Debat :La passion entraînante



La passion ressemble à un feu intérieur qui excite l’homme, le fait vibrer et le pousse à agir dans un sens ou dans l’autre. D’où la nécessité pour lui de la canaliser, de la discipliner, de la contrôler afin qu’elle ne devienne pas un agent de destruction. Dans le monde moderne, la passion du sport est universelle : le supporter peut s’enflammer pour son équipe locale, pour la sélection nationale et même pourquoi pas pour un club étranger renommé comme le Bayern de Munich ou l’olympique de Marseille ; son amour pour la balle ronde s’exprimer par sa fidélité aux matches, le port d’une tenue spéciale, d’un badge, d’un fanion, etc…mais cela ne devrait pas aller jusqu’à l’invective et la provocation des supporters deb l’autre camp. Des écrivains nous entretiennent de la passion : « Il n’est guère de passion sans lutte » (Albert Camus) quand on se passionne pour une cause déterminée, on doit lutter pour en assurer la victoire. C’est dans nos têtes que le combat commence avec le surgissement d’un faisceau de questions aussi troublantes les unes que les autres : Aurons-nous plus de droit que les autres à leur imposer nos idées ? Sommes nous vraiment sur le droit chemin ? Saurons-nous, dés la victoire acquise répondre, nos idées sans offenser, sans brusquer, sans déranger, sans ébranler, sans catastropher, sans horripiler, sans susciter le dégoût ou la haine de ceux auxquels elles sont particulièrement destinées. C’est ce flot d’interrogations lancinantes et hallucinantes qui décidera finalement du sort de la passion dévorante qui nous habite. « Tout ce qui n’est pas passion est sur un fond d’ennui » (Henry de Montherlant) dénuées de passion, nos actions sont sans vie, moroses, monotones, tièdes, un peu à l’image des mouvements du tétraplégique, mal-inspirés et mal-cordonnées. Pour leur donner une âme, nous avons hautement besoin de les faire précéder par une dose de passion ; c’est elle qui réveille les sens, qui dynamisme nos organes, qui met le feu à notre esprit qui électrifie nos membres, qui nous galvanise, injecte en nous audace et intrépidité, nous prépare à l’action énergique, à la parole incandescente ; la passion est puissant ressort qui met en branle la totalité de l’homme et lui donne le courage d’aller de l’avant et d’affronter l’adversité et la difficulté. Sans elle, aucune action l’éclat ne peut se faire. « Avec le temps, la passion des grands voyages s’éteint » (Gérard de Nerval) les grands déplacements ont leurs propres exigences : santé, jeunesse, force, disponibilité, argent, esprit sacrifice. Tant que l’homme est en âge de les accomplir, il s’y adonne à fond. A vingt ans, courir à perdre haleine, escalader une colline, traverser une rivière à la nage, sauter un mur, tirer les objets ou les repousser violemment, crier à tue tête, vociférer, hurler, s’agripper à une motocyclette ou un tracteur, coucher dans une remorque de camion ou carrément dans la rue, rester sans le sou, sans le couvert, sans le gîte, à l’adolescence, toutes ces choses ne dégradent ni ne détruisent l’être. A un stade plus avancé (au-delà de la cinquantaine) la passion des voyages s’amenuise puis achève de disparaître « Les révolutions animent toutes les passions » (Georges Jacques Danton) le trait le plus caractéristique de toutes les révolutions (de toutes les tendances) est de mettre les passions en ébullition. Celles-ci sont exacerbées singulièrement par le climat mental nouveau créé par les révolutions, étendues comme révoltes totales contre une force d’occupation, un pouvoir vilipendé ou tout système dictatorial et concentrationnaire. Dans cette atmosphère extraordinaire, les langues se délient avec une aisance déconcertante, l’idée libre reprend ses droits, on apostrophe, on proclame, on édicte, on critique, on corrige, on énonce, on propose, on suggéré, on cause, on débat, on polémique, on plaide, on tranche presque dans la bonne humeur. Oui, les révolutions libèrent les passions. « Il n’y a pas de grandes facultés sans grandes passions » (Charles Augustin Sainte-Beuve). Pour nous mettre en conformité avec les décrets de la psychologie moderne, disons pour simplifier que la race humaine a été également et équitablement dotée par la nature en matière de facultés, sauf cas exceptionnels recensés ici et là. La différence sera donc recherchée dans l’intensité ou la froideur de nos passions qui feront que nos facultés s’embrasent et créent l’exploit, se mettent légèrement et mouvement et nous permettent de produire du neuf, ou bien stagnent, bien tranquillement dans l’attente d’un éveil salutaire et bien souvent tardif (un paysan octogénaire s’initiant aux plaisirs culturels de la civilisation). En un mot, les facultés ne créent du beau et du bien que lorsqu’elles sont soutenues par les passions. « Toutes les passions s’éloignent avec l’âge » (Victor Hugo) sous l’effet du poids des ans, l’homme s’assagit. Cela se traduit certes par la lenteur du mouvement, la lourdeur du geste, le ralentissement de l’activité mais aussi par une grande maturité d’esprit qui le rend prudent, circonspect, calme, réfléchi, posé. Disparue la débauche locomotrice et psychique ! la vieillesse c’est le temps du bilan de toute une vie, de la réflexion, du recul, du retour sur soi, ce n’est vraiment pas le moment de se passionner. Plutôt, on se dépassionne. On est à l’heure de l’examen du parcours de son existence en espérant qu’elle serve de modèle à sa descendance qui pourrait y trouver autant de motifs de fierté que des raisons, de contourner tel obstacle, tel déboire, telle dérive. Passion rime avec jeunesse. « Toutes les grandes passions se forment dans la solitude » (Jean Jacques Rousseau) nous avons écrit un jour que la solitude était un état indispensable à la fermentation des idées. Nous rajoutons ici « et des passions ». ce qu’il y a d’unique dans l’esseulement, c’est qu’il met le cerveau et le cœur en situation de fonctionnement parfait, dans laquelle aucun agent étranger ne vient interférer et en perturber la marche. C’est dans l’isolement total que sont nées les grandes passions qui ont révolutionné le monde : la passion de Dieu, de la réforme, du progrès, de l’émancipation, du droit, de la liberté, des montagnes géantes, des hautes mers, de la nature, des beaux-arts, de la musique sacrée. Au point qu’il soit possible d’affirmer que la solitude est le recours idéal de ceux qui désirent sortir de l’ordinaire et de la banalité. « Il n’y a que les passions, et les grandes passions, qui puissent élever l’âme aux grandes choses » (Denis Diderot) toute passion recèle de la chaleur et de l’ardeur, deux puissantes énergies dont elle se sert pour donner à l’âme la force de s’élever aux grandes choses. Quand l’âme prend de la hauteur, elle se retrouve bien au-dessus des contingences humaines et la passion se fait se guide : elle lui ouvre le domaine du possible, de l’inexploré, lui fait entrevoir beaucoup de choses, lui indique de multiples horizons, insoupçonnés avant. L’âme est comme dilatée, ragaillardie, ravivée, c’est là qu’elle peut s’exprimer dans toute sa force, imposer ses choix, ses désirs. Et quand les passions se libèrent et se déchaînent, elles font faire à l’âme de grands prodiges. « Notre tempérament notre caractère, nos passions sont nos maîtres » (Paul Léautaud). Nous vivons continuellement sans l’empire de nos passions. Sans elles, ne serions-nous pas des zombies ou des êtres mous et amorphes, sans vie apparente exempts d’entrain d’enthousiasme ? c’est d’autant plus plausible que la médecine moderne juge la santé des hommes à leur capacité de bouger et à la diversité de leurs activités. Otez la passion à un enfant et vous auriez à la place une marionnette commandable et corvéable à souhait. C’est la passion du jeu qui le voit supplier ses parents de le laisser achever un match avec ses copains de quartier dans l’euphorie. Sans passion, rien de bon d’excellent ne saurait être fait. C’est d’elle seule que vient le succès. Après l’analyse, la synthèse : toutes les passions attribuées à l‘homme depuis son apparition sur la terre attestent, au regard de l’observateur consciencieux et minutieux, qu’elles lui servirent de rampes de lancement pour des sauts qualitatifs de grande connaissance, de l’industrie, de l’art, de la technologie, tous ces succès grandissimes n’ont de signification réelle que dans le champ sémantique de la passion. Pour toutes ces raisons réunies, nous disons à haute voix : Au lieu de chercher à perpétuer sur la terre d’Algérie des traditions culturelles surannées et moyenâgeuses, passionnons-nous ensemble pour la civilisation moderne en ce qu’elle a de fort, de beau, d’intelligent et d’efficace et faisons de notre pays la partie des passionnés de l’art et de la science.

Par : Abdelkader Merabet
Jeudi 23 Avril 2009 - 01:12
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TRIBUNE LIBRE
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