REFLEXION

Des vacances scolaires précoces : Et un 1er juin presque en deuil

A en juger par les pages de cahiers déchirés jonchant les trottoirs des CEM et lycées, il y a tout lieu de croire que l’année scolaire est bel et bien bouchée et que les élèves de ces établissements ne joindront plus leurs salles de classes respectives. Du moins pas avant septembre prochain.



Des vacances scolaires précoces : Et un 1er juin presque en deuil
Pour les élèves de ces deux établissements le problème ne se pose certainement pas puisqu’ils doivent passer les différents examens pour lesquels ils doivent se préparer s’ils veulent réussir. Et c’est ainsi, chaque année, à cette même période. Mais qu’en - est- il pour les élèves du primaire ? Ces derniers sont en vacances depuis plus de deux semaines. Il n’ y a pas si longtemps, avant de les « mettre à la porte », l’école organisait une petite fête de fin d’année, une année durant laquelle les élèves se donnent corps et âme pour faire plaisir à leurs parents et aussi pour accéder à la classe supérieure, et ce jusqu’au premier examen de passage du premier palier au second. Ces efforts étaient récompensés et les élèves y trouvaient leur bonheur. Les parents qui les accompagnaient aussi, car c’est une occasion unique de se retourner tous ensemble : personnel pédagogique, élèves et parents. C’est aussi l’unique moment où la communication s’établit facilement et passe mieux. Ni les enseignants ni les parents ne sont limités pour le temps et ils peuvent discuter de tout. Ces échanges rassurent les élèves, sachant que l’on s’intéresse à eux parce qu’ils se rendent compte de visu qu’ils sont au centre de la discussion. C’est un bon point pour les élèves. Après la fête ils peuvent partir tranquillement chez eux, rassurés, du bonheur plein les poumons et prêts à affronter une nouvelle année scolaire. Qu’y a-t-il de changer à présent ?

A notre humble avis, rares sont les écoles qui, de nos jours, continuent à organiser des fêtes de fin d’année, même à titre symbolique, si les moyens financiers venaient à manquer. Mais le plus désolant encore c’est la manière dont est célébrée cette journée de l’enfant qui a lieu le premier juin de chaque année. Cette journée si importante aux yeux des enfants ne revêt pas tout à fait le caractère qui lui est accordé. Chaque année nous nous attendons à une grande fête, au niveau de chaque wilaya, rassemblant des milliers d’enfants de tous les milieux. Cette grande fête aura t - elle lieu un jour ?

Ces toutes dernières années la célébration du premier juin est morcelée. Les quelques associations qui ont bien voulu fêter cet événement ont organisé, chacune à sa manière, une fête commémorative en divers lieux. Ces fêtes ont commencé bien avant le premier juin, comme celle organisée par la sûreté de wilaya, il y a une semaine, et qui a eu lieu à l’école rose située à la pépinière. Les élèves qui ont assisté à cet événement n’étaient pas nombreux. Ces enfants conviés à ces fêtes par les associations sont généralement des enfants scolarisés. Mais qu’en est-il de ceux qui ne fréquentent aucun établissement scolaire, n’adhérent à aucune association parce qu’ils sont occupés pour autre chose ? Ce sont les enfants issus de milieux défavorisés et habitants des quartiers populeux ou des bidonvilles. Ces enfants là passent inaperçus. Mais pour les rencontrer il suffit de se déplacer au niveau des marchés. Là, vous êtes sûr de les trouver parce que ce sont eux- mêmes qui vous aborderont pour vous proposer leur service : soit pour porter vos lourds couffins de provisions soit pour vous vendre un sachet en plastique ou une botte de menthe ou de coriandre. Ces enfants là se ressemblent presque tous. Mal vêtus, mal coiffés, le visage triste et bruni par le soleil ils arpentent les allées du souk Ain Sefra ou celles du marché couvert. Il leur faut travailler, tout comme les adultes, pour rapporter à leur famille de quoi manger. C’est leur sort qui en a décidé ainsi. Pour eux, comme pour leurs parents d’ailleurs, le premier juin est une date qui ne signifie rien pour eux. Bien au contraire ! C’est un jour comme tous les autres jours où il leur faut se lever de bonne heure pour se rendre au marché. Leurs journées sont longues et pénibles parce qu’ils ne rentrent pas chez eux pour déjeuner. Ils se contentent de fruits et légumes qu’ils quémandent par ci par là, à longueur de journée, et que les marchands leur donnent volontiers. Parfois, quand la recette de la matinée le permet, ils se payent un casse- croûte à base de karentika. Un modeste casse croûte à 10 dinars. N’allez donc pas leur parler du premier juin, ni de la journée mondiale de l’enfant. Et ne leur parlez surtout pas de la charte des droits de l’enfant. Ces choses là n’ont jamais frôlé leur esprit ni fait partie de leur rêve. Leur seul rêve : travailler pour aider leurs parents et tout le reste n’est que chose superflue. Ces enfants portent le deuil depuis qu’ils ont changé de cap. Au lieu d’aller à l’école ils ont choisi la rue par la force des choses. A partir de ce moment là ils ont aussi fait le deuil de la journée mondiale de l’enfant.

M. Bentahar
Mardi 2 Juin 2009 - 08:10
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ACTUALITÉ
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