé international. Deuxièmement, assouplir la règle des 49/51% qui fait fuir les investisseurs potentiels  notamment pour les PMI/PME, devant distinguer secteurs stratégiques historiquement datés  et secteurs  non stratégiques  ouverts  aux opérateurs privés qui ont le savoir faire. Troisièmement, démonopoliser (à ne pas confondre avec la privatisation qui est une cession  d’actifs)  certains créneaux en permettant au privé d’investir dans des secteurs où seules les entreprises publiques ont actuellement le droit d’investir.  Quatrièmement  favoriser les réseaux avec la diaspora  algérienne concernant surtout le savoir faire, en levant toutes  les  contraintes d’environnement, bureaucratie, système financier, système socio-éducatif et le foncier.    C’est pourtant ce qu’ont fait de nombreux pays pour faire de leurs économies respectives de véritables économies de marchés concurrentielles productives  en harmonie avec la cohésion sociale.
En résumé, un code d’investissement  ne saurait se substituer à l’urgence d’une vision stratégique qui fait  cruellement défaut  afin de réaliser cette transition difficile, mais à la portée de l’Algérie sous réserve du renouveau de la gouvernance,   d’une économie de rente à une économie hors hydrocarbures dans  le cadre des valeurs internationales. Et tenant compte des nouvelles mutations managériales et technologiques mondiales  avec le  passage de l’ère de la matérialité (vision mécanique du passé) à l’ère de
l’immatérialité.

 

Dr Abderrahmane MEBTOUL
Mercredi 14 Septembre 2016 - 18:19
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ACTUALITÉ
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