REFLEXION

Ethique et déontologie médicales et nouvelles exigences

Le monde moderne connaît une véritable révolution biologique qui s’accompagne d’un développement prodigieux des biotechnologies. C’est l’époque des bébés- éprouvettes, de la fécondation in vitro, des manipulations génétiques et du cerveau, du clonage et de ses applications, de la reprogrammation des cellules vivantes pour leur faire fabriquer des antigènes ou des produits utiles à la santé, à la chimie, à l’agriculture (les OGM par exemple) … et pour mieux comprendre les secrets de la génétique et de l’immunologie.



Grâce aux biotechnologies, on a réussi à détecter et parfois à soigner certaines maladies rares dites orphelines, ce qui engendre nécessairement de nouveaux comportements et de nouvelles exigences. A titre d’exemples, l’amaurose de Leber qui provoque la dégénérescence de la rétine ; la thalassémie (sorte d’anémie grave qui sévit sur les bords de la Méditerranée) ; la phénylcétonurie, une maladie métabolique responsable d’une grave arriération mentale mais désormais dépistable par un simple test et corrigée par un régime alimentaire approprié… «  A d’autres temps, d’autres mœurs ».
Par ailleurs, les sujets tabous font, de nos jours, l’objet de débats contradictoires et passionnés. On assiste à l’apparition de nouvelles maladies et de pandémies (Sida, maladie d’Ebola…) et on enregistre un taux alarmant de maladies de civilisation favorisées par le stress, la pollution sous toutes ses formes, le rythme effréné de la vie notamment :
Le diabète touche 12% de la population en Algérie (16% à Msila, selon le Professeur Elkacem Lazhar) ; les maladies circulatoires et respiratoires (l’asthme en particulier) ; les maladies cérébrales et cardio-vasculaires et les A.V.C  deviennent fréquents et provoquent des séquelles irréversibles.
Les maladies cérébrales prennent une ampleur d’une extrême gravité : elles constituent 26% des décès enregistrés en Algérie, consécutifs à un arrêt cérébral, selon le Professeur Mohamed Arezki, Président de l’association Algérienne de neurologie (El Khabar du 05/12/2014 p.6).
Ce taux est largement supérieur à celui des décès provoqués par le cancer. La maladie d’Alzheimer est, pour sa part, la cause de 25% des décès dus au vieillissement dans le monde et notre pays n’y échappe pas, loin s’en faut !
La douleur, longtemps escamotée, mal prise en charge et mal soignée (on se contente souvent de prescrire du paracétamol à tous vents), est devenue une préoccupation majeure, un problème de santé publique. Ne devient-il pas indispensable que les médecins, cancérologues, rhumatologues, anesthésistes… bénéficient de stages dans les services d’excellence pour qu’ils soient en mesure d’assurer une prise en charge systématique de toutes les douleurs ? A ce titre, le Professeur Griène, Président de la société algérienne d’évaluation et de traitement de la douleur – Alger) revendique la mise en place d’une législation concernant le traitement de la douleur (se référer à El Watan du 08/12/2014 p.28).
Ce sont les sujets essentiels des préoccupations qui nécessitent des mesures appropriées et suscitent de nouveaux questionnements. Par exemple : devrait-on procéder à des greffes de gènes sur les fœtus pour traiter et prévenir des tares génétiques (La trisomie 21, les malformations etc) ? La génétique saura-t-elle guérir le cancer en identifiant et en ciblant des cancers humains ? Le recours aux mères-porteuses fait l’objet de rudes débats dans le monde occidental : faut-il l’autoriser- ce que la morale et la religion condamnent ouvertement ? A qui doit revenir la garde de l’enfant ? A la mère-porteuse ou à la mère biologique ? Ce procédé n’est-il pas essentiellement mercantile ? Ne favorise-t-il pas la marchandisation du corps de la femme et son avilissement? Autre exemple : L’euthanasie (« doctrine selon laquelle il est licite d’abréger la vie d’un malade incurable pour mettre fin à ses souffrances», selon le Larousse) qui se pose avec acuité dans certains pays occidentaux est, fort heureusement, totalement bannie dans le monde musulman. Personne, à mon sens, pas même le plus éminent spécialiste, n’a le droit de décider du sort de son semblable dont l’état serait moribond ou qu’on estime en fin de vie.
La pratique de l’euthanasie, condamnée à juste titre, peut engendrer des dérives d’une extrême dangerosité et rejetées par l’éthique et la déontologie médicales.
A-t-on le droit de décider où commence et où finit le droit des individus à disposer d’eux-mêmes? Qui décidera au moment où la conscience individuelle, la morale et la religion sont légitimement impliquées ? Face à ces questionnements (entre autres) et devant les fantastiques innovations biotechniques, les sociétés actuelles, chacune en fonction de ses valeurs civilisationnelles, devront faire face à des problèmes éthiques nouveaux. Mais, au fait, qu’est- ce que l’éthique ?
Le substantif éthique dérive du mot latin éthicus, lui-même emprunté au grec éthikos ou éthos qui signifie mœurs. Ce terme, utilisé à partir de 1265, désigne la science de la morale.
La déontologie, terme utilisé à partir de 1839, dérive des mots grecs déan-ontos (=devoir) et logos (=discours), selon le nouveau dictionnaire étymologique Larousse.
Il désigne l’ensemble des règles qui régissent une profession, une activité donnée.
La déontologie ayant trait à l’exercice de la médecine date de 25 siècles.
Le serment d’Hippocrate définit, cinq siècles avant notre ère, les principes généraux qui doivent régir la pratique médicale : servir fidèlement et discrètement les malades sans aucune discrimination et assurer leur bien-être.
La déontologie médicale constitue l’ensemble des règles qui déterminent les rapports entre médecins et malades.
La norme médicale déontologique est définie par le corps médical qui dispose d’une certaine autonomie pour adopter un code de déontologie et veiller à son application. L’éthique médicale définit l’accès aux soins pour tous et dans les meilleures conditions possibles de prise en charge médicale sans distinction aucune.
Finalement, l’éthique médicale et la déontologie médicale se complètent harmonieusement pour définir les devoirs des praticiens et les droits des malades.
La bioéthique, une branche récente de l’éthique, s’applique à tous les domaines des sciences de la vie : elle devrait permettre de faire face aux nouveaux problèmes rencontrés, d’ordre moral, religieux, philosophique.
En somme, la connaissance de la génétique médicale devient indispensable au praticien de la santé : elle lui permet, dans une large mesure, d’éviter les erreurs de diagnostic et, par voie de conséquence, de pronostic et de traitement thérapeutique.
Une autre exigence : pour éviter de rester englués dans la routine, les professionnels de la santé- les médecins surtout – devraient bénéficier de la formation continue, d’un recyclage qui leur permette de s’informer des progrès constants de la biotechnique, des innovations apportées dans la pratique médicale et dans l’utilisation de moyens thérapeutiques efficaces, contribuant ainsi à une meilleure prise en charge du malade.
Les relations entre médecins et malades : Le médecin, au même titre que l’enseignant éducateur et le juge, exerce une profession  noble et essentielle, un véritable sacerdoce. La célèbre pensée de Rabelais (« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ») n’a pas perdu de son actualité. Il est entendu que le médecin est en droit de gagner dignement (et même aisément) sa vie mais sans verser dans la cupidité et le mercantilisme. N’est-il pas à déplorer que certains praticiens procèdent à des consultations médicales expéditives, en dépit du bon sens, faisant fi de l’éthique ? La médecine, à la fois une science et un art, exige un certain don de soi, de l’humanité. Le médecin consciencieux saura concilier savoir et savoir –faire, compétence et performance en faisant preuve de pédagogie. Les patients apprécieront:
-La qualité de l’accueil et de la consultation médicale (un examen digne de ce nom).
-Celle des soins prodigués et la pertinence de la prescription médicale et leur efficience. Il est à déplorer que certains praticiens auscultent quotidiennement un « bataillon » de patients, une cinquantaine, sans exagération aucune. Incroyable mais vrai ! C’est dire que la dite consultation médicale est expédiée en cinq minutes par malade et … au suivant ! Que dire des ordonnances griffonnées à la hâte, souvent indéchiffrables et source d’erreurs ou de confusions d’une extrême gravité ? Par ailleurs, la prescription médicale tient-elle toujours compte des contre-indications et de possibles allergies à certains médicaments et antibiotiques ?
Il convient cependant de distinguer le bon grain de l’ivraie car, comme dans toutes les corporations, il existe fort heureusement des médecins dévoués et consciencieux qui méritent le titre de « Hakim »
-Celle du suivi médical qui devrait être méticuleusement assuré.
Il contribuera aussi à la sensibilisation des malades, à leur motivation pour favoriser leur guérison. Il cherchera, sans verser dans la démagogie, à mériter la confiance de ses patients. Le comportement du médecin s’adaptera à la personnalité du malade : il ne perdra pas de vue que ses patients, même s’ils présentent la même pathologie et qu’ils souffrent des mêmes maux, ne réagissent pas uniformément.
Il aura à consulter des personnes tourmentées, des hypernerveux mais aussi des malades imaginaires qui ont des troubles psychosomatiques.
De nombreux malades, souvent mal pris en charge, perdent totalement confiance et s’adonnent à l’automédication dont les effets peuvent être dévastateurs. Certains se tournent vers l’irrationnel : ils font appel aux « services » de charlatans de tous bords, à de pseudo-herboristes, à de pseudo-rakis qui profitent et abusent de leur naïveté, de leur désarroi, de leur angoisse. « Chacun à son métier doit toujours s’attacher. Tu veux faire ici l’herboriste et ne fut jamais que boucher » (J- de La Fontaine).
En somme, le médecin s’attachera, par une pratique médicale consciencieuse, à préserver et à mériter légitimement ses lettres de noblesse. Les patients confrontés à des expériences parfois douloureuses sauront apprécier chacun à sa juste valeur.
On ne doit pas oublier que le malade est une fin en soi. Il ne doit aucunement être considéré comme un moyen (d’enrichissement insatiable ou d’expérimentation) ni comme un objet, un être déshumanisé.
La médecine, qui est à la fois une science et un art, ne devrait-elle pas aussi être humanité, c’est-à-dire compréhension, respect, bonté et bienveillance ? Ces trois concepts ne constituent-ils pas les fondements mêmes de l’éthique et de la déontologie médicales ?
P.S : le présent article reprend, pour l’essentiel, un exposé qu’on m’a chargé de préparer et de présenter lors d’une commémoration à caractère privé le 13/12/2014

 

DAHOU Mokhtar
Mercredi 24 Décembre 2014 - 18:00
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ACTUALITÉ
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