REFLEXION

FACE AU DEPERISSEMENT DU TISSU PRODUCTIF ET LA TERTIAIRISATION DE L’ECONOMIE ALGERIENNE : Que proposent l’opposition et les candidats aux élections présidentielles ?

La majorité des responsables se croient encore au parti unique racontant n’importe quoi, ne maîtrisant pas les fondamentaux de l’économie, vibrant soit dans la sinistrose, soit dans l’autosatisfaction source de névrose collective, soit dans des idées générales évasives non opérationnelles. Cela est favorisé malheureusement par l’effritement du système d’information.



A titre d’exemple, Ils  existent  des différences notables entre les données de l’enquête du recensement économique (RE) publiée le 2 août 2012, réalisée par l’Office national des statistiques (ONS), concernant 990 496 entités dont 934 200 unités économiques et celles du centre national du registre de commerce(CNRC). Je ne pense pas que les tendances lourdes aient changées entre 2013/2014  et sauf changement majeur de cap économique, nous  assisterons  à une accélération  de cette tendance lourde entre 2014/2015. Devant préciser que l’économie est avant tout politique, je mettrai en relief plusieurs aspects  de l’impasse  de l’économie algérienne actuelle  rentrant dans le cadre d’un bilan objectif.
1.-Le tissu économique national est fortement dominé par les micro-unités dont les personnes physiques à 95% (888 794) alors que les personnes morales (entreprises) représentent seulement 5%, soit 45 456 entités. La structure de l’emploi en est le reflet avec une très forte concentration des entreprises au niveau de la tranche d’effectif 0-9 occupés, où sur les 934 250 entités économiques, près de 914 106 se situent sur la tranche d’effectifs 0-9 salariés, soit 97,8% de l’ensemble des entités économiques. Il y a lieu de noter que seules 932 entités économiques emploient 250 occupés ou plus. Par strate, environ 83,7% des entités économiques employant moins de dix salariés sont dans le secteur urbain. La structure des personnes morales au niveau des wilayas, montre que sur les 934 250 entités économiques, 84% (781 439) sont implantées en milieu urbain contre 16% (152 811) en milieu rural avec une concentration de 21% dans la capitale, suivie par les wilayas d’Oran (6,8%) et Sétif 5,3%. La répartition selon le genre du chef d’entreprise montre que sur les 888 794 personnes physiques recensées, 798 026, soit 89,8 % sont des hommes contre 90 768 femmes, soit 10,2%. Sur les 934 250 entités économiques recensées, 557 908 relèvent du régime d’imposition forfaitaire, soit 59,7%, la part des entités économiques soumises au régime réel se situant à 12,7%. Par secteur d’activité, le commerce représente 58,7% dans le forfait, 37,4% dans le réel et 42,8% dans l’exonéré. Le commerce est suivi de près par les services avec des parts respectives de 32%, 45,4% et 35,8%. Pour le soutien des agences d’investissement, l’enquête relève que seulement 4% des enquêtes ont bénéficié des dispositifs d’aide à la création de l’entreprise dont 65,7% ont bénéficié du dispositif de l’Agence nationale de soutien à l’emploi des jeunes (Ansej). Par ailleurs, 22,3% des 4% ont bénéficié de l’aide de l’Agence nationale des investissements (Andi). 83,2% des entreprises privées employant entre 50 et 249 salariés ont bénéficié de cette aide dont 42,9% dans la construction. Le dispositif de l’Agence de gestion du micro crédit (Angem) a été sollicité par 5,9% des enquêtés et le crédit Cnac a bénéficié à 6,1% des enquêtés, particulièrement pour les petites entreprises employant moins de 10 salariés (6,3%). L’enquête met en relief la prédominance du secteur commercial avec 511 700 entités, soit près de 55% de l’ensemble, dont 84% de l’activité est concentrée dans le commerce de détail, le reste est partagé entre le commerce de gros et celui de l’automobile et des motocycles. Le secteur des services (dont transport 18,8% et restauration 14,5%) avec 317 988 représente 34% de l’ensemble des entités économiques du pays. Donc secteur commercial et services concentrent 83% des activités de l’économie algérienne en 2010, 829 688 entités économiques activant dans le secteur tertiaire, soit 89% du total, ce qui dénote clairement le caractère tertiaire de l’économie nationale. Concernant l’industrie, sur 95 445 entités recensées, 24,8 % activent dans les industries agroalimentaires (travail de grain, lait et produits laitiers, boissons etc.), 23,4 % dans la fabrication de produits métalliques, 11,1 % dans l’habillement, 1,7 % dans le travail du bois et la fabrication d’articles en bois et en liège, 1,3 % dans le textile, 1,3 % dans la réparation et l’installation de machines et d’équipement. L’Algérie ne compte que 9 117 entreprises dans la construction, soit 1 % de l’ensemble des entités économiques recensées. «Il est évident que ce chiffre est largement en deçà de la réalité du terrain», reconnaît toutefois l’ONS où l’informel n’a pas été pris en compte. Sur les 934 250 entités recensées (morales + physiques), 2,2 % ont été créées avant 1980, 4,2 % entre 1980 et 1989, 17 % entre 1990 et 1999 et enfin 76,6 %, soit 716. 026 entre 2000 et 2011. Et sur les 716 .026 entités créées entre 2000 et 2011, plus de la moitié (55 %) concerne le secteur commercial.
2.-Près de 95 % des entreprises privées ont un chiffre d’affaires inférieur ou égal à 20 millions de DA alors que la part des entreprises publiques qui sont dans cette même tranche de chiffre d’affaires n’est que de 41,4%. Les entités économiques dont le chiffre d’affaires se situe entre 20 et 200 millions de DA sont au nombre de 53 153 et représentent environ 5,7% du nombre total d’entités recensées. 1% des entités recensées ont un chiffre d’affaires annuel supérieur ou égal à 200 millions de DA. Seules 423 entités sur les 95 445 entités industrielles ont un chiffre d’affaires supérieur ou égal à 2 milliards de DA. Sur l’ensemble des entités économiques appartenant à la première tranche de chiffre d’affaires (moins de 20 millions de DA), 99,1% appartiennent au secteur privé, 0,8% au secteur public et le reste des entités relève du secteur étranger. Pour les entraves à la création d’entreprises, selon le RE, près de 40% des chefs d’entreprises considèrent que les délais de création d’une entreprise sont longs : par secteur juridique, 40,1% des entreprises privées contre seulement 24,0% des entreprises du secteur public. Pour les formalités administratives, 43,9% des chefs d’entreprises estiment que le dossier administratif afférant à la création de l’entreprise est complexe contre 39,3% qui déclarent le contraire. Pour les moyens financiers 59,0% des entreprises considèrent la disponibilité des moyens financiers comme facteur important dans la décision initiale d’investir contre près du quart des entreprises qui estiment le contraire dont 37,0% des entreprises publiques. Le RE note que le recours par les entreprises aux emprunts bancaires n’est pas une pratique courante. En effet, seulement 3,3% des entreprises déclarent les emprunts bancaires comme principale source de leur financement. Néanmoins, 22,1% des entreprises employant entre 50 et 249 salariés et 23,1% de plus de 250 salariés ont eu recours à des emprunts bancaires 83,2% des entreprises tous secteurs confondus déclarent s’autofinancer. Toujours selon l’enquête les subventions de l’Etat ont concerné près de 5% des entités tous secteurs confondus. 4,2% revient au secteur privé. Pour les infrastructures, 46,3% des chefs d’entreprises considèrent la qualité des infrastructures comme un facteur important dans la décision initiale d’investissement, dont 46,5% pour les entreprises privées et 33,9% pour les entreprises publiques. Près de 66% jugent que la fiscalité constitue un handicap pour leur entreprise, notamment pour le secteur privé (66,6%). Le problème est plus prononcé dans le commerce avec 68,9% suivi de l’industrie (65,1%) et 63,7% pour les services, avec une accentuation pour les très petites entreprises (64,3%). L’accès au foncier reste un handicap pour près de 27,0% des chefs d’entreprises.
3- Malgré une dépense publique  (budget d’équipement et de fonctionnement) d’environ 660 milliards de dollars, une exportation en devises (98% provenant des hydrocarbures)  de  683,75 milliards de dollars entre 1999//2013, selon la banque d’Algérie, 398,83 milliards de dollars d’importation, des réserves de change fin 2013 estimées à 192 milliards de dollars  non compris les 173 tonnes d’or, le bilan socio-économique est très mitigé. Les  équilibres macro-économiques et macro sociaux  sont   relatifs, permis qu’aux hydrocarbures, avec un    dépérissement du tissu productif  et la tertiairisation de l’économique algérienne : le petit secteur commercial et services (sans management) concentrent 83% des activités de l’économie algérienne.  En ce mois de mars 2014, Sonatrach c’est l’Algérie et l’Algérie c’est Sonatrach. Environ ,97/98% des exportations relèvent  des hydrocarbures  et important 70% environ des besoins tant des entreprises publiques et privées  dont le  taux d’intégration ne dépasse pas 15%. Bien  qu’il faille éviter toute sinistrose car tout ce qui a été réalisé depuis 1993 n’est pas totalement négatif mais, il faut  éviter toute autosatisfaction que contredit la réalité  car  force est de constater qu’il  n’ y pas eu proportionnalité entre cette dépense  taux de croissance moyen  de 3% entre 2000/2013 alors qu’il aurait du dépasser 10% du fait de la bureaucratie paralysante, qui produit la sphère informelle contrôlant 50% du tissu économique dominée par  la tertiairisation de l’économie ( 86%) et le déclin du tissu industriel ( moins de 5% dans le PIB). Des tensions budgétaires sont prévisibles entre 2015/2020 en cas de chute brutale du cours des hydrocarbures. Les réserves se calculent  par rapport au coût et en  référence au prix international tenant  compte   de  la  concurrence russe ( North et South Stream-120 milliards de mètres cubes gazeux expliquant le gel de Galsi ) du Qatar, ( la part de marché de l’Algérie s’étant  rétrécie en Europe de 13/14% en 2010 à 9% en 2013,le Qatar 8% ), le champs d’in Amenas représentant 18% des exportations algériennes,  et de l’entrée du pétrole-gaz de schiste américain , ce marché représentant 20% des recettes de Sonatrach . Avec , 12,2 milliards de barils de pétrole  de réserve  en 2012, 3000 milliards de mètres cubes gazeux , au vu de la forte consommation intérieure et des exportations , ( pour le gaz elle dépassera les exportations horizon 2017 du fait du doublement  de la consommation d’électricité à partir des turbines de gaz dont le prix est plafonné  depuis 2005, posant la problématique générale des subventions  ) il y  aura épuisement des réserves d’hydrocarbures traditionnels, à moins d’un miracle  horizon 2025/2030 au moment où la population atteindra 50 millions d’habitants. . A ce titre je préconise  la  transition énergétique, au cœur de la sécurité nationale   , avec un large débat national  autour du MIX énergétique qui devra s’articuler autour de cinq axes: premièrement le développement des énergies renouvelables devant privilégier la combinaison solaire-gaz; deuxièmement  la recherche à l’amont dans un cadre de partenariat gagnant-gagnant ; troisièmement   la mise  en place d’ d’une meilleure efficacité énergétique  ,à travers une nouvelle politique des prix posant la problématique des subventions,  étant paradoxal de construire 2 millions de logements  avec les anciennes méthodes de construction consommant énormément d’énergie ; quatrièmement d’analyser l’opportunité de l’énergie nucléaire , le MEM prévoyant horizon 2025 la construction  de deux centrales nucléaires  et enfin   cinquièmement voir les avantages/ inconvénients  du  développement du pétrole-gaz de schiste prévu dans la loi des hydrocarbures 2013 mais posant le problème de la forte consommation d‘eau douce ,  de la détérioration de l’environnement par la fracturation hydraulique et surtout son coût dans un environnement concurrentiel .
4. Avec les nouvelles mutations géostratégiques mondiales qui s’annoncent tant sur le plan militaire, politique qu’économique, dont la transition énergétique, l’Algérie a besoin d’une stratégie d’adaptation, inexistante à l’heure actuelle où la majorité des candidats à la présidentielle par leurs discours  sont déconnectés  des réalités tant  locales que mondiales, vouant vendre des utopies, sous estimant la prise de conscience et la lucidité du peuple algérien. Cela s’appelle du mépris que les Algériens leur rendent bien. L’avènement d’Internet qui modèle l’opinion et l’entrée des sociétés civiles, les discours chauvins ne portent plus, ce qui préfigure d’ailleurs une reconfiguration des nouvelles relations internationales prenant en compte les exigences de dignité et de liberté au niveau des populations. L’on doit éviter de jouer avec les mots     devant différencier stabilité dynamique source de progrès  de la stabilité  statique source  de statut quo par le frein à la démocratisation  et à l’Etat de droit, avec une répartition inégale des richesses et la corruption d’une certaine caste, qui ne peut que conduire à terme  le pays à l’inévitable déflagration sociale.  L’Algérie est à la croisée des chemins, et c’est sa dernière chance entre 2014/2020 : elle a les potentialités  de réaliser la transition politique  et   économique dans le cadre de la mondialisation en développant des segments productifs  compétitifs hors hydrocarbures, devant s’insérer au sein de grands espaces   le Maghreb, pont entre l’Europe et l’Afrique,  donnant  le primat à  la connaissance sur la rente   par  l’Etat de Droit et  une gouvernance renouvelée.  Dans le cas contraire,  avec des discours démagogiques auxquels plus personne ne croit,  elle continue dans la voie actuelle en desservant une masse monétaire  issue des hydrocarbures sans contreparties productives  avec   un manque de cohérence et de visibilité  dans la démarché faite de vision stratégique, épuisant la rente traditionnelle, et elle  sera éternellement sous développée avec des tensions sociales  et politiques  inévitables : la crise qui secoue l’Algérie est multidimensionnelle et  le blocage est d’ordre systémique

Dr Abderrahmane Mebtoul
Vendredi 28 Mars 2014 - 17:16
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