REFLEXION

Dans les marges de la Nouba

Bénis soient les oublieux, car ils l’emportent même sur leurs bévues ( F. Nietzsche, Au-delà du Bien et du Mal )



Dans les marges de la Nouba
L’ évènement  « Nouba  ,hommage  aux  maîtres »  organisé  il y  a  quelques  mois à Tlemcen «Capitale de  la culture  islamique » , n’aura  pas  répondu  hélas à  l’attente  des  nombreux  mélomanes  mostaganémois . Et pour cause . Certains  « parangons »  de  la  culture , n’ont  pas  jugé  utile  d’inclure  dans cette  cérémonie , Hadj Ahmed  Moulay  Benkrizi  ,  l’icône mostaganémoise  de la musique  andalouse .
Faudra t-il  avouer que cette mise à  l’écart nous aura  tout  autant  offusquée que déconcertée ? Sidéré  par cette  inconvenance, l’on s’était  alors  posé  la  question  : pouvait-on  honnêtement  programmer un  tel  évènement  en «oubliant » d’y  intégrer un cheikh de  la carrure du maître mostaganémois, connu pour avoir été  un formateur  dévoué  dont  le  prodigieux  parcours ressemble  à  bien des  égards  à  une  véritable  épopée ? Car  par-delà  le rêve qui  irise  le regard  et  par-delà  la  passion qui  fait  frémir  le cœur  , cette  aventure de l’andalou  qui  tiendra  en  haleine  Hadj  Moulay  et  une poignée  d’ingénus  mélomanes   tout  aussi  rêveurs  , tenait  bien  assurément  de  l’épopée , épopée  dont  se  souvient  encore  Mostaganem  .
C’est  en  1967(*) que s’ébranlera  vers  les sommets  féeriques des  Noubate éternelles , cette  grisante  et  mémorable  expédition  portée  tout  feu  tout  flamme  par  un  quatuor  «farouchement  andalou » ,  mené  par un  « Sherpa » au  grand cœur : Hadj  Bouzidi  Benslimane. C’est  cet  homme  providentiel  doublé  d’un  fervent  mélomane qui  sera  en  effet  à la fois  l’initiateur  et  le  catalyseur de cette  merveilleuse  aventure  , après avoir  longtemps  « gambergé » cette  idée quelque  peu  chimérique - mais à laquelle il croyait mordicus - de créer  une  section  de  musique  andalouse  à  Mostaganem . Cette  idée  prendra  corps  quand  le  destin   réunira  des  « enfiévrés » de la  Nouba  qu’ étaient  Hadj  Bouzidi  Benslimane , Hadj  Moulay  Benkrizi , Benyahia  Benyahia  et  Ismet  Benkritly . Et  ce rêve sera  matérialisé par  la  création  ,durant  cette  même  année,  de  la  SMACC ( Section de  Musique  Andalouse du  Cercle du Croissant) , laquelle  constituera  une première  étape dans  un  itinéraire  qui s’annonçait  dors et déjà  ô combien  palpitant . Hadj  Moulay  alors  frais émoulu   d’« El Djazairia-El  Moussilia » , sera  tout  naturellement  appelé  , du  fait  de  sa  maîtrise  des arcanes de  la  Nouba  et  en  sa qualité  de  musicien  accompli , à  prendre  en   charge  cette  toute  nouvelle section  musicale  dont  il  sera  la cheville  ouvrière  et  bien évidemment ,  le  professeur   et  le maestro  attitré .
L’ extraordinaire engouement  que  porteront  les mélomanes  mostaganémois  à  cette  pimpante  section   est  tel , qu’il  encouragera  les responsables  ,  à  chercher comment  consolider  cette  Nouba  toute  frémissante.  Manifestement aiguillonné par  cette  première réussite  et  l’expérience  aidant, notre groupe  auquel  se joindront  avec  beaucoup  d’enthousiasme , notables, artistes  et  autres  mélomanes  , caressera   désormais  l’ambition  de  passer de  la  modeste « section » à  une véritable  «association » de  musique andalouse  qui  puisse  dignement  représenter  la ville de  Mostaganem  , cette belle cité des  Arts .Et c’est  dans  cette  optique  que  sera  fondé  en  décembre 1972 ,  avec  la « bénédiction agissante »  des  vétérans  du  « Cercle » , le prestigieux « Nadi El  Hillal Ettaqafi »  et  dans  la  foulée ,   la  première  école  de  musique  andalouse où  pendant  de  longues années , Hadj  Moulay  Benkrizi  s’y  investira  à  corps  perdu, donnant  toute  la  plénitude  de  son  art , puisqu’il  sera  à  la  fois  l’éducateur, le superbe formateur  et  le père prodigue qui dispensera  avec  une admirable abnégation et  une  générosité débordante  ,l’héritage  de Zyriab à  plusieurs  générations  d’élèves musiciens.
C’est donc avec une  ardeur soutenue  que Hadj  Moulay   poursuivra  obstinément  son  rêve, ce qui  lui permettra  de  transcender  maints  aléas  et  maintes  incertitudes .Et  la  réussite , on le devine , fut  longue à  se  dessiner . Elle ne  fut  palpable  en effet  , qu’après  des  années  d’un  effort sublime , qui continue  encore aujourd’hui  de  susciter  dans  l’aréopage  mostaganémois, une  fascination  mêlée  à  une  profonde admiration.  Et  au  final  , c’est grâce à cette  exaltante épopée  que  la  Nouba s’en  trouvera  définitivement  enracinée dans cette  terre  féconde  d’où  bourgeonnera  , peu de  temps  après ,  une  belle gerbe  d’associations qui  font  présentement  le  bonheur  de  nombreux mélomanes.
Cette  formidable  épopée pouvait-elle « rêver » d’une aussi  belle apothéose ?
En  tout  cas , le bouquet  est  bien  beau  Monsieur  Moulay !    
Alors, devant  cet  « oubli »   à  tout  le  moins surprenant , nous  avions voulu comprendre – quoique  l’ oraison  soit  déjà  faite -  le pourquoi  du comment  de  cette  intrigante éviction qui  toucha même  par  un  pernicieux  ricochet, la  fringante  association «  Ibnou  Badja » - dont  le  ci-devant  maître  est  le  président  d’ honneur - et  qui  fut  elle  aussi  tout  bonnement « laissée  sur le carreau» par  la commission  hôte .
Et  si  les  «commissions» sont  libres d’inviter  ou de  boycotter   qui  elles  veulent  selon  le  sacro-saint « charbonnier est  maître  chez  soi » , libre à  nous  alors de   répondre  à  ce que nous continuons  de  qualifier  ici  comme  étant  un véritable  déni. Toutefois  et  en  dépit  de  cette indélicatesse qui  frise l’irrévérence , la réponse  à  cette « omission » qui avait soulevé  ,en s’en serait douté ,un  tollé dans  le microcosme  mostaganémois,  sera  faite  avec  notre  pondération  coutumière , sans  nous hasarder - par  fidélité  à  notre culture - dans  les  bas-fonds  glauques de  l’invective et  du dénigrement .
Et comme un maître  qui porte  des appréciations dans  les  marges d’un  cahier d’écolier , nous  porterons nous aussi ces quelques  observations  dans la  marge  de cette  manifestation  ,dont  la raison  d’être  était  pourtant de rassembler et d’honorer  tous  nos chouyoukh  sans exclusive - du moins le croyions nous  - noble initiative  qui  ne  pouvait  qu’avoir notre plein assentiment  et  notre totale adhésion . Last but  not  least . Cette fête  n’aura  pas  été ,  déférence gardée  envers  tous  nos maîtres , à  la mesure de nos  espérances . Et ceci  est  bien  regrettable  car  tout  bien  considéré ,nous  pensions béatement  que cette  fête  était  aussi  la nôtre. Mais en  grands  seigneurs , nous aurons  la  magnanimité  de contourner cette inélégance, pour aller féliciter  tous nos  maîtres  consacrés  lors  de  cette cérémonie  « nouba  , hommage aux maîtres». 
Et  afin  que  le  lecteur  sache  de  quoi  il  retourne  , rejoignons  sans  plus tarder  la  vieille  cité  d’ El  Eubbad .
 
La  vieille  cité   d’ El Eubad  ,  d’ El Ourit  et  du  Méchouar  ,  Tlemcen , la ville   d’art ,  d’ histoire  et  berceau  de  la  musique  andalouse  , a  connu pendant  ces  derniers  mois  des  manifestations  culturelles  de  premier  ordre  .
La  belle  cité  des  Zianides  , élue  capitale  de  la  culture  islamique  pour  l’année  2011 , s’était  drapée  pour cette  heureuse  circonstance , de  ses plus  beaux  atours  et  le  programme  qu’elle  avait  élaboré  fut  à  la  hauteur de  son  prestige , donnant  à  voir  de magnifiques  palettes  d’une  fresque  éclatante , dont  le  moins  que  l’ on puisse  dire  , est  qu’elle  a  illuminé  notre  ciel  de  ses  plus belles couleurs. Cette heureuse opportunité  a permis  à l’Art  de  s’exprimer  dans  toute  sa  plénitude  au grand  bonheur  de  nombreux  artistes  et  férus  de  culture. Décidément  , Tlemcen  -  et c’est  devenu une  tradition  bien  ancrée - nous en  a  mis  plein  la  vue , nous  offrant  un menu  aussi  alléchant  que  consistant : théâtre, cinéma , poésie, chorégraphie , arts  plastiques  , musique  andalouse  et  tout notre  riche patrimoine  matériel  et  immatériel   étaient  conviés  à  cette  superbe  noce  , sans  oublier  bien  sûr -et c’est  là  à  notre  avis le  point  d’ orgue - la série des hommages  consacrés  à  quelques uns  de nos  illustres  hommes  de  culture , véritables  figures  de  proue  de  cette  grandiose  épopée   de  l’Art .
Et dans  le cadre de  cette belle  initiative  , nous  avions  suivi  avec  grand  intérêt  et  hautement  apprécié  ,l’hommage  qu’elle  a  tenu  à  rendre  à  nos  vénérés  maîtres de la  musique  andalouse  dont  quelques  uns  ne sont  plus  hélas de  ce  monde , emportant  dans leur  dernier  asile , comme  c’est  malheureusement souvent  le  cas , d’ appréciables  pans  d’un  inestimable  trésor. Ainsi , quelques  figures  emblématiques des  trois  écoles, augustes  disparus  ou ceux encore  qui continuent - comme  d’infatigables  arpenteurs  de  la  nouba - de nous entourer généreusement  de  leur immense connaissance accumulée une vie durant  , ont  en effet reçu  les égards  et  la considération  qu’ils méritaient . Mais bien que célébrée  assez tardivement - mieux vaut  tard que jamais  dira  le sage - cette reconnaissance est  à marquer  néanmoins  d’une  pierre  blanche  et  restera  , à non point  douter , gravée  dans  les  annales  comme étant  la  quintessence  et  l’évènement  phare de  ce  grand  rassemblement  culturel que la  ville de  Sidi Boumediène  a eu le privilège d’ abriter. Le vœu longtemps  formulé et «stoïquement » espéré  par  les nombreux  artistes et mélomanes venait d’être  enfin  exaucé .Merci Tlemcen  d’avoir auréolé  cette  fête  d’un moment  aussi inoubliable  ,en  célébrant  quelques uns  de  nos  illustres  machaïkhes  et  quelques distingués chercheurs, dont  le  travail colossal  pour la préservation et  la  transmission  de  ce  legs  andalou  ne  cessera  jamais d’être assez  souligné  ni assez souvent  rappelé, afin que les nouvelles  générations puissent  s’imprégner de cette  école de  l’abnégation  et  mesurer un tant  soit  peu , l’effort  titanesque  accompli  par  leurs  illustres  prédécesseurs  .
Car encore  une  fois  , c’est  grâce  à  la  magnifique  prodigalité  de  ces  hommes  d’ exception , à  leur  dévouement  et  parfois  aussi à leur pugnacité , que l’héritage de Zyrieb  ait  pu éviter  les  déperditions, voire  même  le naufrage et les  abysses  de  l’oubli . Et  si  dans le  passé , il  y  avait  comme à  Tlemcen  , des familles  d’artistes  toutes  vouées à  la  sauvegarde  et à la diffusion des  merveilles  du tarab  el andaloussi  (les Bensari, Bekhchi  , Aboura , Belkhodja , Dib …) , ce  sont  aujourd’hui , Dieu  merci , les associations  de  musique andalouse - qui constellent depuis peu de  larges  franges du  territoire national- qui en sont  les légataires attitrées  , continuant par esprit  d’émulation ou par l’entremise  de festivals  institutionnalisés  par le ministère de  tutelle  , à  en perpétuer la  mémoire  avec , faut-il  le  souligner , une admirable  ténacité  et  souvent aussi  avec  beaucoup  de réussite .
Cette  musique  arabo-andalouse  parvenue jusqu’à  nous comme  on le  sait  , par le miracle  de  la  transmission  orale , continue  encore  aujourd’hui  par une alchimie  dont  elle a  le secret , de  re-créer dans les tréfonds  de l’âme,  dés  les premiers frémissements de l’archet et  des premières  caresses  du  plectre , un émerveillement   toujours recommencé , suscité  par  de  langoureuses  et  chatoyantes  variations , vestiges  o combien vivants  de  l’âge  d’or  de Qortoba  (Cordoue), Ishbilia (Séville)  , Gharnata (Grenade), ces  fragments  d’Eden , ces écrins  de  la Nouba   d’avant  les  « hauts  faits »  de la reconquista   et  la cruauté d’une  inquisition  de  sinistre  mémoire , décrétée  ,  bénie  et absoute  par la  toute  omnipotente  église  catholique  .Ainsi donc ,  le fanatisme   et  la  barbarie  unis  sous  la bannière  d’un  christianisme devenu  inquisiteur , iront  « sacraliser » la terreur et  la  dévastation , exterminant  avec « bonne  conscience »  les derniers  îlots  de  lumière  de  l’Andalousie  et  anéantissant  des siècles de  raffinement .
Fuyant les  supplices  de  la  persécution  ,arrachés  à  leur  patrie et  jetés sur  les  chemins de  l’ exode , nombre  de  rescapés  parviendront   après une  éprouvante  traversée à  atteindre  les rives  du Maghreb  où  ils trouveront  refuge  et sécurité.
 
Et dans leur dure  et périlleuse  retraite  , ces  déracinés  emporteront  avec eux  ,par instinct  de survie , une mémoire , un  patrimoine multi-séculaire  et  des pans  entiers  d’une  civilisation arabo-judéo-andalouse  qui aura rayonné  pendant  des  siècles  ,sur  tout  le  bassin méditerranéen  et  éclaboussé de sa lumière ,  une Europe médiévale  grelottante  , plongée  dans les  abîmes de  l’obscurantisme   et  livrée  au  charlatanisme  et  à  la chasse  aux  sorcières.  
Une  déchirante  complainte  composée  en  terre maghrébine , viendra rappeler            plus  tard  les souffrances  de  ces  rescapés  et  graver  pour l’éternité  cette poignante  détresse  et  ce  douloureux  exil , amère  et  oppressante mélopée  qui  laissera couler au fil  des siècles ,son intarissable fiel « ya assafi  âla ma madha »
 
 
Nous  avions  souligné   dans  l’ article  précédent  , notre  intérêt  pour  la  « belle série  des hommages »  que Tlemcen  « capitale  de  la  culture  islamique »  avait  réservé  aux   grandes   figures  de  la  musique  andalouse  . Nous  nous  attellerons   dans cette  suite  , à  exposer  les raisons  qui  nous   ont  incité  à  écrire  cet  article . Et  c’est  dans  la  marge   de  cette  « Nouba  , hommage  aux  maîtres »  que  nous  consignerons   ces  quelques  réflexions .
 
Le  rideau  qui  vient  de  tomber sur  le grand  évènement  « Nouba , hommage  aux  maîtres » aura laissé  toutefois, comme  une  pointe  de  désenchantement  à  Mostaganem  car  en  effet son  seul  et unique  maître , Hadj Moulay-Ahmed  Benkrizi  en l’ occurrence , n’eut  pas  droit  au  même  honneur sans que l’on ne  sache trop  bien pourquoi  .C’est  ce  qui  fera dire aux mélomanes  mostaganémois et sur un  ton  on  ne  peut  plus  sentencieux , qu’« il  y  avait  comme  une  fausse  note dans  cette   suite  symphonique » .Cet  état  de  fait  a  donc donné  lieu ,du  côté  de  la  cité de  Sidi  Benhaoua  , à diverses  interprétations  et  à  de  nombreuses  supputations. Et  ce  n’est  point  ergoter  ni  tomber dans  une  polémique  de  mauvais  aloi que  d’ essayer  de s’expliquer  les raisons  de  cet  « oubli » (  si s’en  est  un )  qui  aura  suscité   parmi  l’aréopage  mostaganémois ,  un regret  teinté  d’ amertume  , entraînant  dans  son sillage  un  tourbillon  d’interrogations  parmi  lesquelles  , cette  question liminaire  qui  nous  a longuement turlupinée :  aurait-il fallu pour  être « nominé »  que  le  nom de  Hadj Moulay  figurât au  préalable  dans le  hit  des (ex) interprètes  de la  nouba ? Car  c’est   la  nette impression que  nous  avions  ressenti  lorsque  nous  nous sommes  mis  à  compulser  le  listing  concocté  pour  la  circonstance  et   à  éplucher  les   correspondances  et  autres  pages  spéciales  des  médias, où  hormis une bien  maigrichonne  poignée  de  chercheurs , le reste  du  palmarès  regorgeait  d’une kyrielle  d’ anciennes  gloires du tarab el  andaloussi  .Mais là  encore  , en  nous  attardant  sur  ces  illustres  noms  , une  autre  surprise  nous  attendait.
 
En effet  ,ce fameux  « répertoire »  censé  inclure   les  ténors  des  trois styles  , n’aura  fait  en  gros que  battre  le  rappel  des adeptes  d’une certaine école , jamais  « oubliés »  et bien souvent  portés  au  pinacle  .L’on  comprendra  en conséquence, que  dans  le respectable  carrousel  , il  n’y  eut  point  de  place  pour notre  ci-devant  maître . Bref ! passons…Tlemcen  , bastion  reconnu et  respecté  de  la  musique andalouse aurait-elle  succombé  à  un  péché  mignon ?  Pour  de  nombreux  mélomanes, il  ne  devrait  pas  y  avoir de prétendue  prépondérance d’une école sur  telle  autre, car à  chacune  ses  spécificités  et  les  « différences » devraient être  considérées comme  une  richesse  plutôt  que  comme  une  aléatoire  échelle de  valeur, somme  toute  bien  hasardeuse  et  dont  certains  seraient  tentés d’ en arborer  l’oriflamme. Mais entendons  nous  bien . Que l’ on  fasse  honneur  à l’auguste  procession  des  interprètes de  la  chanson  gharnati , nul  ne peut  en disconvenir  et  nous avions même  été  les  premiers à  applaudir cette   belle initiative  , mais  là  où  le  bât  blesse , c’est  lorsqu’on  «oublie » de  rendre  le même hommage  à  ces authentiques maîtres  de  la  nouba , à  ces pédagogues  et  à  ces professeurs émérites  dont  toute  la  vie  fût  vouée à  la  formation  de générations entières  de  musiciens   auxquels  ils  tenteront  de  transmettre  , patiemment  , généreusement  et  au  prix  d’un  travail  acharné ,  un  inestimable   héritage.  
Alors  exit  ces  formateurs  de  l’ ombre  qui ,  comme Hadj  Moulay   ont  toujours travaillé  loin  des  feux  de  la  rampe  et  du  « microsillon » pour  préparer  la relève et  les  virtuoses  de demain ? Pour  notre  part  et  eu  égard à  ce  qui  précède, nous  aurons  la   faiblesse  ( ou la  naïveté ) de  croire  qu’il  ne  s’agit  nullement   de  querelles  de  clochers  et  encore moins – concernant  Si  Moulay-  d’une  mise en  quarantaine « ostensiblement »  décrétée  par quelques  « tâcherons »  de la  culture.
En  fait  , cette  mise à l’écart  qui  s’apparenterait  à  une véritable exclusion , fera  réagir  certains mélomanes lesquels iront  exprimer - ab imo pectore - leur profond mécontentement  : ce maître  de  la  çan’âa  serait-il  devenu  subitement  persona non grata ? Ou  ferait-il  les  frais  d’un ostracisme  pusillanime  qui  ne veut pas  s’assumer ? D’autres, profondément  désillusionnés , ajouteront  sur  un  ton badin, que  l’hommage  au  cheikh  était « virtuellement » programmé  ,mais  que  de multiples  contraintes  l’auraient  fait  reléguer aux …calendes  grecques ! Certains enfin  ,se  voulant  plus  conciliants  ,auraient même évoqué  un problème  de  fond , lié  plus  prosaïquement à  un manque d’ oseille etc.,etc.
Mais  dans  tout  ce  fatras  de  conjectures , tout  homme  sensé  relèverait  de  facto une  profonde  déception , dont  l’ expression  parfois  débridée  , ne  transgressera   jamais  pour  autant  les  règles  de  la  bienséance , étant intimement convaincu par ailleurs  que  « Ahl  el  andalous  yafhamou  el  ichara ».
 
Quoiqu’il  en  soit et  nonobstant  cet  état des  lieux  , replaçons  nous  dans  le  domaine  strict  du  « Fen » pour  rappeler  aux  mémoires  oublieuses  que
Si  Moulay   est :  
    L’un des  créateurs  en 1967 , sous  les  auspices  de Hadj  Bouzidi Benslimane  et  avec  le  précieux  concours  de  benyahia  Benyahia  et  ismet  Benkritly  , de  la  SMACC  (Section de  Musique Andalouse du  Cercle  du Croissant )  
    L’un  des  fondateurs en 1972  du  prestigieux  Nadi El Hilal  Ettaqafi (*)
sous  la  baguette  duquel  le  Nadi   aura  culminé , avec à  la clé  , un  brillant palmarès  qui est  resté  dans  les  mémoires
    Un professeur infatigable  , dont  l’enseignement   didactique  , aura  profité  , de 1967 à 1992  , à  plusieurs  générations  d’ élèves-musiciens   , c’est-à-dire  depuis  la  création de  l’école  jusqu’à  sa retraite  - bien  relative  celle là  - puisqu’il  continue encore  à  l’automne  de  sa  vie ,  à  partager  sa riche expérience  avec les jeunes sociétaires et  à leur communiquer  son inaltérable  enthousiasme , l’œil aussi brillant  et  l’esprit aussi vif  qu’autrefois
    Celui qui  représenta  dignement   cet  art  sous  d’ autres  cieux , sillonnant  avec  la  troupe  du  Nadi  El Hillel  Ettaqafi  , plusieurs  pays  ( la  Syrie  en 1981 ; le Maroc en 1989-1990-1991 ; la France  et  l’ Italie en 1990…) qu’il  fera  vibrer  aux sons  de  la  kouitra  et  de  la mandoline .
 
 
  (*) Suivant   le  procès  verbal  de  l’ assemblée  constitutive  établi  le  13   décembre  1972  ,  les  membres  fondateurs  du  « Nadi El  Hillel Ettaqafi »  sont : 
Karakache  hadj mostefa, Chali Hadj Ahmed , Maati  hadj mohamed ,Benghali  hadj  sadek, Benatia  maamar ,Benmaamar  hadj  tayeb, Benslimane  bouzidi  ,Benkrizi  moulay ,Benyahia  benyahia , Belayachi  hadj  abdelkader , Belbachir  hadj abdellah , Saci messaoud , Bendani mohamed , Benkhaouane  mohamed , Ould bey  hadj  smaine , Ould bey hadj ghali ,Guellati  hamida,  Benmansour mustapha , Benameur abed , Benatia  noureddine , Tahar mohamed , Benbernou  mohamed , Benbernou  yahia ,Benghali  mansour , Khelifa  abdelkader , Benhaoua  abdelkader  , Benbrahim  charef ,  Benkredia  aissa , Hamdani  tayeb , Benkrizi   Fodil .
 
Nous  continuerons   dans  ce  qui  suit  , à  retracer   les  grandes  lignes  de  l’oeuvre du  maître  Benkrizi  Moulay  , sans  renoncer  pour  autant   à  nous  questionner  sur  le  pourquoi  et  le  comment  d’un  oubli  que  certains  « zélateurs amnésiques »  auront  commis à   l’encontre  du  maître  mostaganémois  lors  de  l’ évènement  « hommage aux maîtres » qui  s’était  tenu  à Tlemcen «  capitale  de  la  culture islamique »  , un « oubli »  qui  aura  laissé  pantois  l’ensemble   des  mélomanes  mostaganémois   .
En  somme  , cet  « oubli »  aussi  énigmatique  que  troublant  ,nous interpelle  et nous  pousse  tout naturellement  à  nous  poser  trois  bonnes  questions :
 -1ére  :Comment  peut-on «oublier » ,un maestro  récompensé par «l’Académie  Arabe  de Musique »  (lors de son  16éme congrès tenu en 2001 à Alger )?
 -2éme  : Comment peut-on  « oublier »  un maître  qui porta  haut l’étendard  de la musique  andalouse  et qui  reçut  les  gratifications  du « Ministère de  la  Culture » (lors du Festival  National  çan’âa  en 2008 )?
 -3éme  : Comment  peut-on enfin « oublier »  un cheikh  dont  la  baguette  et  la maestria  étaient  sollicitées  par  les  chevaliers de  la  musique  çan’âa  d’ Alger et  de  Blida , tels  Ahmed  Serri ,  Mohamed  Khaznadji ,  Zerrouk  Mokdad  , Mustapha  Benguergoura ?...
Ainsi  ,cet  ardent  serviteur de la Nouba , qui forma des  générations  de  musiciens, fut contre  toute  attente  laissé en  rade et  pour ainsi  dire « ignoré » comme un   vulgaire  ménétrier , lui dont  toute  la  vie  fut  consacrée d’abord  à  l’enseignement  puis à  la diffusion  de cette  çan’âa , jusqu’à  ce qu’elle  devienne  après des années de patience  et  au prix d’un travail  colossal  , un art  intra-muros incontournable , au même  titre  que le  chaabi  ,le bédoui , le chant aissaoui , la  peinture ou le théâtre, ce dont Mostaganem , carrefour de la culture  et  berceau de  Sidi Lakhdar Benkhlouf et  de Cheikh  El Alaoui , ne  peut  que s’en  enorgueillir .
Et  si  l’on  considérait  le chapitre  diffusion , l’on notera  que c’est  grâce  à  Hadj   Moulay Benkrizi  qu’une  belle  gerbe  d’associations verra  le  jour dans sa  ville ,soit directement sous  sa houlette, soit  sous  son  instigation , dans  la mesure  où  ses  anciens  élèves créeront  à  leur tour d’autres  formations  de  musique andalouse, parmi lesquelles se détache l’association d’El  Fen Oua Nachat  devenue elle aussi une véritable école  ,suivie  par un florilège de sociétés musicales et culturelles de création plus  récentes (El Wifak ; Mesk-el-ghanaïm ; El Wichah ; Afaq ( Azur)  ; El Amel  de l’association Cheikh  El Alaoui …) ce qui constitue avouons le , la  plus  belle  des  offrandes  et  sans doute  le plus  bel des  hommages à  un  cheikh  dont la  poigne et  la  rigueur  sont  restées  par  ailleurs  célèbres  ( ce  dont  se  souviennent  avec beaucoup  de nostalgie  ses anciens élèves ) ,contrastant  pour ceux  qui ont  le bonheur  de  l’approcher, avec un altruisme débordant  et  une affabilité légendaire. En vérité,  monsieur Moulay  est  une source  pétillante de générosité,  dans  laquelle nous  puisons  notre  vitalité.
Et nous ne  terminerons  pas  ce  chapitre  sans  signaler que  le  maître ,qui  a ficelé ses  mémoires  depuis  quelques  années - mémoires  que  le « département  du patrimoine immatériel  et  chorégraphique » pourrait  faire  œuvre  utile  en parrainant sa publication avait  fait  connaître au grand  public, grâce à une  série d’ articles  publiés  dans  la  presse , les sommités  de  cette  musique  savante. Car  monsieur  Moulay  a  le  culte  du  partage  . Et  aussi  loin  que  remonte  la mémoire ,  cette  propension  au  partage  a  toujours  été  son  credo  et  son  sacerdoce .
Mais avant  de survoler  quelques  repères du  parcours  de  l’actuel  président d’honneur de  la sémillante « association d’Ibn Badja » , levons  d’emblée  les équivoques et  précisons  que :
■Cet  écrit  n’est  point  une supplique  et  encore  moins  une  sollicitation  d’une quelconque  grâce , mais  plutôt  une  sorte  de  mise  en  point - faite  en  catimini  eu égard  au  respect  filial  que nous  vouons à  notre maître - et  qui  ne répond  en fait  qu’à  un  élan du  cœur .
Le distingué directoire  sache  qu’il  n’est  pas  dans notre intention  de jouer aux rabat-joie ou  aux trouble-fêtes  .Que  nos  amis  de Tlemcen ,avec  lesquels  nous  partageons  de  nobles  valeurs  se  rassurent  et  en  soient  convaincus . 
Du  haut  de  ses  quatre  vingt ans  , Si  Moulay , connu  pour  sa  modestie  et  sa grande  humilité ainsi  que  par  une moralité  forgée  dans  nos traditions  , n’est  pas homme à  quémander  une quelconque  faveur . Sa culture  , sa  probité  et  sa  dignité  , comme  des  anges  gardiens , en banniraient  jusqu’à  l’idée  même
inférant  à  tout  ce  qui  précède , cette démarche  qui  coule  donc  de source, a  simplement  pour but  de  rappeler  à  l’honorable  cénacle ,  que  monsieur
Moulay-Ahmed  Benkrizi  mérite bien - in fine - qu’il soit  récipiendaire de cette même reconnaissance, pour les  raisons  déjà  évoquées  , mais surtout  aussi pour  le rôle primordial  qu’il  joua  dans l’enracinement  de  la Nouba  sur  les rives  de  Mesk -El -Ghanaïm . Et  un hommage posthume , aussi  faste soit-il , reste  toujours entaché  de  regret  car  la « camarde vigilante »  ne nous  ferait  peut-être pas  la  grâce de nous  accorder une aussi  belle opportunité, quoique le fringant octogénaire semble , Dieu  merci , avoir un « coeur qui  n’a  pas de rides » , puisqu’il continue , pour notre bonheur , à  battre  encore  la mesure. 
Une telle  sommité   n’est  donc  plus à  présenter  et  si nous étions  contraints  de  le  faire , nous  le ferions  bien  volontiers  pour l’histoire  et  pour les  pépinières  qui bourgeonnent  ici et là , et qui augurent  d’un  printemps  merveilleux .
 
 
Nos   grands-pères  mostaganémois  étaient-ils   friands  de  musique  andalouse ?  D’après  certains témoignages   concordants  et  des  sources  dignes  de  foi  ,  la  réponse  coule  de  source . C’est  donc  dans  un  environnement  propice  et  sur  une  terre  défrichée  que prendra  lentement racine  la nouba  ,  patiemment  bichonnée  par  des  artistes   hors pairs ,  au  talent  admirable .
 
Mais   pour   avoir    un  aperçu   sur  cet  environnement  ,  il   nous  faudra  nécessairement  opérer  un  retour  en  arrière .
Depuis plusieurs  décades , Mostaganem  semble  avoir eu  un avant-goût  de la  Nouba  depuis  que  la  brise  de  la  çan’âa   est  venue  faire  frissonner  son  anse  turquoise  . Depuis  lors , ses  suaves octaves  ne cesseront  de bercer  l’âme  de  nos  grands- pères  et  tenir sous  le  charme,  la belle  cité  de  Sidi  Said. Les amoureux  du legs andalou  y étaient  légion  et  parmi  ces noms , l’ histoire   retiendra  celui  du  regretté  Habib Bentria (1902-1950) , grand  admirateur de la  çan’âa  algéroise .Cet  autodidacte  chevronné (1) , un habitué  du  « çerk » ( Cercle du croissant)  ,  était  contraint  pour  peaufiner  son art , de  faire  de  longs déplacements  vers  cet  Alger des  années  trente , où  l’on  assiste  à  la  création des  premières associations  de  musique  andalouse. L’émergence  de  ce mouvement associatif  est  venue  corroborer  une  intense  activité  artistique  qui  s’était  mise  en  branle  dans  le  microcosme  algérois  - activité  que  d’ aucuns assimilerons  à  une  véritable « résurrection culturelle » - et qui sonnait  en fait , comme  une réplique cinglante  au grand  charivari  du centenaire . Cette effervescence  donnera  naissance  , à  des  sociétés  musicales (2)  dont  le point   de mire sera  la sauvegarde d’un  patrimoine  arabo-andalou  multi-séculaire :
El Djazairia (1930) , El Mossilia (1932) puis El  Gharnata (1933) seront  en  effet   les remparts   qui  seront  dressés  pour  endiguer le  précieux  héritage  et  lui  éviter  l’effritement .
C’est  donc  dans  cet  Alger marqué  par un climat  de réappropriation  identitaire que débarque le jeune Bentria . Là  des  amis   musiciens  l’aiderons à  parfaire  sa  technique musicale  et  l’introduiront   dans  l’univers  naissant   et  déjà  bouillonnant des  associations  . C’est  ainsi  qu’il  effectuera   quelques  passages  dans l’association  « El Djazaïria »(3) où  il  aura  la chance  de  côtoyer  la  future  élite  de la  çan’âa  , qui y  fait ses  classes , constituée  par  une  cuvée  prometteuse laquelle formera  quelques  années  plus  tard , la  fine  fleur  de  l’école  algéroise  : Mohamed  Fakhardji ; Abderezzak  Fakhardji ; Omar  Bensemmane ; Abdelkrim   M’Hamsadji ;  Abderrahmane  Belhocine  … des  noms  prestigieux qui  donneront  ses  lettres   de noblesse  à  la  Nouba  et  surtout  au  mouvement  associatif  dont  ils  seront  les  figures de  proue.
Cette  quête  musicale  et  ces allers-retours  vont  s’étaler sur  plusieurs mois. Mais la  maladie  mettra  fin brutalement  à  ces  pérégrinations. Impotent  et  cloué  dans une chaise  , il  arrivera  grâce  à  la  flamme  de  la  Nouba   à  surmonter  les  affres de  la solitude  et  la  douleur  de l’handicap .Pour  meubler ses  moments  ,il prendra l’initiative  de  s’entourer , en son  domicile  même  , de  nombreux  sympathisants  et autres  mélomanes auxquels  il  tentera  de  transmettre  lors  de  chaque  séance  , des  connaissances engrangées  patiemment  et  enrichies  par ses nombreuses  virées  en  terre  algéroise . Parmi  cette  pléiade  de  fidèles  , il nous  plaît  de  citer Mustapha Benhamou dit  Sika ;  Hadj bouzidi Benslimane ;  benyahia Benyahia ; slimane Berber ; Benyahia  belkacem ; ismet Benkritly ; belahouel  Beladjine ; abdellah Maraf ; mejdoub  Belkheira ; mustapha  Ould Maamar ; lakhdar  Benazeddine …
La graine de Nouba  semée  par  « sissi » Bentria , attendra  patiemment  son printemps qui n’éclora  qu’après l’indépendance  , grâce notamment au  dévouement et  au sacrifice admirable  d’un  fidèle  parmi  les  fidèles  , le  regretté  Hadj  Bouzidi
Benslimane,  dont  le  rôle  déterminant  pour  la promotion  de  cet  art  dans  notre cité  mérite   d’ être  rappelé .
Au fait  , pourquoi  cette  attirance  pour  la  çan’âa algéroise ? En  remontant  aux  sources ,  nous  relèverons  qu’au  début  du  20éme   siècle  , quand   ce style  commença  à  sortir  des  limites  de  son  giron  ,la  çan’âa  algéroise  fut  adoptée  tout « naturellement » par nos  grands-pères , sans  doute  charmés  par  son   phrasé  plus  aéré  ,  plus  modulé ,  plus  cadencé   et  pour  tout  dire  plus « digeste »  que  le style  gharnati ,  réputé  plus  austère  et  plus  solennel , n’admettant  en  conséquence  aucune  fioriture  ni  aucun  ornement .
D’autres  parts  ,  Il  est   établi  que  des  liens  de  grande  estime , d’amitié  et  même  familiaux (à  cette  époque ,la  famille  Sfindja  avait  une alliance  avec la  famille Benyekhou  de même  que  Ahmed  Serri  avec la famille  Benkritly ), unissaient  nos mélomanes  à  quelques  chioukh  de  l’école algéroise.
Ainsi , les  chanteurs   Abderrahmane  Belhoucine ,Ahmed  Serri ,Dahmane  Benachour  ,Hadj Mahfoud …étaient  souvent  sollicités  pour  célébrer des  mariages  ou  étaient  invités  à titre  privé  par des  familles  mostaganémoises  pour le  plaisir de  savourer  une Nouba  ou  d’autres  fois  pour rehausser d’un panache  andalou  une  fête  familiale
 
 
De  plus  ,   nous  remarquerons  que  Mostaganem   et   Alger  ,  ces   villes  ouvertes   sur  la  mer  et  vivant   donc  au  rythme   des   échanges  , semblent  avoir  forger  à  travers  l’ histoire  , de  solides  passerelles  entre  elles  , comme en témoigne  ces  nombreuses  convergences   et  affinités  en  matière   d’art  et  de  culture .
L’on  aura   noté  au  passage   que  malgré  la  relative  proximité  géographique , les m’chaïkh  tlemcèniens  se  faisaient  plutôt  rares  à Mostaganem.
Par  ailleurs , l’ avènement  des  supports phonographiques  et  surtout  de  radio-Alger avec  la diffusion  de  tranches de « musique classique algérienne » qui  fera  connaître  les  virtuoses  de  la  çan’âa  ,  viendront  conforter  ce  goût  immodéré  pour  cette  musique raffinée. C’est  dire,   pour paraphraser  un  chanteur , qu’il y  avait  de  la Nouba  dans  l’air à  Mostaganem , mais  que  cette  Nouba n’avait  jamais  été enseignée  d’une  façon  didactique  comme  cela  se  fait  aujourd’hui dans  les  associations , c’est-à-dire  selon  des  canons  d’apprentissage communément  admis  et  à l’ efficience  nettement  prouvée . Ce défi  qui  tient  de la  gageure ,sera superbement  relevé  par Hadj Moulay Ahmed  Benkrizi  lequel , conforté  par  son expérience  dans  la  SMACC , présentera  en  1972 à Alger , au troisième  festival de musique  andalouse ,  après  d’harassantes années  de  formation  et  de travail , la première véritable  association de  musique  andalouse  de Mostaganem  devant  un  parterre  de  connaisseurs, tout  autant  médusés que charmés  par  le  doigté  prometteur  de ces  musiciens  racés  venus  de  la  petite ville de Mostaganem , cité  où  la  grande culture  fait  florès avec  les Hamada , Abdelkader  Betobdji , Kaki, Benabdelhlim , Khadda  ,Benanteur ,  Ali Benkoula , Maazouz Bouadjadj , Mohamed Tahar ,  Benaissa  Abdelkader , Mohamed  Chouikh ,  Okacha Touita ,Habib Tengour…
Cette troupe  qui portera  le nom  de  Nadi El Hilal  Ettaqafi  (sa dénomination  ,tout comme sa devancière  la SMACC ,se  réfère  et  se  veut  un  hommage au doyen Cercle  du  croissant ) (04)  lequel gagnant  en maturité , sera  vite adoptée  par  la « famille andalouse » et  ira  étaler sa  classe à Tlemcen (tous les festivals de  la musique traditionnelle  de 1974-1990) ; Constantine (tous les festivals du malouf ,de 1981 à 1987) ;  Alger (tous les festivals du printemps musical , de  1985 à1989)
Voilà succinctement  exposées les  grandes  lignes de  l’œuvre  du  maître .
Et en  guise  de  bouquet  final , offrons  nous ces quelques  repères  biographiques.
Hadj Moulay-Ahmed  Benkrizi  est  né  le  04 septembre  1931 à  Relizane .
Quelques mois  plus  tard , sa  famille  retourne  à  Mostaganem  où  un  certain frémissement  culturel   commence  à  se  faire   sentir  dans  la « communauté  autochtone »  (l’ Union Littéraire  Musulmane Mostaganémoise  est  créée vers  la
fin des  années vingt  suivie  par  quelques  « Sociétés » qui  esquissent  un  timide éveil  à  la  faveur  de  la  loi  sur  les  associations  du  01 juillet 1901 ).
 
Son père  Belahouel  , cordonnier  de  son  état , est  un mélomane  patenté qui  s’entoure  d’amis musiciens  parmi lesquels  le  violoniste  Hadj El Ghali Ould Bey  qui jouait  dans  les  orchestres  châabi  du cheikh  Belkacem  Ould  Said (1875-1946)  et  du cheikh   Abderrahmane  Benaissa (1895-1958) .
 
Notes   de  renvoi :
(1)D’après  le  précieux  témoignage  de  Mr . Slimane  Berber  
  Voir  également : http://rasdwamaya.skyrock.com/1776204966-Si-Habib-Bentria.html
 
(2) Soulignons   qu’au  delà   de  ce  même  élan  salvateur  qui  animait les  élites   juives 
( les juifs sont  naturalisés  français  par le décret  Crémieux d’octobre 1870) )  et les élites « autochtones   musulmanes » ,  la situation  particulièrement  humiliante  de  l’ algérien   « sujet  français »  devenu  apatride  sur sa  propre  terre ,  poussera   ce  dernier  à  se  démarquer  pour   affirmer   pleinement   son  identité   reniée  . Alors que  s’emballent  les   flonflons  outrageants  du centenaire , l’exacerbation  de  ce  sentiment   d’asservissement   atteint  son  douloureux  paroxysme  . Ce  qui   viendra  conforter  l’ irréversibilité  d’une  prise de  conscience   dont  la  traduction  « artistique » se  fera  entre  autres  par  la  création  d’associations  musicales  voulues  spécifiquement  algériennes . Tout  ceci  pour  rappeler  que  si  « El  Andaloussia » (fondée en 1929 par  Khrief ) est  de création  juive (tout comme  sa devancière « El Moutribia » fondée en 1911 par Edmond  Nathan Yafil) , par  contre  les  associations  «El Moussilia »( celle  qui sera reconstituée en 1932) , « El Gharnata »(1933)  et  « El Djazaïria »(1930) dont l’appellation  aura  le  mérite  de  revendiquer  sans  ambages  une  «algérianité» mise  sous l’éteignoir depuis une  siècle , seront  elles  de  création  viscéralement  algérienne .Ces   repères  identitaires  culturels  s’intègreront  dès  lors  dans  un véritable  éveil  nationaliste  qui  va  marquer  ce  trentenaire  ( création en 1926 de
l’ Etoile  Nord-Africaine ; l’Association des  Oulémas  d’Algérie en 1931 ; du PPA  en 1937  ) , et  augurer  d’un long  processus  de lutte de  libération nationale. 
 
(3) A sa  création , « El Djazaïria »  est  présidée  par l’illustre Mohamed Ben Teffahi 
( disciple du  grand maître  Mohamed  Sfindja) , principal professeur  , secondé  dans sa  tâche  par  les  maîtres  Mahieddine  Lakehal  et  Ahmed  Essebti  dit  Ahmed « Chitane ».
 
(4) Le  Cercle  du  Croissant  est  fondé  en  1912 par  MM. :
Dr. Queyrat ;  A.Veller ; Hamidou Mohamed ; Belhamissi  Abdelkader ; Omar Gaouar ; Benyekhou M’Hamed ; Alioua Abderrahmane ; Alioua Mostefa ; Benkritly Bensaber ; Benkritly Mustapha ; Bensmain  Mohamed ; Bensafta  Abdelkader.
 
Dans  cette  ultime  épisode , nous  poursuivrons  la  biographie  de  Hadj  Moulay  Benkrizi  et  nous verrons  comment  ce dernier  ,avec  une  poignée  de  mélomanes  à leur  tête un  fervent  admirateur  de  la Nouba , le distingué  Hadj  Bouzidi  Benslimane, réussiront au  terme  d’une  aventure  ô combien  exaltante à implanter  définitivement la  çan’âa  sur  les  rives  fertiles  de  Mesk-El-Ghanaim.
Et  nous   conclurons , en  espérant   que  l’écho   de  cette  missive  écrite  avec  une  profonde  sincérité,  parvienne   à  qui  de  droit .  
Ceci  dit ,  ne  faisons  pas  trop  attendre  le  petit  Moulay
 
Le petit Moulay  a sept ans , quand l’ami de  son grand-père ,le cheikh belkacem Ould Said  ,une grande  figure du  chaabi  mostaganémois, l’initie à la mandoline .
Et ce qui  n’était  qu’un jeu  va devenir  peu à  peu  son  passe--temps favori . Au lycée  René  Basset  ( l’actuel  lycée Zerrouki  Cheikh  Ben  Eddine) , il poursuit avec sérieux  et  grande  assiduité  sa  scolarité   en  « série lettres »  , couronnée en 1950 par  un Bepc .Dans le  même  lycée , il  est  élève  chez Masvignier  professeur  de  musique  et  chef  du « Cercle philharmonique de  la  ville de  Mostaganem » .Le hobby  de  la çan’âa  lui  colle à  la  peau .Il  sera  autodidacte s’appliquant  à reproduire  des airs entendus  à  la  radio ou mémorisés  lors  des  soirées  animées par des célébrités  algéroises  et  blidéennes  invitées  par  des  mélomanes  mostaganémois  ( Abderrahmane  Belhoucine , Ahmed Serri , Hadj Mahfoud  , Dahmane  Benachour , et des chanteurs  chaabi  comme El Anka  ,Hadj Menouer ...)
En 1954 ,  il  obtient  haut la  main  le  baccalauréat .Il  optera pour une  carrière  réputée  difficile , celle  des  finances . Il  est  sous-directeur  des  impôts  à Tiaret ; directeur des  services  financiers  à  Mascara  …
En 1964 , il est muté à  Alger au  ministère  des  finances. Cette  année constitue sans doute  une  date  charnière  dans  son  parcours  artistique. Saisissant  cette  aubaine  et  le cœur emballé  , Il  saute  sur cette  opportunité   et  s’inscrit  à  la  célèbre association  « El Djazairia- El Mossilia »  (créée  en 1951) ,  école  prestigieuse , réputée   tout  aussi  bien  pour  sa  maîtrise  de  l’art de  la  çan’âa  que  pour  la qualité  de  son  encadrement  .
 
Ses maîtres  sont Hadj  Abdelkrim   M’ Hamsadji ,  Hadj  Mohamed Bensemmane et  Hadj  Omar  Bensemmane   . Ce sera  ce  dernier  cheikh  qui  prendra  véritablement  en  charge sa  formation  musicale . Hadj  Moulay  sera  donc initié  aux  arcanes  de  la  Nouba et  le  maître , décelant  chez  son  élève  des  qualités  et  des  aptitudes exceptionnelles, lui dévoilera  peu à  peu  le riche  trésor  des  noubate   où scintillent de  splendides  et rares  joyaux, accessibles   aux  seuls  initiés .
Regagnant  ses  pénates  en  1967 , Il va s’investir  avec une  rare  ardeur  dans  la   toute  nouvelle  SMACC, créée sous  les  auspices  de  Hadj Bouzidi  Benslimane,  avec  l’inestimable  concours  des  « mordus »  de  la  çan’âa , benyahia  Benyahia  dit « Hamia »  et  ismet  Benkritly ,
Dans  un  élan  de  fraternité , les « anciens » du  Cercle  du  croissant   accueilleront la  jeune  formation  dans  leur modeste  local  sis  dans  un  bâtiment du  centre-ville jouxtant  le  marché et  les « trois ponts »  ( l’actuelle place  Emir Abdelkader),  local  qui  ne  cessera  dès  lors  de  vibrer  sous  les  échos  chavirants  des  octaves «andalouses » dont  la  puissance  ne  cessera   de  monter  crescendo .   
Cette   Formation  sera  constituée  au  départ  par  un  noyau  de  musiciens , pour  la  plupart des transfuges du chaabi  (Bendaamèche  Abdelkader, Benghali  Hacène, Benmansour  mustapha, Benghali  Mansour  ,Aoued  Bacha , Hamdane , Mezadja Harrag …) lesquels  bénéficiant  d’un enseignement  de  premier  plan  dispensé  par le  maître  , iront  « taquiner » pour la  première  fois  et  de  bonne  grâce  la  Nouba, devenue  comme  par  enchantement  moins  ésotérique  …
En 1972 ,Il  est  , comme  mentionné  plus  haut ,  professeur , directeur  artistique  et chef  d’ orchestre  du tout  nouveau «  Nadi  El  Hilal  Ettaqafi » crée  après la  dissolution  de la SMACC.
L’Aventure  de  « l’andalou » venait  de  commencer.
Dès lors , la  sirène  des  rivages  bleus  du  Dahra ,  charmée  par  ces  résonances lointaines  mais  aux  consonances  familières , replongera  à corps  perdu  dans  les  succulences  mélodieuses  de  l’ Andalousie  de  Zyrieb  et   d’ Ibnou Badja.
Dès 1974 , Hadj Mohamed  Khaznadji  , relayera  avec  spontanéité  Hadj Omar Bensemmane  décédé en 1972 , pour étoffer et  affermir  les  connaissances  du  toujours   jeune  apprenant  .Et  la  passion  pour  la Nouba  va  finir par sceller leurs destinées . Il en  découlera une  amitié sincère  , généreuse ,  pérenne , bref de cette  amitié  intemporelle  qui  traverse  les  âges  sans prendre  une  ride  et  qui  se bonifie même , car  désintéressée  et  toute  dédiée à l’Art  ,  c’est-à-dire  aux arpèges envoûtants  de  l’ éternelle  Nouba . Le  maître  Khaznadji  se  produira  souvent à Mostaganem  où  la  Nouba , trouvant  un  humus  à  son  goût  , ne cessera d’y  égrainer  ses délectables   gammes   pour notre  plus  grand  plaisir.
 
Et  cette  Nouba vient  encore  d’ être  fêtée  , par la  talentueuse  association  Ibnou  Badja (*)– que  notre  maître  parraine   -  en s’adjugeant  avec éclat  ,
le premier prix au  festival  national  de  la çan’âa, qui  eut  lieu récemment  à  Alger (novembre 2011), grâce à  une  mémorable  prestation, toute en  panache, qui emballa  de  nombreux puristes. Et  triompher au  pays  même de  la çan’âa,   relève tout  simplement  d’un  l’exploit  difficile  à  égaler ,  prouesse  saluée  d’ailleurs avec fair-play  par  le  gratin de  l’école  algéroise  , composée  par  des associations  brillantes  telles « les Beaux Arts  d’Alger » lauréate du  même  prix  en 2009 ; (Essendoussia   et Cordoba ) d’ Alger  ; (El Moutribia  et  El Fen ouel Adab ) de  Blida ; ( Errachidia  et  El Kayssaria ) de Cherchell;  (Djemîet El Youssoufia ) de Miliana; (El Djenadia ) de Boufarik ;  (El Amel ) de Sougueur ; (El Rachidia  et El Maghbiria) de Mascara ; (Djemîet El Fen El  Acil) de  Khemis  Miliana …toutes  formèrent  une  superbe  haie  d’ honneur  pour  célébrer et  applaudir  le  nouveau  lauréat  2011  qui  semble  avoir  le  vent  en  poupe , en   témoigne  ses  belles   prestations   dans  nombre  de  festivals nationaux   et  à  l’ étranger  ( dont  le sublime  récital  donné  à  l’Institut  du  monde  arabe  en  décembre  2010  …).    
Ce  forum  festif  et  convivial  qui  marie l’Art  à la  fraternité , ne  peut  que faire  honneur  à la  musique  andalouse  dont  le  puissant  souffle  continuera   d’élever  cet  art  séculaire  vers  les  hautes  cimes  de  la  pureté  et  du raffinement , jusqu’à « crever  le  ciel » comme  dirait  Charles Baudelaire .
Nous  terminerons  cet  écrit  ou  plutôt  ce  bref  rappel  historique , en empruntant avec  bonheur au vénéré  Sidi  Abou  Mediene  Choaib El  Ghaouti  cette  merveilleuse stance , dont  l’esprit  pourrait parfaitement   circonscrire  l’objet  de  cette  missive  et en  être en même  temps  la meilleure  des  conclusions :
« Mata ya  kirami  el  hayi  aïni  tarakoumou Oua  asmaoû  min  tilka  diäri  nidakoumou »
 
 
(*)L’assemblée  générale  constitutive  du 24 février 2002 , établit  la  liste  des membres  fondateurs  de  l’ Association  Ibn Badja  ,  laquelle   est  composée  de  MM. . :
Benkrizi fayçal mustapha ; Benalioua sid ahmed ; Benguendouz  sid ali ; Kaid  samir;
Boukhoudmi smaine nourine ; Benghali hacène ; Benhaoua abdelkader ;  Benabdeloued  m’hamed ;Hamiti  abdelhafid ;Ould  moussa  hafid ;Hemarid chakib ; Ould Bey m’ hamed ; Benkrizi moulay ahmed ; Benslimane  m’hamed  aoued ; Benkrizi sidi Mohamed  fodil ; Benalioua   belkacem    .        

Dr. Mahfoud BENTRIKI
Mardi 5 Juin 2012 - 10:46
Lu 3590 fois
CULTURE
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1.Posté par bentriki amir le 07/06/2012 14:08
Un très très beau texte.

2.Posté par manel zahia le 07/06/2012 15:26
merveilleur texte .

3.Posté par Bentriki Mohamed le 08/06/2012 21:24
Un excellent travail d'un dévoué pour la culture de sa ville.Un érudit en musique classique et moderne qui a donné de son temps et de son énergie pour partager ses connaissances.Merci mon frère !

4.Posté par Fayçal BENKRIZI le 11/06/2012 18:24
Sublime article relatant l'histoire "andalouse" de la ville de Mostaganem,rédigé d'une plume de maître.Le journal Réflexion a démontré encore une fois son attachement à la culture mostaganémoise,l'authentique.Bravo Dr BENTRIKI et Réflexion!

5.Posté par boumediene bendjerba le 14/06/2012 19:53
l'exposé présenté par le Dr.Mahfoud Bentriki intitulé "Dans les marges de la Nouba"par le biais du journal Reflexion ,m'plongé dans une euphorie totale et certains passage m'ont véritablement ému.oui,cela m'a permis de me retrouver subitement dans l'ambiance d'antan,surtout qu'il s'agissait de la musique andalouse et de notre trés cher ami, Cheikh Hadj Moulay Benkrizi.Il faut dire à ce propos que ce dernier de de par de son parcours national et international a montré que son passé impose le respet.par ailleurs ,le Dr.Mahfoud Bentriki n'a pas manqué de signaler l'adsence de notre maestro lors de la manifestation qui a eu lieu derniérement à Tlemcen "capitale de la culture islamique " L'absense de ce dernier a été tristement commenté par l'élément intellectuele et mélomane de la ville de Mostaganem.
Je remercie encore une fois le Dr.Mahfoud Bentriki anisi que le journal Réflexion qui nous a offert cette opportunité.

6.Posté par kourdbakir baya le 24/09/2012 18:08
j aime cette culture magnifique que je suis ravie de mes oncle et tante de mostaganem et je souhaite un grand hommage a mon oncle izmet benkritly qui est loin de notre ville mais toujours présent dans nos coeur et espèrent notre génération suivras les exemple de nos grand parent oncle et cousin

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