REFLEXION

De la nécessité d’insérer l’Algérie dans un nouveau régime de croissance tiré par l’Economie du Savoir et de l’Innovation

L’Économie du savoir (ES) est incontournable. Les opportunités qu’elle offre aux pays de se positionner dans une mondialisation dominée par une forte création de richesses, une compétitivité élevée des facteurs de production, notamment celle du travail fondé sur le savoir et la technicité. L’économie du savoir, entendue comme capacité à créer et à utiliser les connaissances pour l’activité productive, replacée dans le contexte de l’économie nationale offre l’opportunité d’ouvrir un débat sur l’expérience nationale de développement économique et la mise à profit des résultats des projections de développement économiques des années antérieures soutenus par l’option de transfert de technologique élargie à l’ensemble des secteurs.



1.-L’importance de l’Economie du Savoir à l’heure actuelle
Les enjeux de la connaissance sont nombreux et multiples dans la région du monde arabe. Le rapport sur le Développement Humain (2003) cite trois obstacles majeurs confrontent le Monde Arabe : parmi ceux-là le déficit de la connaissance prend une place centrale. Le rapport note qu’en dépit d’un capital humain important dans la sous-région, des contraintes majeures constituent un handicap important pour l’acquisition, la diffusion et la production de la connaissance dans les sociétés arabes.  Ce capital humain, sous d’autres conditions plus favorables, pourrait offrir une base substantielle pour la renaissance de la connaissance arabe. Il met en exergue trois dimensions : -la capacité de la connaissance à étendre la liberté humaine et à développer les capacités pour la renforcer à travers une bonne gouvernance et à atteindre les objectifs moraux de justice et de dignité humaine ; l’importance de la connaissance arabe comme un puissant moteur pour tirer la croissance économique à travers une productivité plus élevée et la   nécessité de développer une vision stratégique pour créer des sociétés de la connaissance basées sur cinq piliers : la garantie des libertés clés, la dissémination de l’éducation de qualité, l’enracinement des savoirs scientifiques, le passage à une production basée sur la connaissance et le développement d’un modèle arabe de la connaissance. Aujourd’hui, le sentier optimal de la compétitivité et de la croissance et par extension au développement durable passe par l’appropriation des vecteurs de l’économie du savoir pour atténuer les risques de la fracture numérique, dont les effets sont l’inégal accès aux marchés, aux ressources du savoir et à l’information avec un risque d’obsolescence des capacités scientifiques et techniques. L’accumulation matérielle et la maîtrise des ressources naturelles, notamment l’énergie qui fonde l’économie moderne, ne sont plus déterminantes face à une dynamique du savoir, de l’innovation, de la technologie et de l’intelligence inscrite dans la tendance de l’économie et la société de savoir.  Les effets de l’ES sur la compétitivité et l’attrait des investissements sont réels. Les nouvelles logiques de délocalisations et d’investissement du capital mondial sont de plus en plus liées à la maîtrise de la connaissance. La mondialisation de la production, des échanges et de la distribution  des biens et des services imposent de nouvelles normes de productivités et un effet d’éviction qui écarte systématiquement toutes les économies non dotées d’avantages concurrentiels sur le plan des libertés économiques, de la gouvernance, des ressources humaines,  des infrastructures technologiques et de l’organisation des territoires.  Comme l’indique les études internationales  un pays qui adopte une stratégie classique tiré par les facteurs et notamment les ressources, prendra 25 années pour atteindre la moitié du taux de croissance d’un pays qui opte pour l’approche de l’économie du savoir qui lui en dix années atteindra un taux de croissance deux fois plus élevé.  L’insertion dans l’économie du savoir a montré des résultats significatifs en matière de réduction du niveau du chômage et d’accélération des taux de croissance : on peut aisément constater une relation étroite entre les pays qui scorent relativement haut au niveau de l’indice de l’économie du savoir et le bas niveau de chômage qu’ils ont. C’est le cas de la Finlande, de la Suède et du Danemark.  L’Irlande qui s’est délibérée orientée dans le sens de cette économie a vu toutes ses performances s’améliorer et en particulier son taux de chômage se réduire de presque du tiers en l’espace d’une décennie comme le montre le schéma n°3. Ceci montre les progrès accomplis en l’espace d’une décennie, après l’application d’une politique qui mobilise de nombreux ingrédients de l’économie du savoir : recherche et développement, usage intensif des TIC, réformes soutenues du système éducatif et de formation et création d’un cadre incitatif et institutionnel favorable. Les politiques pratiquées par les pouvoir publics ont pu ramener le taux de chômage de la population active de 13% à 4,5%. Les pays émergents ont déjà montré que les chemins du progrès et de la prospérité passent par une rupture avec les visions et les modes sectoriels de pensée au profit des secteurs stratégiques organisés autour de l’appropriation, de l’endogenéisation et de la valorisation des savoirs et des connaissances qui sont les vecteurs qui anticipent la structuration et le fonctionnement de la société à venir. Les succès enregistrés par ces démarches ont été soutenus par une grande visibilité des objectifs, une liberté économique et une adhésion de l’ensemble des acteurs en interaction positive légitimés par le savoir et la recherche du progrès.  En ce XXIème siècle nous assistons inéluctablement à un  nouveau régime de croissance tiré par le savoir est nécessaire. Cette préoccupation intervient dans une situation de croissance économique molle et tirée en grande partie par les hydrocarbures dont l’évolution dépend de facteurs exogènes, fortement volatiles. C’est un risque permanent de déséquilibre pour l’économie nationale et l’amélioration de l’offre intérieure consolide la stabilité macro-économique. Les performances de l’économie algérienne la situent dans les pays à revenu intermédiaires mais à potentialités importantes à valoriser. La faiblesse de la productivité, le niveau des investissements et les problèmes de libertés économiques nécessitent des approches nouvelles et un nouveau régime de croissance. L’économie nationale caractérisée par une transition multidimensionnelle inachevée. Le passage d’une économie administrée à une économie de marché perdure. Les réformes et initiées dans la gouvernance et les libertés économiques pour un développement durable s’étalent dans le temps. Par ailleurs, l’ouverture du secteur des télécommunications et la consolidation des technologies de communication et d’information capitalisent des avancées. Une multitude de raisons militent en faveur de l’orientation vers l’économie du savoir que nous avons déjà avancé à d’autres occasionsPour passer d’un régime de croissance actuel tiré essentiellement par les hydrocarbures, (production industrielle moins de 5% du PIB et Exportations hors hydrocarbures moins de 2 milliards USD), un régime vulnérable aux chocs extérieurs, mobilisant partiellement le potentiel compétences et connaissances, à un régime de croissance de 6% à 7% hors hydrocarbures sur une décennie. Ce régime sera tiré par le savoir-faire et l’innovation, diversifiée avec des activités à forte valeur ajoutée, souple pour absorber les chocs, avec une PGF plus importante et fortement créatrice d’emplois. Ce passage à un nouveau paradigme de la croissance est dicté à la fois par des impératifs internes que par des nécessités externes pour combler le déficit de croissance cumulée des années 90 qui se situe à 3,9% annuel pendant une décennie égalé seulement par le Koweït qui a subi une invasion,   pour Utiliser de manière plus optimale l’outil de production dont le taux moyen d’utilisation n’a pas dépassé les 46% dans le secteur public ces dernières années,   pour Redynamiser le secteur des services : Le secteur des services en Algérie est dans une phase de mutation et une extension ultra rapide, mais ne contribue qu’à 33% au PIB (2004) comparé à 70% en moyenne dans les pays de l’OCDE,  pour palier à une perte importante de capital « connaissances tacites » qui s’est accélérée depuis les restructurations, la réduction des effectifs du fait du PAS, et les départs massifs de la génération qui a fait l’industrie,  pour Fouetter les exportations hors hydrocarbures Les exportations hors hydrocarbures continuent à être marquées par leur part dérisoire,   pour promouvoir une plus grande reconnaissance de « l’immatériel »et son intégration dans la production de richesse,  pour apporter une meilleure réponse au problème du chômage : En termes d’emplois, la contribution du secteur de l’industrie est de plus en plus modeste. (moins de 5% du PIB),  pour surmonter un handicap majeur : le blocage de l’innovation technologique, pour faire face à une demande grandissante en formation professionnelle (800 mille emplois en 2020) et une transformation radicale des métiers et de nouvelles opportunités de création d’emplois pour les jeunes et les femmes, pour atteindre une plus grande Productivité Globale des Facteurs : L’économie fondée sur la connaissance est cette nouvelle économie dans laquelle la productivité globale des facteurs (PGF) augmente non pas grâce à un accroissement du capital physique (accumulation du capital) mais grâce à une dynamique de création, de valorisation et de diffusion des connaissances ainsi qu’une dynamique de transformation de l’organisation des agents autour de la connaissance et   pour développer l’attractivité de l’économie algérienne: Les nouvelles logiques de délocalisation et d’investissement du capital mondial qui est de plus en plus attiré par les pays susceptibles de fournir un « potentiel humain » non seulement qualifié mais aussi assez spécialisé pour entreprendre des activités d’innovation.
 
2. L’analyse approfondie par pilier
Par piliers, l’évolution 2012 a concerné par ordre d’importance l’Innovation, les TIC, les Incitations et les libertés économiques, l’éducation et les ressources humaines. Dans la tendance des pays de la méditerranée, il est le seul à réaliser des performances positives alors que certains pays ont connu des reculs.  Mais ces avancées positives enregistrées par tous les piliers ont eu une faible incidence sur le rang du pays. Les progrès accomplis ont davantage permis de réduire les écarts importants que le pays a enregistrés en 1995 au niveau de l’Economie du savoir et qui a été possible grâce à la progression de certaines variables.   Nous analyserons dans les sections qui suivent cette évolution pilier par pilier.
Premièrement,  l’éducation et la formation.  Dans l’ES, le système éducatif dans son ensemble est un pilier structurant. Dans la compétition internationale, aujourd’hui plus qu’hier, la qualité des ressources humaines constitue un élément majeur. Elle revêt un caractère stratégique, eu égard aux contours du monde de demain que dessine le processus de mondialisation et de globalisation, déjà en cours, et au rôle moteur que joue, dans ce nouveau contexte, la maîtrise des sciences et des technologies. L‘éducation qui a bénéficié d’une attention accrue de la part des pouvoirs publics, n’a pas pu contribuer à améliorer les indices de l’économie du savoir et ce, pour tous les pays de la région. En 2012, les scores du pilier éducation  est passé à 5,27, l’un des plus élevés au Maghreb devançant la Tunisie (4,55), le Maroc (2, 07) et la Mauritanie (0,71). Ce score dépasse largement le moyenne de la région Mena (3,48) mais restent néanmoins en deçà des pays de la région comme, les Emirats (5,80), Bahreïn (6,67) ou l’Arabie Saoudite. Et de certains pays émergents dont notamment le Brésil (5,61) Afrique du Sud (4,68) Russie (6,79). 
Deuxièmement, l’éducation de base.  Concernant la capacité des systèmes éducatifs et de formation à former un capital «connaissances de base» au niveau des enfants, (6-14 ans), les données publiées montrent (PNUD 2009) que. L’Algérie figure dans la catégorie des pays qui peuvent dans une large mesure garantir à leurs enfants l’acquisition de la capitale connaissance de base nécessaire pour participer pleinement à la société de la connaissance. L’Algérie a pu s’assurer de l’opportunité de créer le capital connaissances adéquat.Comme le note le rapport Arabe (PNUD 2009), les élèves quitteront le cycle de l’éducation de base avec des faiblesses importantes dans les matières fondamentales qui constituent le capital connaissances de base pour : soit quitter le système de l’enseignement fondamental soit pour rejoindre le marché du travail (ceux qui abandonnent) soit pour suivre dans les formations générales ou professionnelle. Comment pourront-ils, avec de pareilles lacunes dans les fondamentaux participer d’une manière effective à la société du savoir ? Il ressort des analyses que malgré les progrès indéniables accomplis par le système éducatif algérien, qui ont permis d’améliorer considérablement le niveau général d’éducation de la population des dysfonctionnements subsistent, notamment dans les performances enregistrées notamment un niveau insuffisant dans les matières scientifiques et mathématiques 
Troisièmement, l’enseignement secondaire général et technique. L’enseignement secondaire général est reconnu comme étant le pallier essentiel pour la formation du capital nécessaire pour bien progresser dans la société de la connaissance. D’inspiration francophone il comporte peu de matières dans le qui donnent à l’élève l’opportunité de découvrir et développer ses propres inclinaisons et capacités. De même, que les programmes ne comportent pas des cours destinés à développer des capacités d’auto-apprentissage comme la recherche de l’information, son analyse et traitement, les capacités de communication, la participation à des collectifs, ainsi que d’autres compétences nécessaires à une participation intelligente et effective à la société du savoir (PNUD 2009).  Bien qu’ayant pris un certain retard, l’enseignement technique a fait d’énormes progrès dans le sens de son extension et renforcement au 21ème siècle. L’enseignement secondaire technique semble être en mesure de fournir les ingrédients nécessaires pour affronter l’économie du savoir. 
Quatrièmement, l’enseignement supérieur.   Dans le cycle supérieur, la situation est encore moins favorable puisque la proportion de la population en âge d’être scolarisée dans le cycle supérieur (20-24 ans) ne dépasse pas 10%. Ceci traduit le taux d’efficience relativement bas du système d’enseignement avec des rejets importants et des échecs. Cela veut dire aussi que les performances du système d’éducation ne sont pas sensibles seulement à la quantité de ressources allouées au secteur annuellement mais aussi à la prudence avec laquelle les fonds sont alloués et gérés à travers le secteur. En Algérie, les dépenses ne sont pas négligeables and relève d’un effort conséquent des Pouvoirs publics. Ils dépensent une moyenne de 21% de leur budget global annuel, un niveau plus élevé que celui des pays en développement et des pays avancés. La majorité de ces dépenses sont cependant des dépenses administratives plutôt que pédagogiques.. Bien qu’elle soit importante, cette part du PIB consacrée à l’éducation reste inférieure à celle de la moyenne des pays de l’OCDE. Pour avoir un indicateur plus juste de l’effort des pays dans l’éducation, il est nécessaire de pondérer les dépenses par le nombre d’élèves et d’étudiants présents dans le système éducatif. Un certain nombre de problèmes persistent qui auront des répercussions sur la capacité de ces pays à relever les défis de l’ES. On peut en lister quelques-uns. Les effectifs inscrits dans les polytechniques et les centre techniques semblent être insuffisants pour satisfaire la demande provenant du marché du travail. Il est constaté une stagnation et déclin des taux brut d’inscription dans les disciplines scientifique au niveau du supérieur. Le taux brut d’inscriptions dans les matières scientifiques au niveau du supérieur est important à déterminer. Il constitue un socle sur lequel l’économie du savoir peut être bâtie. Le ratio représente le pourcentage des étudiants dans les disciplines scientifiques par rapport à la population totale an âge d’être inscrite au niveau supérieur (20-24 ans).  En Algérie, les chiffres déjà anciens montrent un déséquilibre, puisque le taux d’inscription dans les sciences sociales et humaines de 65% est presque le double de celui des sciences exactes et technologie (35%)  Une telle inversion est dictée à la fois par les besoins des différentes sociétés et administrations, mais aussi par l’opportunité de plus en plus grande d’exercer des « fonctions libérales » pour les diplômés des « sciences sociales et humaines ». Cette nouvelle tendance est prévue de s’accentuer d’ici 2015 avant de se stabiliser vers un taux de 70% au-delà. Elle est accentuée par le fait que les emplois à fort contenu scientifique et technologique ne sont pas suffisants notamment dans la R&D, le Management, et ne sont pas valorisés. La relance de la recherche au sein des secteurs productifs, de la production de produits à fort contenu technologique ouvrira de nouvelles perspectives en termes d’emplois et de carrières. Dans les filières professionnelles, le savoir et le savoir-faire sont étroitement associés, mais, contrairement à la médecine et au droit qui ont fortement intégré et mis en œuvre cette association dans les processus de formation et de travail, les professions techniques ont tendance à privilégier la dimension théorique, associée à la connaissance savante, par rapport à la dimension pratique, associée au travail manuel. Les résultats des tests montrent que les instituts supérieurs de formation étudiés ont 50% de taux de réussite dans la dispense de capital connaissances acceptable dans ce domaine, ce qui est insuffisant pour générer une masse critique suffisante de ressources humaines capable de s’engager dans le processus de développement, renouvellement, innovation et d’autres activités qui propulseront la région dans l’économie du savoir. Dans la catégorie d’âge 15-24 ans, les données publiées par le PNUD classent également les pays en quatre catégories par rapport à leur capacité à fournir un capital connaissances suffisant pour les besoins de la société de la connaissance. L’Algérie figure dans la troisième catégorie des pays qui doivent fournir un effort supplémentaire pour créer une masse de jeunes suffisamment équipés en termes de capital connaissance. 
Cinquièmement, la  capacité à retenir les compétences. Le fléau de la fuite des compétences a incité à examiner les gains de compétences (brain gains) à travers les cadres qui reviennent pour s’investir dans leur pays. Leur maintien sur place et leur retour peuvent être un indicateur de la capacité à créer un environnement suffisamment favorable pour occasionner des « gains de compétence ». Cette capacité peut également se mesurer par la capacité d’une économie à retenir ses cadres sur place. Ce phénomène a touché l’Algérie plus que tous les autres pays du Maghreb. L’Algérie est parmi les pays qui a le plus souffert de ce phénomène notamment à la suite de la tragédie nationale. Un nombre important de cadres issus des différents secteurs de la vie économique, sociale et culturelle du pays souvent de manière définitive. Cette perte des années 90 représente l’équivalent de ce qu’ont formé les universités algériennes pendant dix ans Bien que toutes les spécialités soient concernées, les secteurs les plus touchés sont la recherche, la médecine, les nouvelles technologies et, dans une moindre mesure, les hydrocarbures. Les causes sont multiples. Plus sérieux encore, le flux n’a pas l’air de s’arrêter encore moins de se renverser. Ajouté à cela, une autre forme de fuite de compétences en interne qui se traduit par une sous-utilisation, une mauvaise utilisation ou une « mise en jachère » des cadres nationaux présents sur le territoire national. Ces phénomènes sont autant de facteurs de réduction du potentiel connaissances disponible pour l’économie et qui est soustrait à son usage. Des études systématiques sont nécessaires pour cerner d’une manière correcte ce phénomène. 
Sixièmement, l’innovation.  Elément central de l’économie du savoir, l’innovation prend des caractéristiques particulières dans ce contexte. Les mutations de l’économie font que l’innovation, la R&D, l’immatériel ou l’intelligence en quelque sorte, occupent un rôle croissant dans la compétitivité pour les industries de production de biens et services (conception, gestion, marketing…), faisant appel à une adaptation continuelle face aux évolutions technologiques.  En Algérie, tout comme dans beaucoup de pays en développement, elle n’a commencé à faire réellement des préoccupations de décideurs que très récemment. Ce sont en effet les années quatre-vingt-dix qui ont vu une véritable prolifération des institutions chargé de ce dossier au niveau des états mais également des lois qui organisent l’innovation. L’innovation telle qu’on en parle n’est plus seulement technique : l’innovation de service, l’innovation de procédé, l’innovation par l’usage, l’innovation sociale, l’innovation incrémentale et de rupture... forment autant de facettes que les recherches et les pratiques ont explorées ces dernières années.  Les chiffres montrent que les investissements en R&D par rapport au PIB ont fait des progrès notables dans la sous-région et notamment en Tunisie, Maroc, Algérie et Egypte où les 1% sont atteints voire même dépassées. Les chiffres montrent que les investissements en R&D par rapport au PIB ont fait des progrès notables en Algérie de 0,20% du PIB les années 80, et 90 à 0,7% à l’heure actuelle. Cependant, par rapport aux pays émergents comme la Malaisie ou le Brésil et les pays avancés, elle traine derrière. Ceci est d’autant plus important à signaler que de par l’ouverture de ces pays par le biais des accords de libre échange et de la mondialisation ils sont appelés à affronter une compétition fondée de plus en plus sur l’innovation.  Le classement du l’INSEAD en 2011 l’Algérie sur le Global Innovation Index (GII) nous ont rappelé d’une manière brutale à la réalité : l’Algérie ayant été classée à la dernière place sur 124 pays répertoriés.  En termes de performances, les données montrent des résultats relativement décevants surtout si l’on prend en considération les brevets déposés par les résidents. Concernant les dépôts de brevets par voie nationale. Le nombre total de brevets déposé dans la période 1983/2006 a atteint 6298, dont 5699 soit 91% environ ont été le fait de non-résidents étrangers de firmes soucieuses de protéger leurs propriété industrielle en Algérie. Ils viennent globalement du Japon, des Etats Unies et de la France. Les brevets pour les non-résidents restent encore relativement faibles : ils ont atteint 2313 brevets soit moins de 50% des dépôts de brevets montre des faiblesses au niveau de l’institution de protection de la propriété intellectuelle (INAPI) dont les procédures lourdes et la lenteur peuvent constituer des obstacles importants pour l’activité brevets.  Un examen rapide des chiffres montre qu’environ 800 brevets sont déposés chaque année, la plupart (90%) sont des extensions au territoire algérien de brevets déposés auparavant par les acteurs d’autres pays. Les résidents ont déposé un total de 597 brevets durant la même période. Le dispositif actuel n’est pas approprié aux besoins de l’entreprise industrielle et qu’il n’est pas possible de préconiser un système national d’innovation sur la base de ce dispositif, ce qui ne servirait pas l’industrie. Les principaux manques observés étant l’absence de CTI en support technologique, l’absence d’interfaces permettant de faire le lien entre les entreprises et les acteurs d’accompagnement de la R&D, le manque d’instruments de financement adaptés aux projets d’innovation de l’industrie. C’est un dispositif fortement axé sur la valorisation des résultats des travaux de la recherche académique, ce qui constitue un cas d’exception, alors que la plupart des pays qui favorisent l’innovation s’appuient certes sur la recherche mais en premier lieu sur l’entreprise industrielle et les besoins du monde économique. Ajouté à cela, on peut également mentionner le caractère dominant de l’entreprise familiale : prêt de 85% des entreprises à caractère familiale et l’absence de culture de l’innovation.
 
3.-L ’Algérie recèle  des  potentialités du pays en matière d’économie du savoir.
 
 Après une période de forte croissance économique   qui a amélioré de manière significative le niveau de vie de la population et fait reculer la pauvreté, l’économie du pays a connu dans les années 80 une crise sévère nécessitant des réformes structurelles avec des répercussions négatives sur les populations. Compte tenu du contexte politique et sécuritaire de l’époque, ces réformes ont été appliquées à des rythmes et des degrés différents selon les secteurs, en particulier ceux directement liés aux conditions de vie des populations. Les stratégies en cours depuis une décennie ont pour objectifs de corriger ces insuffisances tout en assurant la transition de l’économie administrée, contrôlée par l’Etat, vers un système plus ouvert et reposant davantage sur les règles du marché.  La stabilité macroéconomique semble se rétablir, favorisée par l’augmentation des cours du pétrole ; la reprise de la croissance économique  a permis de réduire le taux de chômage et a commencé à se traduire par une amélioration du niveau de vie des populations.  L’ES ouvre de nouvelles perspectives du fait des potentialités réelles en la matière. Comme il a été souligné par ailleurs, l'Algérie est le pays de la région Afrique du Nord qui recèle aujourd’hui les plus larges possibilités de diversifier les déterminants de sa croissance. Une « Windows opportunity » offerte par les revenus des hydrocarbures. C’est en effet une occasion historique de convertir ces revenus de rente en « capitaux cognitifs » c'est-à-dire ceux de la connaissance, dont l’apport pour la croissance n’est plus à démontrer. La disponibilité de ces ressources offre l’occasion de diversification dans des filières à haute teneur en savoir et en savoir-faire. Dressons le constat à huit niveaux: 
Premièrement, un important potentiel offert par le secteur des services : le secteur des services hors TIC recèle un potentiel de croissance absolument phénoménal et qu’il s’agit de capturer et de valoriser. Ces domaines concernent une multiplicité de services : le conseil en gestion, les études de marché, le marketing, la communication, l’audit et le conseil, les études de réduction de coût, la R&D, la maintenance, la veille, tous, des services relativement peu développés en Algérie. 
Deuxièmement, un immense potentiel de savoirs tacites mobilisables : de véritables «gisements » de connaissances susceptibles d’être valorisées existent. Ils sont à chercher en plusieurs lieux : l'industrie, les hydrocarbures, les services, le monde rural. Il existe dans la plupart des entreprises et notamment les EPE des "gisements de productivité" très importants, souvent peu consommateurs de capitaux. 
Troisièmement, une prédisposition des pouvoirs publics à investir dans les domaines de la connaissance. Ceci est vrai pour le domaine de l’éducation et de la formation porté par les réformes actuelles, dans le domaine de la recherche et l’innovation aussi, puisque l’objectif d’arriver à 1% du PIB en 2010 consacrés à la recherche scientifique et le développement et technologique a été retenu.  
Quatrièmement, une population jeune et tournée vers le progrès technique et le savoir. La population globale atteindra 44 millions d’ici 2020 dont presque la moitié sera concentrée au Nord du pays. Ceci se traduira par une explosion des besoins économiques et sociaux, auxquels le régime de croissance actuel n’est pas en mesure de répondre. De plus, la demande en produits dont le contenu en connaissance est élevé va augmenter. Et c’est en R&D, en TIC, en savoir, en services et en biens immatériels que les besoins seront de plus de plus élevés. L’offre domestique devra être à la hauteur de cette demande pour ne pas entrer dans un nouveau cycle de dépendance fondée sur une division internationale cognitive du travail. 
Cinquièmement, un potentiel de chercheurs non négligeable à mobiliser. Sur le nombre total d’enseignants (27 500) et de chercheurs permanents (1 500), seuls 50% environ (11 484) activent dans la recherche scientifique. Ce rapport est très éloigné des normes internationales (plus de 80%). Cependant en termes de nombre de chercheurs mobilisables si les conditions adéquates sont mises en œuvre, l’Algérie se classe parmi les pays du Sud de l’Europe, d’où la nécessité de mobiliser et de mettre en jeux des mesures incitatives et une amélioration de l’environnement de la recherche que l’EFC exige et qu’elle peut mieux permettre de valoriser. Prêt de 50% des chercheurs sont dans les disciplines scientifiques et technologiques, ce qui est un atout non négligeable pour l’innovation technologique. 
Sixièmement, une propension réelle à se former en continu en dehors de circuits conventionnels. Les chiffres montrent une augmentation croissante des effectifs de la formation continue : une augmentation de 50% en l’espace de 8 années. Ceci constitue une bonne base pour la mise en place d’une politique de la formation tout au long de la vie. Le « long life Learning » qui est devenu incontournable dans cette nouvelle économie de la connaissance est également une garantie contre le risque d’obsolescence des savoirs, du capital humain et un outil de compétitivité. Les économies les plus compétitives, comme celles des pays scandinaves sont en effet des économies où une forte capacité à renouveler les connaissances a été développée. 
Septièmement, un potentiel de « gain de compétences » important. Paradoxalement l’Algérie étant parmi les pays qui ont le plus perdu de compétences,  à des périodes différentes et pour des raisons différentes, est aussi celle qui peut le mieux profiter de cette masse de compétences en provoquant un flux de compétences et de connaissances permanents en direction du pays.  Les gains de compétences (brain gains) s’inscrivent pleinement dans la stratégie de l’ES, pour laquelle les frontières des connaissances et des compétences sont bien plus vastes des frontières géographiques. Ceci se fera à travers les cadres qui reviennent pour s’investir dans leur pays et des entrepreneurs ayant déjà largement investi les domaines à fort contenu en connaissance  (électronique, informatique, pharmacie, aérospatiale etc.).  
Huitièmement, des perspectives de production d’avantages comparatifs fondés sur la connaissance. De nouvelles bases d’avantages comparatifs émergent : elles sont fondées sur la connaissance dans des filières où des savoirs locaux traditionnels ou une expérience de savoir tacite est accumulée. Il est important ici aussi de se poser la question de la mobilisation du capital intellectuel et l’identification des pôles d’accumulation de connaissance. Les avantages comparatifs industriels vont dépendre dans une large mesure de l’accumulation technologique et des savoir-faire dans les différents secteurs. Il faut ici ajouter que les savoirs tacites, accumulés dans les différentes branches et les différentes entreprises du secteur public, sont une réalité peu connue du fait d’un nombre limité d’études et d’investigation des processus technologiques en cours. En Algérie, de multiples exemples existent çà et là d’accumulation technologique significative, pouvant servir de base à une stratégie offensive de positionnement avantageux sur des « niches » défendables au niveau du marché mondial. Hors du secteur des hydrocarbures, il y a des exemples dans les constructions métalliques, dans la pharmacie etc. À l'ère de l'économie du savoir, les connaissances, de par leur valeur stratégique, ont plus que jamais un impact sur la performance des organisations. Ces nœuds d’accumulation technologique viables pour lesquels un investissement additionnel est suffisant en termes de management de l’innovation de renouvellement de la connaissance et de mise en place des services nécessaires à la valorisation technologique, permettront d’entrer résolument dans la compétition. Ils existent également dans le secteur privé : industrie agro-alimentaire, textile, industrie plastique et polymères etc. même si l’accès à l’information est encore beaucoup plus difficile.  Ces quelques éléments éparses  ont tenté de mettre en exergue les raisons de l’adoption d’une démarche ES en Algérie.
4.-   Quelles perspectives ?
Au début de ce XXIème siècle, le pétrole et le gaz naturel offre de nouveau à notre pays des chances aussi considérables que les défis et les dangers devant lesquels ils le placent. Sa mission essentielle consiste à utiliser ces revenus pour accompagner et consolider l’essor d’une économie forte et durable, tournée vers l’innovation et la compétitivité, seule garante d’une prospérité et d’une solidarité au service de tous.  Le passage à un nouveau régime de croissance tiré par le savoir et l’innovation, diversifié, suffisamment souple pour absorber les chocs, et PGF plus importante est nécessaire et réalisable. C’est ce régime que permet l’ES qui présente de sérieux atouts face à une orientation mondiale confirmée dans ce sens. La « Windows opportunity » offerte par les revenus des hydrocarbures doit être saisie pour convertir massivement les atouts de l’économie en actifs productifs de l’économie du savoir et aller résolument vers la production d’avantages comparatifs fondés sur la connaissance avec de réelles perspectives de création « d’avantage ES sur des niches ».  Les résultats enregistrés par le pays en 2012 dans les domaines de l’économie du savoir ne semblent pas cadrer avec les options adoptés en matière d’industrialisation et les moyens mobilisés pour l’appareil d’éducation, de formation, de l’enseignement supérieur et la recherche scientifique.  Si les faibles performances des années 90 étaient compréhensibles vu le contexte particulier caractérisé par la mise en œuvre du programme d’ajustement structurel (1994-1998) ; la tragédie nationale et autres, les années suivantes de la reprise en main de la sphère économique et politique et vu l’importance de la rente pétrolière donnait amplement l’opportunité de faire un bond en avant important dans l’ES.   Au vu des résultats de 2012, le pays est, certes en train de rattraper le retard et l’écart entre les pays voisins dans ce domaine se réduit. Le processus a néanmoins besoin d’une évaluation pointue, pour introduire des correctifs au niveau des différents piliers pour engager un processus auto entre tenu d’accumulation et de valorisation des savoirs.  Cependant, l’Algérie possède de formidables atouts qui devraient lui permettre de prétendre à un meilleur positionnement dans l’échelle su savoir. Les exemples d’application réussie, existent ici et là montrent que c’est réalisable malgré les faiblesses facilement surmontables avec une bonne gouvernance du processus, mais ils restent encore peu nombreux. Faisons quatre observations : 
Premièrement, l’école Algérienne produit pour l’instant un éventail de compétences qui ne sont pas toujours adaptées et n’a pas encore atteint le niveau quantitatif et qualitatif du capital humain apte à faire émerger une ES. 
Deuxièmement,  la qualité de l’éducation est encore trop faible pour que la scolarisation puisse contribuer à la croissance et à la productivité.
Troisièmement,  l’Ecole Algérienne doit contribuer fortement à faire émerger l’économie du savoir dans le processus de développement.
Quatrièmement, la  compétitivité dépend des entreprises qui emploient une main d’œuvre éduquée, qualifiée au plan technique et capable d’assimiler des technologies nouvelles. 
Cinquièmement, le système de formation professionnelle a tendance à constituer une voie sans issue pour les apprenants qui ne trouvent pas à s’employer par défaut de qualifications requises par l’économie, alors que même celle-ci ne fonctionne pas encore à forte dose de savoir. 
Sixièmement, il  y a actuellement un taux d’abandon trop élevé qui limité la capacité à développer les niveaux d’enseignement post-obligatoires. 
Septièmement, les  méthodes pédagogiques sont en retard : -niveau faible de la majorité du corps enseignant notamment dans le primaire ; les cursus et livres scolaires sont développés de manière centralisée pour s’assurer que l’enseignement est identique pour un niveau donné ; les maths, les sciences et la technologie, sont minoritaires dans la liste des formations et des enseignements dispensées ; les écoles publiques ne disposent pas suffisamment d’autonomie et ne peuvent pas proposer un système de récompenses aux enseignants ou aux écoles les plus performants  et  dans l’enseignement supérieur la présence de grandes écoles spécialisées et dispensant une formation qualifiante est trop faible pour ne pas dire insignifiante. Les bons résultats du système éducatif dépendent de trois (03) paramètres qui font défaut dans le système Algérien et que les réformes en cours, ont pour ambition de mettre en œuvre : premièrement, la méthode pédagogique moderne et la bonne qualité des enseignants ; deuxièmement, les incitations et récompenses aux enseignants et aux écoles les plus performants et troisièmement, l’implication des parents d’élèves et du mouvement associatif qui jouent le rôle de (« vigies »).
 
5.-Au vu de cette brève étude, nous recommandons les dix   actions suivantes qui peuvent être appliquées à court terme et à moyen terme.
1.-L’élaboration en urgence d’une stratégie et une « Vision Algérie » de son insertion avantageuse dans l’économie du savoir. 2.- L’organisation de la 2ème Conférence Nationale sur l’Economie du savoir. La première a eu lieu à Mostaganem en 2006. 3.- La formation d’une équipe de véritables compétences directement liée au Premier Ministère sur le dossier « Economie du Savoir et de l’Innovation » pour nourrir les décisions au plus haut niveau 4.-L’implication des territoires et des villes dans le lancement de plan régionaux et locaux de l’économie du savoir. 5.-La mise en place d’un observatoire pour le suivi de l’insertion du pays dans l’économie du savoir. 6.-L’introduction dans les cursus d’enseignement de matières liées à la mobilisation et la gestion du savoir « knowledge management ». 7.-Le financement d’équipe et de projets de recherche dans ce domaine pour produire une mouture algérienne de l’application de ces outils et la production d’autres. 8.-La-mise en place de cas de réussites au niveau des entreprises et des territoires et villes surtout en Algérie et diffusion massive. 9.-L’élaboration d’une stratégie de communication pour imbiber l’économie et la société des atouts et contraintes de cette économie. 10.-La mise  en place d’une stratégie pour impliquer massivement les compétences algériennes pour l’accélération de l’insertion plus rapide et plus approfondie dans cette économie.
 
Professeur d’économie  où il a enseigné l’économie et le Management pendant plus de 20 années, il est en poste à l’heure actuelle à la faculté de Sciences Economiques et Sociales de l’université de Lille1 (USTL). Il a fondé la première unité de recherche en Algérie sur les questions de transfert de technologie affiliée au CREAD (Centre de Recherche en Economie Appliquée). Il a lancé en 1994 le 1er réseau de recherche sur la Science et la Technologie dans le développement du Maghreb (MAGHTECH) dont il est le coordinateur et qui regroupe des chercheurs de tout le Maghreb. Il est membre du Jury international pour les Villes de la Connaissance (MAKCI) et l’un des vice-présidents et membres du Comité Scientifique du réseau mondial GLOBELICS. Il a publié plus d’une centaine d’articles sur ces questions dans les revues internationales et plusieurs ouvrages en Français et en Anglais dont le premier ouvrage sur l’Economie de la Connaissance en Algérie (Dar el Adib 2006). Le dernier ouvrage paru en 2013 aux Editions Springer (New York – 438 pages) qu’il a co-édité avec Thomas Andersson s’intitule « The Real Issues in the Middle East and the Arab Spring : Adressing Research, Innovation and entrepreneurship » Il a été consultant et expert international auprès de plusieurs organisations internationales dont la Commission Economique pour l’Afrique (ONU CEA), l’ESCWA, l’Unesco et l’institut de la Banque Mondiale et des organismes nationaux dont le CNES et plusieurs ministères. Il est titulaire d’un Doctorat (PhD) de l’Université de Bath (GB).
 

Par Professeur Abdelkader DJEFLAT Université Lille/ France
Dimanche 2 Août 2015 - 20:36
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ACTUALITÉ
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