REFLEXION

EXPLOITATION DU GAZ DE SCHISTE EN ALGERIE : Éviter les débats stériles, neuf (09) précisions

Précisions du Professeur des Universités, Abderrahmane Mebtoul Expert International Directeur d’Etudes Ministère Energie/Sonatrach 1974/1980-1990/1995-2000/2006- Membre de plusieurs organisations internationales



Chose curieuse, tout le monde en Algérie devient par enchantement expert en énergie. Par ailleurs, vouloir imposer une décision même louable par la force ne marche plus et l’expérience de In Salah contre la prospection du  gaz  de schiste doit être longuement  méditée. La méthode de gouvernance en 2O15 avec le monde parabolé et une jeunesse de plus en plus exigeante et surtout informée doit reposer sur la concertation et le dialogue permanent avec les  segments représentatifs de la société d’où l’importance de relais sociaux et politiques crédibles loin des bureaux climatisés.   
1.-La loi des hydrocarbures  votée en janvier 2013 a autorisé l’exploitation du gaz de schiste   mais à une seule condition : éviter la pollution  des nappes phréatiques et préserver l’environnement. A-t-on  analysé les expériences internationales, la rentabilité du gaz de schiste par rapport aux concurrents et aux autres sources d’énergie et surtout initier la formation  dans ce domaine  pour éviter des dérives ?    Il s ‘agit d’éviter les erreurs du passé dans d’autres secteurs. Concernant les réserves de gaz de schiste ,  ( ces données sont provisoires car évoluant d’année en année en croissance ),  selon  le rapport de l’AIE de 2013, le Monde  aurait  environ 207 billions de mètres cubes  réparties comme suit :   la Chine 32, l’Argentine 23, l’Algérie 20, les USA 19, le Canada 16, le Mexique 15 ; l’Australie 12, l’Afrique du Sud 11, la Russie 8  et le Brésil 7  billions de mètres cubes. Les gisements  de  gaz  de schiste en Algérie elles sont situées essentiellement dans les bassins de Mouydir, Ahnet, Berkine-Ghadames, Timimoun, Reggane et Tindouf. Ici s’impose plusieurs précisions en rappelant que la  fracturation est obtenue par l'injection d'eau à haute pression (environ 300 bars à  2 500/3000  mètres)  contenant des additifs afin  de rendre plus efficace la fracturation  dont du sable de granulométrie  adaptée, des biocides, des lubrifiants  et des détergents afin d’augmenter la désorption du gaz.   
a.-Il   faut savoir d’abord que le gaz de schiste    est concurrencé par d’autres énergies substituables  et que les normes internationales donnent  un   coefficient de récupération  en moyenne de 15/20% et exceptionnellement 30%, ce qui donnerait entre 3000 et 4000 milliards de mètres cubes gazeux commerciales pour l’Algérie. On peut découvrir des milliers de gisements mais non rentables financièrement, les réserves se calculant selon le couple prix international des énergies et coût
b.- Par ailleurs,  pour les  1000 puits, la durée de vie ne dépasse pas cinq années, devant  se déplacer vers d’autres sites assistant donc à un perforage  sur un espace déterminé comme  un morceau de gruyère.
c.-1000 puits   donnent environ 50 milliards de mètres cubes gazeux par an. Le coût du forage d’un puits est estimé  entre 15/20 millions de dollars, pouvant retenir cette hypothèse dans la mesure où le coût du brevet et de l’assistance étrangère est contrebalancé par le bas coût de la main  d’ouvre et que le terrain  est presque gratuit alors qu’il est privé aux USA.
d.-La rentabilité implique – au vu de la structure des prix actuels au niveau international, concurrencé par le gaz conventionnel-  un coût minimum de 12 dollars le MBTU et  un prix de cession supérieur à 15/17 dollars le MBTU, tenant du coût de transport- s’alignant sur l’Asie puisqu’aux USA le MBTU varie entre 4/5 dollars et en Europe après  la catastrophe  au Japon entre 9/12 dollars le MBTU, existant   une déconnexion du prix du gaz sur celui du pétrole depuis  plusieurs années.
e.-Mais  1000 puits est une hypothèse puisque même pour le gaz traditionnel, le maximum de forage n’a jamais dépassé 200 puits. Même dans cette hypothèse maximale  de  200 puits donnant 10 milliards de mètres cubes gazeux non conventionnel, un peu plus  que le projet GALSI actuellement gelé, dont le coût est passé de 2,5  à 4 milliards de dollars fin  2014 , non rentable au vu du prix actuel ,  dont la capacité prévue était de 8 milliards de mètres cubes gazeux.   
f.-Pour  s’aligner sur  le prix de cession européen  actuel, le coût du forage d’un puits devrait être moins de  10 millions de dollars. L’exploitation de ce gaz  implique de prendre en compte que cela nécessite  une  forte  consommation d’eau douce, un (1) million de mètres cubes pour un milliard de mètres cubes gazeux, et en cas d’eau saumâtre, il faut des unités de dessalement extrêmement coûteux, autant que les techniques de recyclage de l’eau.
g.-Surtout  cela  peut avoir des   effets nocifs  sur l’environnement, (émission de gaz à effet de serre), la fracturation des roches  pouvant conduire à un  déséquilibre spatial et de l’équilibre écologique avec des possibilités d’effondrement. Et en cas de non maîtrise technologique, (entre 200  et 300 produits chimiques injectés pour fracturer la roche combiné avec le sable) elle peut  infecter  les nappes phréatiques au Sud,  l’eau devenant impropre à la consommation avec des risques de maladies comme le cancer.
h.-Comme cela implique une entente régionale, du fait que  l’Algérie partage ces nappes avec le Maroc, la Libye et la Tunisie.
i.-Il  s‘agit ni d’être  contre, ni d’être pour, l’objectif  stratégique  est de l’insérer dans le cadre de la transition énergétique reposant sur un  Mix énergétique dont les énergies renouvelables.  Sans la maîtrise technologique  il faut être très prudent.  Et là on revient à la ressource humaine pilier de tout processus de développement fiable et surtout d’éviter cette mentalité bureaucratique rentière.
Le rapport de la Banque mondiale sur l’évaluation  de l’efficacité de la gestion des infrastructures  et transport   entre 2004/2009, (mais sans changement durant la période 2010/2014) , montre clairement  avec des cas précis -la non maturation des projets, la non maîtrise de suivi par le  maître d’œuvre, le non contrôle   avec   des surcoûts exorbitants allant jusqu’à 25/30% du coût initial,  pouvant  conduire facilement à des délits d’initiés. Avec la chute du cours et la nécessaire rigueur budgétaire,  cela devient   intolérable.  L’Algérie après 50 années d’indépendance exporte 97/98% d’hydrocarbures et importe 70% des besoins des ménages, des entreprises publiques et privées  alors que l’objectif stratégique est une production et exportation hors hydrocarbures dans le  cadre des avantages comparatifs mondiaux supposant la réhabilitation  de l’entreprise et son fondement le savoir . Les firmes multinationales  sont essentiellement guidées par le profit maximum et cela est normal dans la pratique des affaires où n’existent pas  de  sentiments. Évitons les expériences négatives pour le pétrole et gaz  conventionnel le Delta du Nigeria qui connait une pollution inégalée, ainsi que   les impacts écologiques négatifs récents au Mexique et dans d’autres contrées du monde.  Seul les USA maîtrise, encore imparfaitement, cette technologie. Un co-partenariat incluant des clauses restrictives avec d’importantes pénalités en cas de non respect de l’environnement  et  la formation des Algériens  pour tout opérateur étranger, USA et autres,   est indispensable. Pour éviter ces effets pervers,  cela implique   un Etat régulateur fort, qui n’est fort que par  sa moralité, sa bonne gouvernance  et l’implication  de  la société. La méthode de gouvernance en 2O15 avec le monde parabolé et une jeunesse de plus en plus exigeante et surtout informée doit reposer sur la concertation et le dialogue permanent avec les  segments représentatifs de la société d’où l’importance de relais sociaux et politiques crédibles loin des bureaux climatisés.

 

Réflexion
Mercredi 7 Janvier 2015 - 18:14
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