REFLEXION

FACE AUX MUTATIONS MONDIALES : Le fondement de la sécurité et de la stabilité en Algérie : institutions et bonne gouvernance

Au moment où il existe une polémique sur le rôle des forces de sécurité en Algérie préjudiciable au pays, (dans aucun pays du monde l’on ne polémique avec des accusations d’une extrême gravité pour la stabilité du pays sur la place publique sur cette institution sensible, ce qui n’empêche pas de poser objectivement son rôle dans la société) , la région euro-méditerranéenne et euro-africaine connait des bouleversements géostratégiques avec des conflits aux portes de l'Algérie. La sécurité fondement du développement de l'Algérie est posée. L’objet de cette contribution modeste est de montrer l’importance des institutions pour la sécurité du pays.



1. Etat, Nation, régime
L’Etat selon les définitions classiques   à la fois  l’organisation politique et juridique  d'un territoire délimité et  en tant que « gouvernement d’un peuple vivant sous la domination d’un prince ou en république. En droit international  est délimité par des frontières   territoriales établies, à l'intérieur desquelles  ses lois s'appliquent à une population permanente et comme constitué d’institutions  par lesquelles il exerce une autorité et un pouvoir effectif   et étant légitimé »  pour les Etats se disant démocratiques  par la souveraineté  du peuple. La Nation quant à elle ne se confond pas non plus avec l’État sauf dans le modèle de l’Etat-Nation. Si l'État se distingue du gouvernement,  la notion inclut toute une dimension administrative et juridique, Le régime politique fait référence à la manière dont le pouvoir est organisé et exercé au sein d'une entité politique donnée. Cela renvoie donc à la forme institutionnelle du pouvoir mais aussi à la pratique découlant de cette forme institutionnelle. Cela inclut  l’exercice du pouvoir, des régimes politiques pouvant se distinguer en fonction de la pratique, de l'exercice du pouvoir   Le terme institution   du latin instituo (instituer, établir), désigne une structure d'origine coutumière ou légale, faite d'un ensemble de règles tourné vers une fin, qui participe à l'organisation de la société ou de l'État. En sociologie, une institution désigne une structure sociale (ou un système de relations sociales) dotée d'une certaine stabilité dans le temps.  En politique, une institution   résulte du régime politique. Elle est mise en place par la Constitution, les lois, les règlements et les coutumes. Les institutions sont historiquement datées et évoluent en fonction des mutations  tant internes que mondiales  dialectiquement liées,  comme en témoignent les institutions internationales. Tous les travaux récents montrent l’importance pour un pays  d’avoir des institutions fiables  et ce suite aux  travaux sur la bonne gouvernance  date des années 1990 en réaction à la vision, jugée techniciste, du New Public Management. Il est démontré   à juste titre, que la crise de l'État ne connaît pas seulement une crise interne touchant à ses fonctions et à sa structure, mais concerne davantage la capacité de l'État à asseoir sa légitimité ainsi qu'à formuler des politiques publiques en phase avec les besoins socio-économiques. Ces théories ont pris en compte les  agents économiques opérant dans la sphère informelle, qui dans leur conscience,  fonctionnent dans un espace qui est leur droit avec des codifications précises entretenant des relations complexes avec la sphère réelle, nous  retrouvant  devant  un pluralisme institutionnel/juridique contredisant la  vision moniste du droit enseigné aux étudiants.  Ces  apports théoriques à portées opérationnelles montrent  que les institutions ont un rôle  dans la société, déterminant la structure fondamentale des échanges humains, qu'elles soient politiques, sociales ou économiques et qu'elles constituent un des facteurs déterminants du développement  économique de long terme. Sur le plan opératoire, la  version actualisée de l'année 2009 des indicateurs de gouvernance dans le monde, établie par des chercheurs de la Banque mondiale, montre  que certains pays progressent rapidement dans le domaine de la gouvernance (D. Kaufmann,) tout en reconnaissant que les données font aussi apparaître des différences sensibles entre les pays.  Les progrès sont en rapport avec les réformes dans les pays où les dirigeants politiques considèrent la bonne gouvernance et la lutte contre la corruption comme des facteurs indispensables à une croissance durable et partagée.
 
2. Le rôle stratégique des institutions facteur de stabilité et de développement
Il est démontré  selon l’avis unanime des experts internationaux que les  relations personnalisées, la création artificielle d’associations par l’administration non représentatives,  vivant de la rente,  conduisent   à terme au désordre   et  que sans institutions fiables, impliquant les populations à travers des réseaux décentralisés représentatifs  par  un dialogue constructif,  il ne peut y avoir  de stabilité et de développement durable. Ainsi, comme consécration de la recherche du rôle fondamental des liens entre gouvernance  et  efficacité  des institutions, suite aux importants travaux des prix Nobel Ronald Coase et North Douglass,  qui suppléent à la déficience des marchés  ( la crise mondiale est là pour nous le rappeler) en octobre 2009,  le jury du Prix Nobel en Sciences économiques de l'Académie Royale Suédoise des Sciences a choisi   le travail d'une femme,  Elinor Ostrom,  pour "son analyse de la gouvernance économique, en particulier des biens communs " et d'Olivier Williamson pour " son analyse de la gouvernance économique, en particulier des frontières. Le prix Nobel d'économie a été décerné le 11 octobre 2010 à  Peter Diamond , Dale Mortensen  et à Christopher Pissarides  pour leur analyse des marchés  du travail et des frictions» entravant la rencontre entre offreurs et demandeurs En théorie, le marché où se confrontent l'offre et la demande permet de définir le meilleur prix d'une marchandise ou d'un travail, et surtout à moyen terme de faire évoluer les termes de l'échange. Mais ce principe n'est pas toujours opérationnel, en raison des règlements ou des politiques menées, par exemple, pour l'emploi. Ces interventions extérieures loin de fluidifier le marché du travail, peuvent parfois au contraire le gripper, Le prix Nobel d'économie a été décerné, ce lundi 10 octobre 2011, à Thomas Sargent et Christopher Sims, sur  leurs travaux sur les relations entre les politiques économiques et leurs effets sur l'économie qui ont été récompensés. Comment le PIB et l’inflation sont affectés par une baisse d’impôts ? Que se passe-t-il si un gouvernement modifie son objectif d’équilibre budgétaire ? Le 15 octobre 2012, Alvin Roth et Lloyd Shapley se son vus décernés  pour leurs travaux sur les marchés, comment associer   différents agents le mieux possible et  les conditions permettant les associations les plus stables et les plus efficaces, par le biais de la théorie des jeux, insistant sur la coopération. Le 14 octobre 2013 , le prix Nobel a été décerné à  Eugene Fama , Lars Peter Hansen et Robert Shiller pour leurs travaux sur les marchés financiers en introduisant les facteurs comportementaux( (psychologie sociale)   où domine l’irrationalité des agents.
 
3.-Les services de renseignement et les mutations mondiales
Les services de renseignement dans tout pays viable, ne constituent  pas seulement la colonne vertébrale de toute armée mais la colonne vertébrale de  tout Etat. Sans renseignement dans l’Armée  on agirait à l’aveuglette, comme tout pays sans management stratégique l’on aurait une politique socio-économique incohérente. Il en va de même pour toute entreprise sans management stratégique en ce monde incertain et turbulent.  A ce titre  les services de renseignement sont comme dans tous les  pays développés  une institution de la république,   devant  s'inscrire  dans le cadre d'un Etat de Droit.  Nous assistons dans tous les  pays modernes à la nécessaire adaptation du passage de l'organisation hiérarchique des forces  armées et des services de renseignement  à l'organisation en réseaux. Tout pays qui détruit ses services de renseignements ou ne les adaptant pas réduit ses capacités de faire face aux menaces. La récente expérience des écoutes téléphoniques des USA qui espionnent tout le monde (mais il ne faut pas s’en étonner, cela existe depuis que le monde est monde mais cette pratique connait avec les nouvelles technologies une expansion planétaire), en est la démonstration. Contrairement à certaines affirmations gratuites, il est reconnu que les grandes décisions tant politiques, économiques et militaires des grandes puissances, Barack Obama (USA), Vladimir Poutine (Russie), François Hollande France) se prennent suite aux rapports de la CIA, du KGB et du 2e bureau. Le Ministry of State Security, en Chine, regroupant les missions de contre-espionnage et de renseignement extérieur a pour but affiché de soutenir l'effort économique du pays au sein de la Commission for Science, Technology and Industry for National Defense- COSTIND-mise en place dès 1982. Le fondement du renseignement est la maîtrise de l’information en temps réel devant donc pour l’Algérie de   s'adapter aux nouvelles mutations mondiales, d’où l’importance d’une discipline nouvelle empruntée aux services de renseignement  «  l’intelligence économique » qui se caractérise par une complexité marquée par la convergence de quatre ruptures majeures : une rupture méthodologique, la globalisation, une rupture technologique, les NTIC, une rupture quantitative, l’abondance et une rupture qualitative, l’économie de l’immatériel (Massé, Thibault, 2001). Un système d’information performent  permet d'acquérir les données nécessaires tant de l'environnement externe qu'interne étant  le nerf des centres de décision tant au niveau économique que militaire. Pour y être opératoire, le concept d’information doit être compris et utilisé dans un cadre plus systémique qui le relie à l’action via la connaissance.  Comme le démontre  Moinet(2010), pour une organisation, « faire de l'intelligence économique » consiste à maîtriser et protéger l'information stratégique utile à son développement. Pour y parvenir, elle fait appel à un ensemble d'actions légales et éthiques (veille, management des connaissances, sécurité économique, influence) qu'il s'agit de pratiquer de manière systématique et régulière et d'orchestrer de manière cohérente.
L'intelligence étant collective, cette démarche implique une sensibilisation de tous les acteurs et une mise en réseau des compétences nécessaires à la réussite d'un projet. Faire de l'intelligence économique, c'est donc en quelque sorte « entrer ensemble en stratégie » dans un monde incertain où il s'agit d'être toujours mieux informé et  réactif .Avec les  nouvelles technologies, nous assistons au risque des cuber-criminalité, les cyber-attaques supposant le développement des  services électroniques (e-commerce, e-santé et e-administration). Or ces services  sont encore quasiment inexistants, les institutions  et entreprises algériennes fonctionnant encore selon les méthodes de gestion désuètes des années 1970/1980. Les services ont également pour mission  de lutter contre le  trafic florissant d’armes d’ailleurs intiment lié au trafic de drogue comme source de financement notamment des groupes terroristes et favorisant  toutes les formes de corruption.
 
4- Privilégier la sécurité de l’Algérie par une nouvelle gouvernance
 La sécurité fondement du développement  de l'Algérie est posée, devant privilégier par le dialogue,  uniquement les intérêts supérieurs du pays passant forcément par une nouvelle gouvernance. Comment ne pas  rappeler tant l’ébullition sociale que les tensions  à ses frontières : la frontière Algérie/ Mali est de 1376 km,  Algérie/Maroc de 1559 kilomètres, Algérie/Libye  de 982 km, la frontière Algérie/ Niger 956 km, entre l'Algérie et la  Tunisie 965 km, soit  au total 5.838 km à surveiller. Environ 50 personnes par km donneraient près de 291.900 soldats ce qui est une impossibilité tant technique que financière. Des méthodes modernes doivent donc être mises en place. C'est que les  menaces qui pèsent sur les peuples et leurs Etats et les défis collectifs qui leur sont lancés doit amener l’Algérie à se doter d’une politique de défense, d’une politique extérieure et d’une politique socio-économique globale afin de répondre aux nouveaux enjeux. Dans ce cadre, "l'Armée Nationale Populaire (   dont fait partie les services de sécurité, étant utopique de les dissocier) a pour mission permanente la sauvegarde de l'indépendance nationale et la défense de la souveraineté nationale. Elle est chargée d'assurer la défense de l'unité et de l'intégrité territoriale du pays, ainsi que la protection de son espace terrestre, de son espace aérien et des différentes zones de son domaine maritime".(Article 25 de la Constitution algérienne). La sécurité pour être efficace doit s'insérer dans le  cadre d'une vision globale impliquant les citoyens. Et pour impliquer les citoyens il doit y avoir un minimum de MORALE  de ceux qui dirigent la société,( cette corruption socialisée qui mine la société) , la morale conditionnant d’ailleurs  la stabilité du pays et développement  supposant de profondes réformes structurelles qui ont été jusqu’ à présent différées.. Les réformes de structure sont  conditionnées par des institutions  démocratiques impliquant un renouveau de la gouvernance et la valorisation du savoir. L’on doit éviter  de couvrir les problèmes par la distribution passive de la rente des hydrocarbures, qui va d'ailleurs à l’épuisement en méditant les  impacts économiques, sociaux et politiques désastreux  de la chute du cours des hydrocarbures de 1986..L’Algérie ne vit pas  en vase clos. Aujourd’hui, les menaces sur la sécurité ont pour nom terrorisme, prolifération des armes de destruction massive, crises régionales et délitement de certains Etats. Les défis collectifs, anciens ou nouveaux sont également les ressources hydriques, la pauvreté, les épidémies, l’environnement, étant d’ordre local, régional et global. La résolution durable implique une refonte  des relations internationales. Face à un monde en perpétuel mouvement, tant en matière de politique étrangère, économique que de défense, actions liées, avec les derniers événements au Sahel, aux frontières de l’Algérie, se posent l’urgence des stratégies d’adaptation et d’une coordination, internationale et régionale afin d’agir efficacement sur les événements majeurs. Ces nouveaux défis pour l’Algérie, sous segment du continent Afrique, dépassent en importance et en ampleur les défis qu’elle a eu à relever jusqu’à présent.  

Dr Abderrahmane MEBTOUL
Vendredi 7 Février 2014 - 17:29
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