Enjeux et challenges de la transition au Maghreb

Cette contribution est une brève synthèse de mon intervention au séminaire international organisée à Malte des 24/26 novembre 2011 consacré particulièrement à la transition dans les pays du Maghreb et du monde arabe et des relations avec l’Occident. Comment ne pas rappeler ce constat en ce mois de novembre 2011 une crise d’endettement sans précédent assistant à des replâtrages r souvent sans effets :



Les Etats Unis rétrogradés  courant 2011 par  la plus importante agence de notation, la Grèce dans la  tourmente, l’Italie  sous surveillance du fonds monétaire international, sans compter  l’Espagne , le Portugal et l’Irlande, la France  sous surveillance  des agences de notation, tout cela  dans un contexte  de  crise politique  du fait que les principaux pays sont  à la veille d’élections ne pouvant pas prendre des décisions structurelles. Avec l’ introduction  des pays émergents , cela annonce  une  nouvelle configuration géostratégique  et une  difficile transition  de la société mondiale  , posant la problématique  des relations complexes entre le nouveau rôle des Etats régulateur  et  non propriétaire  gestionnaire  au sein d instituions supra nationales et le marche. Aussi la transition ne concerne pas seulement certains pays  du Sud dont le Maghreb,   mais objet de ma problématique, mais également les pays développés  qui doivent s’adapter aux nouveaux défis futurs du monde.  Cette situation   interpelle  à plus   d’un titre  le Maghreb inséré fortement   dans l’économie mondiale  tant à travers ses exportations/importations et pour certains pays comme l’Algérie   pour le placement de ses  réserves de change à l’étranger  en bons de trésor US  et en obligations européennes  pour plus de 150 milliards de dollars.  Comme la situation actuelle  se caractérise  par l’émergence de nouvelles forces sociales dans le monde arabe pour plus d’espace de libertés.  Aussi, cette présentation  s’articulera  en trois parties complémentaires : premièrement la situation des pays du Maghreb, deuxièmement  les conditions  pour l’émergence d’entrepreneurs dynamiques  et enfin  je conclurai par une réflexion générale sur les perspectives  de la transition démocratique dans les pays du Maghreb.
 
1. Actuellement le Maghreb  a un poids économique insignifiant au sein du commerce mondial et même les échanges intra- maghrébins sont dérisoires moins de 3% de leurs échanges globaux, les pays de l’UMA ayant un PIB  qui représente moins de  2,5%% de celui des 27 de la CEE étant suicidaire pour chaque pays du Maghreb arabe de faire cavalier seul. Aussi selon le rapport du FMI de 2009, la non intégration les pays du Maghreb qui approche les 90 millions d’habitants  leur fait perdre 2 à 3 points  de leur taux de croissance sans compter  les effets  indirects du non attrait  de l’investissement étranger  intéressé  par un marché plus large. Le produit intérieur brut de l’ensemble des pays du Maghreb  a été évalué en 2010 par le FMI  à 387,712 milliards de dollars US. Ce  PIB   global  est artificiellement gonflé  par la Libye et l’Algérie  du fait du poids des hydrocarbures  et  est  légèrement supérieur à celui de la Grèce (305 milliards de dollars) alors que cette dernière a une population  qui ne dépasse pas 12 millions d’habitants en 2010. Le PIB maghrébin  doit   horizon 2020 quadrupler  (1550 milliards de dollars à prix constants 2010)  au minimum si l’on veut éviter des tensions sociales  au niveau de l’ ensemble de la région alors  que d’importantes possibilités de complémentarité existent-par exemple allier le gaz algérien et le phosphate marocains pourraient créer un pole d’engrais mondial, devant éviter des projets identiques  pour des micro-Etats qui constituent  un  gaspillage des ressources financières  du Maghreb.  Des synergies entre les PMI/PME européennes et magrébines pourraient également  favoriser l’émergence d’un tissu productif concurrentiel. Il faut le reconnaitre, la  signature de conventions commerciales ou d’accords de libre-échange avec l’Europe par la Tunisie, le Maroc  et l’Algérie  n’a  pas  suffi  à impulser un  véritable co développement  entre les deux rives de la Méditerranée. Donc est  posé le bilan mitigé  des accords de Barcelone et  de l’UPM (union pour la Méditerranée) qu’il ya impérativement de dynamiser à travers   des projets concrets  loin des discours reposant  sur  certains agrégats globaux de peu de portées opératoires. Ainsi le FMI, la Banque mondiale ont eu des appréciations biaisées pour certains pays arabes  n’ayant pas tenu compte des aspects qualitatifs comme le déséquilibre régional et omis d’analyser les liens dialectiques entre   le mode d’accumulation au sein d’une économie mondialisée,  la concentration excessive du revenu au profit d’une minorité entière avec une extension de la corruption des dirigeants et  le modèle de consommation par couches sociales.
 
2.Ce  qui  m’  amène  a analyser la coopération Europe-Maghreb
Tout en soulignant que l'appréciation de l'euro au cours des dernières années par rapport au dollar américain et aux   asiatiques a affecté la compétitivité des exportations européennes en direction des pays du Maghreb où à travers cet euro fort  il existe souvent un déficit commercial au dépend des pays du Maghreb, la moyenne  maghrébine des échanges avec l’Europe dépassant 60%, ce taux étant plus important pour la Tunisie, l’ Europe ayant perdu des parts de marche- malgré l éloignement- au profit notamment de l Asie dont la Chine exemple en 25 ans la part de marche  de la France en Algérie est passe de 25 pour cent à 15 pour cent en2010  l Europe devant éviter  cette vision mercantile du passé. Par ailleurs   la culture  souvent négligé par les financiers et les économistes  étant le support des échanges l’émigration, et la diaspora ciment de l’interculturalité  étant  une chance  tant pour l’Europe vieillissante que pour le Maghreb. Dans ce cadre je rappelle les 5  résolutions  qui ont été  au centre   du mouvement  international européen  tenu à Alger du 24 au 26 février 2006 relatif  à la dynamisation des investissements   dont j’ai l’honneur de présider l’atelier, conjointement avec des représentants de la banque européenne d’investissement – BIRD-  dont une harmonisation des législations.
 
La première condition est l’urgence d’une bonne gouvernance des deux cotés de la rive de la méditerranée, et une lutte efficace, concrète sur le terrain et non pas seulement l’élaboration de textes de lois, contre la corruption qui est un obstacle à la mise en œuvre d’affaires  car lorsqu’il y corruption, il y forcément des corrupteurs, les dernières décisions lors du G 20 de lutter contre le blanchissement d’argent étant  un premier pas positif. Lié à cet aspect il ya urgence d’intégrer la sphère informelle dominante au Maghreb  40 pour cent de la masse monétaire  en circulation en  Algérie plus de 13 milliards de dollars, sein de la sphère réelle au moyen  de mécanismes économiques transparents, condition  de l’instauration d’une véritable économie de marché concurrentielle et d’un Etat de droit.
 
La deuxième condition concerne la valorisation du savoir par la création d’une université euro méditerranéenne, qui, avec la bonne gouvernance, sont les piliers du développement du XXIème siècle, donc, la prise en compte du développement humain avec des pôles d’excellence  devant miser non sur la quantité mais sur la qualité, et de rapprocher la formation professionnelle du monde du travail supposant une plus grande flexibilité du marché du travail tout en assurant la sécurité grâce à une formation permanente, tout  en  permettant la libre circulation des personnes afin de favoriser  des formations ciblées.
 
Troisième condition est la dynamisation de la banque d ‘investissement avalisé par les pays  de l’UMA courant 2010, avec le développements du micro crédit - l’uniformisation des taxes douanières ,  la création d’une banque centrale  et d’une bourse maghrébine précédant la création d’une monnaie maghrébine qui devrait s’insérer dans le projet futur horizon 2020 d’une bourse et d’une banque centrale euro-méditerranéenne. Il est entendu que doit être résolu le problème diversifié et complexe  des taux de change au niveau des pays du Maghreb. Il s’agit de favoriser  une saine concurrence, les monopoles qu’ils soient publics ou privés devant  être également démantelées progressivement  ce qui imposera  d’énormes défis aux entreprises maghrébines  avec le rôle central des PMI/PME qui sont de plus en plus en organisés en réseaux  au niveau mondial. L exemple allemand peut  être une référence se fondant sur la co traitance et non  sur la sous traitance  avec les  grandes firmes, impliquant  un nouveau  management stratégique,  alors  que l’organisation  de la   majorité des entreprises maghrébines est  de type familial exemple- plus de 80 pour cent du tissu économique algérien- tissant des relations de clientélisme avec les marchés d’ Etat, peu préparées à la concurrence, expliquant leurs  liens avec les syndicats corporatistes  pour sauvegarder les intérêts rentiers, poussant au protectionnisme.
 
La quatrième condition concerne la sécurité énergétique euro maghrébine et euro méditerranéenne  et la protection de l’environnement, l’Algérie, la Russie et la Norvège, constituant la principale source d’approvisionnement en gaz de l’Europe, la Lybie devant devenir  également un acteur majeur. Tout en tenant compte de la révolution du gaz non conventionnel à travers le forage horizontal, qui a permis d’abaisser substantiellement les couts et tenant compte de la pollution qu’il entraine,  le marché du gaz conventionnel  entre certains pays du Maghreb et l’Europe , étant régionalisé  segmenté à la différence de celui du pétrole  mondialisé,  les contrats à moyen et  long terme peuvent cohabiter avec les marchés libres dits spot dans le cadre de la directive européenne de l’électricité et du gaz ,  afin de  sécuriser l’approvisionnement. Il s’agira de concilier à la fois les intérêts des pays producteurs et des pays consommateurs pour un prix juste lorsqu’on sait que les coûts d’investissement sont élevés par rapport au pétrole et la marge bénéficiaire très réduite, en tenant compte du nouveau modèle de consommation énergétique qui se mettra en place entre 2015/2020. Par ailleurs, les hydrocarbures étant polluants, la méditerranée étant une des mers les plus polluée au monde, il s’agit de réactiver le plan bleu, l’environnement étant considéré comme un bien collectif méditerranéen, la coopération devant être axée sur la préservation des équilibres écologiques. Il s’agira ensemble de préparer la transition énergétique, le développement de l’énergie solaire, d’autres énergies renouvelables peuvent  être un facteur de la coopération Europe/Maghreb en créant des milliers de PMI/PME.
 
Enfin la cinquième condition est la sécurité au Maghreb , à ses frontières notamment au niveau du Sahel  et en méditerranée par  la lutte contre le terrorisme qui est une menace planétaire, le blanchissement d’argent et l’immigration illégale dont l’essence principale est la pauvreté, ne devant pas s’assimiler uniquement aux moyens militaires mais par l’implication  des sociétés . Concernant les problèmes de sécurité en méditerranée des tentatives sont faites aujourd’hui pour redynamiser le dialogue euro- méditerranéen avec deux initiatives : d’une part, la politique européenne de voisinage ; d’autre part, le partenariat stratégique entre l’Union européenne d’un côté et la Méditerranée et le Moyen-Orient de l autre.
 
3.- En conclusion- quelles perspectives  pour la transition  tant pour l’ Europe que le Maghreb ? Je  tiens à souligner fermement  que j’ai  un  grand espoir après le printemps arabe  notamment en Tunisie, Egypte  et Libye que l’avancée de la démocratisation,  tenant compte des anthropologies socioculturelles, sera un facteur catalyseur de l’intégration économique du Maghreb et de l’Afrique du Nord. Il ne faut pas avoir une vision de sinistrose et rappeler  qua la mise en place de la démocratisation  ne se fait pas par une baguette magique, demandant du temps comme cela a été le cas en Occident, certains pays d’Asie et d’Amérique latine, fonction des rapports de force tant  au niveau internes (conservateurs/réformateurs)  qu’international. La mise en place de nouvelles institutions  démocratiques,  occasionnent à court terme un ralentissement économique, impliquant  comme contrechocs  de nouveaux mécanismes de régulation sociale  ciblées, donnent et l’impression d’une anarchie, propagande des tenants  des acteurs de l’ancien système, oubliant l’impasse  systémique de leur politique ayant favorisé une société anomique. Il existe un lien dialectique entre les dictatures dans certains pays arabes  et l’islamisme radical, je ne dis pas Islam religion de tolérance, cette composante étant une donnée politique  au niveau du Maghreb  se fondant sur des valeurs  de moralité face à des régimes souvent corrompus,  à travers des réseaux de solidarité suppléant  à l’Etat providence  expliquant son succès, mais  avec un  programme socio-économique souvent flou qu’il s’agit de ne pas ignorer mais de canaliser vers les valeurs universelles. Le terrorisme  qui est certes une menace planétaire,  se nourrit de la misère et le manque de morale des dirigeants d’où l’importance pour les économistes et les politiques de saisir les liens entre éthique et développement.  Il semble bien que les  bouleversements actuels dans le monde arabe est bien le fait que les dictatures et les autoritarismes sont devenus, dans un monde complexe, de très graves menaces à la souveraineté et à l’indépendance de ces pays et d’une manière générale à la sécurité mondiale sous le couvert paradoxal du slogan de ces dictatures,  nous sommes les remparts de la lutte contre le terrorisme et demandons à l’Occident de nous aider à garder le pouvoir.  Par contre, à moyen et long terme les nouvelles institutions réalisant la symbiose citoyens et Etat dans le cadre d’ une société plus participative dont la régionalisation tenant compte de l’économie mondialisée  est un des axes,   sont porteurs d’un véritable développement durable par plus  d’efficacité économique et de justice sociale, les économistes parleront d’équité.
 
Il s’ensuit  qu’il y a lieu d’entrevoir une nouvelle conception des relations internationales, éloignée des relations personnalises  entre chefs d  Etat tenant compte des aspirations des sociétés. Cela implique la refonte progressive de l’actuel système économique  et politique international largement dépassé, nous orientant vers un  monde multipolaire  et ce  par une nouvelle régulation mondiale, sous tendant des gouvernances régionales par grands espaces.  Il s’agit de concrétiser le respect des libertés économiques et politiques, des droits de l’homme et de la promotion de la condition féminine. Comme j’ai à l’affirmer lors de la réunion des experts avant l’adoption du projet par les chefs d’Etat, sous réserve d’objectifs précis, l’union pour la méditerranée, revue et corrigée –UPM- peut être un exemple de ce partenariat global, de promotion des synergies de systèmes privés, politiques et administratifs afin de développer une coopération pour un développement durable partagé entre l’ Europe , le Maghreb , plus globalement la Méditerranée et l’Afrique. Le  Maghreb  est le  pont entre  l’Europe  et  l Afrique –continent   qui a importantes potentialités  en ressourcées naturelles et humaines-  nécessitant une meilleure gouvernance -  pour horizon 2020 selon le rapport de la BM il faudra créer 100 millions d’ emplois  dans le monde arabe , et pour l Afrique entre 1970/2008 , nous avons  assisté à 850 milliards de dollars  de fuites de capitaux  selon une enquête récente du FMI,  plus trois fois la dette africaine.  Ce continent  abritera horizon 2020/2025 plus de 1,5 milliard d’âmes – un marché équivalent à celui de la Chine. D’ où l’importance d une prospérité partagée, tenant compte tant, d une part, que  dans la pratique des affaires n existent pas de sentiments, d’autre part, des authenticités comme moyen de fécondation des cultures,  ce  qui impliquera  des objectifs précis, les tactiques devant  s'insérer au sein de la fonction stratégique globale. En bref, économiquement l’Europe  et le Maghreb   présentent les uns et les autres, des potentialités pour la promotion d’activités diverses, l’histoire commune nous imposant d’entreprendre ensemble et la transition démocratiques  a ne pas confondre avec Etat de droit,  solidaire de l’ Europe et du Maghreb, sera ce que les populations notamment  à travers les réseaux de la société civile, dont les intellectuels, les médias,  les hommes d’affaires,  et les responsables politiques chargés de gérer  la Cité voudra qu’elle  soit.

Dr. Abderrahmane MEBTOUL
Jeudi 1 Décembre 2011
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Tribune Libre
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