REFLEXION

Diagnostic de la situation actuelle du système éducatif algérien

L’école est le lieu par excellence où se préparent des générations de citoyennes et citoyens à jouer leur rôle d’actants positifs dans la société. Et pour qu’ils soient efficaces et rentables, l’école doit mettre à leur disposition tous les outils et moyens nécessaires qui leur permettront de maîtriser des concepts, des savoirs et des méthodes de travail. Ainsi, ils deviendront des éléments actifs, libres, autonomes et capables de bâtir une société dont les composantes seront la justice et la solidarité.



Afin de concrétiser ce projet qui n’est pas utopique, il est grand temps de concentrer tous ses efforts sur la construction d’une école publique, gratuite et de qualité, celle-là qui assurera au pays un développement dans tous les domaines et cela grâce à ses enfants qu’elle aura formée. Pour le CLA, une école publique gratuite et de qualité est le seul garant d’un développement intellectuel des enfants de l’Algérie, qui à leur tour contribueront à l’essor économique de leur pays, c’est pour cela que le CLA ne cessera pas de défendre cet acquis et de déployer tous ses efforts afin de le sauvegarder. Mais malheureusement l’Etat algérien ne s’est pas donné comme objectif principal de garantir aux Algériens une école publique, gratuite et de qualité puisqu’il l’a dotée d’un système éducatif qui ne répond pas aux besoins réels des Algériens. Pour illustrer cette réalité le CLA a procédé à un diagnostic de la situation actuelle du Système éducatif algérien. Le rapport de la Commission de Réflexion installée par le CLA, sur l’évaluation du Système éducatif algérien, et a retenu huit points essentiels.
 
Les huit points retenus par le CLA
1/ Le niveau atteint dans les différentes disciplines :
 
En mathématiques : L’enquête menée auprès des enseignants  de la matière dans le cycle secondaire fait ressortir que :
-70% des élèves sont faibles, 20% sont moyens et 10% sont bons.
-80% des enseignants sont unanimes pour dire que la progression pédagogique du programme accuse d’une incohérence frappante lors du passage d’un palier à un autre. Ajouter à cela le problème de la surcharge des classes qui accentue encore plus les lacunes des élèves en mathématiques.
-70% des élèves ne maîtrisent même pas les opérations élémentaires de calculs puisqu’ils recourent à la calculatrice pour chaque opération.
En langues : L’enquête a révélé que : -40% des élèves sont faibles, 35% sont moyens et 25% sont bons, -65% des enseignants expliquent cet état de fait par l’incohérence présente dans la progression pédagogique du programme (absence de pré-requis) ainsi que les méthodes d’enseignement inefficaces suivies à l’école primaire.
En lecture : L’enquête réalisée auprès des élèves de terminale sur le nombre de livres lus, montre que : -80% des élèves n’ont lu aucun livre, - 10% ont lu moins de 05 livres,- 06% ont lu entre 05 et 10 livres et que 04% ont lu plus de 10 livres.
En TIC : Malgré le rôle important qu’ils occupent dans la vie quotidienne pour le développement d’une nouvelle façon de vivre, de travailler et de se divertir, nous constatons amèrement que le système éducatif algérien ne leur a pas octroyé la place qu’ils méritent car il les considère comme des outils et non comme des matières à part entière en plus du fait qu’on ne peut assurer au moins un ordinateur pour cinq élèves.
Concernant les autres matières : L’enquête effectuée auprès des enseignants des autres matières telles que les sciences, la physique, la philosophie et l’histoire, concluent que :
-25% des élèves sont bons, 40% sont moyens et que 35% sont faibles.
-60% des enseignants de ces matières affirment que les lacunes des élèves sont dues à la non-conformité des programmes scolaires avec le profil de l’élève algérien. Sans oublier les lacunes enregistrées déjà en mathématiques et en langues.
 
2/ Le taux de réussite et de transition :
 
Cet indicateur est utilisé pour évaluer la capacité des élèves à mener à terme leurs études, les taux calculés ci- dessous rendent bien compte de cette vérité :
-Le taux de redoublement est de 11% au primaire, de 29% dans le  moyen et de 16% dans le secondaire.
-Le taux d’abandon est de 02% au primaire, 07% dans le moyen et de 05% dans le secondaire.
-Le taux d’achèvement de l’enseignement secondaire est de 95%.
-Le taux de scolarisation dans l’enseignement supérieur est de 05% pour chaque cohorte.
 
3/ Le suivi de l’élève durant son parcours scolaire :
 
L’apport important des parents à l’éducation de leurs enfants valorise l’enseignement et l’apprentissage, il aide aussi à l’amélioration du fonctionnement de l’école. Mais en Algérie la majorité de ces parents ne s’inquiètent de l’avenir de leurs enfants ni de leurs études. En plus de l’environnement social hostile au savoir car la priorité est donnée à la matière et le luxe pendant que le savoir est relégué au dernier rang.
 
4/ Les ressources financières et les structures éducatives :
 
La part des ressources financières totales consacrées à l’Education constitue un investissement dont les bienfaits ne se feront ressentir qu’à long terme. Avec pour cela des répercussions sensibles dans des secteurs clés qui garantiront une cohésion sociale, un développement durable et une concurrence internationale. En Algérie, malgré le budget débloqué dans le secteur de l’Education, classé deuxième après celui de la Défense, il reste insuffisant car la croissance démographique est plus importante que les infrastructures conçue pour cette population. Ce qui a engendré la surcharge dans les classes allant jusqu’à 40 élèves par classe alors que la norme exige 20 élèves par classe. 
Voyons maintenant la part du secteur de l’Education dans le PIB, il est de 05%. Pour ce qui est du coût de la  formation d’un diplômé, il varie entre 200.000 DA et 800.000 DA selon la formation et la spécialité choisies. Mais après l’obtention du diplôme ces personnes quittent le pays pour l’étranger.
 
5/ Les conditions de travail et la situation socioprofessionnelle des travailleurs :
 
Des classes surchargées, des élèves violents et agressifs, un manque important d’encadreurs, des infrastructures archaïques, un salaire indécent et un Statut du Travailleur des plus dégradants, sont autant d’obstacles qui régissent le système éducatif algérien, ajouter à cela l’image de l’enseignant algérien est ternie par la société. Alors que la qualité d’un système éducatif est liée intrinsèquement à celle de ses fonctionnaires c’est pour cela qu’il faut  lui redonner sa place dans la société et par la même le revaloriser  moralement, financièrement et socialement ainsi que tous les travailleurs du secteur de l’Education.
 
6/Le système d’évaluation et l’orientation :
 
L’évaluation actuelle dans le système éducatif algérien revêt un caractère compétitif et sélectif car elle sanctionne ce que l’élève ne sait pas plutôt que de valoriser ce qu’il sait. Aussi  l’accumulation des contrôles, des notes et des bulletins remis à des moments bien précis de l’année scolaire accablent et épuisent l’apprenant.
L’évaluation, au lieu d’être un outil éducatif pour l’élève et un tableau de bord pour l’enseignant, elle est source de leur stress et de leur angoisse.
Cette forme d’évaluation a crée un marché de notes à la fin de chaque année scolaire, ce qui ne laisse pas le CLA indifférent et exige que le système d’évaluation change.
Quant à l’orientation, elle répond plus à des logiques de pourcentages envoyés par la Tutelle et que les conseils d’orientation sont tenus d’appliquer plutôt que de respecter les choix des élèves ou de leurs parents. Ces orientations forcées doivent absolument disparaitre au profit d’une valorisation équitable des différentes spécialités (enseignement général, technique et professionnel).Il faut  aussi instaurer un véritable réseau de communication avec le trio-élève-parents-établissement scolaire.
 
7/L’approche par compétences :
  
L’introduction hâtive de l’approche par compétences dans le système éducatif algérien et la mise en place de tous les moyens pour sa réussite, n’ont  pas apporté leurs fruits au contraire ils ont contribué à son échec. Puisque l’Etat n’a pas pensé à former d’abord les enseignants pour pouvoir travailler avec  cette approche. En réalité l’approche par compétences est conçue pour :
-Des objectifs économiques liés au marché du travail.
-L’abandon des savoirs.
-Enfermer les pratiques enseignantes dans une bureaucratie routinière.
-L’approche par compétences est un élément de dérégulation qui renforce l’inégalité sociale du système éducatif. Dans cette approche par compétences, le savoir n’est qu’un outil et un accessoire au service des compétences pour réaliser une tâche. Or dans la réalité, ce sont les compétences qui doivent être au service du savoir pour former des citoyens en mesure de savoir et de pouvoir faire quelque chose et non des citoyens capables et adaptables.
 
8/Le recrutement et la formation des enseignants 
 
En attendant que les ENS répondent favorablement aux besoins du secteur de l’Education et cela en terme d’encadrement pédagogique, il est impératif de revoir les modalités suivies pendant les concours et lors des recrutements.
Nous pouvons dors et déjà commencer par des actions  qui peuvent être  bénéfiques pour le secteur de l’Education, comme organiser des campagnes de sensibilisation dans les universités du pays afin d’attirer un grand nombre de majors de promotion à venir rejoindre le corps des enseignants. Mais pour ce faire il est souhaitable qu’un système de formation continue et de qualité soit mis à la disposition de l’ensemble des fonctionnaires du secteur en question.
    Les recommandations du CLA
Pour accéder au savoir dans une école publique, gratuite et de qualité, le CLA recommande de prendre les décisions suivantes :
-Prévoir une planification des infrastructures en fonction de la croissance démographique, la réalisation de ces infrastructures doit se faire dans les délais prévus et ne pas tolérer les retards accusés par les DELP.
- Revaloriser la savoir.
-Alléger et rééquilibrer les horaires de l’école de manière à laisser du temps libre pour l’expression personnelle et les activités culturelles de l’enfant.
-Introduire la recherche pédagogique absente du système d’éducation nationale et de formation.
-Redonner aux différents conseils de classe, de gestion et de discipline leur pouvoir de décision
-Ne pas instrumentaliser l’école par les différentes idéologies et laisser l’enfant faire ses propres choix.
-Mettre en place un système de formation continue pour les professeurs- formateurs et cela par l’ouverture d’instituts spécialisés.
-Une refondation du cycle secondaire se fera par : -La création d’un secrétariat à l’enseignement secondaire, -l’allongement de la durée des études de trois à quatre années par la création d’une année de tronc  commun pour la remise à niveau des élèves.
- Une prise en charge des revendications socioprofessionnelles des travailleurs de l’Education.
 

Bachir Hakem
Mardi 21 Juillet 2015 - 20:25
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ACTUALITÉ
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