REFLEXION

ENTRE NOUS : "Koul, khouya, koul !"



Ils jouaient aux dames du matin au soir, ils n’ont point d’autre chose à faire que jouer depuis qu’ils sont en retraite. De temps à autre, l’un des vieux disait à l’autre qui regardait le jeu avec tant de sourire : « Koul, khouya, koul ! ». Lui, il ne jouait pas, il venait de descendre d’une grosse cylindrée, il portait un costume beige en tissu léger, des chaussures en daim, une chemise blanche et une cravate saumon. Il rentrait à la boucherie où sur son seuil, les deux vieillards jouaient encore aux dames. Il venait de faire une commande au boucher et son portable ne s’arrêtait pas de sonner. Il demanda  au boucher «Cela vous fera combien ?».Il tira de la poche arrière de son pantalon une liasse de billets de banque. « Onze mille dinars, monsieur »et de loin, une voix en off répétait « Koul, khouya, koul », c’était le second vieux qui invitait son ami à « manger » à son tour. Onze mille dinars de viande et autres dérivés était le montant que le monsieur a payé au boucher, alors que beaucoup de citoyens ont assez de mal à s’offrir les deux cent cinquante grammes de kefta par semaine ! Le monsieur sans quitter la boucherie, demanda quelques os pour son chien que le boucher empila dans un sachet qu’il remit à son riche client. Ce dernier lui demanda encore de les peser. « Deux kilos, monsieur et c’est gratuit ». L’homme à la cylindrée refusa ce cadeau et lui demanda le prix. « Six cent dinars, Monsieur ». « Koul, khouya, koul », disait encore la voix à l’extérieur de la boucherie, c’était encore l’un des vieux qui recommandait à son compagnon de prendre son chien (en référence au pion du jeu de dame) : « Kelbek ! » et à l’autre de répondre « Rani klite, koul anta ! ». « Mais d'où vient tout ce fric de ces jeunes gens qui vivent comme des princes d’Arabie Saoudite?  Impossible de gagner autant d’argent à un âge si jeune «, ne cesse de commenter le boucher si émerveillé de toucher un beau magot le matin mais si étonné par ce jeune si friqué qui roule dans une mécanique sortie directement d’un salon d’automobile.- « Koul », disait toujours et encore la voix en off en face de la boucherie ... « Khamsa ou dama ! » répondait la voix en face de la voix en off. C'étaient toujours les retraités occupés à jouer aux dames, depuis que leur maigre pension d’ouvrier agricole ne leur permet plus de jouer aux hommes, et depuis ils jouent à « Koul, khouya, koul! »

 

L.Ammar
Vendredi 5 Février 2016 - 17:08
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MOSTAGANEM
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