REFLEXION

FACE AUX MUTATIONS GEOSTRATEGIQUES MONDIALES : L’Afrique, le Maghreb dont l’Algérie, ont besoin d’un Etat de droit et d’une bonne gouvernance

Mesurable et quantifiable, en quelque sorte, la bonne gouvernance est aujourd’hui l’objet d’une attention particulière à la fois des institutions internationales, des grandes nations et d’ONG internationales spécialisées et surtout ne laisse plus insensible les investisseurs potentiels créateurs de richesses durables seules condition de lutter contre le chômage et la pauvreté afin d ‘avoir une croissance durable hors hydrocarbures et éviter que le Maghreb et l’Afrique ne soit qu’une pure plateforme commerciale.



C’est l’objet de cette contribution, synthétisée  que j’ai faite lors du  séminaire international organisé par l’ARGA : «quelle gouvernance et économie pour l’Afrique », qui interpelle fortement l’Algérie(1). Le problème pour l’Algérie est l’après du 17 avril 2014, du fait que les réformes structurelles micro-économiques et institutionnelles,  toujours promises depuis des décennies ont toujours été différées, situation d’autant  plus difficile entre 2014/2020,  que la majorité des scénarios internationaux annonce un bouleversement de la carte énergétique avec un impact négatif sur les recettes  de l’Algérie ou entre 2012/2014, donc d’importantes tensions budgétaires , les hydrocarbures représentant 98% des recettes d’exportation. Le dépassement pour parer à la crise  implique nécessairement une profonde mutation systémique d’ordre multidimensionnelle.

1.- Referents historiques  et fondements anthropologiques de la gouvernance
Il faut reconnaître, sauf pour ceux qui s’alimentent de discours démagogiques en contradiction avec la réalité, qu’existe actuellement une unanimité tant des experts nationaux qu’internationaux sur le résultat très mitigé dans l’avancement de la bonne gouvernance dans les régimes arabes, les pays arabes (à ne pas confondre avec le monde musulman comme des pays comme la Turquie - l’Indonésie et la Malaisie pays émergents) en Afrique du Nord dont l’Algérie qu’en Afrique  noire. Cela renvoie à la réforme   de l’Etat incluant le volet de la justice ; de l’éducation et de l’économie pour une insertion harmonieuse dans l’économie mondiale et une lutte efficace contre le chômage et la pauvreté au sein d’un monde interdépendant en perpétuel mouvement. Pour l’Afrique notamment,  excepté une infime minorité, qui sont le plus en retard dans ce domaine expliquant d’ailleurs le développement du sous-développement de ce continent dont les axes directeurs du Nepad concernant ce sujet, loin d’être concrétisés, et qui ont été examinés à Accra au forum du Mécanisme africain de l’évaluation par les pairs (MAEP) qui a été suivi de la session ordinaire du 9ème sommet de l’Union africaine des chefs d’Etat et de gouvernement du 01 au 03 juillet 2007 dans la capitale ghanéenne. Dans ce cadre, il est utile de rappeler que la gouvernance n’est pas une préoccupation récente, comme on le croit généralement. C’est même là un problème ancien et important, puisque toutes les sociétés ont dû et doivent trouver une organisation et un fonctionnement qui assurent leur reproduction. Les solutions qui y ont été apportées au cours de l’Histoire varient selon l’époque et le type de société. La bonne gouvernance exige dans ce genre de situation, une nouvelle charpente intellectuelle  qui instaure un régime légitime et un cadre légal de la responsabilité politique, qui doit à son tour cultiver la démocratie au cœur de la société pour qu’elle devienne un mécanisme pour l’alternance politique. Or, les objectifs initiés par certains experts voulant universaliser leurs modèles, semblent ignorer les bouleversements profonds et violents qui traversent les matrices sociologiques et politiques spécifiques à chaque société.
 La bonne gouvernance reste cette capacité intrinsèque que possède une société à produire la politique et à faire ressortir à chaque fois la force de l’arbitrage pour piloter les clivages et contenir les contradictions débordantes. Car les dernières décennies, années qui ont marqué la vie politique et économique de bon nombre de pays du Tiers monde me réconforte aujourd’hui dans ma  conviction qui consiste à dire que le développement n’est pas une affaire de quincaillerie industrielle, de signes monétaires tant par l’importance des réserves de change ou de dépenses monétaires sans se soucier de la bonne gestion. C’est essentiellement, une question de bonne gouvernance, de moralité des institutions par la lutte contre la corruption, la considération du savoir, le respect de la femme, la symbiose des apports de l’Orient et de l’Occident grâce au dialogue des cultures, qui a fait la prospérité de toutes les civilisations, une visibilité dans la démarche, une politique socio-économique cohérente, réaliste loin du populisme, permettant de concilier l’efficacité économique et l’amélioration du pouvoir d’achat de la majorité tenant compte des nouvelles mutations très rapides du monde où toute Nation qui n’avance pas recule. La gouvernance  renvoie d’abord à des discours et des réalités qui fondent sa relativité tenant compte de la spécificité de toute société. C’est une problématique ancienne et qui concerne la corrélation et les articulations entre l’Etat et la sphère de l’économie qu’Ibn Khaldoun avait dès le 14e siècle évoqué avec beaucoup de clarté. De ce fait, la problématique de la gouvernance est sur le plan du sens et de la fonction sociale, intimement liée dans ses origines et ses modèles, à la problématique de l’Etat et à toutes les pratiques et les organisations qui lui sont alors liées (pouvoir, capacité de commandement, modèle de légitimation et de domination).D’un autre côté, la gouvernance est au centre des préoccupations de la pensée juridique, politique et sociale, car elle préfigure le schéma directeur relatif à la gestion des affaires publiques, de l’intérêt commun au centre duquel se trouve alors impliqué la question lancinante de la justice sociale.
 
2.-L’impact de la mondialisation sur les outils de la  gouvernance ?
 Apparaît alors l’importance et l’efficacité des institutions internationales et les organisations non gouvernementales comme structures organisationnelles animées par de nouveaux acteurs sociaux et capables de remédier aux handicaps des gouvernements. Dans le système des relations internationales, la gouvernance apparaît alors comme une gouvernance sans gouvernement. Ainsi par exemple, beaucoup d’aspects économiques dont  la politique monétaire ne relève pas  des Etats mais des structures de la communauté économique européenne. Les constituants juridiques et anthropologiques de la nationalité et les structures idéologiques et subjectives des nationalismes cèdent  progressivement devant l’avancée d’une nouvelle citoyenneté sans odeur et sans couleur. Les identités religieuses ou écologiques se dissolvent et se désagrègent dans les matrices de la nouvelle culture médiatique. Or, devant cette tendance lourde qui se dessine au XXIème siècle demandent de plus en plus un apport conséquent en termes d’intelligence, de compétences et la qualité des élites. Face à cette situation, aujourd’hui, globalement l’ensemble des dirigeants maghrébins  et africains  se cherchent, tétanisés récemment d’ailleurs par ce que l’on a appelé «le printemps arabe». Mais il ne faut jamais oublier que l’espace sociologique et la tradition politique maghrébine  et africaine ont une histoire particulière tant en ce qui concerne le rapport avec l’occident que le rapport avec le patrimoine politico-religieux qui  influent sur la nature de ces Etats.  C’est que le pilotage improvisé de la société, l’effondrement du nationalisme, avec l’ère d’internet qui est devenu une maison de verre où toute la jeunesse dominante étant parabolée, devenue de plus en plus exigeante, le détournement de l’Etat par les dépositaires des idéologies peu enracinées dans les consciences avec la corruption qui mine les Etats maghrébins et africains , ont réduit la fonction sociale de l’autorité et provoqué un divorce Etat-citoyens. Pourtant , tout en conciliant la modernité et son authenticité, devant dépasser l’égoïsme des calculs étroits de court terme des rentiers (les peuples étant plus murs que leurs dirigeants ), l ’intégration du Maghreb devant devenir le pont entre l’Europe et l’Afrique, continent qui abritera 25% de la population mondiale (plus important que la Chine) sous réserve d’une meilleure gouvernance qui devrait tirer la croissance de l’économie mondiale horizon 2030-2035, économique, est une exigence de l’heure, si l’Europe notamment celle du Sud et le Maghreb veulent éviter leur marginalisation. C’est que le Maghreb a un poids insignifiant et décroissant au sein de l’économie mondiale : en 2012 environ 420 milliards de dollars de produit intérieur brut (PIB) sur un total mondial de 73.000 milliards de dollars. L’hypothèse la plus forte pour le Maghreb et l’Afrique  reste liée à la capacité des hommes à faire un Etat ou la capacité de l’Etat a engendré les hommes de la bonne gouvernance. Les équipements anthropologiques évoqués,  les séquelles de la crise qui constituent des lourdeurs peuvent aussi pousser s’ils sont accompagnés par une communication politique conséquente, vers la recomposition du champ politique qui prendrait en charge la refondation et la modernisation de l’Etat. Car, si le retour à la paix, à la stabilité , devant distinguer la stabilité statique source de statu quo et d’immobilisme pour préserver des intérêts étroits en contradiction avec les intérêts de la majorité des populations, , de la stabilité dynamique impliquant  plus de réformes structurelles facteur d’adaptation à l’évolution du monde, source de prospérité constituent  la condition  du développement et de la prospérité, la bonne gouvernance politique, économique et sociale au sein d’un monde globalisé de plus en plus interdépendant  par la restauration de la crédibilité des institutions de l’Etat renvoyant à l’Etat de Droit et à la démocratisation  de la société  représente de mon point de vue la condition fondamentale. La bonne gouvernance concerne l’ensemble des outils et des méthodes de gestion des affaires de la Cité et embrasse la totalité des actions politiques – celles des hommes comme celles des institutions qu’ils dirigent – qui ont pour vocation de servir la collectivité.
En résumé, existe une  dialectique  bonne gouvernance, réhabilitation du savoir, de l’entreprise, qu’elle soit publique ou privée, créatrice de richesses avec la connexion des services qui deviennent  de plus en plus marchands  avec la révolution dans les nouvelles technologies tant au niveau local que mondial. Force est de constater  que ce n’est pas une question de textes juridiques mais de pratiques sociales, bon nombre de  lois existent, que les discours des dirigeants dont la pratique est le contraire discréditant les concepts impliquant un réaménagement profond des structures du pouvoir des régimes maghrébins et africains. La bonne gouvernance se conjugue toujours au présent et se chante selon les hymnes des cultures et vit comme une harmonie entre la force et la politique. La bonne gouvernance se vérifie dans la vision et les convictions des vrais acteurs impliquant la société civile,  et leurs capacités réelles à entreprendre les actions appropriées et engager la société dans la voie de l’efficacité sociétale (liant économique et le social) conciliant l’authenticité des anthropologies culturelles  des pays du Maghreb  et de  l’Afrique  et la modernité féconde.

Dr Abderrahmane Mebtoul
Lundi 24 Mars 2014 - 18:17
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