REFLEXION

Emploi : consensus ou conflit ?

Devant l’absence d’investissement générateur de richesses et créateur d’emplois, l’accroissement du chômage, et les différentes manœuvres pour le camoufler, c’est une question qui se pose. On ne se la pose jamais publiquement, pourtant c’est la question secrète qui taraude tous les citoyens devant le désengagement des entreprises, à trouver la ou les solutions.



Une réalité peu comprise
L’être humain est un animal qui ne se contente pas, comme les autres animaux, de consommer directement ce qu’il trouve dans la nature : il doit produire les biens et services qu’il consomme. Pour produire, il faut du travail. La manière de s’organiser socialement n’est pas inscrite dans les gènes de l’être humain.- alors qu’elle l’est chez les autres espèces animales. L’Homme n’a pas qu’une seule manière de produire, sa sociabilité  est de nature différente de celle des autres espèces. La relation de travail est d’origine sociale, le produit d’un rapport (conflit et/ou consensus) entre les individus... c’est ce qui explique qu’aux différentes époques de l’Histoire l’organisation sociale a pris différentes formes et qu’elle a évolué. L’Homme a ainsi une Histoire - les autres espèces ne l’ont pas. La forme de l’organisation sociale aujourd’hui est le salariat. Le salariat c’est l’organisation sociale qui est fondée sur le fait que le salarié, gagne sa vie en mettant à disposition de celui qui détient les moyens de production, sa capacité de production, sa capacité de travail. Dans le système du salariat, la production a lieu dans l’entreprise (au sens large). L’entreprise est un lieu de production matérielle, mais elle n’est pas que ça. La motivation de la création de l’entreprise, l’objectif de son fonctionnement est de valoriser le capital que l’on y investi. C’est d’ailleurs l’unique raison de cette création, aujourd’hui comme au 19e siècle. Certes, l’entreprise sert à produire des biens et des services, mais uniquement dans l’objectif de faire du profit... la preuve en est que si on ne fait pas du profit, on ne crée pas l’entreprise et si elle existe, on la ferme... indépendamment des besoins qui peuvent s’exprimer. Pour produire, l’entreprise a besoin de force de travail, ce qui fait qu’elle embauche des salariés. On peut dire donc qu’elle crée des emplois... ce qui permet au salarié de s’intégrer socialement et de gagner sa vie. Mais, l’entreprise n’a pas pour vocation de créer des emplois, ce n’est pas sa raison d’être... elle en crée parce qu’elle en a besoin... si elle n’en pas a besoin, elle ne les crée plus, voire licencie. Pourquoi ? Parce que son objectif est de valoriser son capital et uniquement cela. La création d’emploi est directement et totalement soumise à cet impératif : valoriser le capital pour que les actionnaires touchent des dividendes. Ceci explique la facilité, voire la désinvolture avec laquelle l’entreprise licencie et la manière jugée scandaleuse dont elle se positionne par rapport au chômage... en fait sa conduite n’est pas économiquement  scandaleuse, elle n’est que l’expression du principe de l’économie de marché : faire du profit. Croire que l’entreprise doit créer des emplois ou les conserver coûte que coûte est une erreur fondamentale, c’est oublier, ou ne pas savoir, ou ne pas vouloir savoir quelle est la finalité du système marchand : faire du profit.

Les mesures anti-chômage ont-elles une utilité ?
Concernant le fond du problème bien évidemment que non. Il n’est pas question pour l’État, qui est le garant du système marchand de porter atteinte au principe de réalisation du profit et donc de rentabilité. L’emploi de la force de travail reste soumis aux exigences de la valorisation du capital ce qui explique que l’État ne peut rien contre les restructurations et délocalisations. Quant aux mesures prises elles n’ont qu’un caractère conservatoire pour éviter que l’exclusion massive, la marginalisation d’une partie de la population, déstabilise socialement et politiquement le système. Certes, conjoncturellement il y a eu des relances massives d’emploi, à l’occasion des quelques projets dits stratégiques, ou localement à l’occasion de création de quelques entreprises, mais globalement le problème du travail n’est jamais véritablement posé et aujourd’hui ces occasions sont très rares. En effet, notons que la situation s’est aggravée, et s’aggrave, du fait de la mondialisation marchande : le marché de la force de travail étant mondial et les moyens de transports et de communication le permettant, on peut aller chercher ses salariés ailleurs, s’implanter ailleurs...
La situation s’aggrave également du fait de l’augmentation de la productivité du travail... on peut produire de plus en plus avec de moins en moins de personnes. Question : que vont devenir les personnes qui n’auront plus d’emploi ? A cette question le système marchand ne sait pas répondre et ne peut pas répondre puisque son principe de fonctionnement est justement de créer un ordre social fondé sur l’intégration des individus par le travail... Autrement dit c’est son propre fonctionnement qui a abouti à une situation ingérable dans son propre cadre.

Pourquoi un tel raisonnement ?
Le discours officiel, nie cette réalité et, le caractère indispensable de l’emploi -pour le salarié- pour vivre dans l’économie de marché fait oublier (au salarié) les lois qui régissent ce système. Quand les salariés pensent que sous prétexte qu’ils sont à l’origine de la richesse, ce qui est vrai, ils ont un droit de regard sur l’entreprise, ils se trompent complètement. De même que sous prétexte qu’il faille un emploi pour vivre, le droit au travail ou à l’emploi, même s’il est proclamé, n’a en fait aucun sens au regard des intérêts de l’entreprise dans ce système... toutes les garanties, et elles sont minimes, dont ont pu bénéficier les salariés viennent des luttes sociales et n’ont jamais été accordées délibérément par le système.

Politique et réalité
Y a-t-il  des solutions au chômage ? La réponse n’est pas simple. En fait ils ne se posent pas la question. Ils n’imaginent même pas que la question puisse être posée, ils n’ont donc pas à y répondre. Pourquoi une telle attitude ? Parce qu’ils considèrent que le système marchand est, et qu’il ne saurait en être autrement... ils n’ont aucune attitude critique de ce qu’est ce système, ils adhèrent totalement à ce qu’il est... il leur faut donc trouver une solution dans son cadre... en aucun cas ils ne peuvent imaginer qu’il n’y a pas de solution car alors ils seraient obligés de reconnaître qu’un autre système est à créer, ce qui est pour eux impossible, inconcevable. C’est un peu comme si, sous l’Ancien Régime, des défenseurs  du pouvoir  avaient été amené à douter du caractère divin du pouvoir qui les a formés... ce qui pour eux était inimaginable. Il est tout de même probable que certains des gestionnaires du système marchand ne soient pas dupes et aussi bornés ; interviennent alors l’intérêt personnel,  ou de groupe qui amène à maintenir ce système en place et à bricoler des solutions dont on sait qu’elles ne sont pas une solution au problème... mais tant qu’elles font illusions, le système fonctionne à leur profit. Il ne s’agit donc pas d’un problème de degrés des mesures voire de leur importance ou de leur efficacité, mais un problème de fondement du système social. Le salariat n’est pas, en dépit de tous les discours officiels, un système qui privilégie l’individu mais qui est fondé sur l’enrichissement de certains : celles et ceux qui investissent des capitaux. Or, cela, pour des raisons évidentes, les gestionnaires du système ne le reconnaîtront jamais, ... comme dans l’Antiquité, les maîtres faisaient croire à leurs esclaves que leur situation était un « état naturel »... on nous raconte aujourd’hui que le marché (et tout ce qu’il implique) est une chose naturelle. A moins de repenser le statut du travail dans la société, et donc de repenser les rapports sociaux, ne cherchez pas des solutions … !

 

Taoufik Hamiani
Vendredi 19 Juin 2015 - 17:29
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ACTUALITÉ
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