REFLEXION

EXPERT INTERNATIONAL, DR ABDERRAHMANE MEBTOUL A LA RADIO FRANCE INTERNATIONALE-RFI : Divergences au sein de l’OPEP, enjeux géostratégiques et impact de la chute du cours des hydrocarbures sur l'économie algérienne



1.-Question- Pourquoi les  divergences au niveau de l’OPEP ?
AM-L’OPEP représente seulement 33% de la production commercialisée mondiale, 67% se faisant hors OPEP notamment la Russie qui a toujours profité de la baisse de la production OPEP pour accroitre ses parts de marché et les USA qui avec la révolution du pétrole et gaz de schiste, ont révolutionné la carte énergétique mondiale,  talonnant la production de l’Arabie Saoudite. Au sein de l’OPEP l’Arabie Saoudite représente plus de 35% de la production commercialisée sur 30 millions de barils jour  et avec les monarchies du Golfe qui la suivent  plus de 60/70%. L’Arabie Saoudite  et les monarchies du Golfe avec une population relativement faible, une concentration  du revenu au profit d’une couche restreinte, 70% de  leurs populations vivant  de simples subsistances, en plus de leurs importantes réserves de change  ont des fonds souverains  de plusieurs centaines de milliards  de dollars qui leur procurent d’importants revenus de l’étranger,  pouvant fonctionner pendant plus de cinq années ,voire plus pour un baril  de moins  de 50 dollars. Alors que l’Algérie a placé  ses réserves de change, 83% de ses 195 milliards de dollars à un taux fixe de 3% couvrant à peine le taux d’inflation.  Des pays comme la Libye  qui produit actuellement 800.000 barils, alors que ses capacités dépassent 2 millions, surtout l’Irak 3,7 millions de barils jour alors que ses capacités  avec un cout inférieur à 20% par rapport à ses concurrents pourrait dépasser 6/7 millions ne  sont pas concernés par la réduction des quotas en raison  de leurs situations politiques. Quant à l’Iran 2,7 millions de barils jour alors que des capacités dépassent 5 millions, sa positon est mi-figue, mi- raisin du fait  qu’un accord  entre les États-Unis et l’Europe pourrait avoir lieu en 2015.  Reste le Venezuela, pétrole lourd, elle est en semi faillite, la dette extérieure dépassant 70% de son PIB et a peu d’influences. Ses exportations  traditionnelles vers les USA ont  substantiellement baissé, la rendant vulnérable vis-à-vis notamment de la Chine qui profite d’un  prix bas.
2.-Question– Et pourtant, après la déclaration du Ministre Saoudien  de l’Énergie, le Ministre de l’Énergie algérien a demandé une réunion urgente de l’OPEP ?  
Après le Ministre de l’Énergie du Koweït, du Secrétaire Général de l’OPEP, le Ministre de l’Énergie saoudien vient d’affirmer que même à 20 dollars l’Arabie Saoudite ne réduira  pas sa production et que n’aura pas  lieu de réunion de l’OPEP avant juin 2015. Pour les rasions évoquées précédemment, je ne pense pas  que cet appel puisse avoir des  échos  car sans l’aval de l’Arabie Saoudite, plus de 10 millions de barils jour, et espérant aller vers 15 millions,  il est impossible de tenir cette réunion. Pour l’Algérie sa part  au niveau de l’OPEP est relativement faible environ 1,4 million de barils jour sur un total OPEP de plus de 30 millions de barils soit 4% et moins de 1% des réserves mondiales. Ici, n’interviennent pas seulement des raisons économiques mais des raisons géostratégiques. Pour les  raisons économiques, l’accroissement cours du gaz  du pétrole (le prix de cession du gaz étant indexé sur celui du pétrole) sera en fonction du retour à la croissance de l’économie mondiale, de l’Europe  et des pays émergents qui connaissent  une très faible croissance mais également des nouvelles mutations énergétiques mondiales, efficacité énergétique. Et notamment  des nouvelles découvertes  de par le monde permises grâce aux nouvelles technologies qui permettent de réduire les coûts, pouvant découvrir des centaines de gisements non rentables par rapport au vecteur prix international. comme celle du Mozambique qui deviendrait le deuxième ou troisième réservoir d’Afrique,  des importants gisements en méditerranée orientale (plus de 20.00. milliards de mètres cubes gazeux) supposant une stabilisation politique au Moyen Orient,  qui fait comme nous l’avons démontré le 26 octobre 2014 lors du débat au niveau de votre chaine RFI avec le professeur Antoine HALFF ancien économiste en chef au  secrétariat d’Etat à l’Energie US et actuellement haut responsable à l’Agence Internationale de l’Energie  que le pic hydrocarbures n’est plus à l’ordre du jour, peut être horizon 2030. L’Arabie Saoudite avec le pétrole de schiste ne veut  pas  également perdre des parts de marché face aux USA , devant assister avec ces bas prix à une nouvelle concentration des compagnies comme cela s’est passé après la crise de 2008 pour le système financier, mais entre la géostratégie, le prix d’équilibre sera fondamentalement déterminé à l’avenir à partir d’une entente  entre les USA et l’Arabie Saoudite. Donc, pour, les  raisons géostratégiques, nous avons les négociations avec l’Iran et les tensions entre la Russie  et l’Occident existant donc une entente entre l’Arabie Saoudite et la stratégie de l’Occident.  On le constate avec la drive du rouble russe, la fuite des capitaux, le gel du gazoduc  South Stream, encore qu’il faille ne pas avoir une vision unilatérale, la Russie ayant approvisionné l’Europe en gaz de près de 30%  et n’ayant aucun intérêt à arrêter ses exportations.
3.-Question- Quelle est l’impact sur l’économie algérienne de cette chute des cours ?
Il faut éviter la langue de bois et dire la vérité à la population algérienne. Le Venezuela fonctionne sur la base d’un cours  de 160 dollars, l’Iran 140 dollars, l’Algérie et la Russie entre 115/120 dollars  et une baisse  de plus de trois à quatre années aurait une incidence  sur les équilibres budgétaires  et à terme  sociaux.  Entre subventions et transferts sociaux le gouvernement Algérien consacre 60 milliards de dollars soit plus de 26/27% de son produit intérieur brut. Ici doit être introduit la forte consommation intérieure où pour le gaz traditionnel, du fait du faible prix, qui pourrait dépasser les exportations actuelles qui  peinent à dépasser les 55 milliards de mètres cubes gazeux, et ce horizon 2030, la commercialisation du gaz de schiste n’étant pas prévu ,sous réserve de sa rentabilité et de la non détérioration de l’environnement , pas avant 2022/2025. Sonatrach selon les données de la banque mondiale a engrangé 700 milliards de dollars entre 2000/2013  et les importations en devises  environ 550 milliards de dollars, la différence étant le niveau actuel des réserves de change.  Environ 98% des exportations proviennent des hydrocarbures à l’état brut- et semi-brut, et important plus de 70% des besoins des ménages et des entreprises publiques  et privées dont le taux d’intégration ne dépasse pas 15%. La valeur de la monnaie algérienne, le dinar, est corrélé à plus de 70% au cours des hydrocarbures  et  toute  baisse  des recettes et de la baisse des réserves de change entrainent mécaniquement un dérapage de la  valeur du dinar par rapport aux monnaies fortes dont le dollar et l’euro. Le Ministre Algérien  chargé  des relations avec le Parlement  a donné le montant  de  5.000 milliards d’arriérés fiscal, soit environ 47 milliards d’euros ou plus de 57 milliards de dollars. Dans les pays développés, la fiscalité ordinaire dépasse souvent les 75% alors qu’en Algérie elle ne dépasse pas 40% et avec les importations  via les hydrocarbures  le taux ne dépasse pas 20% avec une importante évasion fiscale, la sphère informelle concentrant plus de 50% de la masse monétaire en circulation. Comment dès lors transformer cette épargne virtuelle, en évitant le matraquage bureaucratique mais au moyen de mécanismes économiques,   en richesses réelles, le financement pour certains projets par le  marché bancaire étant souhaitable. Suite à ces informations alarmantes, pour  2013, l’Algérie a transféré 55 milliards de dollars de biens, plus de 12 milliards de dollars de services et entre 5/7 de transferts légaux de capitaux des firmes étrangères  soit au total  entre 72/74 milliards de dollars. La loi de finances 2015  prévoit 60 milliards d’importations de biens et avec  le montant de transferts légaux de devises, la sortie  de devises irait vers 80 milliards de dollars. Cela explique que l’on devrait aller vers une loi de fiances complémentaires afin de diminuer ces sorties et éviter de renouveler l’expérience malheureuse des  impacts de la chute des cours de  1986 allant vers plus  de rigueurs budgétaires, le sacrifice devant être partagé. Car les recettes de Sonatrach qui représentent  98%, ont été de 73 milliards de dollars  entre 2011/2012, 63 milliards de dollars fin 2013(moyenne du cours a été de 104 dollars)  et  57 milliards de dollars fin 2014 selon le FMI (moyenne du cours annuel entre le premier et le second semestre d’environ de 80/82 dollars). Un cours du baril moyen de 70 dollars  donnerait 45 milliards de dollars de recettes à Sonatrach (hypothèse du même volume)  et à 60 dollars le baril environ 40 milliards de dollars, donnant un répit  entre trois et cinq  années  au même rythme de la dépense publique actuelle. Aussi, l’Algérie  ne peut  continuer de dépenser sans compter en épuisant ses réserves d’hydrocarbures et a besoin de revoir sa politique afin d instaurer une véritable économie productive. Elle ne peut  continuer dans cette voie suicidaire pour les générations futures, au risque d’une aggravation du déficit budgétaire, de l’épuisement du fonds de régulation des recettes, des réserves de change horizon 2018/2020, d’une accélération du processus inflationniste. Est donc posé, pour l’Algérie, le problème de sa sécurité énergétique et, d’une manière générale, de la transition d’une économie de rente à une économie hors hydrocarbures s’insérant dans le  cadre des valeurs internationales. Dans ce cadre  des co-partenariats gagnants-gagnants  sont nécessaires, avec l’ensemble  des pays développés l’Algérie ayant besoin de transfert technologique et managérial pour réussir sa transition.

 

Réflexion
Dimanche 4 Janvier 2015 - 17:04
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