REFLEXION

EDUCATION NATIONALE : Les parents d’élèves, souvent démissionnaires, rarement présents

Alors que l’année scolaire s’est achevée avec des fortunes diverses, son lot de satisfactions pour les uns, de déception et de détresse pour les autres, l’heure est à présent au bilan. De nombreux parents, qui- pour la plupart- ne se sont guère préoccupés des études et des résultats scolaires de leurs enfants- manifestent inopportunément leur désarroi : ils n’hésitent pas à s’ériger en procureurs accusant l’école de tous les maux.



Ces mêmes parents n’auraient – ils pas été mieux inspirés en procédant à leur autocritique et en reconnaissant objectivement leur part de responsabilité dans l’échec scolaire de leurs enfants ? Les parents accomplissent- ils leur mission pleine et entière dans l’éducation familiale qui constitue un atout précieux dans le devenir de leurs descendants ?
Il est évident qu’en cas d’échec, l’Ecole ne devrait pas être la seule institution à être incriminée. L’union des associations des parents d’élèves tire la sonnette d’alarme et déplore que 60/°des parents se désintéressent totalement des études de leurs enfants qui se trouvent ainsi livrés à eux-mêmes. Ces mêmes parents, laxistes, trop permissifs et malheureusement démissionnaires ne daignent même pas répondre aux convocations écrites (émanant des directeurs des  écoles, CEM et lycées). Ils refusent ainsi implicitement d’aider à prévenir et à combattre les fléaux de l’absentéisme qui prend des proportions inquiétantes, de la violence dans le milieu scolaire et des échecs qui en résultent.
Les parents ont bel et bien une part de responsabilité dans ce domaine. Pourquoi certains attendent-ils de recevoir le bulletin du dernier trimestre scolaire et d’apprendre l’exclusion ou le redoublement de leurs enfants pour enfin (et bien tardivement) réagir ? Nombre de ces parents adoptent alors des comportements traumatisants, d’une brutalité rare, à l’égard de leurs enfants qui, violentés physiquement et verbalement, fuguent et errent dans les rues pour fuir l’enfer familial. A ce sujet et selon la Direction Générale de la sûreté nationale, 936 enfants dont 312 filles ont fugué du domicile familial durant les quatre premiers mois de l’année en cours à cause des échecs scolaires principalement (chiffres cités par EL Khabar du 29/06/2013, p. 16). Selon cette même administration, 2073 enfants ont été victimes d’agressions physiques (de Janvier à Avril 2013)dont 80/° ont été commises par les parents. Ces mêmes enfants, privés d’une prise en charge effective, sombrent inéluctablement dans la délinquance. L’association NADA qui œuvre pour la protection de l’enfant déplore que près de 11000 adolescents sont déférés annuellement devant la justice.
N’est-il pas scandaleux que certains parents recourent à des punitions cruelles et à des châtiments humiliants à l’encontre de leurs enfants scolarisés en situation d’échec ? C’est assurément dégradant et traumatisant que la famille réponde par la violence à un acte déviant et que des enfants soient victimes de maltraitance. Il est reconnu que des problèmes familiaux (familles déstructurées) et socio-économiques (misère sociale, promiscuité, absence de logement…) engendrent l’incompréhension, le manque d’affection, l’absence de dialogue et les conflits dont souffrent de nombreux écoliers et collégiens qui, désorientés et livrés à eux-mêmes, finissent par décrocher, sans diplôme et sans formation. L’ « exemplarité » et les repères s’estompent, s’effacent ; les valeurs morales s’effritent. C’est la descente aux enfers : ces jeunes en déshérence sombrent alors dans la délinquance sous toutes ses formes.
C’est dire que la situation de nombreux enfants devient préoccupante à tel point que le président du réseau algérien des droits de l’enfant lance un véritable cri d’alarme : «  Le phénomène des abus sexuels et de plusieurs formes de maltraitance d’enfants prend de l’ampleur mais aucune mesure n’est prise parce que c’est loin de constituer une priorité » (propos rapportés par EL WATAN du 01/06/2013 p.2). Il est établi que50000 enfants sont maltraités chaque année, que350000 travaillent en violation de la loi et que20000 vivent dans la rue. Par ailleurs, Mme .D. Merabtine (chargée de la protection de l’enfance à l’Unicef) signale, pour sa part, que22,5/° des enfants âgés de moins de quinze ans subissent des punitions physiques sévères infligées par les parents surtout, que 82,3/°sont exposés à des menaces verbales, à un langage traumatisant…et que 15,2/) des mères considèrent la violence comme un moyen efficace d’éducation, un droit naturel. » (EL Watan du 1/6/2013p.3).Ces chiffres ont dû progresser dangereusement eu égard à l’état actuel des lieux.
Tout à fait à l’opposé, certains autres parents sont trop présents, trop pesants : ils couvent des enfants gâtés, épiés et servis. Une telle attitude ne favorise- t- elle pas le  parasitisme, la non- motivation, l’absence du compter sur soi ? «  L’éducation actuelle est entièrement défectueuse dans la mesure où, se disant positive, elle commence par abuser de la confiance de l’enfant en lui donnant pour vérité ce qui n’est qu’une apparence provisoire dans la mesure où elle empêche l’enfant de se former une opinion par lui- même. » Cette réflexion d’A. Breton (écrivain français, 1896- 1966)- illustre bien à propos cet état de choses.
Par ailleurs, la permissivité et la démission de nombreux parents  toutes catégories confondues- sont largement avérées puisque l’utilisation de l’internet par les enfants n’est –souvent – ni limitée ni même surveillée. Il est indéniable pourtant que le micro- ordinateur devrait être utilisé pour éviter les répercussions nocives «  des contenus nuisibles » des sites «  immoraux » sur la société en général et sur les enfants en particulier.
La connexion effrénée à l’internet ne risque – t- elle pas aussi de devenir addictive chez ces jeunes ? Les enfants, pris au jeu, lui consacrent tout leur temps et leur intérêt et ne pourront pleinement se consacrer à leurs études. Dans ce domaine également, la vigilance des parents est interpellée.
Par ailleurs, la cellule familiale assume- t- elle vraiment sa part de responsabilité dans la lutte contre le tabagisme, un autre fléau qui menace grandement nos enfants ? Selon M. Nafti Salim, membre de la société algérienne de phtisio- pneumologie (à partir d’une enquête réalisée en2004 dans la wilaya d’Alger), 3/° des écoliers de moins de dix ans fument régulièrement, 12/° des collégiens de12 à14 ans fument plus de quatre cigarettes par jour. Au lycée, un quart des élèves fument plus de six cigarettes quotidiennement. Selon ce spécialiste, les deux tiers des élèves fumeurs sont des filles dont beaucoup consommeraient même du haschich (ou cannabis). C’est dire que la situation dans ce domaine a certainement pris des proportions encore plus inquiétantes depuis lors.
Devant la (triste) réalité du terrain, il est malheureux de constater que la grande majorité des parents d’élèves n’interviennent que ponctuellement et rarement dans le suivi des études scolaires de leurs enfants, dans leur éducation un rôle pourtant primordial- et usent fort peu de leur droit de regard. Pour leur part, les associations des parents d’élèves (14891 sont agréées officiellement) contribuent- elles effectivement et partout à préserver et à privilégier légitimement les intérêts des élèves,  de  tous les enfants scolarisés ? A supposer qu’elles en aient les moyens et conformément à leurs attributions définies réglementairement, aident- elles vraiment à dissiper les malentendus, à prévenir les conflits éventuels dans le milieu scolaire, à résorber le climat de violence devenu insoutenable, à surmonter les actes de détresse qu’endurent nombre d’écoliers et de collégiens, à instaurer des rapports de confiance fondés sur le respect d’autrui, à maîtriser les codes de l’enseignement, à sensibiliser les parents démissionnaires et à  mieux les impliquer afin que l’Ecole soit accessible, attrayante et devienne une source d’épanouissement ?
Il semble déjà bien loin le temps où les familles algériennes, surtout les plus démunies, consentaient inlassablement des sacrifices pour que leurs enfants réussissent dans leurs études et puissent vivre décemment et dignement. Une belle leçon de courage, de ténacité et du sens du devoir ! « Le courage, c’est de ne pas livrer sa volonté au hasard des impressions et des forces ; c’est de garder dans les lassitudes inévitables l’habitude du travail et de l’action. » (J. Jaurès. Discours à la jeunesse).
En somme, toute une stratégie devrait être définie par les instances concernées en concertation avec les authentiques représentants des parents d’élèves et mise en œuvre dans les plus brefs délais pour leur participation efficiente et féconde. Bien entendu, l’éducation familiale (présentement déficiente et escamotée) ne peut se limiter à la transmission d’une expérience et à  un dressage du caractère. L’éducation, l’instruction et la formation des enfants en particulier et des jeunes en général devraient être assurées harmonieusement par toutes les parties concernées en tenant compte de l’âge des apprenants, de leurs besoins, de leurs préoccupations, des exigences du monde moderne qui subit une transformation accélérée tout en respectant nos valeurs civilisationnelles.
Cet effort de sensibilisation et de responsabilisation s’avèrera sans doute productif si des mesures socio- économiques et culturelles audacieuses et pertinentes sont prises en amont pour qu’on cesse enfin de niveler les valeurs par le bas, de déprécier le travail, de privilégier la culture du gain facile, de l’avoir au détriment de la culture du savoir et de la science.
Ce travail de longue haleine assurément prometteur devra valoriser le goût de l’effort, le sens du mérite, de la compétence authentique.
Il n’échappe à personne qu’en cas de défaillance de l’un des trois maillons interdépendants (parents, enseignants et élèves), l’éducation serait gravement perturbée et la réussite scolaire compromise. Nous sommes tous, à des degrés divers il est vrai, concernés par le sort de nos enfants qu’il serait scandaleux voire criminel de sacrifier sur l’autel du laxisme et de l’indifférence coupables. L’avenir de nos enfants à qui nous devrions léguer la richesse la plus précieuse, la plus rentable, la meilleure éducation possible, et le devenir de notre cher pays ne mériteraient- ils pas l’essentiel de nos préoccupations ?

DAHOU Mokhtar Proviseur de lycée à la retraite
Lundi 16 Septembre 2013 - 22:00
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