REFLEXION

Elections legislatives : Le spectre de l’abstention

Le spectre de l'abstention aux prochaines élections législatives semble inquiéter le pouvoir. Bien avant le lancement de la campagne électorale, le gouvernement multiplie ses recettes anti-boycott. Après les SMS, c’est l’ENTV et les mosquées, qui se lancent dans la mobilisation pour inciter les citoyens à voter. L’abstention électorale aux prochaines législatives, signe-t-elle une crise de confiance à l’égard du système politique ? Enquête:



Elections legislatives : Le spectre de l’abstention
L’Abstention consiste à ne pas participer à une élection. Elle  traduit un acte politique conscient.    L’approche  de L’échéance  prévue pour les prochaines  élections législatives fait monter la tension au sein de la classe politique qui a peur, de voir les Algériens bouder les élections législatives de mai prochain. Elle se remémore, en cette occasion  le scénario de 2007 quand Le 17 mai de cette année-là, 19 millions d’Algériens ont été appelés aux urnes pour élire les 389 députés de l'Assemblée populaire nationale. Le taux de participation avait été de 35,5%, soit un taux inférieur de 10% à celui de 2002, déjà très faible (environ 46%). L’abstention était donc très élevée, puisque seulement 6,6 millions d’Algériens se sont présentés aux bureaux de vote, dont 1 million a déposé des bulletins nuls.
En d’autres termes, plus des deux tiers des électeurs se sont abstenus de prendre part à ces élections. Un certain scepticisme s’était définitivement installé. En 2007, le taux de participation n’avait pas atteint les 35%, de l’aveu même du Ministre de l’intérieur de l’époque M. Yazid Zerhouni qui avait déclaré : «Pour moi, le taux de 35,65% ne traduit par un désintéressement chez les citoyens pour l’action politique. Bien au contraire, cela prouve que l’Algérien est devenu plus exigeant et espère que l’approche politique s’adapte d’une manière plus concrète aux mutations auxquelles fait face le pays ».  

LES MEDIAS ET LES OPERATEURS MOBILES AU SECOURS DU POUVOIR
Le spectre de l’urne vide semble peser de tout son poids. C’est ce que l’on peut déduire de la multiplication des actions incitant le citoyen à voter en mai prochain  avant même la  convocation du corps électoral et le lancement  officiel de la campagne. Les opérateurs mobiles, djezzy, Mobilis et Nedjma ont été mobilisés pour diffuser des SMS du Ministère de l’intérieur invitant les citoyens à se rendre aux urnes. « Voter est un acte de citoyenneté et de responsabilité » pouvait-on lire sur le message. L’ENTV est forcement de la partie en  diffusant le slogan « soyez au rendez-vous ». Même les mosquées qui  sont en principe, interdites de campagne électorale sont mobilisées contre l’abstention. Les imams  sont autorisés à convaincre les citoyens d’aller accomplir cet « acte de responsabilité et de citoyenneté ». Paradoxe !  Au moment où Bouabdallah Ghlamallah, le ministre des Affaires religieuses et des Waqfs martèle que «  les mosquées sont des lieux saints apolitiques » ; leur utilisation à des fins partisanes lors de la prochaine élection souligne la crainte du pouvoir face au risque d’une abstention massive.  Les instructions qu’aurait données le ministère aux imams afin de mobiliser les fidèles pour la prochaine élection à travers des prêches  sont  une atteinte à l’intégrité de cette institution on ne peut plus claires qui peut conduire à toutes les dérives. Le Ministre de l’intérieur, M.Daho Ould Kablia  ne cache pas sa crainte  à ce sujet: « l’abstention est une crainte qui m’habite. Le scrutin des élections législatives par le passé n’a pas mobilisé grand monde, c’est celui où il y a le plus fort top d’abstention » avait-il confié à la chaine III en exhortant les partis à choisir des candidats crédibles à même de pousser les citoyens à aller aux urnes sans quoi ces derniers risquent de s'abstenir si les candidats choisis ne correspondent pas à leurs souhaits. La hantise de l'abstention est partagée par le régime et la quasi-totalité des partis politiques. Et pour cause ; Le Ministre de l’intérieur est relayé par les partis au pouvoir à l’instar du FLN dont le secrétaire général, Abdelaziz Belkhadem  a ordonné à ses militants lors d’un meeting, tenu à Oran  de « bousculer les indécis, de les réveiller, de les motiver à se rendre en force aux élections » car dit-il : «nous avons peur de l’abstentionnisme».
Pour le RND ; « le taux de participation aux prochaines législatives est un enjeu majeur » selon Miloud chorfi pour qui le succès ne peut se concrétiser que par l’appel  à un vote massif. La secrétaire générale du parti des travailleurs pense que l’encouragement pour une participation au vote nécessite l’assainissement du climat politique et social. Les moins optimistes  ne voient aucune  autre issue incitative que celle d’une solution radicale à l’exemple de Sid Ahmed Ghozali, qui  prévoit une abstention massive lors des prochaines législatives. Selon lui, les Algériens ne voteront pas s'il n y a pas de changement.   Selon lui, «  il y a toujours eu une abstention massive, seulement on l'a caché ». Le rôle du pouvoir politique est de s'occuper des problèmes des gens.

L’ABSTENTION EN ALGERIE : UN AUTRE MODE DE CONTESTATION POLITIQUE !
L’abstention est  pourtant  une expression franche d’une position politique que la démocratie permet.  LA CITATION SUIVANTE D’ ANDRE FROSSARD EST DES PLUS ELOQUENTE A CE SUJET. «  CE SERAIT UNE ERREUR DE CROIRE QUE LES ABSTENTIONNISTES NE VOTENT PAS: ILS FONT SIMPLEMENT BAISSER LE NIVEAU DE LA MAJORITE, DONC ILS FAVORISENT LE PLUS FORT ET VOTENT TOUT DE MEME A LEUR FAÇON ». Mais pour le  pouvoir,  pour qui tout est programmable, sauf le taux d’abstention, cet ennemi nommé  abstention massive affecte  la légitimité des élections qu’il organise. Il y va de la crédibilité du vote.  Louisa Dris-Aït Hamadouche, dans  son ouvrage intitulé: « L’abstention en Algérie : un autre mode de contestation politique » tente de nous livrer une explication sur le pourquoi des abstentions. Voici en résumé ce qu’elle en pense : «  l’abstention qui marque de façon de plus en plus frappante les scrutins constitue un comportement électoral révélateur d’une profonde crise de confiance. L’abstention est d’abord liée à un système qui a réformé ses procédures sans changer ses logiques de fonctionnement. Il en résulte un code électoral dissuasif, des résultats officiels suspects et une présomption de culpabilité en matière de fraude électorale. L’abstention est, ensuite, directement liée à l’offre politique. Son personnel, ses propositions et ses résultats conduisent les électeurs à se désintéresser sinon de la chose politique, tout au moins de la chose électorale. L’abstention est, enfin, la conséquence d’un électorat échaudé, démobilisé, suspicieux et exigeant. En 1990, les Algériens ont massivement voté contre les symboles du régime FLN. En 1995, ils se sont massivement rendus aux urnes pour rejeter le terrorisme. Dans les deux cas, le vote était accompagné d’un espoir de changement. Depuis, les électeurs ne votent plus « contre » des idées ou « contre » des personnes, ils s’abstiennent ».  Le désintéressement  des électeurs, surtout  les jeunes d’entre-deux est vérifié sur le terrain.  Le vote est le dernier des soucis de la jeunesse algérienne,  qui s’intéresse de moins en moins à la vie politique. Dépolitisée, ils expriment leur  désespoir qui par la hargha, qui par  l’immolation par le feu, qui par le suicide ou en sombrant dans les fléaux sociaux. Les plus chanceux s’accrochent aux contrats de pré-emploi aux lendemains incertains.  Nombreux sont ceux qui se battent en cavaliers seuls à améliorer leurs conditions de vie sans  compter sur les politiques. Interrogés sur les prochaines échéances électorales, beaucoup de jeunes disent  qu’ils ignoraient  que des élections législatives allez avoir lieu bientôt dans leur pays ne serais-ce les SMS envoyés par les opérateurs mobiles qui leur ont appris la nouvelle. Malgré cela, la majorité est septique sur l’efficacité de  « ces parlementaires qui ne se soucient que des 30 millions et des avantages dont ils jouissent en tant que députés, les problèmes des jeunes sont le dernier de leurs soucis » soutiennent-ils amers.
Certains ne voient pas l’utilité de voter «puisque on prend  toujours les mêmes et on recommence. On ne se reconnait dans aucun parti.  Quelque soit le parti politique, les résultats sont les mêmes, ils parlent beaucoup et agissent peu.  La majorité des promesses que les partis politiques font dans leurs programmes électoraux ne sont pas tenues. Au sein des partis politiques, il existe trop de divisions internes qui affectent leur cohésion.- Les partis politiques sont des organisations anciennes qui ne s’adaptent pas assez aux situations ». Tel est le résumé de quelques avis recueillis chez les jeunes qui pensent par ailleurs que « Les hommes politiques qui sont  sensés  s’employer à résoudre les problèmes et aider la population, pensent en général plus à leurs intérêts personnels qu’aux intérêts de la population et ne sont pas assez sur le terrain pour constater les vrais problèmes des citoyens et faire des lois en conséquence ».

POURQUOI L'ABSTENTION CONSTITUE T’ELLE UN  SPECTRE MENAÇANT  POUR LE POUVOIR ?
 Qu’est-ce qui poussent le pouvoir et les partis politiques majoritaires à anticiper avec certitude le comportement des électeurs et déduire d’une prochaine  abstention massive des citoyens ?   
Les  craintes d’une urne vide refléteraient précisément une réponse négative à une offre politique dans un contexte  géopolitique spécifique qui dégraderait  l’image de la politique et des différents éléments de l’appareil politique qui le composent,  et  qui  augmenterait  les taux d’abstention aux élections ? Elle traduit dans un premier temps un désintérêt total pour la vie publique. Néanmoins, l’abstention est  en fait, un véritable choix politique actif consistant à ne pas se prononcer afin de montrer son désaccord. Elle traduit ainsi une crise de la représentation et peut poser la question de la légitimité du pouvoir politique élu avec une faible participation. Elle exprime en outre, la volonté d’adresser un message de désapprobation aux candidats et/ou programmes proposés. Elle émane donc.

Des citoyens  les plus déçus ou sceptiques, c'est spécialement le cas chez les jeunes.  
Beaucoup plus nombreux sont les abstentionnistes qui s'intéressent très peu à la politique, sont assez sceptiques sur ce qu'ils peuvent en attendre Ces gens appartiennent pour l'essentiel à des milieux populaires dont Les conditions de vie sont souvent pénibles et leurs difficultés quotidiennes les renforcent dans leur conviction qu'il n'y a pas grand-chose à attendre des hommes politiques, dont ils pensent qu'ils "parlent" beaucoup plus qu'ils "n'agissent" et que, pour se faire élire, ils multiplient des "promesses" qu'ils ne tiennent jamais. Les  plus enclins à l'abstention sont ceux qui cumulent les incapacités sociales les plus diverses.
Le chômage, la pauvreté, la précarité, la stagnation du pouvoir d'achat, l'absence de perspectives, la fatalité de l'échec scolaire, la dégradation des conditions de travail dans les emplois peu qualifiés, tout ce qui a contribué au durcissement des conditions de vie contribue à renforcer le scepticisme politique et l'abstention de catégories de population déjà prédisposées. Cependant avant de terminer ce travail nous nous devons de signaler que l’acte d’abstention pourrait subir l’interprétation de l’adage qui dit « qui ne dit mot consent ». A partir de là, il y a lieu d’assumer tout résultat non désiré.

Allaa.A
Jeudi 2 Février 2012 - 12:59
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