REFLEXION

ENTRETIEN EXCLUSIF ACCORDE PAR MME ZERHOUNI AMINA, WALI DE MOSTAGANEM A ‘’REFLEXION’’ : "Les droits ne se donnent pas, ils se méritent et s’arrachent"

JOURNEE INTERNATIONALE DE LA FEMME

A l’occasion de la commémoration de la journée du 8 mars et en marge d’une rencontre organisée à la salle des conférences de la wilaya de Mostaganem, Mme le wali a bien voulu avoir l’amabilité de nous accorder en exclusivité un entretien que nous reproduisons ci-après :



ENTRETIEN EXCLUSIF ACCORDE PAR MME ZERHOUNI AMINA, WALI DE MOSTAGANEM A ‘’REFLEXION’’ : "Les droits ne se donnent pas, ils se méritent et s’arrachent"
Réflexion : Avant d’aborder les questions, nous saisissons cette occasion qu’est la fête de la femme, pour vous demander de vous faire connaître aux mostaganémois et quel a été votre parcours en tant que femme ?
Mme Le wali :
J’ai été recrutée en qualité d’administrateur en 1979 à la wilaya de Tlemcen, et comme vous le constatez je m’engage dans ma 31eme année de travail dont 11 année au poste de wali, c’est un long parcours au cours duquel, j’ai gravi les échelons de l’administration avec bien sûr l’idée que la meilleure façon et le meilleur moyen pour s’émanciper était de s’imposer par le travail. Et pour s’imposer dans une société déterminée, la femme doit accomplir son travail avec sérieux et abnégation, je l’ai toujours dit et j’ai eu raison, parce qu’un jour, il y a eu un Monsieur qui s’appelle Bouteflika, alors que j’étais secrétaire générale à la wilaya d’Oran, et qui a pensé à promouvoir une femme, la première, la seule depuis onze ans et qui est Zerhouni Nouria Amina qui est maintenant wali de Mostaganem. Ma préoccupation majeure se résume dans ma participation à la construction de ce grand pays et j’essaies de me rendre utile. Nous les enfants de cette grande nation qu’est l’Algérie, elle nous formés, elle nous a donnés l’éducation gratuitement, gracieusement, je crois que l’heure était venue pour rendre la pareille à notre pays et surtout dans les moments les plus difficiles. Nous, nous n’avons pas pris nos valise pour partir de l’autre côté, bien au contraire, nous avions fait notre choix en suivant la raison, de rester aux côtés de ceux qui devaient veiller à protéger ce pays et j’ai été membre de la délégation de wilaya de Tlemcen où j’ai fait un mandat de cinq ans messieurs de 1992 à 1997, tout en étant directeur de la réglementation (DRAG) durant la décennie noire, donc Madame le wali n’est pas bénie et ce n’est pas un hasard si je me retrouvais ici. J’ai fait un mandat de cinq à la délégation spéciale de la wilaya de Tlemcen, occupé le poste de directeur de la réglementation (DRAG) pendant quatre années dans la même wilaya, ensuite secrétaire générale à la wilaya d’Orant pendant une année, wali de Tipaza pendant cinq ans et wali de Mostaganem depuis six ans et sincèrement je m’y plais, c’est une wilaya qui a beaucoup de charme et je ne trouverais peut-être pas mieux.
Réflexion : Mme le wali, au lendemain de l’indépendance de l’Algérie, l’assemblée constituante comptait 100 députés dont 7 femmes, ce qui représentait un taux de 7 %. En 2010, l’APN est composée de 389 députés dont 30 femmes soit 7,7 %, quelle est votre analyse ?
Mme le wali :
Voulez-voulez dire par là que les choses n’ont pas évolué ? D’accord, pour ma part je vous signale, que j’ai choisi de travailler dans l’administration et d’évoluer à l’intérieur des organes de l’Etat, je n’ai pas choisi de faire un mandat politique, c’est différent n’est-ce pas ? Mais il est dit que tous les chemins mènent à Rome, il est bien évident que j’occupe un poste éminemment politique, il y a lieu par conséquent de signaler que les femmes ne peuvent pas toutes exercer ce genre de fonction. Il y a lieu par contre de préparer la femme, vous pouvez avoir des femmes dans tous les secteurs d’activités, je citerai à titre d’exemple le secteur de l’éducation, de la santé et dans l’industrie mais de là à assurer un mandat électif, il faudrait les former et les préparer et cette formation doit être obligatoirement assurer au sein des partis politiques qui doivent jouer le rôle d’école de formation en direction des hommes et des femmes , alors la question qui se pose maintenant est-ce que les partis politiques jouent pleinement leur rôle ? Je n’y crois pas assez et qu’il y a lieu que ces partis politiques prennent en charge le volet de la formation, surtout de l’élément féminin et par ailleurs ouvrir la voie devant la femme , car même parfois quand on a des éléments valables capables d’assumer un mandat et il se trouve qu’au moment des choix qui se font pour la confection des listes , ceux qui supervisent pour la destinée de ces partis ne font rien pour aider l’élément féminin. Par ailleurs, je dirai que les objectifs et les ambitions de la femme, c’est de pouvoir travailler, comme vous le savez, la meilleur façon d’aider la femme c’est de lui donner les moyens pour être autonome par rapport à l’homme qu’il soit le père, le frère ou le mari , pour qu’elle puisse s’assumer pleinement, bien sûr dans le sens positif du terme, dans le respect de sa personne, et de ses droits et tant que la femme ne pourra pas subvenir à ses propres besoins, tant qu’elle ne pourra pas accéder au logement en sa qualité de femme, tant qu’on aura pas construit des structures pour aider les femmes à se libérer de leurs obligations de mères et d’épouses, là je crois que le problème persistera , je parle du nombre minime des femmes qui siègent au niveau de ces institutions là. Par ailleurs je dis que les droits ne se donnent pas, les droits se méritent et s’arrachent, donc il appartient aux femmes si elles voulaient avoir leur droit, il s’agit de militer, de combattre, de s’imposer et d’être présente sur la scène politique. Beaucoup le font, mais beaucoup restent à la maison parce que le rôle de la femme et de la mère est un rôle qui est noble, qu’il faut protéger, qu’il faut préserver. Le rôle de la femme au foyer est une mission je dirais noble et sacrée, mais elle n’a pas non plus que cette mission d’être l’épouse ou d’être la mère , mais le devoir lui impose à elle aussi de participer à la construction de ce grand pays qu’ est l’Algérie et bien entendu avoir aussi ses droits en tant que citoyenne qui peut accéder à un travail, à un logement, qui lui permettent de vivre dignement, elle ne doit pas être à la merci de l’ homme qui peut être un tyran en tant que frère, père ou mari, elle doit être respectée comme citoyenne à part entière. Elle le mérite. La femme algérienne est courageuse, travailleuse, elle mérite tout notre respect. Nos mères ont fait preuve d’ un grand sacrifice pour élever leurs enfants et les accompagner à l’âge adulte, elles ont tout sacrifié, leur temps, leur argent, leur santé , elles font tout pour que leurs enfants aient leurs place dans la société . La femme algérienne quand on sait lui faire confiance, elle se montre digne de cette confiance et capable d’assumer cette mission jusqu’au bout. Voilà ce que je pense de la femme algérienne.
Réflexion : Si j’ai bien compris, vous faites allusion à l’égalité des chances ?
Mme le wali :
Parfaitement. L’égalité des chances est accordée à la femme à travers l’arsenal juridique dont dispose l’Etat algérien, à commencer par la constitution, quant à l’application, c’est une autre paire de manche. Pour y arriver, il est demandé à la femme d’être présente sur la scène politique comme je l’avais dit, d’être présente au travail et d’être plus offensive si je peux me permettre le mot, pour pouvoir s’imposer et ce que sont les femmes actuellement , il n’ y a qu’à voir les secteurs de l’éducation, de la santé, de la justice où elles sont très nombreuses , secteur qui était réservé il y a à peine quelques années aux hommes et de là on les voit dans d’autre secteurs même dans le secteur de l’investissement industriel, où nous avons des femmes chefs d’entreprises , qui n’hésitent pas à diriger des entreprises de production et- assumer pleinement et entièrement leur responsabilité, tout en restant actives dans leurs vies parallèles, elles doivent aussi veiller à leurs petites familles, à être présentes pour les enfants et gérer leur intérieur, assumer ses obligations d’épouse et de mère, elles arrivent admirablement à associer les deux vies et réussissent pleinement.
Réflexion : On dit de la wilaya de Mostaganem, un exemple national en matière d’égalité des chances, vu le nombre de directrices de l’exécutif ?
Mme le wali :
Tout à fait, Mostaganem que l’ai eu l’honneur et le privilège d’administrer voilà bientôt six ans, en tant que femme j’aborde la mission qui est la mienne comme n’importe quel wali , il se peut que Mme le wali est encore la seule, wali à part entière à travers les quarante huit wilayas et Mostaganem est peut-être une exception , parce que le wali est une dame, mon souhait qu’il en aurait d’autres pour gérer d’autres wilayas, la preuve Mme Zerhouni, comme vous voyez, a fait ses preuves, je ne dirais pas qu’on est les meilleurs mais je dirai quand même qu’on a moins de soucis et moins de problèmes que d’autres wilayas gérés par des hommes, en toute modestie.
Réflexion : Et si vous nous parliez de la femme, Mme Zerhouni Nouria Amina ?
Mme le wali :
Pour être sincère, je dirai que je suis plus le wali que la femme, parce que mon travail est très prenant et ne me laisse pas beaucoup de temps pour moi-même, je travaille pratiquement 10 heures par jour et quand je rentre le soir souvent munie d’un gros cartable, j’ai juste le temps de dîner, de regarder les informations de 20 heures, et traiter le courrier. Le lendemain je suis debout à sept heures du matin, je prends mon petit déjeuner et je rejoins mon bureau à 8 h 30 pour une nouvelle journée de travail très chargée selon le programme des réunions, des sorties, des audiences, l’APW et le téléphone qui n’arrête pas de sonner. Cela ne me donne pas de temps pour voir ma famille, ici je vis seule, mais J’arrive à m’organiser et à coordonner entre ma vie de citoyenne et celle de wali et comme je suis très prise par mon travail, je ne ressens pas ce manque, car pour moi c’est un engagement, à partir du moment où j’ai accepté cette mission, je dois me sacrifier à mon travail et je suis quelqu’un qui ne perd pas son temps à se plaindre, il faut avancer surtout. Voilà grosso modo la journée de Zerhouni Nouria Amina la femme. Et permettez de vous dire que mon travail me donne beaucoup de satisfaction, car quand on arrive à loger des gens qui sont dans la difficulté, quand on arrive à créer des emplois pour permettre à des jeunes de se faire une situation, quand on arrive à construire des lycées, des CEM et des écoles là où il n’y en avait pas et lorsque je vois des bambins portant leurs petits cartables en direction de l’école, j’ai les larmes aux yeux, messieurs. C’est très important, quand on arrive à sécher des larmes croyez-moi, c’est la sensation du devoir accompli.
Réflexion : Donc Mostaganem est en quelque sorte votre seconde famille ?
Mme le wali :
Oh ! Que oui, Mostaganem et toute l’Algérie sont ma seconde famille et je souhaiterai du fond du cœur ne pas décevoir ceux qui m’ont fait confiance.
Réflexion : Votre coup de cœur ?
Mme le wali :
Littérature : Je suis pour tout ce qui est littérature engagée, défendre une cause, défendre une situation, une cause noble et croyez-moi, ces dernières années, je n’ai pas eu le temps de lire, c’est beaucoup plus les journaux et seulement les grands titres sans plus. Pour lire un ouvrage, en toute sincérité je n’ai pas de temps.
Musique : J’aime la musique andalouse, le chaâbi à l’exemple de « Ya Raiah » de Dahmane El-Harrachi, qui est un homme sage et pour moi il restera éternel à travers ses paroles et sa poésie qui ne laissent pas les gens indifférents. A travers vos colonnes, je dédie cette chanson à nos jeunes harragas, qu’ils sachent où qu’ils aillent, ils reviendront un jour.

Amara Mohamed
Lundi 8 Mars 2010 - 10:32
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